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Les bœufs de travail, lo bestial de tira 2025

Les boeufs de travail lo bestial de tira 2025 Paul Sibra Attelage de bC593ufs

(Paul Sibra, Attelage de bœufs; Domaine Public.)

Voici deux articles qui nous ont été partager issue du blog « partager le voyage« .

Les BŒUFS de TRAVAIL, lo BESTIAL de TIRA 

Parce qu’un homme nous a quittés trop tôt (Sébastien Saffon [1974-2025]), parce qu’il avait le souci d’un passé contribuant à un présent valide, parce que considération et conscience pour les animaux nature, d’élevage, de compagnie, reviennent au respect de toute forme de vie côtoyée et aussi de la personne que nous devrions être, parce que même passif, je reste solidairement complice de la cruauté, de la bêtise spécifiques à notre espèce, parce que j’ai aimé Lami, le trait breton de mon grand-père, parce que j’ai gardé, le souvenir magnifique de la vache vive, curieuse, au port de tête auguste, aux beau yeux sans doute sous son moscalh (je suis long mais les petits vieux de Nescus dans l’Ariège, qui labouraient le champ de patates avec, généreux, ouverts, si heureux d’être encore autonomes, de faire venir le cochon, valent admirablement mon évocation maladroite pour un tableau vivant de Millet (1) [promis, je récupèrerai les diapos un jour ! ]) ; enfin, parce qu’il me faut continuer à expier mes crimes avérés envers les oiseaux, plus tard les petits chats, sinon accidentels…   
Ces aveux coûteraient-ils beaucoup, attendu que (autant en arriver à un réquisitoire) les animaux dits domestiqués (un terme à trop forte connotation d’emprise) ont accompagné la marche de l’Homme dans la cohabitation puis vers la domination du milieu jusqu’à en abuser et finalement, à force de folie captatrice, se retrouver en danger d’autodestruction, en raison de tout ce qui précède, un besoin me commande de parler plus généralement et plus concrètement à cause de la proximité audoise du Lauragais, des bœufs de travail. 
Les boeufs de travail lo bestial de tira 2025 joug3201850 192520MusC3A9es20dC3A9partementaux20de20la20Haute SaC3B4ne20under20the20Creative20Commons20Attribution Share20Alike203.020Unported20license.jpg20photo20Monnin20Jacques
joug3 1850-1925 Musées départementaux de la Haute-Saône under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license..jpg photo Monnin Jacques. Une forme a priori des plus rudimentaires plutôt pour des vaches dirait-on. 
Encore à l’origine de cette quête « J’ai deux grands bœufs dans mon étable… » (2) (à suivre) 
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Toulouse-Lautrec_-_DEUX_BŒUFS_SOUS_LE_JOUG, Domaine public. Étonnant chez Lautrec qui nous a plutôt habitué aux excès des soirées parisiennes… 
(1) Mais chez Jean-François Millet et ses tableaux de pauvres paysans, les attelages de bœufs n’apparaissent pas. 
(2) chanson de Pierre Dupont (1821-1870), poète, chansonnier à Paris, estimé par Auguste Fourès. À Lyon où il revient après avoir perdu sa femme et le bonheur, malgré les amis voulant lui rendre le goût de vivre, il meurt à 49 ans… Sa vie contredit quelque peu les paroles de sa chanson où la vie des bœufs est préférée à celle de l’épouse. Une rue porte son nom, non loin de l’École Normale à la Croix-Rousse, qui m’accueillit en septembre 1971. 
Les bœufs ont une espérance de vie entre 15 et 18 ans. Adultes, ils pèsent entre 700 et 800 kilos. Petit détail physiologique, leur propension à se coucher du côté gauche fait que le rein est plus gros et plus chargé de graisse que le droit. 
De caractère ils peuvent être rétifs, peureux, furieux… Dans ce dernier cas, une castration tardive a une incidence certaine sur la docilité ; cette ablation est subie entre six et douze mois ; trop tôt, cela nuirait au développement physique, trop tard  cela influe sur un caractère difficile demandant plus d’efforts. 

… un besoin commande de parler plus généralement et plus concrètement à cause de la proximité audoise du Lauragais, des bœufs de travail, donc avec la prise en compte d’une propension préalable à un sentiment à l’égard des bêtes, des bœufs de trait, puissants, dociles, possiblement issus des aurochs disparus voilà 400 ans à cause de qui vous savez. 

 

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Les rois fainéants (670-752). Lithographie en couleurs par E. Crété d’après une illustration de H. Grobet, Histoire de France, Paris, Émile Guérin, 1902.

 

Autre antécédent, l’empereur des villae et missi dominici, Charlemagne, ne se déplaçait-il pas en chariot tiré par quatre bœufs, comme ces rois dits fainéants qu’en bon carolingien il dénigrait en toute chose  ? 

Pour revenir à un temps plus actuel bien que révolu, des sept décennies presque engagées sur la huitième (et si concordantes avec l’âge de mes artères…), réfléchissons à ce qui correspond, malgré l’affirmation toujours plus marquée de la mécanisation, à la mise en valeur des terres grâce à la participation indispensable des bêtes. 
Plus le nombre de paires d’animaux est important (une pour six hectares ?), plus la superficie à travailler est grande (2). Un coût d’entretien trois à quatre fois moins cher a fait préférer le bœuf au cheval. 
On dirait que, couplés à la croyance populaire, à un fond de superstition itou, des partis pris sur la robe des bêtes influent sur les choix des paysans : le poil blanc (3) désigne un spécimen à engraisser, plus gris ou brun, le pelage dénote du flegme, de la mélancolie ; il faudrait éviter le moucheté, signe de paresse. 
En vue de leur utilisation, les cornes doivent être formées par rapport à l’équipier et au joug. Il est profitable d’appairer le débutant avec un aîné déjà formé. 
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joug2 1850-1925 Musées départementaux de la Haute-Saône under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. Photo Monnin Jacques
Le joug double, s’agissant d’un joug de tête (de poitrail pour le cheval) est dit « coiffant » en Lauragais ; sur mesure et à demeure c’est la mission du jougtier passant de ferme en ferme. Il prend les mesures des animaux, travaille à la hache et à l’herminette, en principe en un jour, le polissage devant être inclus ; la tâche est complétée avec la confection des « julhas », les longes de cuir à lier aux cornes et au front. 
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Toulouse-Lautrec 1864-1901 LES BOEUFS SOUS LE JOUG (SOUVENIR DE MALROME) 1881 under the Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license.

