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Le puy du Fou (85)

La traction bovine au Puy du Fou

 

La traction animale est présente au Puy du Fou depuis ses débuts. Lors des premières représentations de la Cinéscénie en 1976, une paire de bœufs Charolais ainsi que des chevaux de trait, étaient déjà présents sur scène aux côtés des acteurs. Depuis, la traction animale s’est diversifiée. Elle s’est également professionnalisée pour répondre au mieux aux besoins des différents spectacles du Grand Parc, et pour permettre aux visiteurs de découvrir ou redécouvrir des techniques d’attelage anciennes ou plus modernes. On peut en effet voir actuellement sur le Grand Parc et pendant la Cinéscénie différentes paires de bœufs attelés, mais également différents chevaux de trait attelés en solo, en paire ou en volée.

Les effectifs des bovins au Puy du Fou n’ont cessé de croître d’année en année. De la première paire présente à la Cinéscénie « Callo et Luno » et jusqu’à aujourd’hui, 18 paires de bœufs se sont relayées afin d’assurer les représentations. Depuis les années 2000, en moyenne 5 paires sont présentes sur le site. La majorité de ces paires ont été achetées déjà dressées, afin d’être opérationnelles dès leur arrivée au Puy du Fou. Pour autant, en fonction des besoins et surtout des naissances de veaux au sein de l’animalerie, certains sont gardés et dressés sur place pour être intégrés aux différents spectacles.

Les effectifs bovins :

Actuellement 5 paires de bœufs sont présentes :

  • CALLO et LUNO : Bœufs Charolais nés en 2003, arrivés en 2005 au Puy du Fou.
  • COQUET et CHARMANT : Bœufs Charolais nés en 2006, arrivés en 2011.
  • CHACHA et CHARLOT : Bœufs Maraîchins nés en 2007 et dressés à l’animalerie du Puy du Fou.
  • GENTIL et GARCON : Bœufs Charolais nés en 2009, arrivés en 2012 au Puy du Fou.
  • SULTAN et ATHOS : Paire reconstituée avec deux bœufs devenu solo après la perte de leur doublon, SULTAN bœuf Nantais né en 2001 arrivé en 2004 au Puy du Fou et ATHOS bœuf Maraîchin né en 2005 et dressé à l’animalerie du Puy du Fou.

Transmission du savoir-faire :

Les bouviers puyfolais sont formés à la traction encadrés par les meneurs les plus expérimentés, deux matinées par semaine de mi-janvier à mi-avril. Tout le monde se retrouve à la menanterie (ferme d’hivernage des bœufs), et selon le nombre de personnes présentes, 1, 2 ou 3 paires de bœufs sont liées et sorties pour travailler toute la matinée.

Le Puy du Fou possède également des écoles nommées «académies» qui forment les jeunes bénévoles aux différentes disciplines présentes sur le site. Celle de l’animalerie accueille à partir de 12 ans, les jeunes pour s’initier à l’approche et aux techniques du toucheur de bœufs.

Ces demi-journées nous permettent de reprendre le travail des bœufs après l’hiver, afin que ces derniers retrouvent des conditions physiques optimales avant l’arrivée de la saison.

Par ce biais, la transmission du dressage et menage de bœufs perdure au Puy du Fou depuis une quinzaine d’années.

La transmission de l’attelage équin se déroule à peu près de la même manière, les 15 chevaux de trait, présents au Puy du Fou, 14 Percherons et une Ardennaise, pratiquent l’attelage en grande partie pour les besoins de la Cinéscénie.

Les techniques de dressage bovin au Puy du Fou :

Sur le Grand Parc comme à la Cinéscénie, les besoins en attelage concernent beaucoup de scènes de traction de tombereaux et de charrettes, un dressage «classique» est transmis aux bœufs. Cependant la sociabilisation à l’environnement dans lequel ils travaillent est primordiale : la foule, le bruit ambiant, les feux d’artifice, l’obscurité, les mouvements proches des autres acteurs et animaux environnants, sont les plus grandes difficultés auxquelles doivent répondre les meneurs «bouviers» puyfolais et leurs bœufs.

