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Premiers pas en traction bovine Créhen avec Vroom (22) 2026

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Vroom, du petit veau au bouvier

Dans le petit village côtier de Créhen, dans les Côtes-d’Armor, se trouve une ferme laitière en agriculture biologique. Ici, les paysans sont profondément investis dans l’éducation à l’environnement et la sensibilisation à la cause paysanne.

Cette volonté d’ouverture se traduit au quotidien : stagiaires, parents et enfants du bourg franchissent régulièrement les portes de la ferme. Certains viennent chercher du lait, d’autres participent à la traite, aux soins des animaux ou simplement découvrir la vie de la ferme. La ferme est également ouverte aux visiteurs curieux de comprendre le quotidien de la paysannerie.

Les animaux, habitués à cette présence humaine, vivent au contact des visiteurs. Certains d’entre eux apprécient même particulièrement les caresses et les câlins des enfants.

La naissance de Vroom
C’est dans cette ferme qu’un jour est né un tout petit veau.

Issu d’un croisement de Jersey, de Montbéliarde et de Prim’Holstein, il était si petit que, malgré ses grands yeux de biche et son adorable bouille, sa valeur économique était quasi nulle.

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Cette semaine-là, Marie était en stage à la ferme dans le cadre de ses études d’ostéopathie animale. Face à la situation, la décision n’était pas simple. Que faire de ce petit veau qui, en grandissant, deviendrait pourtant un bœuf puissant ?

Une idée lui fut alors proposée : et si Marie l’adoptait ?Commence alors un terrible dilemme. Que faire d’un petit veau différent des autres, plus petit, plus fragile, dont l’avenir dans le circuit classique semblait bien incertain ? Mais que deviendrait-il si personne ne lui donnait sa chance ?

Après quelques jours de réflexion, Marie prit finalement la décision de l’adopter.

Le petit veau fut baptisé Vroom.

De l’ostéopathie à la traction
Pendant toute sa jeunesse, Vroom accompagna Marie dans son apprentissage de l’ostéopathie animale. Les manipulations, les soins et les contacts réguliers avec l’être humain ont progressivement contribué à en faire un animal particulièrement doux et docile.

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Une relation de confiance s’est ainsi construite entre eux, et Marie lui a probablement sauvé la vie en lui offrant une autre destinée que celle qui lui était initialement promise.

Mais l’histoire de Vroom ne s’arrête pas là.

La ferme accueille également des chevaux de trait bretons, qui viennent y apprendre le travail de traction animale et l’attelage, encadrés par Sylvaine. Alors, forcément, une idée a commencé à germer : pourquoi ne pas proposer, à lui aussi, une formation à la traction ?

Après tout, Vroom avait déjà les qualités essentielles : la force d’un futur bœuf, mais surtout un tempérament calme, curieux et proche de l’humain.

Les premiers pas d’un bouvier
C’est ainsi qu’à la ferme biologique Hamoniaux, à Créhen, dans les Côtes-d’Armor, nous avons commencé à faire nos premiers pas dans l’univers de la traction bovine.

Avec Vroom, nous découvrons peu à peu ce métier de bouvier : apprendre à communiquer avec l’animal, comprendre ses réactions, travailler dans le respect de son rythme et construire, séance après séance, une relation fondée sur la confiance.

Vroom n’était peut-être pas destiné à grand-chose aux yeux de l’économie agricole.

Mais il avait une autre histoire à écrire.

Celle d’un petit veau devenu un grand bœuf, d’un animal sauvé par une rencontre, et peut-être, bientôt, celle d’un véritable compagnon de travail.

Voici donc l’histoire de Vroom, notre petit bouvier, et de nos premiers pas dans la traction bovine.

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Article « Cerdagne : à Béna, les bouviers font vivre la traction bovine » Journal la semaine du roussillon 2026 (66)

Début octobre, l’Association française des meneurs de bovins a tenu son rassemblement annuel à Béna, au-dessus d’Enveitg. Des participants venus de toute la France ont témoigné de leurs savoir-faire, démontrant que le bœuf a une belle place et un bel avenir dans le travail comme dans le loisir.

Des bouviers attachés à des pratiques moins intensives

Malgré la place prépondérante du tracteur en agriculture, quelques irréductibles bouviers résistent en France. « Tu ne peux pas forcément vivre en faisant de l’agriculture avec un attelage, mais selon le type d’exploitation il n’y a pas besoin de tracteur, explique Paul Libmann, ancien vétérinaire rural de Cerdagne et Capcir. Les bouviers qui se rassemblent portent des traditions, ils veulent conserver et transmettre leurs savoir-faire, ils sont contre l’élevage et l’agriculture intensifs et leur philosophie de travail consiste à respecter d’abord le sol, ce qui est possible avec des bœufs. »

C’est le cas par exemple de Jo, retraité de 78 ans dans la Creuse, mais bouvier toujours actif. Il dit être « né sous les vaches » et travailler un hectare de légumes grâce à une bête. « Mon fils a quatre vaches de travail. Notre approche consiste à se focaliser sur la petite agriculture spécialisée, qui demande une grande précision. »Pour leur part, Matthieu et Stéphanie, maraîchers du Maine-et-Loire, travaillent avec des vaches de race nantaise, dont une génisse qu’ils conduisent aux rênes.

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Un meneur et sa paire de bœufs avancent dans un chemin de Béna, au-dessus d’Enveitg. © F.J.

Du travail agricole à la médiation animale

Mener un bœuf ou une vache dans les champs relève d’une passion du dressage et de la relation avec l’animal. Mais le bovin est de plus en plus utilisé dans d’autres domaines. Ainsi cet agent animalier et dresseur de bœufs du parc d’attractions vendéen le Puy du Fou a créé une académie pour la valorisation bovine en traction, en médiation animale et en figuration artistique.« J’ai trois paires de bœufs en médiation auprès de publics handicapés, âgés ou délinquants. Nous avons l’image du bovin pour le lait et la viande mais il y a tout un relationnel avec ces animaux. »À Béna, Eline Hoefsloot, éthologue et hôte de ce rassemblement, sait éduquer des vaches de race Galloway pour la balade. Le rassemblement 2026 s’est d’ailleurs déroulé à la ferme Can Llull et était consacré notamment à l’éthologie, aux bovins de loisir et aux bovins de travail.

