Des bouviers attachés à des pratiques moins intensives
Malgré la place prépondérante du tracteur en agriculture, quelques irréductibles bouviers résistent en France. « Tu ne peux pas forcément vivre en faisant de l’agriculture avec un attelage, mais selon le type d’exploitation il n’y a pas besoin de tracteur, explique Paul Libmann, ancien vétérinaire rural de Cerdagne et Capcir. Les bouviers qui se rassemblent portent des traditions, ils veulent conserver et transmettre leurs savoir-faire, ils sont contre l’élevage et l’agriculture intensifs et leur philosophie de travail consiste à respecter d’abord le sol, ce qui est possible avec des bœufs. »
C’est le cas par exemple de Jo, retraité de 78 ans dans la Creuse, mais bouvier toujours actif. Il dit être « né sous les vaches » et travailler un hectare de légumes grâce à une bête. « Mon fils a quatre vaches de travail. Notre approche consiste à se focaliser sur la petite agriculture spécialisée, qui demande une grande précision. »Pour leur part, Matthieu et Stéphanie, maraîchers du Maine-et-Loire, travaillent avec des vaches de race nantaise, dont une génisse qu’ils conduisent aux rênes.

Du travail agricole à la médiation animale
Mener un bœuf ou une vache dans les champs relève d’une passion du dressage et de la relation avec l’animal. Mais le bovin est de plus en plus utilisé dans d’autres domaines. Ainsi cet agent animalier et dresseur de bœufs du parc d’attractions vendéen le Puy du Fou a créé une académie pour la valorisation bovine en traction, en médiation animale et en figuration artistique.« J’ai trois paires de bœufs en médiation auprès de publics handicapés, âgés ou délinquants. Nous avons l’image du bovin pour le lait et la viande mais il y a tout un relationnel avec ces animaux. »À Béna, Eline Hoefsloot, éthologue et hôte de ce rassemblement, sait éduquer des vaches de race Galloway pour la balade. Le rassemblement 2026 s’est d’ailleurs déroulé à la ferme Can Llull et était consacré notamment à l’éthologie, aux bovins de loisir et aux bovins de travail.
Une association créée pour transmettre les savoir-faire
L’association a été créée en 2023 par deux jeunes amoureux des bovins. Avant de fonder ce collectif qui regroupe aujourd’hui plus de 140 adhérents, la présidente Léonnie Biteau et le trésorier Corentin Huber ont chacun accompli une marche de plusieurs semaines à travers le pays, l’une en compagnie de deux bœufs, le second avec sa Modestine âgée de trois ans. L’objectif étant de partager connaissances, techniques, matériel et traditions, bouviers et fabricants de jougs (il en reste trois en France) se retrouvent une fois par an dans un lieu différent. Le choix de Béna n’est pas anodin : d’une part, l’hôte est membre de l’association et pratique le dressage de bovins, d’autre part la Cerdagne et le Capcir sont des lieux d’utilisation traditionnelle de l’attelage bovin en agriculture. Et, selon les participants réunis, le plus gros réseau de bouviers se trouve dans la chaîne des Pyrénées. Le rassemblement s’inscrit dans la mission affichée par l’Association française des meneurs de bovins : fédérer les pratiquants et promouvoir la traction bovine et la transmission des savoir-faire associés.