Au Puy du Fou, certaines paires de bœufs ont été dressées au sein de notre structure. Pour celles-ci, l’imprégnation débute dès leur naissance, puisque le gros avantage que nous possédons au Puy du Fou est le fait qu’à partir du moment où ils savent marcher au licol, les jeunes animaux sont présents sur scène au côté de leur mère. Ainsi, dès leur plus jeune âge, ils sont immergés dans l’environnement dans lequel ils évolueront par la suite. Au sevrage, les deux veaux cohabitent ensemble dans le même pré, et apprennent à vivre ensemble. Vers 1 an et demi, 2 ans, à l’aide d’un bœuf déjà dressé, ces jeunes derniers s’habituent à la pose du joug, puis du liage avec les courroies. Petit à petit le dressage se fait de façon régulière à hauteur de 2 à 3 séances de dressage par semaine, jusqu’à acquisition totale des bases du menage.

Le but étant de pouvoir sortir en toute sécurité les bœufs, et de pouvoir envisager l’intégration à de nouvelles scènes autant sur la Cinéscenie que sur le Grand Parc.

Un joug réglable pour Laurent Janaudy, Manziat (01) par Michel Nioulou

A la demande de Laurent Janaudy, j’ai réalisé un joug réglable pour les besoins des travaux de sarclage de Laurent Janaudy à Manziat dans l’Ain.

Je fabrique ordinairement des jougs du type « Charollais », avec des passage de cornes qui ne prennent qu’un quart de la section de la corne.

A la demande de Laurent, j’ai adapté le modèle afin d’avoir un passage de corne qui prend la moitié de la section comme sur les modèles de jougs Aveyronnais tels que les taillent René Alibert et Lionel Rouanet.

Le joug se présente en trois parties: une partie centrale sur laquelle coulissent les deux têtières.

La forme des têtières est donc similaire aux jougs traditionnels du Charollais mais avec la prise de corne qui descend plus bas que d’ordinaire.

Après essais, malgré un entaillage un peu généreux que nous recalerons au cuir, le liage reste bien serré et les bêtes sont à l’aise au travail.

Michel Nioulou

Dans l’eau à l’atelier

Dégrossi à la scie en cours

Les trois pièces en cours de réalisation

La taille est finie, le joug est brut

Têtière vue de dessous

Le joug après marquage et huilage

Réglage/ajustage sur place avec les vaches

Liage « Charollais » avec cuir et corde

Liage « tout cuir » pour les essais

Essais dans une terre

Laurent Janaudy, voulait un joug réglable pour réaliser ses sarclages. Michel Nioulou le lui a taillé et, quelques temps plus tard, après réglages, les deux Aubracs, faisaient les premiers essais. Malheureusement, c’était une des dernière fois où elles furent liées, Chassagne, la vache droitière, s’écornait une semaine plus tard. Une nouvelle paire de bovins est en cours de formation pour les remplacer.

Le regard des bovins d’attelage par Lionel Rouanet

Un petit article anecdotique de Lionel Rouanet en relation avec un grand livre sur l’attelage bovin.

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« Les bovins surveillent constamment le bouvier »

Dans le livre « Quand la corne arrachait tout » de François JUSTON, on peut lire à la page 50 (Première partie Les bovins de travail ; Chapitre 1-10 « Virabio » :

  • Gestes et commandements

« Un bon bouvier n’oublie jamais que ses animaux surveillent constamment vers l’avant, vers l’arrière, au ras du sol ou au-dessus, la direction, la cadence, les hésitations de ses pieds et de ses genoux. […] Des gestes nets, naturels et bien codés sont suivis avec empressement. »

Quelques lignes après, au paragraphe suivant, on peut lire en souligné :

«  Leur sens de la cadence est meilleur que le nôtre. »

Les deux photos ci-dessous, prises à quelques secondes d’intervalle par Anne « stagiaire » au Mas del Mouly chez Rénat JURIÉ, illustrent assez bien les propos de François JUSTON à ceci près que les génisses ne surveillent pas la direction des pas du bouvier mais la direction de son regard. Simple coïncidence ?!