Une association créée pour transmettre les savoir-faire

L’association a été créée en 2023 par deux jeunes amoureux des bovins. Avant de fonder ce collectif qui regroupe aujourd’hui plus de 140 adhérents, la présidente Léonnie Biteau et le trésorier Corentin Huber ont chacun accompli une marche de plusieurs semaines à travers le pays, l’une en compagnie de deux bœufs, le second avec sa Modestine âgée de trois ans. L’objectif étant de partager connaissances, techniques, matériel et traditions, bouviers et fabricants de jougs (il en reste trois en France) se retrouvent une fois par an dans un lieu différent. Le choix de Béna n’est pas anodin : d’une part, l’hôte est membre de l’association et pratique le dressage de bovins, d’autre part la Cerdagne et le Capcir sont des lieux d’utilisation traditionnelle de l’attelage bovin en agriculture. Et, selon les participants réunis, le plus gros réseau de bouviers se trouve dans la chaîne des Pyrénées. Le rassemblement s’inscrit dans la mission affichée par l’Association française des meneurs de bovins : fédérer les pratiquants et promouvoir la traction bovine et la transmission des savoir-faire associés.

En Bretagne, le paysan breton qui refuse le tracteur I SLICE VOYAGE 2012

Rencontres des bouvières et bouviers de France organisées par l’Association Internationale Attelages Bovins d’Aujourd’hui (AIABA) à Chatelus Malvaleix (23) du 14 au 17 Mai 2026

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Rencontres des bouvières et bouviers de France

organisées par l’Association Internationale Attelages Bovins d’Aujourd’hui (AIABA)

à Chatelus Malvaleix (23)

du 14 au 17 Mai 2026

Comme chaque année se sont tenues les rencontres de meneurs de bovins chez Philippe Kuhlmann. Depuis le déménagement de sa ferme il y a trois ans, le rassemblement a migré de l’Alsace à la Creuse.

Comme à l’habitude, on a pu y croiser un public métissé venu de toute la France, de Belgique et d’Allemagne.

Le programme a été souvent perturbé et modifié par une météo plus qu’incertaine avec de nombreuses averses intenses et des températures basses. Malgré tout, les quelques 70 participants sur trois jours ont pu mettre au joug différentes paires de bœufs de tous âges. Aucun animal extérieur à la ferme n’était présent, seul les animaux de Philippe ont été manipulés.

L’atout majeur d’être à la ferme du mail, est d’avoir à disposition des animaux à tous les stades de dressage.

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Les Vosgiens et les Ferrandais de la ferme ont été attelés parfois en solo au collier ou au joug vosgien et au joug « occitan » à embanures (logement des cornes creusées dans le joug). Epandeur à fumier, traîne bottes, embattage des faux puis fauche de l’herbe d’affouragement sous la houlette de Maxime Divo, char à quatre roues, à deux roues, travail à la chaîne, mise en guides de jeunes bovins ont été les différents activités jalonnant ces journées. On a parlé réglages, colliers, jougs, dressage, on a échangé conseils et partagé sur tous les aspects autour du sujet.

On peut saluer aussi la venue d’Alexandre Feuillade qui s’est déplacé avec sa forge et son métier à corde. Son atelier à permis à de nombreuses personnes de pratiquer ou découvrir des facettes artisanales bien utiles au monde de l’attelage. Un bourrelier est également venue pendant une partie des rencontres pour présenter son travail.

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Nous avons aussi remis en route une faucheuse à traction animale qui nous a bien occupé pour réussir à faire les réglages nécessaires à son bon fonctionnement.

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L’association a eu la chance d’accueillir Jocelyne Porcher, une zootechnicienne française et sociologue de l’élevage, directrice de recherches à l’INRAE. Elle nous a présenté à la salle des fêtes du village, une conférence très intéressante sur les relations entre humains et animaux dans les systèmes agricoles. Le public d’attelage pleinement concerné par le sujet a largement participé aux échanges avec la chercheuse . S’en est suivi l’assemblée générale de l’association.

Les participants aux rencontres se sont aussi rendus à la fête du village avec une paire de bœufs attelés à un char à quatre roues chargé d’herbe fraîche pour participer à sa manière à la manifestation. Nous y avons retrouvé Mic Baudimant, musicien chanteur traditionnel du Berry proche, qui a chanté quelques briolages qui sont des chants traditionnels pour mener les bœufs au travail. Dans la foulée, Francis Bazerque, Joël Blanc et moi même avons également chanté des chants de travail ou en relation avec les bœufs.

On peut aussi rappeler que du lundi 11 mai au mercredi 13 mai, j’encadrai un stage de taille de joug qui a rassemblé à la ferme quatre stagiaires qui ont taillé leur joug adapté à leurs animaux (cliquez-ici).

Les échanges sont toujours très nombreux pendant les séances de travail ou bien pendant les repas qui, outre la grande convivialité, sont un espace où l’on prend le temps de parler et d’échanger.

On peut remercier chacun des participants qui comme chaque année alimentent l’auberge espagnol et permettent de déguster toutes les spécialités régionales. Le repas est le moment où ceux qui ne se connaissent pas peuvent apprendre à se connaître et échanger plus facilement. Merci aux cuisinières qui œuvrent aussi au bon déroulement des repas. Merci aussi à chacun qui n’hésite pas, à un moment ou à un autre, de donner la main pour les mises en place et préparations.

Comme chaque année, la présence des différents participants, meneurs confirmés, en devenir ou en projet conforte l’idée d’organiser ce genre de réunion. En effet chacun y trouve son compte et y retrouve souvent une motivation. La dispersion de chacun est une difficulté dans sa pratique ou son apprentissage. Se retrouver, échanger, partager, se sentir moins seul dans une pratique qui, au yeux du commun des mortels, paraît incongrue, est un rouage essentiel à l’encouragement, au maintien et au partage des savoirs et des pratiques. Par chance en France, l’Association Internationale Attelages Bovins d’Aujourd’hui et l’Association Française de Meneurs de Bovins organisent chacune une rencontre par an dans une complémentarité bénéfique. Merci à tous ceux qui s’engagent. Sans eux, la pratique de l’attelage bovin serait en danger. Les jeunes meneurs sont l’avenir et ils étaient à Chatelus-Malvaleix.