 

Habitués et comme redevables à l’homme qui les nourrit, les abreuve, les panse et qui décrète qu’il n’y a pas plus heureux qu’un bœuf à la mangeoire (« Uros coma un buou a la grupia »), les animaux se mènent à la voix et au geste pour habituer les oreilles à la corde puis aux guides. L’apprentissage du joug se fait entre deux et trois ans. Lors du labour, l’animal de gauche apprend à suivre le sillon, pour l’utilisation de la faucheuse, c’est celui de droite qui conduit. Un résultat probant demande beaucoup de patience empreinte de douceur, de tendresse. Cette prévention apparaît même avec la façon de nommer l’aiguillon puisqu’on préfère le terme “ toucadou ” (phonétiquement) plutôt qu’ “ agulhado ”, aiguillon. Et si génériquement, les intéressés parlent de Mule et Marelh suivant la position des bêtes, les bœufs, tout comme les vaches, répondent à leurs noms. Entre ces compagnons de travail, l’humain perçoit même une connivence sinon une amitié liée à l’habitude de tirer ensemble… 
(2) Moins puissantes mais plus rapides, les vaches suffisent à une propriété plus modeste. 
(3) la couleur blanche peut être considérée comme la teinte la plus claire du gris… Les deux de la chanson de Dupont sont blancs tachés de roux. En Lauragais, surtout de race gasconne, ils sont gris-blanc. 
Addendum : 
L'HISTOIRE%20de%20la%20FRANCE%20racont%C3%A9e%20%C3%A0%20tous%20les%20enfants,%20de%20tr%C3%A8s%20grand%20format,%20con%C3%A7u%20par%20Jean Jacques%20et%20Claude%20Nathan,%20illustr%C3%A9%20par%20Henri%20Dimpre%201958%20FERNAND%20NATHAN%20
« L’HISTOIRE de la FRANCE racontée à tous les enfants », de très grand format, conçue par Jean-Jacques et Claude Nathan, illustrée par Henri Dimpre 1958 FERNAND NATHAN. Il en va ainsi des pays trop fiers qui magnifient leurs hommes dits providentiels, légalistes ou non, quitte à diffamer leurs prédécesseurs… 
PS : toute participation à bon escient ne peut être que bienvenue. 

Formation à la taille de jougs d’attelage avec Michel Nioulou Les 11,12 et 13 Mai 2026 Chatelus-Malvaleix (23)

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Tailler des jougs d’attelage de bovins en 2026 parait décalé, surprenant, anachronique, improbable, folklorique.

Certes, c’est atypique pour l’époque, voir inconcevable aux yeux de nombreuses personnes non averties.

Pourtant, bien que la chose soit méconnue, nous sommes bien dans une réalité de terrain, dans une pratique actuelle et utilitaire. Trois personnes en France fabriquent encore régulièrement des jougs de travail, pour l’utilisation en agricole ou pour une utilisation de démonstration (fêtes locales, parc à thème, écomusées, entreprises de la traction bovine…).

Gilles Péquiniot en Alsace fait des jougs Vosgiens fabriqués avec les moyens ordinaires d’un menuisier ébéniste (scie, rabots…) du fait de leur forme simple et droite.

Lionel Rouanet et moi même taillons des jougs à la hache et à l’herminette. Ils sont ainsi fabriqués car ils ne peuvent pas être réalisés autrement, les outils classiques de menuisier, contrairement aux jougs vosgiens, ne pouvant produire les formes tout en creux, en courbes et en petits recoins difficiles à réaliser avec une machine sur ce type de joug sculptés.

L’âge avançant, avec mes 62 ans nouvellement fêtés, il me tardait de partager l’expérience acquise pour ma part pendant 21 ans de pratique afin de maintenir un savoir faire en danger du fait du peu d’artisans en capacité de le faire.

Lionel, beaucoup plus jeune que moi a de son côté déjà eu en formation quelques personnes. De mon côté, j’ai eu en stage les jeunes bouviers du Puy du Fou ainsi que deux autres personnes individuelles .

Mon but, en proposant ce type de formation sur trois jours dans le cadre de l’Association Internationale Attelages Bovins d’Aujourd’hui, est de partager et transmettre le maximum des savoirs, de la méthodologie et des erreurs à ne pas commettre pour que parmi les stagiaires, je réussisse à motiver quelques personnes afin de faire perdurer la taille lorsque je ne pourrais plus la pratiquer moi-même.

Certes c’est une niche, mais nombres de personnes ou structures ont besoin chaque année de jougs neufs, adaptés aux morphologies grandissantes des animaux que les jougs anciens, outre le fait qu’ils ne sont pas toujours en état d’assurer une sécurité maximum, sont trop petits pour les animaux actuels même sur les races anciennes pourtant non sélectionnées pour la conformation bouchère.

Mon but était aussi de former des gens qui ne viennent pas apprendre juste pour se faire plaisir à pratiquer une activité insolite comme on irait se dépayser dans une cabane dans les arbres, mais bel et bien pour emmagasiner un savoir et faire perdurer le geste dans un cadre semi professionnel.

Ce fut le cas avec mes quatre stagiaires fort motivés pour tailler le joug de leurs animaux. Deux l’ont fait pour une utilisation dans un cadre agricole purement professionnel. L’une a taillé pour sa paire de vaches liée jusqu’alors au joug vosgien en l’utilisant à la maison pour sortir le bois et cultiver la terre vivrière. Le quatrième stagiaire est venu faire son joug dans le cadre d’une association qui travaille avec la race lourdaise. Ce dernier est aussi vraiment très investi dans le maintien des savoirs ruraux et artisanaux. Son appétit d’apprendre est vraiment à saluer d’autant plus que ses dix sept ans dégagent devant lui un bel avenir de la pratique. Il en est de même pour un second stagiaire de vingt trois ans, à la fois coutelier et paysan sur la ferme familiale, qui présente aussi un bel attachement aux savoir faire et au geste.

Nous avons réussi à pratiquement aboutir trois jougs sur quatre, où seules quelques finitions restaient à faire. Pour des problèmes de contraintes physiques qui ont freiner l’avancé de la taille, le quatrième joug déjà très bien dégrossi, nécessite encore un peu de travail. J’ai proposé à la stagiaire de m’en charger.

