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Rencontres des bouvières et bouviers de France organisées par l’Association Internationale Attelages Bovins d’Aujourd’hui (AIABA) à Chatelus Malvaleix (23) du 14 au 17 Mai 2026

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Rencontres des bouvières et bouviers de France

organisées par l’Association Internationale Attelages Bovins d’Aujourd’hui (AIABA)

à Chatelus Malvaleix (23)

du 14 au 17 Mai 2026

Comme chaque année se sont tenues les rencontres de meneurs de bovins chez Philippe Kuhlmann. Depuis le déménagement de sa ferme il y a trois ans, le rassemblement a migré de l’Alsace à la Creuse.

Comme à l’habitude, on a pu y croiser un public métissé venu de toute la France, de Belgique et d’Allemagne.

Le programme a été souvent perturbé et modifié par une météo plus qu’incertaine avec de nombreuses averses intenses et des températures basses. Malgré tout, les quelques 70 participants sur trois jours ont pu mettre au joug différentes paires de bœufs de tous âges. Aucun animal extérieur à la ferme n’était présent, seul les animaux de Philippe ont été manipulés.

L’atout majeur d’être à la ferme du mail, est d’avoir à disposition des animaux à tous les stades de dressage.

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Les Vosgiens et les Ferrandais de la ferme ont été attelés parfois en solo au collier ou au joug vosgien et au joug « occitan » à embanures (logement des cornes creusées dans le joug). Epandeur à fumier, traîne bottes, embattage des faux puis fauche de l’herbe d’affouragement sous la houlette de Maxime Divo, char à quatre roues, à deux roues, travail à la chaîne, mise en guides de jeunes bovins ont été les différents activités jalonnant ces journées. On a parlé réglages, colliers, jougs, dressage, on a échangé conseils et partagé sur tous les aspects autour du sujet.

On peut saluer aussi la venue d’Alexandre Feuillade qui s’est déplacé avec sa forge et son métier à corde. Son atelier à permis à de nombreuses personnes de pratiquer ou découvrir des facettes artisanales bien utiles au monde de l’attelage. Un bourrelier est également venue pendant une partie des rencontres pour présenter son travail.

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Nous avons aussi remis en route une faucheuse à traction animale qui nous a bien occupé pour réussir à faire les réglages nécessaires à son bon fonctionnement.

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L’association a eu la chance d’accueillir Jocelyne Porcher, une zootechnicienne française et sociologue de l’élevage, directrice de recherches à l’INRAE. Elle nous a présenté à la salle des fêtes du village, une conférence très intéressante sur les relations entre humains et animaux dans les systèmes agricoles. Le public d’attelage pleinement concerné par le sujet a largement participé aux échanges avec la chercheuse . S’en est suivi l’assemblée générale de l’association.

Les participants aux rencontres se sont aussi rendus à la fête du village avec une paire de bœufs attelés à un char à quatre roues chargé d’herbe fraîche pour participer à sa manière à la manifestation. Nous y avons retrouvé Mic Baudimant, musicien chanteur traditionnel du Berry proche, qui a chanté quelques briolages qui sont des chants traditionnels pour mener les bœufs au travail. Dans la foulée, Francis Bazerque, Joël Blanc et moi même avons également chanté des chants de travail ou en relation avec les bœufs.

On peut aussi rappeler que du lundi 11 mai au mercredi 13 mai, j’encadrai un stage de taille de joug qui a rassemblé à la ferme quatre stagiaires qui ont taillé leur joug adapté à leurs animaux (cliquez-ici).

Les échanges sont toujours très nombreux pendant les séances de travail ou bien pendant les repas qui, outre la grande convivialité, sont un espace où l’on prend le temps de parler et d’échanger.

On peut remercier chacun des participants qui comme chaque année alimentent l’auberge espagnol et permettent de déguster toutes les spécialités régionales. Le repas est le moment où ceux qui ne se connaissent pas peuvent apprendre à se connaître et échanger plus facilement. Merci aux cuisinières qui œuvrent aussi au bon déroulement des repas. Merci aussi à chacun qui n’hésite pas, à un moment ou à un autre, de donner la main pour les mises en place et préparations.