Michel Nioulou

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Deux bœufs Montbéliards de 4 ans dressés à vendre Ar (09) – août 2026

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Nous avons deux bœufs Montbéliard dressés de 4 ans à vendre. C’est notre voisin qui les a dressés avec un ami passionné de traction animale. Suite à des raisons familiales de mon voisin, il ne peut plus s’en occuper et a malheureusement décidé d’abandonner son projet. Nous cherchons une ou plusieurs personnes passionnées pour qu’ils poursuivent leur vie dans une autre ferme où leurs capacités s’expriment mieux que chez nous.

Les deux Montbéliards sont nés à notre ferme, dans l’Ariège.

  • Nous avons déjà débardé du bois.
  • Ils ont fait un peu de travail dans le jardin avec la charrue.
  • Ils sont habitués au trafic et ils ont participé, il y a deux ans, à la grande fête traditionnelle Autrefois Couserans à Saint-Girons, où il y avait beaucoup de monde.

Les deux savent en principe tout faire. Ils sont peut-être un peu rouillés, mais avec quelques après-midis de dressage, ils seront au top. Nous sommes prêts à accueillir, avec notre ami dresseur, des intéressé·e·s pour que nous les introduisions aux bœufs.

Bert-Jan Bootsma,

Lapassado@sfr.fr

Un métier à ferrer en Couserans (09) 2008

Boeuf de race casta

Article vient du site internet « A l’encre violette ». Pour lire l’article d’origine cliquez sur ce lien. 

Ce matin-là, les écoliers de La Bastide du Salat, en Ariège, n’en croient pas leurs yeux. En face de leur école, rien que pour eux, ressuscite une scène « d’autrefois le Couserans ». Le métier à ferrer accueille deux bœufs massifs d’environ une tonne, venus en camion du village de Betchat, de l’autre côté des collines boisées. Ils appartiennent à la race « casta », encore appelée « aure » et « saint-girons » du nom de leur berceau d’origine, la vallée d’Aure dans les Hautes-Pyrénées et le bassin de Saint-Girons dans le Couserans. Casta qui vient de « castagne », la châtaigne, désigne la couleur sombre de leur robe. Les vaches de cette race connurent leur âge d’or dans les montagnes d’Ariège, avant la seconde guerre mondiale, lorsqu’elles étaient traites pour la fabrication du célèbre fromage de Bethmale. Depuis 1958, le cheptel est tombé de 30 000 à 300 têtes. Quelques éleveurs tentent de maintenir la survie de la race.

Ancien foorgeron du village

Heureux et ému, Jean Martres, l’ancien forgeron et maréchal-ferrant du village, n’a pas voulu manquer ce moment et égrène volontiers quelques souvenirs et anecdotes. C’est d’ailleurs, son propre métier à ferrer qu’il céda à la commune à l’heure de la retraite, qui va encore prouver sa robustesse face à l’humeur du bétail.
L’essentiel de son travail consistait en l’entretien du matériel à traction animale et le ferrage des chevaux et bovins qui marchaient sur des chemins empierrés pour rejoindre les champs au temps des labours et tirer les chariots de bois et de céréales moissonnées. Son activité cessa au début des années 1960 avec la mécanisation et le développement des tracteurs.

Instalation du boeuf

Les deux bœufs présents ce jour, ne sont attelés qu’à l’occasion de transport du bois dans des endroits d’accès malaisé, et d’animations lors des fêtes locales pour faire renaître les coutumes anciennes. Bien qu’âgés de six ans et demi, c’est la première fois qu’ils entrent dans le système à ferrer pour subir un nettoyage des sabots.

Boeuf installer

Avant d’effectuer l’opération, il s’agit de préparer l’animal afin qu’il devienne inoffensif. En ayant soin de ne pas blesser ses cornes, on lie sa tête au joug à l’avant pour qu’il ne puisse plus avancer ni reculer.

La sangle ventrale

Puis avec un cric, on le soulève légèrement après lui avoir fixé deux sangles ventrales. Ensuite, on entrave une patte arrière en l’enchaînant à un pilier du métier. Enfin, avec une corde, on soulève la patte à travailler afin de la mettre à la bonne portée du maréchal-ferrant qui, aujourd’hui, se contente de « parer le pied » pour fournir au bœuf, un meilleur confort de locomotion.

Entrave patte

A l’aide du rogne-pied et de la mailloche, il enlève le surplus de corne à la partie inférieure du sabot. On dit qu’il « abaisse la muraille » afin que la bête puisse poser correctement la patte sur le sol.

Avec le rogne pied

Ensuite, avec une râpe, il finit d’égaliser la « sole », qui correspond à la plante du pied.

Avec la rape

Enfin, avec la cisaille, il raccourcit l’ongle trop long. Comme lorsque nous coupons trop court un de nos ongles, survient à l’une des pattes, un saignement plus impressionnant que douloureux à voir l’air paisible du bœuf. Le maréchal-ferrant va répéter les mêmes gestes à huit reprises (deux bœufs à quatre pattes, le compte est bon !).

Vue de loin

Jean Martres, volubile, nous conte l’opération de ferrage qui n’est pas prévue aujourd’hui. Il extrayait d’abord les clous des fers usagés à l’aide de grosses tenailles, les « tricoises ». Ensuite, il procédait au ferrage proprement dit qui s’effectuait, pour une meilleure efficacité, le plus souvent, à chaud autour de 1 000 degrés. Ainsi, le fer était bien ajusté et épousait mieux la corne du sabot. Selon la quantité de travail abattu par l’animal et le type de chemins empruntés, la longévité d’un fer était de trois mois. Ce sont 2 500 fers à bœufs qui étaient posés, chaque année, à l’époque florissante de la profession. Il préparait, à la fin mars, son stock de fers qu’il fabriquait à partir d’une ébauche. Comme pour nos chaussures, il existait différentes pointures de fers ( de 2 à 6) adaptées à la taille des sabots. Le fer à bœuf est complètement différent du fer à cheval bien connu qui trônait souvent aux portes des maisons et sur les cheminées en guise de porte-bonheur. Sur chaque sabot de bœuf, sont cloués deux fers de taille inégale car l’ongle intérieur est plus étroit et petit.