Mais le travail de tous sans exception a été vraiment fait avec un grand investissement et une pugnacité remarquable et visiblement avec plaisir. Ce travail est très physique et sollicite, par des postures pas toujours très faciles, des muscles parfois insoupçonnées révélés dès le second matin lorsqu’on redémarre! En tous cas chacun a travaillé avec adresse et un résultat bluffant dans la réalisation, le tout dans la bonne humeur ce qui a contribué à faire oublier la difficulté physique réelle. Un grand merci à Colette, Martin, Erwan et Diégo d’avoir eu à cœur d’avancer au maximum leur joug en étant vraiment très concentré sur leur travail.

Deux stages supplémentaires à venir sont déjà remplis et, chose à signaler, ce ne sont que des stagiaires qui viennent dans un cadre agricole et professionnel.

Je suis ravi d’une telle situation, l’avenir de la réalisation de jougs neufs est peut être en bonne voie d’être assuré, merci à vous tous de votre investissement passé ou à venir.

Le monde n’est pas encore complètement fou, côtoyer de bels personnes investies et passionnées amène quelques bouffées d’espoir dans un avenir incertain qu’ont espère cependant meilleur et humaniste.

Michel Nioulou

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Formation 2 Mains 4 Cornes auprès de Flora et Gwendoline, Ho’rocher BIO à St Eloi les mines 2026 (63)

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Retour sur 2 actions de formation « 2 Mains 4 Cornes » réalisées en ce début d’année 2026

Ho’rocher BIO à St Eloi les mines (63)

Flora et Gwendoline m’avaient sollicité à l’automne 2025 pour envisager la mise en place d’une formation au sein de leur ferme, avec l’objectif d’appliquer la méthodologie « 2 Mains 4 Cornes » à leurs bovins. Soutenu par un financement VIVEA, le projet s’est concrétisé à travers quatre jours de formation, entre fin mars et début avril 2026.

Sur le même principe qu’à l’Écomusée, nous avons débuté par un temps d’échange théorique. Ce moment m’a permis de faire leur connaissance et de m’imprégner de l’univers de ces deux jeunes femmes, dont l’engagement et le courage étaient déjà évidents. Leurs besoins ont rapidement été identifiés, nous permettant de poursuivre naturellement le travail auprès des animaux.

L’état des lieux du cheptel a été assez rapide à établir, compte tenu de sa taille (huit bovins), complété par la présence de caprins et d’ovins. Flora et Gwendoline, travailleuses infatigables, mènent leur ferme en poly-élevage, avec une production fromagère sur site et une commercialisation notamment sur les marchés locaux.

La formation s’est principalement concentrée sur le travail de deux génisses (âgées de 1,5 et 2,5 ans), de race Ferrandaise et croisée Blanc Bleu Belge.

Les débuts ont été quelque peu mouvementés lors de la première sortie. Bien que les animaux soient habituellement manipulés, ils l’étaient surtout à distance. Le calme et la constance des filles ont toutefois constitué une base relationnelle solide.

Le travail s’est construit progressivement : d’abord par une mise en confiance à travers les soins (étrille, brossage, contacts positifs), puis par la désensibilisation, notamment au licol — outil de contention essentiel pour guider les bovins en sécurité. Nous avons ensuite engagé les premières sorties à l’extérieur du bâtiment.

Flora, Gwendoline, autant que les génisses, ont découvert un nouveau « logiciel ». Celui-ci s’est intégré progressivement, grâce à du temps, de la patience et beaucoup de calme. Jour après jour, chacune a trouvé sa place dans ces nouvelles pratiques.

La formation, qui avait débuté avec des animaux posés mais craintifs, s’est conclue avec deux génisses capables de sortir, d’abord menées en solo aux longues rênes, puis en paire au joug cadre américain.

Restons humbles : le travail reste long et exigeant. Mais les bases d’un futur attelage sont désormais posées. Elles ont émergé grâce aux gestes de Flora et Gwendoline, portés par un équilibre essentiel entre respect, douceur et fermeté — un trio indispensable pour mener à bien un projet de traction bovine.

Les filles souhaitent à terme utiliser leurs animaux pour du petit débardage et du transport. Je suis impatient de suivre l’évolution de cette jeune paire, et surtout les progrès de Flora et Gwendoline.

Car le dressage d’un bovin apprend autant aux femmes et aux hommes qui s’y engagent qu’aux animaux eux-mêmes.

Là réside toute la magie de la relation Homme–Animal.

Site internet : 2mains4cornes.fr 

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1ère Formation 2 Mains 4 Cornes auprès de l’équipe d’animalier de l’Ecomusée d’Alsace (68) 2026

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Retour sur 2 actions de formation « 2 Mains 4 Cornes » réalisées en ce début d’année 2026

1ère Formation 2 Mains 4 Cornes auprès de l’équipe d’animalier de l’Ecomusée d’Alsace.

Après une rencontre riche en échanges avec Sara, référente de l’équipe des animaliers de l’Écomusée d’Alsace, lors du rassemblement de bouviers au Puy du Fou en novembre dernier, un projet de formation a émergé durant l’hiver. L’objectif : accompagner la montée en compétences de la jeune équipe présente sur le site.

En effet, ces derniers mois, l’effectif de soigneurs alsaciens s’est renouvelé et restructuré autour du cheptel d’animaux présents, pour leur plus grand bénéfice.

Cette formation visait à mettre en confiance une équipe encore en quête d’expérience et d’assurance dans la gestion quotidienne de leurs bœufs de travail.

Avec beaucoup d’enthousiasme et de motivation, nous avons débuté par un temps théorique afin d’identifier les besoins réels de chaque participant (cinq animaliers de l’Écomusée ainsi qu’André Kammerer, bouvier alsacien expérimenté, présent en observateur).

Mon objectif était clair : recueillir un maximum d’informations pour établir un état des lieux précis des ressources humaines et animales, et ainsi construire un programme sur mesure, adapté aux axes d’amélioration identifiés.

L’alternance entre temps théoriques en salle et séances pratiques auprès des animaux me semble essentielle. L’assimilation des notions de relationnel positif et de “ménage” passe par cette complémentarité, nourrie par l’observation, la mise en pratique et une analyse constructive des actions de chaque bouvier face aux animaux.

Durant ces trois jours, nous avons travaillé successivement avec une jeune paire de bœufs, une vache, un bœuf plus expérimenté, ainsi que les dernières recrues du cheptel : une vache et son veau de trois mois.

Avec l’ensemble de l’équipe, nous avons défini les priorités suivantes :

  • le recadrage et la mise en confiance de la jeune paire de bœufs ;
  • la désensibilisation du veau au licol et à la longe, en méthode douce ;
  • la première sortie au pré de la vache et de son veau.