Comme chaque année, la présence des différents participants, meneurs confirmés, en devenir ou en projet conforte l’idée d’organiser ce genre de réunion. En effet chacun y trouve son compte et y retrouve souvent une motivation. La dispersion de chacun est une difficulté dans sa pratique ou son apprentissage. Se retrouver, échanger, partager, se sentir moins seul dans une pratique qui, au yeux du commun des mortels, paraît incongrue, est un rouage essentiel à l’encouragement, au maintien et au partage des savoirs et des pratiques. Par chance en France, l’Association Internationale Attelages Bovins d’Aujourd’hui et l’Association Française de Meneurs de Bovins organisent chacune une rencontre par an dans une complémentarité bénéfique. Merci à tous ceux qui s’engagent. Sans eux, la pratique de l’attelage bovin serait en danger. Les jeunes meneurs sont l’avenir et ils étaient à Chatelus-Malvaleix.

Michel Nioulou

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Vente d’un jeune ferrandais 2026

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Un bovin Ferrandais est disponible au Langon.

Son propriétaire souhaiterait notamment trouver une personne intéressée par l’attelage.

Pour les personnes réellement intéressées, on peux transmettre les coordonnées de M. Arnoud Bertrand en message privé.

N’hésitez pas à nous contacter ou à partager l’information.

aba.attelagesbovinsdaujourdhui@gmail.com 

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Boeuf ferrandais à placer 2026

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Mouton à 9 ans, éduqué dressé, lié,  il peut être un bon professeur avec un jeune.
Il n’a pas travaillé depuis 1 an, donc petite reprise en main bien sûr.
Me joindre au 0767589474.
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Reportage photo de Léonnie Biteau lors de la Rencontre des bouvières et bouviers en Creuse (23) 2024

Voici le reportage photographique qu’a réalisé en 2023, Léonnie Biteau et avec la participation d’Edith Papin  lors de la rencontre internationale des bouvières et bouvier de France et d’ailleurs. 

Jour 1 :

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Rencontre des bouvières et bouviers

Jour 2

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Jour 3 et 4

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Travail au cultivateur d’une paire de vaches Ferrandaises chez Maxime Divo, Août 2025, Marsac en Livradois (63)

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Maxime et Lucie Divo travaillent sur une petite ferme paysanne dans le Livradois (Puy de Dôme) (Cliquez ici pour voir). Ils ont une paire de Vaches Ferrandaises pour effectuer leurs différents travaux.

A voir également sur la chaîne youtube « Projet liberté »

 

 

Journée de bois chez Lucie et Maxime Divo, janvier 2025, Marsac en Livradois (63)

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Lucie et Maxime Divo exploite une petite ferme paysanne Dans le Livradois à Marsac. Leur jeune paire de vaches Ferrandaises permet de réaliser des travaux sur la ferme.
Voici quelques images d’une journée au bois en Janvier 2025.

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maxime divo bois 2025 (4) Journée de bois

Rencontre 2024 des bouvières et bouviers de France à Châtelus-Malvaleix (2) du 8 au 12 Mai 2024

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Voici les trois premières vidéos avec plutôt des images d’ambiances, de liage et de moments de vie, et une vidéo de débardage et débusquage lors de la rencontre de bouvières et bouviers chez Philippe Kuhlmann en Creuse à Châtelus-Malvaleix pour le week-end de l’Ascension 2024.

Un article est en cours de rédaction, patience!!

A vendre taureau Ferrandais de 6 mois à dresser, Saint Merd la Breuille (23)

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à vendre:
Taureau ferrandais de 6 mois à dresser
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Il répond bien aux demandes qu’on lui fait.
naissance: 15/5/2023
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Les Bouviers d’Alsace 2022 à Soultzeren – la transmission d’abord par Cozette Griffin Kremer

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Corentin Huber, les bœufs et son invention, le joug de garrot et de tête, Soultzeren, Alsace, Photo Léonnie Biteau

D’ici et d’ailleurs, voici les mots clefs de toutes les réunions des « Bouviers « d’Alsace », depuis les débuts en 2005 à aujourd’hui, avec des participants venus cette fois de Belgique, de Suisse, d’Allemagne et des points cardinaux de France, du Massif Central à la Bretagne ou de la région parisienne, pour le week-end de l’Ascension du 26 au 29 mai, chez Philippe Kuhlmann à Soultzeren dans le Haut-Rhin. Lors de notre arrivée à quatre dans la voiture « Bretagne», des travaux sont déjà en cours au bord de la route menant à la ferme, Gesellenmatt, à la sortie du village, où Philippe utilise sa motofaucheuse manuelle et où toute une équipe est déjà en train d’andainer. Les bœufs aussi sont déjà au travail, puisqu’ils transportent les foins vers l’amont pour approvisionner les autres animaux parqués dans les champs près de la maison.