Fer a boeuf

Le maréchal-ferrant empiétait souvent sur les prérogatives du vétérinaire trop onéreux pour les paysans. Il lui arrivait, avec sa scie à métaux, de raccourcir les cornes trop longues. Lorsqu’il touchait par malheur, la partie vivante de la corne, il stoppait l’hémorragie de sang en cautérisant au fer rougi. Il procédait aussi, avec le trocart, au perçage des panses des animaux qui avaient trop abusé de trèfle ou sainfoin. Il élaborait encore quelque remède de bonne femme à base de miel, vinaigre et sulfate de cuivre pour soigner, avant de les panser, les bêtes blessées par un clou ou un tesson de bouteille.
Il soignait l’œil des bovins quand une « balle « d’avoine jetée de la grange au-dessus dans la mangeoire de l’étable, se logeait dans la cavité orbitale au risque de faire perdre l’usage de la vue à la bête. Avec son doigt recouvert d’un petit bout de tissu de lin enduit d’huile, il épousait sous la paupière, la forme de l’œil et enlevait le corps étranger gênant.
Jean Martres, digne d’un ostéopathe, se souvient même d’avoir guéri des foulures d’une patte avant d’un bovin en lui repliant le membre sur l’épaule !
Hors La Bastide, la majorité des bêtes provenait de Lacave, le village voisin, et des fermes de la Haute-Garonne limitrophe, notamment de Castagnède, His et Touille.
Le nettoyage des sabots et le ferrage s’effectuaient surtout lorsque le mauvais temps empêchait les agriculteurs de travailler dans leurs champs. Il faut donc imaginer l’affluence de paysans et d’animaux dans la cour du forgeron et sur le pré communal ainsi que les conversations animées presque exclusivement en patois.
La matinée s’achève par un moment fleurant délicieusement le terroir durant lequel le propriétaire des bœufs récapitule en langue occitane, les différentes étapes du nettoyage des sabots.

Proprietaire

Dans mon esprit, dansent des images et des sons d’il y a cinquante ans, le crottin des chevaux qui « décorait » le pavé de la rue de la République, artère principale de ma petite ville natale de Normandie, Monsieur Guignant actionnant le soufflet de sa forge rougeoyante, le bruit du marteau sur l’enclume quand il ferrait d’imposants chevaux percherons ou boulonnais.

Philippe Kuhlmann, l’un des derniers bouviers en activité 2022 (68)

Publication le 13 janv. 2022 par France 3 Grand EstFrance 3 Grand Est

Philippe Kuhlmann est agriculteur à Soultzeren, dans la vallée de Munster. Mais sur son exploitation, aucun tracteur. Depuis 40 ans, il dresse des bœufs et des taureaux, puis fait ses foins et travaux agricoles grâce à la traction animale. Des compétences qui font la réputation du bouvier (l’un des derniers en activité) partout en France et même plus loin. Ses bovins sont très demandés et des jeunes, qui veulent se lancer dans le métier d’agriculteur, se déplacent chez lui pour découvrir sa philosophie et son savoir-faire. Car la traction bovine connaît un regain d’intérêt. Portrait de ce passionné. Reportage N. Gaschy, X. Ganaye.

Vidéo « Coeur de mule » avec une Matthias Lee et une paire de bœuf (09) 2025

Matthias reprend l’activité d’une ferme d’Olivier Courthiade, en traction animale à Nescus (09). Entre sons et gestes, un langage se tisse entre ces animaux et lui, fait de reconnaissance mutuelle. Ici, nous captons leurs souffles, leurs pas, leur vitalité. La voix de Matthias nous rappelle aussi l’espérance que détient cette pratique millénaire. Un film de Coline Armand.

1ère Formation 2 Mains 4 Cornes auprès de l’équipe d’animalier de l’Ecomusée d’Alsace (68) 2026

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Retour sur 2 actions de formation « 2 Mains 4 Cornes » réalisées en ce début d’année 2026

1ère Formation 2 Mains 4 Cornes auprès de l’équipe d’animalier de l’Ecomusée d’Alsace.

Après une rencontre riche en échanges avec Sara, référente de l’équipe des animaliers de l’Écomusée d’Alsace, lors du rassemblement de bouviers au Puy du Fou en novembre dernier, un projet de formation a émergé durant l’hiver. L’objectif : accompagner la montée en compétences de la jeune équipe présente sur le site.

En effet, ces derniers mois, l’effectif de soigneurs alsaciens s’est renouvelé et restructuré autour du cheptel d’animaux présents, pour leur plus grand bénéfice.

Cette formation visait à mettre en confiance une équipe encore en quête d’expérience et d’assurance dans la gestion quotidienne de leurs bœufs de travail.

Avec beaucoup d’enthousiasme et de motivation, nous avons débuté par un temps théorique afin d’identifier les besoins réels de chaque participant (cinq animaliers de l’Écomusée ainsi qu’André Kammerer, bouvier alsacien expérimenté, présent en observateur).

Mon objectif était clair : recueillir un maximum d’informations pour établir un état des lieux précis des ressources humaines et animales, et ainsi construire un programme sur mesure, adapté aux axes d’amélioration identifiés.

L’alternance entre temps théoriques en salle et séances pratiques auprès des animaux me semble essentielle. L’assimilation des notions de relationnel positif et de “ménage” passe par cette complémentarité, nourrie par l’observation, la mise en pratique et une analyse constructive des actions de chaque bouvier face aux animaux.

Durant ces trois jours, nous avons travaillé successivement avec une jeune paire de bœufs, une vache, un bœuf plus expérimenté, ainsi que les dernières recrues du cheptel : une vache et son veau de trois mois.