Chaque séance a permis aux bouviers de se positionner face aux animaux pour appliquer les apports théoriques, mais aussi d’expérimenter concrètement ce nouveau cadre construit ensemble.

Entre les appréhensions légitimes du départ, la crainte de faire un faux pas ou de ne pas trouver la juste posture face à des animaux imposants, les débuts ont parfois été hésitants.

Mais progressivement, chacun a su trouver ses repères. Grâce à un accompagnement bienveillant et adapté, chaque participant a pu progresser à son rythme.

Au terme de ces trois jours d’échanges, de transmission et d’apprentissage, je suis très fier de voir une équipe renforcée, plus confiante et engagée.

La qualité de l’ambiance collective a largement contribué à lever les appréhensions initiales. L’ensemble des acteurs de cette formation — humains comme animaux — a connu une évolution remarquable, portée par le sérieux et la capacité d’adaptation de chacun.

Un grand merci à toute l’équipe des animaliers pour cette expérience de formation en traction bovine, hors de mes terres vendéennes. Elle confirme mon engagement profond pour la transmission et le partage de ce savoir-faire, que je développe depuis plus de vingt ans, notamment autour du travail avec les bovins.

C’est avec grand plaisir que j’envisage une seconde session, afin de consolider les acquis et accompagner durablement cette dynamique de relation positive initiée avec vos animaux, durant cette semaine magnifiquement ensoleillée.

Site internet : 2mains4cornes.fr 

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Quel animal de labour en Camargue : bœuf ou cheval ? 1300-1830

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L’ouvrage réunit vingt-sept études issues de plusieurs décennies de recherches consacrées à la ville d’Arles. Il aborde son histoire politique, sociale et économique, en particulier à la fin du Moyen Âge, période durant laquelle Arles occupe encore une place centrale comme ville d’Empire, port de commerce et siège archiépiscopal. La grande histoire s’y entremêle avec celle du quotidien. 

Parmi ces études, le chapitre « Quel animal de labour en Camargue : bœuf ou cheval ? 1300-1830 » s’intéresse aux pratiques agricoles sur le temps long. Il analyse le rôle central du bœuf de labour en Camargue, son maintien jusqu’à l’époque moderne, puis la progression lente du cheval et des mules à partir du xve siècle. Le texte met en relation les types de labours, les outils utilisés et les choix d’animaux de traction, en montrant que le recul du bœuf ne relève pas d’un simple progrès technique mais d’une représentation durable des sols et du travail agricole.

Le chapitre est accessible en ligne. Pour le lire dans son intégralité, il est nécessaire de cliquer sur le lien.

Texte intégral

Durant des siècles, le territoire d’Arles et plus particulièrement la Camargue ont été l’un des greniers des pays de la Méditerranée occidentale où Marseillais et Génois venaient chercher le grain nécessaire à leur approvisionnement. Vers 1830, au moment où est publié la Statistique du département des Bouches-du-Rhône, la Camargue est toujours cette terre à blé et, à propos de sa production, les rédacteurs de cet ouvrage insistent sur deux aspects : la nature des labours, le bétail utilisé pour ces labours1.

Il y a un débat entre ceux qui sont partisans d’un labour superficiel et ceux qui préconisent un labour profond. Les premiers l’emportent de beaucoup.

Il existe en Camargue un préjugé qu’il importe de déraciner et qui a son origine dans le plus faux de tous les calculs. La plupart des fermiers prétendent qu’en labourant à plus de 12 ou 15 cm, on enfouit trop profondément la couche superficielle qui seule contient la terre végétale, et que l’on ramène à la surface la couche inférieure, sansouireuse, amère et dépourvue d’humus nécessaire à la végétation. On peut détruire ce singulier raisonnement de deux manières, d’abord par la théorie, et ensuite par l’expérience.

La Statistique apporte précisément le témoignage d’un certain. M. Roux propriétaire en Camargue :

J’étais persuadé que l’influence de l’air (M. Roux pouvait ajouter : et celle des cultures) finirait par rendre cette nouvelle couche aussi productrice que celle que j’allais placer au-dessous d’elle, et que le blé qui pourrait ainsi végéter sur un fond devenu beaucoup plus profond donnerait progressivement de plus belles récoltes. L’expérience m’a en effet démontré que, hors la première année où les résultats n’étaient pas cependant très inférieurs à ceux des années précédentes, on trouvait dans celles qui suivaient un bien grand dédommagement de ce premier mécompte, ainsi qu’aux frais un peu plus considérables que peuvent exiger de plus forts labours, et je persiste à croire que, par la persévérance de cette pratique, on finirait par rendre propre à une culture variée des terrains qu’on regarde aujourd’hui comme condamnés à un éternelle jachère2.

Pour les auteurs de la Statistique ce raisonnement est tout à fait fondé. Le laboureur doit opérer un mélange des différentes couches et enrichir son sol par des engrais ou des amendements convenables. En agissant ainsi, il faudra un très court espace de temps pour avoir, dans quelque terrain que ce soit, une épaisse couche de terreau propre à toutes sortes de cultures en Camargue comme ailleurs. Cette pratique des labours superficiels solidement ancrée a été au xixe siècle combattue par l’enseignement des chambres d’agriculture3. Elle amène à se poser une double question : quand est-elle apparue ? A-t-elle un lien avec l’animal utilisé pour la traction de l’instrument aratoire ?

Tous les ouvrages, tous les auteurs, Statistique du département des Bouches-du-Rhône, Essai sur la statistique de la ville d’Arles de Pierre Véran, l’article de Roger Livet sur « Le bœuf de labour dans l’ancienne Provence » sont d’accord : entre 1780 et 1830 se produit un recul considérable du bœuf devant les mules et les chevaux4.

La Statistique revient à plusieurs reprises sur la question.

Autrefois les bœufs de Camargue pliés au joug faisaient les travaux dans le territoire d’Arles. La main-d’œuvre étant devenue progressivement plus chère, les animaux, par leur lenteur, ne correspondent plus à l’économie du propriétaire… leurs services depuis quarante ans sont devenus tous les jours plus rares. Aujourd’hui le laboureur trouve moins de risque et plus d’avantage à employer des mules ou des chevaux (t. iv, p. 270).
On employait autrefois ce quadrupède beaucoup plus fréquemment qu’aujourd’hui, et le pays en possédait de nombreux troupeaux, soit de bœufs noirs (Camargue), soit de bœufs rouges… Aujourd’hui on fait traîner la charrue par des mulets, des chevaux ou des ânes […]
La difficulté de les plier au joug et celle de trouver de bons bouviers a fait abandonner cette méthode depuis environ quarante ans, aujourd’hui le Grand et le Petit Badon sont les seuls domaines de Camargue où on laboure encore avec des bœufs sauvages (t. iv, p. 487).