Ainsi, avant même d’arriver à destination, d’anciens et de nouveaux participants se rencontrent, renouant une fois de plus avec ce faisceau de contacts qui composent le réseau des bouviers : agriculteurs et éleveurs locaux spécialisés dans les Vosgiennes et éleveurs d’autres régions qui protègent et affinent leurs souches génétiques à double usage (viande et lait), comme pour la Ferrandaise. Philippe semble être le seul éleveur de France à avoir conservé son cheptel destiné à la triple utilisation (viande-lait-énergie).

Philippe et ses voisins ont mené le plus gros de leurs troupeaux vers les hauts pâturages une semaine avant la réunion, laissant seulement quelques vaches et bœufs dans les champs près de la maison, en amont et en aval de la basse-cour avec sa collection de lapins, de poulets, et d’oies. Ces dernières s’appliquent à surveiller si attentivement la réunion, que chacun finit par être sur ses gardes lors de ses déplacements…

Philippe a déjà disposé sous le balcon du chalet une partie des jougs et des harnais qui seront exposés dans la salle communale du village de Soultzeren pendant le week-end. Nous sommes encore à la veille du début de la réunion officielle, et profitons de ce moment de tranquillité pour discuter avec les voisins et les amis de Philippe. Certains des participants viennent « étiquetés » pour l’occasion – avec des t-shirts ou des gilets indiquant leurs passions, que ce soit « Alsace », « Chevaux de trait belges », « Ferrandaise », « Concours national de débardage au cheval », « Ready to Plough » (en anglais) ou simplement « Bouviers » comme le groupe de la Vendée qui arrivera le lendemain, parce qu’ils faisaient escale le jeudi chez Michel Nioulou, le maître du blog des bouviers, pour un stage intensif de fabrication de jougs.

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Michel Nioulou avec une partie de l’équipe vendéenne, lors du stage de jougtier, Photo Léonnie Biteau

Après la traite matinale à la main dans son étable, Philippe accueille les premiers participants de la journée du jeudi. Tous se présentent et expliquent les raisons très diverses de leur intérêt pour les bovins de travail. Nombre d’entre eux viennent, comme la vétérinaire suisse, pour rencontrer Pauline Ernewein, l’ostéopathe animalière. Grande habituée des chevaux, Pauline relève avec fougue le défi d’aborder les bovins. Elle commence donc à démontrer le savoir-faire des ostéopathes professionnels pour traiter les animaux, ici les bovins, attentive à tout signe d’inconfort ressenti par l’animal, comme de ne pas bien équilibrer son rythme de marche entre le côté gauche et le côté droit. Un tel bœuf est pour ainsi dire « perdu dans ses pattes » et il faut savoir où le masser pour corriger ce déséquilibre.

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Pauline Ernewein, ostéopathe animalière, Photo Léonnie Biteau

Pauline explique aussi quelques-unes des limites légales de la profession de l’ostéopathie animale – un point toujours important dans ces métiers de soin – puis nous montre des pratiques de massage ou des points de pression, correspondant à chaque problème. Tout d’abord, comment passer la main près de la colonne vertébrale pour détecter où se situent des points de chaleur. Elle encourage ensuite plusieurs d’entre nous à essayer, et cela va confirmer que, en général, même un novice total peut trouver les mêmes points trop « chauds » que l’experte. Cette séance étant spécifiquement ouverte aux savoirs des autres, Philippe, Joël Blanc et Guy Chautard nous montrent leur propres « tours ». Par exemple, Guy pratique une technique de massage consistant à soulever la peau du dos. Plusieurs séances ultérieures à la ferme ou au village du Valtin laissent le temps à d’autres encore d’« étudier » brièvement avec Pauline. Quelques membres un peu plus âgés de l’assemblée souffrant d’arthrite, les séances de massage se sont même étendues à un genou humain, ce que le propriétaire du dit genou a qualifié de réel succès, mais c’est une autre histoire… Ce sont surtout les liens entre générations qui sont déterminants, comme l’a dit Guy à un moment donné – « j’aime donner ce que je sais, je ne sais pas tout, j’ai encore beaucoup à apprendre ». Le réseau de bouviers doit réussir à assurer ce partage des savoirs. Citons l’écho venant d’une des jeunes bouvières – « je me rends compte qu’on ne sait pas faire grand-chose et on sent que le monde va changer ».