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Mandrò et Palétò, Théo et Lionel.

Deux génisses rouergates parties faire leurs études à l’université de Méras en Ariège viennent de rentrer au pays.

Lionel Rouanet a écrit cet attachant texte qu’il nous communique.

Il nous propose cette belle tranche de vie d’un atteleur de bovins: Rénat Jurié, de la découverte du personnage, du choix des animaux, à l’attelage, en passant par les rencontres humaines, la fabrication du joug, du matériel ainsi que le dressage. L’ordinaire d’un bouvier, pour une expérience extraordinaire.

Il nous propose d’abord le texte en Occitan. En effet, il le trouve plus parlant dans sa langue d’origine, plus évocateur (pour qui pratique l’Occitan bien sûr!!). Il livre ensuite la traduction française qu’il a cherché à faire coller au maximum avec l’esprit du texte original.

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Doas borretas roèrgassas partidas far lors estudis a l’universitat de Méras en Arieja venon de tornar al pais.

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Laissac, freg matin de decembre 2012. Amb Renat ALIBERT sem convidats a participar a la fièira dels buòus grasses de Nadal per mostrar la fabricacion dels jocs. Renat trabalharà al capaisòl per n’acabar un, ieu contunharai a la pigassa lo que commencèri d’escapolar la velha per pas prene un rol tròp pesuc.

Quand arribam, los fraires BÒS son ja alai amb lor parelh domdes de Salèrs rotges, jonjuts, lo boièr davant. Un autre òme es amb eles. Aquel sembla pas brica parlar Francés. Pas res de plan estonant sus un fieiral del Nòrd Avairon, subretot per qualqu’un que pareis aver l’atge d’èstre retirat. En Roèrgue, per los de la siá generacion, l’occitan es la lenga mairala.

Nos arrestam per nos saludar, parlam un pauc, de tot e de res, del joc que foguèt l’obra de Renat quauques annadas abans. Conven plan ça dison. Malurosament, aquel es de bes e lo movement de la pèrgua l’a ja ben macat.

Dintram, e commençam de preparar ont anam trabalhar. Tanlèu que los aplèges s’animan, lo monde commençan de s’amassar puèi de pausar de questions. Aital, parlam mai que trabalham.

L’òme de la còla BÒS, lo que parlava pas qu’occitan, arribèt. Agachava. Tot aquò l’agradava, se vesiá. Entamenèrem la conversacion. Me diguèt qu’aviá de vacas, de marèlhas1 pardi, patin patan … D’un còp, me passèt pel cap qu’aviài ja ausit parlar d’un òme que podiá esser el. « Seriás pas lo Renat del costat de Vilafranca ? » li demandèri ? « E, si » respondèt un pauc estonat. La conversacion contunhèt. Èrem faches per nos endevenir sus plan de punts e commencèrem un pauc de nos amistosar. « … te caldrà passar … » me diguèt . Escambièrem nòstras adreças.

Aquel second Renat, ara retirat, èra professor d’occitan et d’inglés al licèu de Villafranca. Viu dins una borrieta amb tot l’aujam que cal, qualques cabras e subretot qualques vacas per son grand plaser.

Mens de dos meses apèi, per una polida matinada de febrièr, partiguèri chas el, al Mas del Molin. Las rotas pichonas qu’i menon, montan, davalan e aquel matin, son plan ennevadas. Vòli ensajar d’arribar sens botar las cadenas a las ròdas. Es pas aisit, d’autant mai que cerqui un pauc lo camin. Lo primièr còp vejèri pas lo panèu, m’enganèri ! Enfin arribat, l’endrech perdut dins lo Segalar naut es de tota beutat.