Dans son Essai sur la statistique d’Arles, Pierre Veran décrit la situation à la fin du xviiie siècle :

On peut évaluer à 1 250 le nombre des charrues qu’il faut à l’agriculture d’Arles. Elles sont toutes traînées par des mules, mulets ou chevaux, à un petit nombre près qui le sont par des bœufs dociles, tandis qu’autrefois un tiers de la culture se faisait avec des bœufs sauvages de couleur noire indigènes au pays, mais leur service n’est pas applicable à ce qu’on appelle la grande culture puisqu’on peut ne les employer qu’à la petite charrue nommée araire laquelle n’opère pas aussi bien que celle appelée coutrier, encore moins celle appelée la charrue tirée par six bêtes de forte taille.

L’on compte, sur le territoire d’Arles, 1138 chevaux, 856 juments 1 517 mules, 230 mulets et 950 bœufs ou vaches sauvages lesquels ne donnent aucun bénéfice que le travail qu’on en tire.

Roger Livet insiste sur l’importance du bœuf de labour dans la Provence médiévale et moderne et énumère les raisons possibles de son recul et souvent même de sa disparition à la fin du xviiie siècle et au début du xixe siècle : révolution agricole au xviiie siècle et apparition de nouveaux types de charrues, changements de cultures et progrès de la vigne, confiscation des grands domaines qui utilisaient les bœufs à l’époque de la Révolution et morcellement des propriétés, série d’épizooties, prix respectifs du bœuf et du cheval. Tous ces éléments ont pu jouer un rôle. Mais d’autres aspects ont été omis : la nature des labours et la chronologie.

En effet, c’est déjà avant 1780-1800 que se produit un progrès du cheval aux dépens du bœuf. Dans des baux de l’époque moderne, le fermier peut-être obligé d’utiliser des chevaux et non des bœufs. Dans ce bail de 1771, le nombre et les modalités des labours sur des terres appartenant aux Hospitaliers sont précisés :

soulèvera les terres à la Saint Antoine (17 janvier) (il s’agit du premier labour…) les labourera avec des bêtes à pieds ronds, et non avec des bœufs, semant sur 8 raies, couvrir non comprise (c’est-à-dire fera 8 labours, plus l’enfouissement des semailles5).

Dès l’époque moderne il y avait en Camargue ce préjugé selon lequel les labours profonds exécutés avec des bœufs avaient le défaut d’enfouir la bonne terre et de ramener à la surface la couche inférieure, salée et dépourvue d’humus et on tenait à effectuer avec des chevaux et des mulets des labours peu profonds de 12 à 15 cm. Le recul du bœuf, le progrès du cheval remontent loin dans le temps. Cela amène à s’interroger sur la situation aux derniers siècles du Moyen Âge.

Georges Duby l’a remarqué :

On vit dans une partie de l’Europe occidentale le cheval se substituer au bœuf pour le labour […] point sans doute avant le xiie siècle […]. Il n’est pas aventuré de penser que la mutation s’est opérée dans les plaines de France, de Picardie, de Flandre et de Lorraine, aux alentours de 1200. Elle se révélait avantageuse. Moins sans doute sur la frange des essarts, où l’extirpation réclamait la force des bêtes bovines que sur les « campagnes » aménagées. L’adoption du cheval de trait convenait moins à l’extension de l’espèce agraire qu’à l’intensification de la culture. Ce changement apparaît ainsi, contemporain du ralentissement des défrichements, comme un nouveau signe d’une conversion générale de l’économie rurale au cours du xiie siècle. Le cheval en effet est rapide, beaucoup plus que le bœuf. L’employer, c’était accélérer considérablement les façons de la terre, donc se donner les moyens de multiplier les labours, et aussi de passer la herse que, dès le xie siècle, la « tapisserie » de Bayeux montre traînée par un cheval. L’abandon de l’attelage bovin engageait aussi à étendre la culture de l’avoine ; il semble ainsi lié à une pratique plus régulière de la rotation triennale. Dans les campagnes qui s’y résolurent, il permit surtout d’améliorer notablement la préparation de la terre, donc sa fertilité, de réduire les temps de jachère, de hausser le rapport des semailles. Il marque l’avènement d’un système agraire plus hautement productif.

Cette substitution du cheval au bœuf, si remarquablement présentée est valable pour les pays d’entre Loire et Rhin. Georges Duby l’admet :

Pourtant dans beaucoup de régions, les paysans continuèrent d’atteler des bœufs. Délimiter les régions où régna cette réticence apprendrait beaucoup. Cette étude géographique n’est pas faite. On sait toutefois que le cheval de labour ne pénétra pas dans les pays du Midi, peut-être parce que l’avoine y venait mal […] La substitution du cheval au bœuf fut donc, peut-être au xiiie siècle, elle aussi plus limitée qu’on l’a dit. D’où l’intérêt de mieux la circonscrire6 […]

La Provence, le territoire d’Arles, la Camargue appartiennent à ce Midi réfractaire au changement. Tout le monde se plaît à insister sur l’importance du bœuf de labour dans l’activité agricole provençale. L’enquête sur les commanderies de l’ordre de l’Hôpital dépendant du Grand Prieuré de Saint-Gilles en 1338 que Georges Duby a étudiée, recouvre l’ensemble de la Provence et le sud du Dauphiné et donne une idée de la situation dans la première moitié du xive siècle : sur des dizaines de seigneuries, seules trois parmi les plus méridionales (Fos, Marignane et Mallemort) utilisent des chevaux ou des mulets. Partout le bœuf est l’animal de labour.

La Camargue, comme le Plan-du-Bourg et le Trébon, est constituée d’affars. Il s’agit d’un ensemble de terres labourables, de pâturages et souvent de paluns d’un seul tenant groupés autour d’un habitant, mas ou souvent autour de 1400 d’une cabane. Cette terre produit des blés, avant tout du froment (tozella et saysseta). Elle est cultivée en assolement biennal. Il y a là une remarquable continuité. Vers 1800, Pierre Véran écrit : « Dans le territoire d’Arles, chaque année la moitié des champs reste en jachère »7. En 1338, les Hospitaliers possèdent dans le nord de la Camargue le domaine de Port Arnaut : « cette baillie a une grange appelée Port Arnaut et dans cette grange elle a 320 sétérées de terre qui sont cultivées en deux termes, c’est-à-dire chaque année 160 sétérées », ce qui est dit de Port Arnaut est vrai pour toutes les terres des Hospitaliers à Arles.