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Guy Chautard lève la peau, Photo C. Griffin-Kremer

Après le déjeuner, version auberge espagnole, nous montons à l’étable pour laisser place à ceux qui attellent les bœufs – dont un Vosgien rouge et blanc (ces derniers représentant environ 5% des naissances). Philippe insiste toujours sur le fait de ne jamais les monter ou descendre sans faire quelque chose d’utile, par exemple, ramasser une bûche supplémentaire laissée au bord du chemin. Même un petit aparté comme celui-là réunit tout le monde pour s’essayer à porter une bûche de la meilleure façon, celle-ci étant à peu près à la limite du poids qu’une personne seule et de taille moyenne, femme ou homme, peut contrôler, en l’équilibrant sur la hanche. Cet exercice nous procure l’occasion de bien rire ensemble du côté comique des premiers essais, mais tous ceux qui s’y aventurent réussissent à bien faire en peu de temps. Concernant une tâche fréquente de débardage, Philippe nous montre comment ajuster la chaîne de tirage, positionner la paire de bœufs attelés, puis les guider pour tirer la chaîne vers l’avant afin de pousser une bûche entre deux pierres posées dans l’allée de la ferme. Il s’agit d’une répétition en vue de la démonstration publique prévue le samedi dans le village du Valtin, de l’autre côté du col de la Schlucht. Les deux bœufs de Philippe sont tellement habitués à faire cette manoeuvre qu’ils font tout le « tour » en moins de deux : sortir une bûche du tas situé près de leur pâturage, la pousser entre les deux pierres, puis la replacer de nouveau avec les autres.

C’est alors que Gilles Péquignot et Danyèle Besserer du groupe de musique traditionnelle « Au gré des vents » arrivent pour leur première intervention durant ces quatre journées. Gilles est un voisin de Philippe et ami depuis longtemps de Michel Nioulou, au point qu’il s’est décidé pendant le confinement de se mettre aussi à la taille des jougs (voir Sabots N°108 mai-juin 2022). Danyèle et Gilles ajoutent chaque jour à l’ambiance festive et amicale de la rencontre – ​​à la ferme à Soultzeren, au village du Valtin le samedi et à Soultzeren le dimanche. La convivialité étant déjà bien en place, nous recommençons nos échanges sur les enjeux de la traction bovine, sur l’avenir des agricultures à petite échelle à travers l’Europe et au-delà, et surtout sur le sujet crucial de la transmission des savoirs et sur la manière de construire une image positive de la traction animale. Comme le bouvier alsacien André Kammerer, qui à sa retraite s’est lancé le défi de ne plus conduire des trains, mais des bœufs, et qui a transmis cette passion à son petit-fils Corentin. Les conversations entre générations fusent et, à la fin, Guy Chautard, l’éleveur de Ferrandaises, passe à Corentin son béret avec le blason de la race en symbole de la transmission.

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Corentin Huber avec le béret de Guy Chautard, symbole de la transmission, Photo Léonnie Biteau

Alors que nous étions autour de la table, Guy nous a rappelé la disparition au mois de mai de Laurent Avon, autrefois à l’IDELE (Institut de l’Élevage), un des grands défenseurs de l’élevage bovin, des races à petits effectifs, de la diversité génétique et de la traction animale. Comme en écho à sa fidélité à la tâche et à sa passion, la mort l’a fauché alors qu’il était en train de visiter un troupeau de Villard-de-Lans. Nous lui devons, tout comme au soutien de son chef de l’époque à l’Institut, Jean-Maurice Duplan, les nombreux recensements de troupeaux ainsi que celui des bouviers disposant encore d’attelages. Pour Laurent, l’un des points forts des diverses fêtes de ces dernières années était de voir autant de bouviers réunis à la Fête de la Vache Nantaise au Dresny en 2018, où il a rencontré Philippe Kuhlmann, tous deux entourés des labours faits avec des bœufs – une attelée de cinq paires ! – des chevaux et des mules.