Renat me fa far lo torn, véser las siás vacas. Encontri Franc, son vesin, un dels sius ancians escolans.

1 Marèlhas : Vacas de dòas colors, nom balhat als “Aubràcs” en Roèrgue.

Renat me ditz que voldriá plan aver un parelh de vacas domdas, que i a un brieu qu’espèra aquò, qu’a justament doas vedèlas que podriàn far. Mas, se’n sent pas de domdar tot sol dempuèi la debuta. Li parli d’un amic, Olivier COURTHIADE, especialista de la question. « A ! Lo coneisses ?! Ai ausit parlar d’el, justament me disiái que caldriá que l’encontrèssi … »

Qualques meses apèi, per la prima, amb Renat, anam passar qualques jorns a Meràs, a costat de La Bastida de Seron, en çò d’Olivier, dins Arièja. L’un e l’autre son faches per esser amics. Tot en parlant, se rendon compte que venon mai o mens del meteis endrech. L’un ven d’Arnaud Bernat a Tolosa, lo quartier del mercat cobèrt e l’autre de Lalanda, just en amont, qu’èra encara en aquela epòqua pas tant luènha, lo vilatje dels ortalièrs.

Atal, dins lor enfanca, Olivier e Renat visquèron las memas causas que los marquèron : los passatges de las carriòlas dels ortalièrs que venián vendre al mercat cobèrt, de las darrièras veituras tiradas pels cavals que venguèron a Tolosa dusca qu’una lèi fòrabandiguesse la circulacion de las ròdas ceucladas de fèr sus las rotas bitumadas. De tot biais, mes a part lo cas de qualques vièlhs legumaires Lalandols « qu’avián pas volgut se modernisar », las automobilas avián ja plan remplaçat los cavals. Ara lo beton de Tolosa a capelat las ancienas tèrras fertilas dels jardins e los legumes venon d’un pauc mai luènh.

Los qualques jorns a Meràs passèron lèu, foguèt per Renat l’ocasion de se tornar acostumar al biais de menar las bèstias, e plan segur de demandar a Olivier se domdariá pas las joves vacas. Foguèt entendut que seriá fach a la davalada o pendant l’ivèrn, per que auriá una estagiàira de longa.

A la fin de l’estiu, èra ora per ieu de far lo joc per las borretas de Renat. Li demandèri de prene mesura. 10 poces e mièg me diguèt. 26 cm. Lo commencèri a Montmorillon per lo salon de la traccion animala ont èri estat convidat per far una animacion. Lo faguèri de 28 cm, un pauc pus bèl que lor profitèsse mai longtemps, coma van encara plan créisser. Subretot daissavi pro de boès, un pauc a l’encontra dels conselhs de Renat ALIBERT que totjorn cèrca a far de jocs lo mai leugièrs possible. Voliái que lo joc siaguèsse pro fòrt, que risquèsse pas de petar, emai se las bèstias encara joves butariàn pas tròp. Òm sap pas jamai ! En mai, per causa d’un canís vent d’autan pendant que se secava, d’asclas marridas i se faguèron et lo me calguèt bolonar.

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Preparèri tanben un parelh de julhas2 de bona longor e un parelh de redondas3, en suat coma dison los ancians ; es a dire, ara, en cuer cromat. Mas pas de cuèr cromat ordinari, de cuèr noirit, imbibat de seu e de parafina que cal tornissar tant qu’es caud apèi l’aver fach bolhir.

2 Julhas : correjas du cuèr que permetton de jónger e d’utilisar la força de traction de las bestias.

3 Redondas : anèls de cuèr o de fèr (mai moderna) ont passa la pergua. Segon las regions, son sonats tanben : ambiets o amblets, tresègas.

Mandra et Paleta, sonadas atal a causa de, respectivament, la color e l’embanura, arribèron a Meràs a la mièg decembre, menadas per un amic de Renat, lo paisan viatjaire del film : « Ici Najac, à vous la Terre », Henri.