Avec l’ensemble de l’équipe, nous avons défini les priorités suivantes :

  • le recadrage et la mise en confiance de la jeune paire de bœufs ;
  • la désensibilisation du veau au licol et à la longe, en méthode douce ;
  • la première sortie au pré de la vache et de son veau.

Chaque séance a permis aux bouviers de se positionner face aux animaux pour appliquer les apports théoriques, mais aussi d’expérimenter concrètement ce nouveau cadre construit ensemble.

Entre les appréhensions légitimes du départ, la crainte de faire un faux pas ou de ne pas trouver la juste posture face à des animaux imposants, les débuts ont parfois été hésitants.

Mais progressivement, chacun a su trouver ses repères. Grâce à un accompagnement bienveillant et adapté, chaque participant a pu progresser à son rythme.

Au terme de ces trois jours d’échanges, de transmission et d’apprentissage, je suis très fier de voir une équipe renforcée, plus confiante et engagée.

La qualité de l’ambiance collective a largement contribué à lever les appréhensions initiales. L’ensemble des acteurs de cette formation — humains comme animaux — a connu une évolution remarquable, portée par le sérieux et la capacité d’adaptation de chacun.

Un grand merci à toute l’équipe des animaliers pour cette expérience de formation en traction bovine, hors de mes terres vendéennes. Elle confirme mon engagement profond pour la transmission et le partage de ce savoir-faire, que je développe depuis plus de vingt ans, notamment autour du travail avec les bovins.

C’est avec grand plaisir que j’envisage une seconde session, afin de consolider les acquis et accompagner durablement cette dynamique de relation positive initiée avec vos animaux, durant cette semaine magnifiquement ensoleillée.

Site internet : 2mains4cornes.fr 

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Quel animal de labour en Camargue : bœuf ou cheval ? 1300-1830

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L’ouvrage réunit vingt-sept études issues de plusieurs décennies de recherches consacrées à la ville d’Arles. Il aborde son histoire politique, sociale et économique, en particulier à la fin du Moyen Âge, période durant laquelle Arles occupe encore une place centrale comme ville d’Empire, port de commerce et siège archiépiscopal. La grande histoire s’y entremêle avec celle du quotidien. 

Parmi ces études, le chapitre « Quel animal de labour en Camargue : bœuf ou cheval ? 1300-1830 » s’intéresse aux pratiques agricoles sur le temps long. Il analyse le rôle central du bœuf de labour en Camargue, son maintien jusqu’à l’époque moderne, puis la progression lente du cheval et des mules à partir du xve siècle. Le texte met en relation les types de labours, les outils utilisés et les choix d’animaux de traction, en montrant que le recul du bœuf ne relève pas d’un simple progrès technique mais d’une représentation durable des sols et du travail agricole.

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Texte intégral

Durant des siècles, le territoire d’Arles et plus particulièrement la Camargue ont été l’un des greniers des pays de la Méditerranée occidentale où Marseillais et Génois venaient chercher le grain nécessaire à leur approvisionnement. Vers 1830, au moment où est publié la Statistique du département des Bouches-du-Rhône, la Camargue est toujours cette terre à blé et, à propos de sa production, les rédacteurs de cet ouvrage insistent sur deux aspects : la nature des labours, le bétail utilisé pour ces labours1.

Il y a un débat entre ceux qui sont partisans d’un labour superficiel et ceux qui préconisent un labour profond. Les premiers l’emportent de beaucoup.

Il existe en Camargue un préjugé qu’il importe de déraciner et qui a son origine dans le plus faux de tous les calculs. La plupart des fermiers prétendent qu’en labourant à plus de 12 ou 15 cm, on enfouit trop profondément la couche superficielle qui seule contient la terre végétale, et que l’on ramène à la surface la couche inférieure, sansouireuse, amère et dépourvue d’humus nécessaire à la végétation. On peut détruire ce singulier raisonnement de deux manières, d’abord par la théorie, et ensuite par l’expérience.

La Statistique apporte précisément le témoignage d’un certain. M. Roux propriétaire en Camargue :

J’étais persuadé que l’influence de l’air (M. Roux pouvait ajouter : et celle des cultures) finirait par rendre cette nouvelle couche aussi productrice que celle que j’allais placer au-dessous d’elle, et que le blé qui pourrait ainsi végéter sur un fond devenu beaucoup plus profond donnerait progressivement de plus belles récoltes. L’expérience m’a en effet démontré que, hors la première année où les résultats n’étaient pas cependant très inférieurs à ceux des années précédentes, on trouvait dans celles qui suivaient un bien grand dédommagement de ce premier mécompte, ainsi qu’aux frais un peu plus considérables que peuvent exiger de plus forts labours, et je persiste à croire que, par la persévérance de cette pratique, on finirait par rendre propre à une culture variée des terrains qu’on regarde aujourd’hui comme condamnés à un éternelle jachère2.

Pour les auteurs de la Statistique ce raisonnement est tout à fait fondé. Le laboureur doit opérer un mélange des différentes couches et enrichir son sol par des engrais ou des amendements convenables. En agissant ainsi, il faudra un très court espace de temps pour avoir, dans quelque terrain que ce soit, une épaisse couche de terreau propre à toutes sortes de cultures en Camargue comme ailleurs. Cette pratique des labours superficiels solidement ancrée a été au xixe siècle combattue par l’enseignement des chambres d’agriculture3. Elle amène à se poser une double question : quand est-elle apparue ? A-t-elle un lien avec l’animal utilisé pour la traction de l’instrument aratoire ?

Tous les ouvrages, tous les auteurs, Statistique du département des Bouches-du-Rhône, Essai sur la statistique de la ville d’Arles de Pierre Véran, l’article de Roger Livet sur « Le bœuf de labour dans l’ancienne Provence » sont d’accord : entre 1780 et 1830 se produit un recul considérable du bœuf devant les mules et les chevaux4.

La Statistique revient à plusieurs reprises sur la question.