Au fur et à mesure qu’avance la journée de vendredi, nous sommes rejoints par d’autres participants, dont Claus Kropp, Président de l’AIMA (Association Internationale des Musées Agricoles), venu de la ferme expérimentale d’archéologie de Lauresham au sein de l’Abbaye de Lorsch dans le Land de Hesse en Allemagne, un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Claus compte parmi les nombreux participants à avoir suivi un des stages de Philippe à l’Ecomusée d’Alsace, mais il vient cette fois « armé » d’un dynamomètre pour une expérience technique…

Un aspect frappant de la ferme de Gesellenmatt, c’est qu’il faut beaucoup chercher pour trouver ne serait-ce qu’un tout petit espace plat. C’est une vraie ferme de hautes terres. Philippe a donc délimité un minuscule champ près de son étable « éphémère », inventée à l’occasion du concours à l’Ecomusée d’Alsace sur les constructions portatives en 2017, et utilisé aujourd’hui à côté de l’étable en dur. Ce futur champ de pommes de terre nous a donc servi de site d’expérimentation de labours à l’aide de divers engins, le tout avec l’aide du dynamomètre apporté par Claus. Tous s’accordent à dire que la terre est bien trop sèche pour pouvoir pénétrer le gazon et labourer.

Le cinéaste Dominique Garing installe sa caméra pour un premier essai de tournage de ce genre de travail technique, Claus attache le dynamomètre et Batiste Rossius-Gagnon prend les commandes de l’attelage pour le premier essai. Le petit escarpement à côté du champ ajoute du piquant à cette démonstration et bon nombre de participants veulent s’y essayer. Philippe tient particulièrement à encourager les jeunes à se lancer, comme son neveu qui l’accompagne déjà dans l’élaboration de ses projets. Le fait qu’il y ait un beau contingent de jeunes, femmes et hommes, parfois même accompagnés par leurs parents, est d’ailleurs un atout pour la réunion. Pauline, l’ostéopathe, compte elle aussi parfaire son expérience des bœufs et apprendre à les mener lors du labourage. Parmi les outils de labour utilisés, Bertrand Tournaire nous présente une Kassine à disques billonneurs de PROMMATA, avec réglage adapté à la largeur de la raie envisagée, cette fois tractée par un seul bœuf sous un collier. Nous avons également assisté à un moment ludique au début de l’effort, lorsque l’outil a eu un pneu « crevé » (plutôt, tombé). Il est rapidement remis en marche et Claus lui attache le dynamomètre pour assurer une analyse comparative des divers instruments – il a promis de nous en remettre un rapport complet. Une fois tous les novices passés à l’exercice, Joël Blanc, riche de l’expérience de toute une vie, termine la tâche, et un nouveau champ de pommes de terre est planté.

Mais ce n’est pas la fin de la journée, loin de là, puisque d’autres arrivent encore, parmi lesquels Anne Wiltafsky, Allemande et experte en comportement bovin. Elle fait une introduction informelle sur la manière d’explorer les points « timides » d’un tout jeune animal, à l’aide de l’étrille. Chaque moment passé ensemble le vendredi fournit ainsi l’occasion de s’entraîner pour le programme du lendemain au village du Valtin. Tôt le matin à Soultzeren, Daniel Viry, spécialiste de débardage et habitué des fenaisons à l’ancienne, a fauché l’herbe sur le coteau près de la pâture des bœufs pour préparer sa participation à plus grande échelle au Valtin. Mais tout le monde attend aussi un autre « événement »  qui vient à point nommé, le Manuel d’attelage bovin – comment choisir, soigner et débourrer de Philippe, dont nous avons vu la tout première version en 2019. En effet, les cartons contenant les exemplaires de la seconde version du livre sont arrivés juste avant les participants.