Èran estadas patejadas, aquò es segur, amai « potonejadas », mas pas vertadierament cordejadas o menadas en man. Alavetz, las primièiras leiçons ont calià solament anar beure al nauc acompanhat per un òme que calià seguir al pas, foguèron puslèu dificiles. Calià quitament èstre dos! S’acabava de còps per una limpada dins la fanga ! Atal, foguèron escaissadas per un temps : “Las pofiassonas”.

Tornèri a Meràs per las vacancas de Nadal et agèri lo bonastre de participar al domdatge jol joc amb Olivier e Elwire l’estagiàira.

Lo primièr còp que las volguèrem jónger, foguèt pas aciut. Non pas que foguèsson marridas, non, pas brica ; mas un pauc violentas caquelà. Volián pas cap èstre jonjudas. Alara, i calguèt anar d’un biais pus redde. Sortiguèren pas aquel jorn, desjongèrem pas tanpauc …

Per la primièira sortida, boleguèron un pauc, mas pas res de plan missant. Apèi, òm pòt dire que tot se passèt plan per la marcha al joc. Caquelà contunhèron de far cagar cada matin per anar beure al nauc. Èra encara plan difficile d’o far tot sol. L’escais demorava.

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A partir de la seconda sortida, l’endeman, aprenguèron de tirar al prodèl4. De tirar leugièr, plan segur. Un pichon pneu d’autòmobila, puèi un mai bèl de vièlh tractur. Aqueste, foguèt lor carga costumièira per tres setmanas. Enfin, agèron dret a la pèrgua. Mas, pas la del tombarèl, la de la rabala, per pas prene de risques. I a pas rès de ben planièr a Meràs !

Foguèt pas Henri, mas Bernat, un amic de Renat tanben, manescal el, que venguèt, un dissabte per tornar menar las borretas en çò d’elas. Renat èra ja aquí dempuèi qualques jorns per commencar de s’acostumar a trabalhar amb sas vaquetas cambiadas pel domdatge. Arribat pel dinnar, Bernat s’agradèt del repaïs e totes quatre partiguèron just apèi.

Èra convengut amb Renat qu’aniriái chas el lo dimècres de seguida per l’ajudar. Voliá pas trop sortir las borretas tot sol a la debuta, e i aviá encara pas digús al Mas que o podiá far.

A Meràs, Olivier aviá domdat amb un dels sius vièlhs jocs, mas ara me caliá portar a Renat lo nòu, las julhas e las redondas, mas pas de mejana5 per que n’aviá una vièlha. Me li caliá prestar tanben ço qu’apelam un ponjòl, es a dire un timonet per qu’en Roèrgue naut, lo prodèl se pòt pas estacar directament al joc

4 Prodèl : Cadena de traccion, per tirar de boès per exemple.

5 Mejana: Fòrta correja de cuer amb una bocla coma una cencha que permet de penjar las redondas segon lo biais d’atelar roèrgat naut.

que n’a pas de cabilha centrala de fèr o “d’escarabat”6. S’estaca donc al pontsòl qu’es penjat a las redondas.

Per aquela primièra sortida aquí ont èran nascudas, i aviá pro de monde per las agachar : Franc, Crestian lo teulièr e sa còla dont Eva que viu al Mas ela tanben, Gilles lo fabre e los dos joves estagiàires alemands : Anne e Theò (Theò foguet qualques meses un escolan de Renat). Es a dire qu’èra tanben una jornada de trabalh, d’ajuda per copar los arbres que la tempèsta de juilhet passat, desraiguèt o desplombèt. La castanhal avià gaireben desapareguda, los fauces e los casses eles tanben avián cargat. Èra un espectacle de desolacion !

Apèi lo dinnar, totes volguèron véser la novèla primièira mesa al joc de las vaquetas abans de tornar trabalhar al boès.