Autrefois les bœufs de Camargue pliés au joug faisaient les travaux dans le territoire d’Arles. La main-d’œuvre étant devenue progressivement plus chère, les animaux, par leur lenteur, ne correspondent plus à l’économie du propriétaire… leurs services depuis quarante ans sont devenus tous les jours plus rares. Aujourd’hui le laboureur trouve moins de risque et plus d’avantage à employer des mules ou des chevaux (t. iv, p. 270).
On employait autrefois ce quadrupède beaucoup plus fréquemment qu’aujourd’hui, et le pays en possédait de nombreux troupeaux, soit de bœufs noirs (Camargue), soit de bœufs rouges… Aujourd’hui on fait traîner la charrue par des mulets, des chevaux ou des ânes […]
La difficulté de les plier au joug et celle de trouver de bons bouviers a fait abandonner cette méthode depuis environ quarante ans, aujourd’hui le Grand et le Petit Badon sont les seuls domaines de Camargue où on laboure encore avec des bœufs sauvages (t. iv, p. 487).

Dans son Essai sur la statistique d’Arles, Pierre Veran décrit la situation à la fin du xviiie siècle :

On peut évaluer à 1 250 le nombre des charrues qu’il faut à l’agriculture d’Arles. Elles sont toutes traînées par des mules, mulets ou chevaux, à un petit nombre près qui le sont par des bœufs dociles, tandis qu’autrefois un tiers de la culture se faisait avec des bœufs sauvages de couleur noire indigènes au pays, mais leur service n’est pas applicable à ce qu’on appelle la grande culture puisqu’on peut ne les employer qu’à la petite charrue nommée araire laquelle n’opère pas aussi bien que celle appelée coutrier, encore moins celle appelée la charrue tirée par six bêtes de forte taille.

L’on compte, sur le territoire d’Arles, 1138 chevaux, 856 juments 1 517 mules, 230 mulets et 950 bœufs ou vaches sauvages lesquels ne donnent aucun bénéfice que le travail qu’on en tire.

Roger Livet insiste sur l’importance du bœuf de labour dans la Provence médiévale et moderne et énumère les raisons possibles de son recul et souvent même de sa disparition à la fin du xviiie siècle et au début du xixe siècle : révolution agricole au xviiie siècle et apparition de nouveaux types de charrues, changements de cultures et progrès de la vigne, confiscation des grands domaines qui utilisaient les bœufs à l’époque de la Révolution et morcellement des propriétés, série d’épizooties, prix respectifs du bœuf et du cheval. Tous ces éléments ont pu jouer un rôle. Mais d’autres aspects ont été omis : la nature des labours et la chronologie.

En effet, c’est déjà avant 1780-1800 que se produit un progrès du cheval aux dépens du bœuf. Dans des baux de l’époque moderne, le fermier peut-être obligé d’utiliser des chevaux et non des bœufs. Dans ce bail de 1771, le nombre et les modalités des labours sur des terres appartenant aux Hospitaliers sont précisés :

soulèvera les terres à la Saint Antoine (17 janvier) (il s’agit du premier labour…) les labourera avec des bêtes à pieds ronds, et non avec des bœufs, semant sur 8 raies, couvrir non comprise (c’est-à-dire fera 8 labours, plus l’enfouissement des semailles5).

Dès l’époque moderne il y avait en Camargue ce préjugé selon lequel les labours profonds exécutés avec des bœufs avaient le défaut d’enfouir la bonne terre et de ramener à la surface la couche inférieure, salée et dépourvue d’humus et on tenait à effectuer avec des chevaux et des mulets des labours peu profonds de 12 à 15 cm. Le recul du bœuf, le progrès du cheval remontent loin dans le temps. Cela amène à s’interroger sur la situation aux derniers siècles du Moyen Âge.

Georges Duby l’a remarqué :

On vit dans une partie de l’Europe occidentale le cheval se substituer au bœuf pour le labour […] point sans doute avant le xiie siècle […]. Il n’est pas aventuré de penser que la mutation s’est opérée dans les plaines de France, de Picardie, de Flandre et de Lorraine, aux alentours de 1200. Elle se révélait avantageuse. Moins sans doute sur la frange des essarts, où l’extirpation réclamait la force des bêtes bovines que sur les « campagnes » aménagées. L’adoption du cheval de trait convenait moins à l’extension de l’espèce agraire qu’à l’intensification de la culture. Ce changement apparaît ainsi, contemporain du ralentissement des défrichements, comme un nouveau signe d’une conversion générale de l’économie rurale au cours du xiie siècle. Le cheval en effet est rapide, beaucoup plus que le bœuf. L’employer, c’était accélérer considérablement les façons de la terre, donc se donner les moyens de multiplier les labours, et aussi de passer la herse que, dès le xie siècle, la « tapisserie » de Bayeux montre traînée par un cheval. L’abandon de l’attelage bovin engageait aussi à étendre la culture de l’avoine ; il semble ainsi lié à une pratique plus régulière de la rotation triennale. Dans les campagnes qui s’y résolurent, il permit surtout d’améliorer notablement la préparation de la terre, donc sa fertilité, de réduire les temps de jachère, de hausser le rapport des semailles. Il marque l’avènement d’un système agraire plus hautement productif.

Cette substitution du cheval au bœuf, si remarquablement présentée est valable pour les pays d’entre Loire et Rhin. Georges Duby l’admet :

Pourtant dans beaucoup de régions, les paysans continuèrent d’atteler des bœufs. Délimiter les régions où régna cette réticence apprendrait beaucoup. Cette étude géographique n’est pas faite. On sait toutefois que le cheval de labour ne pénétra pas dans les pays du Midi, peut-être parce que l’avoine y venait mal […] La substitution du cheval au bœuf fut donc, peut-être au xiiie siècle, elle aussi plus limitée qu’on l’a dit. D’où l’intérêt de mieux la circonscrire6 […]

La Provence, le territoire d’Arles, la Camargue appartiennent à ce Midi réfractaire au changement. Tout le monde se plaît à insister sur l’importance du bœuf de labour dans l’activité agricole provençale. L’enquête sur les commanderies de l’ordre de l’Hôpital dépendant du Grand Prieuré de Saint-Gilles en 1338 que Georges Duby a étudiée, recouvre l’ensemble de la Provence et le sud du Dauphiné et donne une idée de la situation dans la première moitié du xive siècle : sur des dizaines de seigneuries, seules trois parmi les plus méridionales (Fos, Marignane et Mallemort) utilisent des chevaux ou des mulets. Partout le bœuf est l’animal de labour.