Emmanuel Le Roy Ladurie a écrit : « La jachère bisannuelle est gaspilleuse de travail » et il évoque « les quatre, cinq sept et même huit labour »8. Selon Pierre Véran, à l’extrême fin du xviiie siècle, à Arles, « on donne régulièrement à chaque terre que l’on ensemence cinq sillons, parfois six, selon les capacités du propriétaire ou du fermier9 ». Dans les baux des Hospitaliers au xviiie siècle, on trouve ce genre de formules : « semence sur huit raies, couvrir non comprises10 ». Quinqueran de Beaujeu au xvie siècle écrit : « Personne au monde ne laboure mieux et avec plus de soin que les Provençaux, car certains n’ensemencent leur blé qu’à la quatorzième raie11 ». Peut-être exagère-t-il, car il a tendance à embellir la réalité provençale et arlésienne ? Mais les contrats d’arrentement et de facherie mentionnent des « raies » nombreuses ; sept, huit, neuf. Surtout huit et neuf. Les deux formules qui reviennent le plus souvent dans les contrats sont : « octo reguas temporibus congruis inclusis reguis de trossar et semenar », « novem reguas inclusis reguis de trossar et semenar ». Au xive et xve siècles comme au xviiie siècle, huit et neuf labours sont la pratique courante.

L’instrument utilisé est l’araire : aratrum, quelquefois raiola. Les inventaires conservés dans les registres de notaire révèlent sa présence dans nombre de maisons urbaines et dans tous les mas. L’araire se trouve avant tout dans les mains des nobles qui sont les grands propriétaires fonciers et dans celles des laboureurs qui exploitent les terres des nobles ou travaillent sur leur propres terres.

Dans la première moitié du xive siècle, l’usage du bœuf est général. En 1338, il n’y a que des bœufs dans les granges (c’est-à-dire les mas) des trois commanderies arlésiennes de Saint-Thomas de Trinquetaille, de Saliers et du Temple. Dans l’ensemble des granges dépendant de Saint-Thomas de Trinquetaille, il y a 80 bœufs de labour pour lesquels on dépense 2 000 quintaux de foin12. En 1341, dans les mas de l’archevêque, se trouvent des boves arabiles ou boves de aratro : 12 à la Tour-du-Vallat, 24 à Boiscomtal, 16 à Furane, 12 à Villeneuve13. Au milieu du xiiie siècle, lorsque s’est produite à Arles une violente révolte contre l’archevêque Jean Baussan, le chef de ce mouvement, Pons Gaillard, se rend dans les domaines de l’archevêque, s’empare des bœufs et les emmène dans son propre mas14. Dans ces maisons, un homme est chargé de l’entretien des bêtes, le boaterius ; d’autres sont les responsables du labour, les conducteurs d’araires, les bubulcus ou boerius. Les inventaires de biens mobiliers confirment ce rôle des bœufs. On y trouve des araires destinés aux bœufs : chez un laboureur sex raiole ferri bobum ; des tornadoyre bobum, des rênes, des guides de bêtes de labour.

Dans la deuxième moitié du xive siècle, en pleine crise, on utilise toujours les bœufs. En 1373, le précepteur de Saliers s’efforce de remettre en exploitation ses terres après les ravages causés par le duc d’Anjou : il explique qu’il a dû acheter trois bœufs et que quatre attelages de bœufs lui seront nécessaires15. En 1405, le marchand florentin Francesco Benini a pris à rentre l’affar de Mastibert ; il le confie à deux fachiers. Ceux-ci s’engagent à cultiver 200 sétérees. Il leur fournit dix-huit bœufs de labour16. Mais durant la première moitié du xve siècle un changement se dessine et s’affirme.

Une série de détails attestent la réalité de cette transformation :

  • en 1433, un laboureur, Rostan Belfort, dans son testament, lègue à son frère mulam meam cum ferro quod est infra stabulum una cum aratro, relha, suffra, basteto et toto governamento aratris (sic) mei17 ;
  • dans les inventaires on trouve des objets significatifs : tornadoyra rossatinotrum, collare equi ad laborandum.

Des chevaux, des mules : le bœuf n’est plus le seul animal de labour.

Les livres aux contrats des Hospitaliers et les comptes de l’archevêché sont très précieux par les indications qu’ils fournissent :

  • sur les herbages de l’affar de Mastibet, le contrat de facherie de 1404 prévoit la nourriture de dix bœufs ; celui de 1421 parle de vingt cinq bœufs ou chevaux de labour18 ;
  • dans l’affar du Trébon, en 1401, il est encore question de bœufs de labour, puis entre 1406 et 1420 « d’animaux de labour » sans précision19 ;
  • en 1418, sur les terres de l’archevêque, à Villeneuve il n’y a que des bœufs ; en 1424, sur celles de la Tour-du-Vallat, on emploie 30 bestias grossas tam bovinas quam rossatinas20 ;
  • le mas de Paulon situé en Camargue au nord-est de l’étang de Vaccarès et appartenant à la commanderie des Hospitaliers dite « du Temple » apporte un témoignage décisif. En 1406, comme en 1338, on n’utilise que des bœufs ; en 1434, il s’agit d’animalibus arativis et en 1438 on rencontre pour la première fois l’obligation pour le fachier de recourir aux chevaux : « … et non laborare cum animalibus bovinis ymo cum rossatinis nisi de consensu ipsius domini preceptoris » ; pour le même mas en 1498 et en 1502 on trouve la formule « … et hoc de animalibus rossatinis21 ».

Les textes concernant les propriétés des laïcs confirment le phénomène. En 1436, le laboureur Jean Rostan possède deux aratra et quatre bestias rossatinas et la même année un autre laboureur Peyre Malorie a trois aratra et six bestias rossatinas22. Dans le mas du noble Alexis Cays, en 1456, se trouvent huit aratra et trente trois bestie rossatine de ferro de boaterie turris sive mansi23. Entre 1433 et 1455, Alzias et Johan Porcellet passent neuf contrats de facherie pour trois de leurs affars (Mayrana, Méjanes, Montlong) ; dans les neuf actes ne sont prévues que des bêtes rossatines24.