Renat passèt commanda a Gilles per de ferruras d’estacas que caldriá sagelar al dessus de la pòrta de l’estable, de cada costat amb un barra entr’elas per noetar las còrdas.

Mandra e Paleta, manhagas, se daissèron jónger aisidament amb aqueste joc nòu. Tombèt plan, mas a la fin de la jornada tirèri un pauc de boès a la suca7 de cada bèstia per que lor toquèsse pas als tufets. Èra tròp just. Cal poder passar lo cralhon entremièg.

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Renat preferèt que marchèssi davant, a la debuta, par encas qu’agèsson un pauc tròp de sanqueta ; el, butava de darrèr. Anèrem pel camin de tèrra, aval apèi lo riussèl. Pro long, monta doçament, los costats plan bòrdats per de parets o de randals. Impeccable per domdar. Mandra e Paleta, per pas anar per res, tiravan un vielh cèucle que fasiá coma una èrsa per l’èrba. Faguèrem qualques anar-tornar. Renat passèt davant, puèi cambièrem de camin e enfin nos’n tornèrem. I agèt pas brica de marrit movement de cap quand desjongèrem. Pas besonh de dire que Renat èra encantat, e que Mandra e Paleta agèron lor sadol de compliments, çò que calià de patejadas e plan segur, un brave punhat de farina caduna. Èra pas pus question de pofiassonas.

Dempuèi que lo Mas del Moulin esperava aquò : doas borretas marèlhas, la raça del país, nascudas a l’estable e ara domdas o pauc se’n manca. I aviá un trentenat d’annadas que lo passatge entre los dos ostals aviá pas vist aquò. E encara, abans Renat, lo vielh qu’aviá gardat de vacas de trabalh tant que poguèt, foguèt un dels darrèrs de la region. Dins plan d’autras bòrias, i aviá ja mai de vint ans que buòus o vacas de trabalh avián desaparegut.

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Lo ser, lo sopar foguèt coma una fèsta.

Tot aquò me fasiá pensar a un film que m’agradèt quora èri mainatge, amai me pivelèt podriái dire. Un film de Pagnòl d’apèi un libre de son amic Giònò : « Regain ». Aquel jorn, al Mas, era lo “regain” tant esperat per Renat, Crestian e lors amics.

6 Escarabat : Nom balhat, dins certanas regions dels pirenèus, a la mena de mejana de fèr a causa de sa semblança amb las mandibulas del babau.

7 Suca : Partida del joc que capela lo tufet

Lo tresen còp qu’anèri ajudar a sortir las vacas, Renat podià pas èsser aquí. Jongèrem amb Theò. Dempuèi qu’èra arribat qualques meses abans, s’èra acostumat a las vacas per las apasturar e desfumar. N’en avià pas paur. Menar l’interessava, voliá aprene. Alara, passèt un pauc davant e se debrolhèt plan per una debuta. Las borretas quand a elas, tirèron de rols de boès. Primièr còp d’una longa sería.

Son de còps los borrons los mai amagats jos la rusca qu’espelisson e que balhan lo boes novèl.

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Partidas d’un joc roèrgat :

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1 : Banèiras

2 : Suca

3 : Capet

4 : Trauc per la mejana

5 : Maissas

6 : Capièira

7 : Camin de passatge de las

julhas cap al front o a las banas.

8 : Camin de passatge de las julhas dempuèi l’arrèr cap a las banas o viceversa.

9 : Catèl o coeton, ont se fa lo noèt final per acabar de ligar.

Lionel Rouanet.

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Voici la traduction en Français que nous propose Lionel.

Deux génisses rouergates parties faire leurs études à l’université de Méras en Ariège viennent de rentrer au pays.

Laissac, froid matin de décembre 2012. Avec René ALIBERT nous sommes invités à participer à la foire des bœufs gras de Noël pour montrer la fabrication des jougs. René travaillera à l’herminette pour en achever un, moi, je continuerai à la hache celui que je commençai de tailler la veille afin de ne pas prendre un morceau trop lourd.