La Camargue, comme le Plan-du-Bourg et le Trébon, est constituée d’affars. Il s’agit d’un ensemble de terres labourables, de pâturages et souvent de paluns d’un seul tenant groupés autour d’un habitant, mas ou souvent autour de 1400 d’une cabane. Cette terre produit des blés, avant tout du froment (tozella et saysseta). Elle est cultivée en assolement biennal. Il y a là une remarquable continuité. Vers 1800, Pierre Véran écrit : « Dans le territoire d’Arles, chaque année la moitié des champs reste en jachère »7. En 1338, les Hospitaliers possèdent dans le nord de la Camargue le domaine de Port Arnaut : « cette baillie a une grange appelée Port Arnaut et dans cette grange elle a 320 sétérées de terre qui sont cultivées en deux termes, c’est-à-dire chaque année 160 sétérées », ce qui est dit de Port Arnaut est vrai pour toutes les terres des Hospitaliers à Arles.

Emmanuel Le Roy Ladurie a écrit : « La jachère bisannuelle est gaspilleuse de travail » et il évoque « les quatre, cinq sept et même huit labour »8. Selon Pierre Véran, à l’extrême fin du xviiie siècle, à Arles, « on donne régulièrement à chaque terre que l’on ensemence cinq sillons, parfois six, selon les capacités du propriétaire ou du fermier9 ». Dans les baux des Hospitaliers au xviiie siècle, on trouve ce genre de formules : « semence sur huit raies, couvrir non comprises10 ». Quinqueran de Beaujeu au xvie siècle écrit : « Personne au monde ne laboure mieux et avec plus de soin que les Provençaux, car certains n’ensemencent leur blé qu’à la quatorzième raie11 ». Peut-être exagère-t-il, car il a tendance à embellir la réalité provençale et arlésienne ? Mais les contrats d’arrentement et de facherie mentionnent des « raies » nombreuses ; sept, huit, neuf. Surtout huit et neuf. Les deux formules qui reviennent le plus souvent dans les contrats sont : « octo reguas temporibus congruis inclusis reguis de trossar et semenar », « novem reguas inclusis reguis de trossar et semenar ». Au xive et xve siècles comme au xviiie siècle, huit et neuf labours sont la pratique courante.

L’instrument utilisé est l’araire : aratrum, quelquefois raiola. Les inventaires conservés dans les registres de notaire révèlent sa présence dans nombre de maisons urbaines et dans tous les mas. L’araire se trouve avant tout dans les mains des nobles qui sont les grands propriétaires fonciers et dans celles des laboureurs qui exploitent les terres des nobles ou travaillent sur leur propres terres.

Dans la première moitié du xive siècle, l’usage du bœuf est général. En 1338, il n’y a que des bœufs dans les granges (c’est-à-dire les mas) des trois commanderies arlésiennes de Saint-Thomas de Trinquetaille, de Saliers et du Temple. Dans l’ensemble des granges dépendant de Saint-Thomas de Trinquetaille, il y a 80 bœufs de labour pour lesquels on dépense 2 000 quintaux de foin12. En 1341, dans les mas de l’archevêque, se trouvent des boves arabiles ou boves de aratro : 12 à la Tour-du-Vallat, 24 à Boiscomtal, 16 à Furane, 12 à Villeneuve13. Au milieu du xiiie siècle, lorsque s’est produite à Arles une violente révolte contre l’archevêque Jean Baussan, le chef de ce mouvement, Pons Gaillard, se rend dans les domaines de l’archevêque, s’empare des bœufs et les emmène dans son propre mas14. Dans ces maisons, un homme est chargé de l’entretien des bêtes, le boaterius ; d’autres sont les responsables du labour, les conducteurs d’araires, les bubulcus ou boerius. Les inventaires de biens mobiliers confirment ce rôle des bœufs. On y trouve des araires destinés aux bœufs : chez un laboureur sex raiole ferri bobum ; des tornadoyre bobum, des rênes, des guides de bêtes de labour.

Dans la deuxième moitié du xive siècle, en pleine crise, on utilise toujours les bœufs. En 1373, le précepteur de Saliers s’efforce de remettre en exploitation ses terres après les ravages causés par le duc d’Anjou : il explique qu’il a dû acheter trois bœufs et que quatre attelages de bœufs lui seront nécessaires15. En 1405, le marchand florentin Francesco Benini a pris à rentre l’affar de Mastibert ; il le confie à deux fachiers. Ceux-ci s’engagent à cultiver 200 sétérees. Il leur fournit dix-huit bœufs de labour16. Mais durant la première moitié du xve siècle un changement se dessine et s’affirme.

Une série de détails attestent la réalité de cette transformation :

  • en 1433, un laboureur, Rostan Belfort, dans son testament, lègue à son frère mulam meam cum ferro quod est infra stabulum una cum aratro, relha, suffra, basteto et toto governamento aratris (sic) mei17 ;
  • dans les inventaires on trouve des objets significatifs : tornadoyra rossatinotrum, collare equi ad laborandum.

Des chevaux, des mules : le bœuf n’est plus le seul animal de labour.