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Le ciel nous a souri le samedi au Valtin, petite commune de 89 habitants dans le canton de Gérardmer, mais fière d’être la plus haute du Massif vosgien et située dans le Parc Naturel des Ballons des Vosges. Le site est magnifique, tout près du col de la Schlucht, les maisons et l’église « habillées » de bardeaux de bois, portant souvent des dessins subtils, typiques de l’architecture vernaculaire régionale. Le Valtin étant proche de la frontière, il y a bon nombre de touristes allemands. La commune a prévu leur accueil, puisque chaque intervention en français ou en allemand est traduite par l’animateur de la fête. Anne, la spécialiste du comportement bovin, fascine le public, comme d’habitude, avec son « apprivoisement » si rapide de jeunes animaux. Les enfants affluent pour les caresser, même pour monter sur le dos du plus coopératif des bêtes et rester le temps d’un gros câlin. Anne apprend aussi aux enfants comment mener un jeune bovin, puis le faire tourner à gauche ou à droite. Philippe l’accompagne au micro, expliquant que la méthode d’Anne joue sur la sécrétion de l’ocytocine – appelée « l’hormone de l’amour » et produite par l’hypothalamus – qui calme à la fois un jeune bœuf et la personne qui le caresse. Voilà une des raisons pour lesquelles des thérapies de toutes sortes peuvent s’appuyer sur le contact avisé avec les animaux. Dans le travail, ce calme est le signe de l’alliance du respect et de la confiance.

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Anne Wiltafsky rapproche l’enfant et le jeune bœuf, Photo Léonnie Biteau

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Doucement, Photo C. Griffin-Kremer 

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Enfin, le gros câlin tout seul, Photo Christine Arbeit 

NB Les parents du garçon nous ont autorisé à publier ces photos

Ce contact si paisible entre les enfants et les toutes jeunes bêtes représente un événement tout en douceur et un contraste avec le travail de Philippe et de ses partenaires lors des démonstrations plus rapides, plus risquées et spectaculaires : tirer des bûches de très haut sur le flanc de montagne jusqu’au fond de la vallée, en s’assurant que le bœuf est bien en avance sur la bûche, pour que celle-ci ne puisse pas rouler et entraîner l’animal. Tâche délicate, évidemment, pour la sécurité de tous, mais réussie, et à ce propos, le public prend parfaitement au sérieux les avertissements de Philippe et de l’animateur.

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Le terrain de débardage du Valtin et la fête, Photo Léonnie Biteau

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Fanny Boisson au débardage, Photo Léonnie Biteau

Le Valtin étant tout proche de musées consacrés aux métiers du bois, du débardage ou du schlittage, Philippe porte donc une schlitte jusqu’en haut de la pente, tandis que son équipe scie le bois, ramasse les branches et charge le traîneau que Philippe descend au pas de course, seule activité de travail effectuée sans les bœufs.

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 Philippe portant la schlitte, Photo : C. Griffin-Kremer

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Photo Léonnie Biteau

En bas, un public nombreux est venu pour regarder les bouviers, mais aussi pour se détendre en dansant sur la musique de Gilles et de Danyèle. Philippe n’hésite pas à chanter en français et en alsacien – et même une chanson consacrée aux « Bovins d’abord. Tout le monde profite des stands proposés par les bénévoles de la commune où il y a de tout, du crémant d’Alsace aux hotdogs façon valtinoise. Beaucoup s’essaient à un concours de coupe de petites billes à la scie passe-partout. À la fin de la journée, il y effectivement un amas impressionnant de disques en bois, mais il règne une certaine discrétion sur les gagnants, ce qui nous amène à conclure que tout le monde était un champion.

Le groupe de jeunes bouviers vendéens prouve qu’ils aiment chanter, mais ils prennent également le micro pour rendre compte de leur stage chez Michel Nioulou, pilote du blog « Attelages Bovins Aujourd’hui » et jougtier expérimenté. Très naturellement, le ludique se marie avec le pédagogique. Il y a des activités comme la démonstration de fauchage et d’andainage traditionnels sur la pente – une association de travaux intimement liés avec la traction bovine. Christine Arbeit, pilote du groupe Facebook des bouviers, informe régulièrement tout le réseau français des faucheurs sur les événements associés à l’attelage de bœufs, pour encourager tout le réseau de métiers essentiel à l’utilisation de la traction animale.