Cela ne signifie pas que le bœuf disparaît. Durant la même période, le laboureur Ranos Buas en a quatorze et la famille Saint-Martin en a seize dans son mas25. Au milieu du xvie siècle, Pierre Quiqueran de Beaujeu écrit, parlant des labours : « Il y a tellement de jeunes bœufs que, dans plusieurs fermes arlésiennes, on ne les élève que pour ce travail ». Il décrit longuement les taureaux de Camargue, les ferrades et la façon dont certains de ces taureaux sont dressés pour les travaux agricoels26. À partir des années 1420-1450, il y a sur le territoire d’Arles coexistence du bœuf et du cheval. Elle a duré jusqu’à la fin du xviiie siècle. Même quand un propriétaire utilise des chevaux, le nom de ceux qui s’en occupent et les conduisent sont le boerius et le boaterius et le groupe des chevaux d’un mas est la boateria.

Le fait important est la substitution du cheval au bœuf qui s’amorce entre 1420 et 1450. Elle commence au moment où la courbe démographique est à son point le plus bas : la reprise et les premières reconstructions de mas sont de peu antérieures à 1440. Il est difficile de l’expliquer par les considérations que l’on trouve dans la thèse de Fernand Braudel : « Le bœuf, chaque fois, disparaît parce que trop lent à répondre à une culture conquérante du blé, exigée le plus souvent par une pression démographique27 ». Les raisons avancées par Georges Duby pour la substitution du cheval au bœuf au xiie siècle, citées plus haut, ne s’appliquent pas à la campagne arlésienne. L’apparition et le progrès du cheval restent mystérieux. Aucun document ne permet de les expliquer. Ne peut-on imaginer qu’aux alentours de 1420, dans le milieu des propriétaires fonciers et des laboureurs arlésiens, soit apparue l’idée selon laquelle des labours superficiels faits avec des chevaux étaient préférables à des labours profonds effectués par des attelages de bœufs ? En ce début du xve siècle serait né ce qu’au xixe siècle on appelait un préjugé et qui allait dominer l’agriculture arlésienne aux Temps Modernes.

1re édition : paru dans Cahier d’histoire des techniques 8. Des outils, des machines et des hommes. Études offertes à Georges Comet, Aix-en-Provence, PUP, 2012, p. 171-179.

Bibliographie

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Bibliographie

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Braudel F., La Méditerannée au temps de Philippe II, Paris, A. Colin, 1949, 1160 p.

Comte de Villeneuve, 1821-1829, Statisque du département des Bouches-du-Rhône, 4 vol., Marseille.

Duby G., 1962, L’économie rurale et la vie des campagnes dans l’Occident médiéval, 2 vol., Paris, Aubier, 823 p.

Gangneux G., L’ordre de Malte en Camargue du xviie au xviiie siècle, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 1979, 215 p.

Le Roy Ladurie E., 1966, Paysans du Languedoc, Paris, SEVPEN, 2 vol, 1035 p.

10.3406/rga.1957.1951  :

Livet R., 1957, « Le bœuf de labour dans l’ancienne Provence », Revue de Géographie Alpine, p. 29-42.

Quiqueran de Beaujeu P., Louée soit la Provence, Arles, 1999.

Stouff L., 1986, Arles à la fin du Moyen Âge, Aix-en-Provence-Lille, 2 vol., 1053 p.

Veran P., s.d., Notes pour la statistique de la ville d’Arles, Bibliothèque municipale d’Arles, manuscrit 498, fo 132 vo, Arles s.d.

Veran P., 1957, Essai sur la statistique de la ville d’Arles, son terroir et ses environs, Bibliothèque municipale d’Arles, manuscrit 490-495, Arles.

Notes de bas de page

1 Villeneuve, 1821-1829.

2 Ibid., p. 269-270.

3 Gangneux, 1979, p. 55.

4 Véran, 1957, p. 29-42.

5 Gangneux, 1979, op. cit., p. 38.

6 Duby, 1962, I, p. 200-201.

7 Véran [s.d.], manuscrit 198, fo 132 vo.

8 Le Roy Ladurie, 1966, p. 77-78.

9 Veran, 1957, op. cit., p. 268.

10 Gangneux, 1979, op. cit., p. 38.

11 Quinqueran de Beaujeu, 1999, p. 78.

12 Archives départementales des Bouches-du-Rhône (ADB), 56 H 123.

13 Ibid., et III G 197.

14 Albanès et Chevalier, 1901.

15 Archives vaticanes, Instrumenta misecellanea 5851, Valence, 1901, no 1013.

16 ADB, 405 E 24.

17 Stouff, 1986, p. 406-407.

18 ADB, 56 H 3240, fo 63 (1404) et 3242, fo 15 (1421).

19 Ibid., 56 H 3240-3242.

20 Ibid., III G 206.

21 Ibid., 56 H 3098, 3099 et 3101.

22 Stouff, 1986, op. cit., p. 408-409.

23 Ibid., 409.

24 Ibid., 409.

25 Ibid., 409.

26 Quinqueran de Beaujeu, 1999, op. cit., p. 78 et 86-101.

27 Braudel, 1949.

Détails 

Stouff, Louis. «  Quel animal de labour en Camargue : bœuf ou cheval ? 1300-1830 ». In Arles au Moyen Âge finissant. Aix-en-Provence: Presses universitaires de Provence, 2014. doi:10.4000/books.pup.18087.

Éditeur : Presses universitaires de Provence
Lieu d’édition : Aix-en-Provence
Publication sur OpenEdition Books : 9 décembre 2020
ISBN numérique : 979-10-365-6141-2
Année d’édition : 2014
ISBN (Édition imprimée) : 978-2-85399-888-8
Nombre de pages : 374

Livre « Handbuch Rinderanspannung » de Astrid Masson 2015

Handbuch Rinderanspannung

Livre « Handbuch Rinderanspannung » de Astrid Masson 2015.

Résumer :

En plein cœur de Berlin, et pourtant presque en pleine campagne : Dahlem. L’agricultrice Astrid Masson travaille depuis 17 ans à la ferme biologique « Domäne Dahlem » et y mène avec succès un projet d’élevage de bovins de trait depuis 2007.

Dans son ouvrage, « Handbuch Rinderanspannung : Praktischer Ratgeber zu Verhalten, Ausbildung, Beschirrung und Anspannung von Zugrindern » (Livre Allemand. Manuel d’attelage des bovins : Guide pratique sur le comportement, le dressage, l’attelage et le chargement des bovins de trait), elle présente avec sensibilité la nature des bovins : leur comportement social, leurs perceptions sensorielles et leur langage corporel. Elle explique, de manière particulièrement captivante, comment utiliser ces connaissances pour communiquer avec les bovins et les dresser pour les travaux quotidiens (agriculture, sylviculture, attelage et équitation). Astrid Masson offre un panorama complet, des évolutions historiques aux développements actuels, agrémenté de nombreux conseils pratiques.