Les livres aux contrats des Hospitaliers et les comptes de l’archevêché sont très précieux par les indications qu’ils fournissent :

  • sur les herbages de l’affar de Mastibet, le contrat de facherie de 1404 prévoit la nourriture de dix bœufs ; celui de 1421 parle de vingt cinq bœufs ou chevaux de labour18 ;
  • dans l’affar du Trébon, en 1401, il est encore question de bœufs de labour, puis entre 1406 et 1420 « d’animaux de labour » sans précision19 ;
  • en 1418, sur les terres de l’archevêque, à Villeneuve il n’y a que des bœufs ; en 1424, sur celles de la Tour-du-Vallat, on emploie 30 bestias grossas tam bovinas quam rossatinas20 ;
  • le mas de Paulon situé en Camargue au nord-est de l’étang de Vaccarès et appartenant à la commanderie des Hospitaliers dite « du Temple » apporte un témoignage décisif. En 1406, comme en 1338, on n’utilise que des bœufs ; en 1434, il s’agit d’animalibus arativis et en 1438 on rencontre pour la première fois l’obligation pour le fachier de recourir aux chevaux : « … et non laborare cum animalibus bovinis ymo cum rossatinis nisi de consensu ipsius domini preceptoris » ; pour le même mas en 1498 et en 1502 on trouve la formule « … et hoc de animalibus rossatinis21 ».

Les textes concernant les propriétés des laïcs confirment le phénomène. En 1436, le laboureur Jean Rostan possède deux aratra et quatre bestias rossatinas et la même année un autre laboureur Peyre Malorie a trois aratra et six bestias rossatinas22. Dans le mas du noble Alexis Cays, en 1456, se trouvent huit aratra et trente trois bestie rossatine de ferro de boaterie turris sive mansi23. Entre 1433 et 1455, Alzias et Johan Porcellet passent neuf contrats de facherie pour trois de leurs affars (Mayrana, Méjanes, Montlong) ; dans les neuf actes ne sont prévues que des bêtes rossatines24.

Cela ne signifie pas que le bœuf disparaît. Durant la même période, le laboureur Ranos Buas en a quatorze et la famille Saint-Martin en a seize dans son mas25. Au milieu du xvie siècle, Pierre Quiqueran de Beaujeu écrit, parlant des labours : « Il y a tellement de jeunes bœufs que, dans plusieurs fermes arlésiennes, on ne les élève que pour ce travail ». Il décrit longuement les taureaux de Camargue, les ferrades et la façon dont certains de ces taureaux sont dressés pour les travaux agricoels26. À partir des années 1420-1450, il y a sur le territoire d’Arles coexistence du bœuf et du cheval. Elle a duré jusqu’à la fin du xviiie siècle. Même quand un propriétaire utilise des chevaux, le nom de ceux qui s’en occupent et les conduisent sont le boerius et le boaterius et le groupe des chevaux d’un mas est la boateria.

Le fait important est la substitution du cheval au bœuf qui s’amorce entre 1420 et 1450. Elle commence au moment où la courbe démographique est à son point le plus bas : la reprise et les premières reconstructions de mas sont de peu antérieures à 1440. Il est difficile de l’expliquer par les considérations que l’on trouve dans la thèse de Fernand Braudel : « Le bœuf, chaque fois, disparaît parce que trop lent à répondre à une culture conquérante du blé, exigée le plus souvent par une pression démographique27 ». Les raisons avancées par Georges Duby pour la substitution du cheval au bœuf au xiie siècle, citées plus haut, ne s’appliquent pas à la campagne arlésienne. L’apparition et le progrès du cheval restent mystérieux. Aucun document ne permet de les expliquer. Ne peut-on imaginer qu’aux alentours de 1420, dans le milieu des propriétaires fonciers et des laboureurs arlésiens, soit apparue l’idée selon laquelle des labours superficiels faits avec des chevaux étaient préférables à des labours profonds effectués par des attelages de bœufs ? En ce début du xve siècle serait né ce qu’au xixe siècle on appelait un préjugé et qui allait dominer l’agriculture arlésienne aux Temps Modernes.

1re édition : paru dans Cahier d’histoire des techniques 8. Des outils, des machines et des hommes. Études offertes à Georges Comet, Aix-en-Provence, PUP, 2012, p. 171-179.

Bibliographie

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Bibliographie

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Gangneux G., L’ordre de Malte en Camargue du xviie au xviiie siècle, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 1979, 215 p.

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Veran P., 1957, Essai sur la statistique de la ville d’Arles, son terroir et ses environs, Bibliothèque municipale d’Arles, manuscrit 490-495, Arles.

Notes de bas de page

1 Villeneuve, 1821-1829.

2 Ibid., p. 269-270.

3 Gangneux, 1979, p. 55.

4 Véran, 1957, p. 29-42.

5 Gangneux, 1979, op. cit., p. 38.

6 Duby, 1962, I, p. 200-201.

7 Véran [s.d.], manuscrit 198, fo 132 vo.

8 Le Roy Ladurie, 1966, p. 77-78.

9 Veran, 1957, op. cit., p. 268.

10 Gangneux, 1979, op. cit., p. 38.

11 Quinqueran de Beaujeu, 1999, p. 78.

12 Archives départementales des Bouches-du-Rhône (ADB), 56 H 123.

13 Ibid., et III G 197.

14 Albanès et Chevalier, 1901.

15 Archives vaticanes, Instrumenta misecellanea 5851, Valence, 1901, no 1013.

16 ADB, 405 E 24.

17 Stouff, 1986, p. 406-407.

18 ADB, 56 H 3240, fo 63 (1404) et 3242, fo 15 (1421).

19 Ibid., 56 H 3240-3242.

20 Ibid., III G 206.

21 Ibid., 56 H 3098, 3099 et 3101.

22 Stouff, 1986, op. cit., p. 408-409.

23 Ibid., 409.

24 Ibid., 409.

25 Ibid., 409.

26 Quinqueran de Beaujeu, 1999, op. cit., p. 78 et 86-101.

27 Braudel, 1949.

Détails 

Stouff, Louis. «  Quel animal de labour en Camargue : bœuf ou cheval ? 1300-1830 ». In Arles au Moyen Âge finissant. Aix-en-Provence: Presses universitaires de Provence, 2014. doi:10.4000/books.pup.18087.

Éditeur : Presses universitaires de Provence
Lieu d’édition : Aix-en-Provence
Publication sur OpenEdition Books : 9 décembre 2020
ISBN numérique : 979-10-365-6141-2
Année d’édition : 2014
ISBN (Édition imprimée) : 978-2-85399-888-8
Nombre de pages : 374
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