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Batiste à l’andainage au rateau-faneur, Photo Léonnie Biteau

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Andainage au râteau au Valtin, Photo Léonnie Biteau

Fidèle participant de chaque réunion en Alsace, Jean-Claude Mann, le bourrelier, apporte toute sa panoplie pour la fête, des sonnailles à vaches encore utilisées en transhumance aux exemples de harnachement en cuir qu’il fabrique. Il encourage vivement les enfants et les autres visiteurs à essayer toutes les sonnailles – une belle publicité qui n’a pas besoin de sono… À ce propos, un fermier des hautes terres et expert collectionneur de sonnailles explique que ces cloches étaient surtout destinées à protéger les animaux en effrayant les vipères et permettaient aux vachers de les retrouver, lorsque la brume tombait. Il cultive ce passe-temps avec passion et dévouement, en constituant des archives aussi complètes que possible sur chaque pièce, comme celle datée de 1925 qu’il nous a montrée. À l’époque, on ne rivalisait pas à qui avait le plus grand tracteur. C’était à celui qui avait les plus belles vaches avec les plus belles cloches. En toute logique, il s’intéresse également au vocabulaire laitier de l’alsacien, car chacun sait combien il est urgent de sauvegarder les volets traditionnels de la langue.

Les événements du samedi au Valtin sont désormais disponibles, grâce à Vosges TV dans son émission du 2 juin intitulée « Fort comme un bœuf » où l’on parle surtout de la jeunesse. En effet, tout le monde remarque l’intérêt des jeunes et de leurs parents pour la traction animale, non comme un retour au passé, mais comme une ouverture vers le futur et une autre façon d’aborder l’agriculture et l’élevage.

En accueillant cette fête des bouviers, la commune du Valtin a su relier de nombreux éléments de son propre passé avec la passion du travail des bouviers.

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Photo Léonnie Biteau

Un soupçon de pluie nous accompagne aux premières heures du dimanche (ou comme le dit un participant, «  il pleut mouillé »), mais nous sommes bien à l’abri pour la synthèse finale. Comme tout au long du programme, on fait valoir le principe de souplesse, ne serait-ce que pour s’adapter aux souhaits exprimés par les divers participants. Par exemple, les bouviers vendéens auraient tellement voulu s’essayer à la construction d’une charrette chez Michel Nioulou, mais le temps a manqué. Chez Philippe le dimanche matin, ils tombent sur un châssis de chariot et coupent le bois pour fabriquer presque instantanément une charrette. Effectivement, la veille pendant la nuit, ceux qui dormaient à la ferme ont bien remarqué un bruit un peu mystérieux…

La pluie a décidé que ce n’était pas le moment d’insister, et nous pouvons assister à la toute première présentation d’une création de Corentin Huber. C’est parfaitement dans l’esprit d’inventivité de Philippe, qui construit ou modifie des outils pour ses propres besoins, comme les coussinets frontaux attachés directement au joug, ou son ramé, le chariot élévateur-pousseur, actionné par une paire de bœufs qui pivotent pour faire marcher l’engin – le tirant ou le poussant. C’est parfait pour convoyer des grumes ou des branchages, des bottes de foin et autres. À plusieurs reprises, Philippe nous rend attentifs à des détails. Ce sont précisément ces détails qui comptent pour la sécurité des meneurs et le bien-être des animaux. Par exemple, trouver des courroies pour les jougs de têtes qui ne gênent pas les bœufs. Pour un attelage « éducatif » à trois bêtes, composé de deux jeunes derrière un bœuf expérimenté, comment sécuriser la chaîne qui les relie pour ne pas accrocher les cornes ni toucher l’oreille ? En effet, une chaîne laissée trop lâche pourrait prendre la bête sous la mâchoire. Ajoutons que le meneur lui-même doit faire attention. S’il met les pieds des deux côtés de la chaîne, et que les bêtes démarrent rapidement, il peut avoir une surprise douloureuse…

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Photo Léonnie Biteau

De son côté, Corentin est parti sur une tout autre piste en se laissant inspirer par une observation attentive des avantages et des inconvénients du joug de garrot et du joug de tête. Donc, il invente une transition du premier au deuxième. Or, les bœufs n’ont pas l’habitude du joug de garrot et passent par quelques moments d’hésitation. Pourtant, ils réagissent rapidement et bien à la nouveauté, surtout parce qu’ils ont l’habitude de travailler ensemble, et que Corentin est un meneur expérimenté. Il lui suffit de leur mettre le joug de garrot, de dérouler le coussin feutré sur le front, d’attacher la courroie-ceinture à boucle sur le front, d’enlever la goupille pour détacher les arcs et, voilà, qu’un joug en devient un autre !