Forte de sa riche expérience, l’auteure décrit comment un élevage, une alimentation et un dressage adaptés à l’espèce permettent de répondre aux besoins des bovins, à leur anatomie et à leurs exigences spécifiques.

Toute personne envisageant de travailler avec des bovins trouvera dans ce livre des conseils pratiques et détaillés pour choisir la race et l’animal les plus appropriés. L’ouvrage explique en détail les points à prendre en compte lors du dressage du bétail et du choix des harnais appropriés, et présente le matériel adéquat. L’auteur y décrit une approche moderne et novatrice du dressage, allant des méthodes traditionnelles de conduite du bétail aux dernières innovations.

Le livre est seulement disponible en broché. Il est disponible sur amazone

Détails sur le produit

  • Éditeur ‏ : ‎ STARKE PFERDE-Verlag
  • Date de publication ‏ : ‎ 1 novembre 2015
  • Langue ‏ : ‎ Allemand
  • Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 204 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 3980867552
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-3980867559
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 870 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 27.9 x 1.6 x 21 cm

DVD « Ardéchois paysans montagnards » 2023

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Dans cette Ardèche septentrionale de moyenne montagne, le réalisateur Bernard Peyrol a suivi pendant plusieurs années les activités agricoles de quatre petites fermes pour apporter son témoignage sur la vie de ces paysans montagnards.

Aux champs, à l’étable, au jardin, dans l’intimité de leur cuisine, ces hommes et femme lui ont ouvert la porte de leur quotidien, lui laissant poser son regard et nous transmettre des images, parfois chargées d’émotion, sur l’existence de ces travailleurs de la terre que notre politique agricole commune a condamnée depuis bien longtemps.

Dans ce coin de France très rural, l’auteur conscient de mettre en mémoire des scènes de vie devenues rares, a voulu mettre en lumière ces acteurs, derniers représentants d’une agriculture avec peu ou pas de mécanisation.

Visionner la bande annonce du film :

Durée : 1h31mn

Date de sortie du film en salle : janvier 2023

Contact : bernard.peyrol@orange.fr

Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?id=100065034450843#

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Vidéo « Envoie le petit » avec OLIVIER COURTHIADE filmé par VASCO LIMA (09) 2007

Envoie le Petit…! avec Olivier Courthiade, filmé par Vasco Lima. Ce film montre des méthodes de dressage et de l’éducation des bœufs dans les Ariège-Pyrénées au début du XXIe siècle dans les Pyrénées ariégeoises. Il montre notamment le dressage avec un joug a 3 têtes.

Les méthodes de dressage et de travail relèvent d’un contexte précis. Elles appartiennent à une époque, à un territoire et à une culture de travail. Le film montre des gestes, des usages et du matériel tels qu’ils sont pratiqués localement, à prendre pour ce qu’ils sont.

Pour aller sur la chaine YouTube : OLIVIER COURTHIADE FILMÈ PAR VASCO LIMA

Les autres filmes avec les mules chez Olivier Courthiade:

Traction animale – Chevaux, ânes, mules et bœufs. Qui choisir pour quel travail ?

Infographie - Harnachement et attelage des bœufs

Publié en juin 2019 sur le site Permaculture pour tous, l’article « Traction animale – Chevaux, ânes, mules et bœufs. Qui choisir pour quel travail ? » est écrit par Julien Leray 

L’article a une présentation détaillée des principes de base de la traction animale : relation homme-animal, dressage, guidage, harnachement, organisation des paddocks et choix des outils. Il aborde aussi bien le travail avec les chevaux que celui avec les bœufs et les vaches, en soulignant les différences de conduite, de matériel et de contraintes économiques. L’auteur décrit les usages concrets en maraîchage, en travail du sol, en semis, en débardage et en transport, en lien avec des pratiques de permaculture et de techniques culturales simplifiées.

Lien :

– Traction animale – Chevaux, ânes, mules et bœufs. Qui choisir pour quel travail ?

– Permaculture pour tous

Livre « Draft Cattle: Their history, significance and value with a global perspective » Actes du Symposium mondial sur les bovins de trait (8-9 mars 2024 Allemagne)

Livre "Draft Cattle: Their history, significance and value with a global perspective" Actes du Symposium mondial sur les bovins de trait (8-9 mars 2024 Allemagne). couverture du livre

Lancement du livre ! « Draft Cattle: Their history, significance and value with a global perspective. Proceedings of the World Draft Cattle Symposium (March 8–9, 2024). »

Les bovins de trait : histoire, importance et valeur dans une perspective mondiale 

Actes du Symposium mondial sur les bovins de trait (8-9 mars 2024)

En 2024, plus de 126 scientifiques, professionnels de musées et éleveurs de bovins de trait se sont réunis à l’abbaye de Lorsch, site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, pour le premier Symposium mondial sur les bovins de trait.

Nous sommes heureux d’annoncer aujourd’hui la publication des actes de ce colloque exceptionnel. Ces actes offrent une vue d’ensemble complète des résultats de la conférence et permettent d’approfondir l’histoire, l’importance et la valeur des bovins de trait dans une perspective mondiale.

La publication en anglais est consultable et téléchargeable gratuitement en ligne à l’adresse suivante : https://doi.org/10.11588/propylaeum.1713

Pour télécharger directement le livre en PDF : Draft cattle

Claus Kropp

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Sommaire :

Claus Kropp : Acknowledgments 3
Kirsten Worms : Welcoming words 4
Tanja Busse, Chris Smaje, Helena Norberg-Hodge, Wendell Berry : Patron Statements 5-8
Claus Kropp :  Preface 9
Sommaire : 10-11
Ioana Baskerville :  Draft cattle culture in Romania 42-45
Claus Kropp, Boniface Okumu :  Draft Cattle Use in Northern Uganda  74-77
Claus Kropp, Joseph Simataa :  Draft Cattle Use in the Zambezi Region, Namibia  78-81
D. K. Sadana, Maharani Din, Sabyasachi Das, Malyaj Shrivastava, Tatsama Motilal :  Challenges in reinvigorating draft animal power in India and some opportunities  82-87
Matilda Holmes, Barbara Corson, Claus Kropp :  Interpreting Palaeopathology: biographies of two draught oxen 116-123
Rob Collins :  Concluding Remarks 124-125
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