Quand nous arrivons, les frères BOS sont déjà là avec leur paire de Salers rouges dressés, joints, le bouvier devant. Un autre homme est avec eux. Celui-ci ne semble pas parler français du tout. Rien de bien étonnant sur un foirail du Nord Aveyron pour quelqu’un qui paraît avoir l’âge de la retraite. En Rouergue, pour ceux de sa génération, l’occitan est la langue maternelle.

Nous nous arrêtons pour dire bonjour, parlons un peu, de tout et de rien, du joug qui fut l’œuvre de René quelques années avant. Il convient bien, disent-ils. Malheureusement, celui-ci est en bouleau et le mouvement du timon l’a déjà bien entamé.

Nous entrons et commençons de préparer le poste de travail. Aussitôt que les outils s’animent, les personnes commencent à venir voir, puis poser des questions. Ainsi, nous parlons plus que ce que nous ne travaillons.

L’homme de l’équipe BOS, celui qui ne parle qu’en occitan, arriva. Il regardait. Tout cela lui plaisait, ça se voyait. Nous entamâmes la conversation. Il me dit qu’il avait des vaches, des marèlhes1 pardi, patin coufin … D’un coup, il me passa par la tête que j’avais déjà entendu parler d’un homme qui pourrait être lui. “Tu ne serais pas le Rénat du côté de Villefranche” lui demandai-je. “Eh si” répondit-il un peu étonné. La conversation continua. Nous étions faits pour nous entendre sur bien des points et nous commençâmes à sympathiser. “… Il te faudra passer…” me dit-il. Nous échangeâmes nos adresses.

Ce second Rénat (René) était professeur d’occitan et d’anglais au lycée de Villefranche. Il vit dans une petite ferme avec toute la volaille qu’il faut, quelques chèvres et surtout quelques vaches pour son grand plaisir.

Moins de deux mois après, par une jolie matinée de février, je partis chez lui, au Mas del Mouly. Les petites routes qui y mènent, montent, descendent et ce matin-là, sont bien enneigées. Je veux essayer d’arriver sans mettre les chaînes aux roues. Ce n’est pas facile, d’autant plus que je cherche un peu le chemin. Le premier coup, je ne vis pas le panneau et me trompai. Enfin arrivé, l’endroit perdu dans le Ségala haut est de toute beauté.

Rénat me fait faire le tour, voir ses vaches. Je rencontre Franc, son voisin, un de ses anciens élèves.

1 Marèlhes : Mot dérivé de l’occitan. Vaches de deux couleurs, nom donné aux Aubracs en Rouergue.

Rénat me dit qu’il voudrait bien avoir une paire de vaches dressées, qu’il y a un moment qu’il attend ça, qu’il a justement deux vèles qui pourraient faire. Mais il ne se sent pas de dresser du début. Je lui parle d’un ami, Olivier COURTHIADE, spécialiste de la question. “Ah ! Tu le connais ?! J’ai entendu parler de lui, justement, je me disais qu’il faudrait que je le rencontre”.

Quelques mois après, pour le printemps, avec Rénat, nous allons passer quelques jours à Méras, à côté de Labastide de Sérou, chez Oliver, dans l’Ariège. L’un et l’autre sont faits pour être amis. Tout en parlant, ils se rendent compte qu’ils viennent plus ou moins du même endroit. L’un vient d’Arnaud Bernard à Toulouse, le quartier de la halle, et l’autre de Lalande, juste en dessus, qui était encore à cette époque pas si lointaine, le village des maraîchers.

Ainsi, dans leur enfance, Olivier et Rénat vécurent les mêmes choses qui les marquèrent : les passages des carrioles des jardiniers qui venaient vendre au marché couvert, des dernières voitures à chevaux qui vinrent à Toulouse jusqu’à ce qu’une loi interdise la circulation des roues cerclées de fer sur les routes bitumées. De toute façon, mis à part le cas de quelques vieux maraîchers Lalandols “qui n’avaient pas voulu se moderniser”, les automobiles avaient déjà bien remplacé les chevaux. Maintenant le béton de Toulouse a recouvert les anciennes terres fertiles des jardins et les légumes viennent d’un peu plus loin.