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Le joug de garrot va passer à un joug de tête, Photo Christine Arbeit

La plupart des participants devant se mettre en route pour rentrer chez eux, le dimanche au village voisin de Soultzeren passe trop vite. Mais la salle communale propose une exposition de matériel de traction bovine et nous goûtons tout de même à un bon moment de convivialité autour du repas de midi. Ensuite, Daniel Viry peut faire travailler ses deux bœufs avec le joug « innovation » de Corentin, et Philippe continue l’animation avec une démonstration de chargement de foin. Il nous reste un témoignage important : la vidéo faite par le cinéaste Dominique Garing restitue admirablement les échanges bien trop riches pour les décrire tous ici et contient des séquences très détaillées sur les aspects techniques, sans oublier les moments de détente et d’humour partagés.

Au moment du départ, nous pensons au mot d’ordre « les bœufs d’abord » qui n’exclut en rien toute la diversité de l’énergie animale, mais rappelle – comme la chanson du même nom – que l’art rupestre de la préhistoire européenne montre les bovins comme les premiers partenaires de travail des champs de l’être humain. L’enthousiasme pour la transmission dont la réunion à Soultzeren a fourni la preuve, nous permet de tourner nos regards résolument vers l’avenir et de nous inspirer du mot d’un des participants : « Le passé instruit l’avenir, c’est l’avenir qui est important. »

Cozette Griffin-Kremer

 

Notes

Gilles Péquignot « On se construit des rencontres que l’on fait » sur la taille des jougs, Sabots N°108 mai-juin 2022, pp. 56-57, et sur le blog Attelages Bovins Aujourd’hui Cliquez ici pour voir 

Hommage à Laurent Avon par Pierre-Louis Gastinel, ancien chef du Département Génétique de l’Institut de l’Élevage sur site Internet de « La Chèvre des Pyrénées » Cliquez ici pour voir 

Pauline Ernewein, ostéopathe animalière, Cliquez ici pour voir 

Philippe Kuhlmann, Manuel d’attelage bovin – comment choisir, soigner et débourrer, 2022, ISBN 979 10 699 9483 6, illustrations noir-et-blanc et couleurs, 222 pages. Cliquez ici pour voir

Vosges TV émission du 2 juin, « Fort comme un bœuf »  Cliquez ici pour voir

Jean-Léo Dugast. Fête de la Vache Nantaise, Sabots N°87, 22-31.

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Voici mon parcours, il est petit mais c’est le mien.

Je suis né en 1960 et, enfant, j’ai vu un tombereau lié à deux vaches. Cela m’a plu et je me suis dit qu’un jour j’aurai mon attelage.
A neuf ans, j’ai récupéré mon premier joug: il était au grand-père de mon grand-père.
Je ne travaillais pas dans le milieu agricole, mais voici quinze ans, je me suis dit qu’il était temps de mettre mon projet en route car j’avais peur que bientôt plus personne ne puisse me montrer.
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Comme je suis abonné au magazine « Sabots », j’ai connu l’existence de Philippe Kuhlmann et de l’Ecomusée d’Alsace. Je m’y suis rendu plusieurs fois pour voir si cela me plaisait vraiment et si j’étais capable de mener des bovins, bien que j’attelle des chevaux depuis 1987.
J’ai donc ensuite acheté deux velles Ferrandaises que j’ai fait dresser par Philippe, puis une génisse et un boeuf, que je n’ai pas gardé, car je ne m’en sortais pas avec lui!!!
Par la suite, je suis tombé malade et j’ai donc moins pratiqué.
 
Je mets encore quelques fois le joug pour le plaisir et pour sortir quelques branches.
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Je faisais les pieds, mais elles ne donnent plus les postérieurs .
Etant un conservateur du patrimoine, je cherchais depuis très longtemps un travail pour le « fun ». Je viens d’en récupérer un ancien. Après remontage, je vais l’utiliser pour faire les pieds.
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