Les quelques jours à Méras passèrent vite, ce fut pour Rénat l’occasion de se réhabituer à la façon de mener les bêtes, et bien sûr de demander à Olivier s’il ne débourrerait pas les jeunes vaches. Il fut entendu que ce serait fait à l’automne ou pendant l’hiver, parce qu’il aurait une stagiaire longue durée.

À la fin de l’été, il était temps pour moi de faire le joug pour les génisses de Rénat. Je lui demandai de prendre mesure. « 10 pouces et demi » me dit-il. 26 cm. Je le commençai à Montmorillon pour le salon de la traction animale où j’avais été invité pour faire une animation. Je le fis de 28 cm, un peu plus grand afin qu’il leur profite plus longtemps, comme elles vont encore bien grandir. Surtout je laissais assez de bois, un peu à l’encontre des conseils de René ALIBERT qui toujours cherche à faire des jougs les plus légers possible. Je voulais que le joug soit assez fort, qu’il ne risque pas de casser, même si les bêtes encore ne forceraient pas trop. On ne sait jamais ! En plus, à cause d’un mauvais vent d’Autan, pendant qu’il se séchait, de méchantes fentes apparurent et il me fallut le boulonner.

Je préparai aussi une paire de juilles2 de bonne longueur et une paire de redoundes3 en suat comme disent les anciens ; c’est-à-dire, maintenant en cuir chromé. Mais pas en cuir chromé ordinaire, en cuir nourri de suif et de paraffine qu’il faut tordre tant qu’il est chaud après l’avoir fait bouillir.

2 Juilles : courroies de cuir qui permettent de lier et d’utiliser la force de traction des bêtes.

3 Redoundes : anneaux de cuir ou de fer (plus moderne) où passe le timon. Selon les régions, ils sont appelés aussi : ambiets, amblets ou trézègos.

Mandre et Paléte, appelées ainsi à cause de, respectivement, la couleur (renard) et l’encornure (plate), arrivèrent à Méras à la mi-décembre, menées par un ami de Rénat, le paysan voyageur du film « Ici Najac, à vous la Terre », Henri.

Elles avaient été touchées, ça c’est sûr, « coucounées » même, mais pas vraiment menées en main à la corde. Alors, les premières leçons, où il fallait seulement aller boire à l’abreuvoir accompagné par un homme qu’il fallait suivre au pas, furent plutôt difficiles. Il fallait même être deux ! Cela s’achevait parfois par une glissade dans la boue ! Ainsi furent-elles surnommées pour un temps : “ les pouffiassounes”.

Je revins à Méras pour les vacances de Noël et eu la chance de participer au dressage au joug avec Olivier et Elwire la stagiaire.

La première fois que nous avons voulu les joindre, ce ne fut pas commode. Non pas qu’elles furent méchantes, non, pas du tout ; mais un peu violentes cependant. Elles ne voulaient pas du tout être jointes. Alors, il fallut y aller d’une manière plus rude. Elles ne sortirent pas ce jour-là, elles ne furent pas non plus déliées …

Pour la première sortie, elles remuèrent un peu, mais rien de bien méchant. Après, on peut dire que tout se passa bien pour la marche sous le joug. Cependant, elles continuèrent de faire caguer chaque matin pour aller boire à l’abreuvoir. C’était encore bien difficile de le faire seul. Le surnom demeurait.

À partir de la seconde sortie, le lendemain, elles apprirent de tirer au proudel4. De tirer léger, bien sûr. Un petit pneu d’automobile, puis un plus grand de vieux tracteur. Ce dernier, fut leur charge coutumière pour trois semaines. Enfin elles eurent droit au timon. Mais pas celui du tombereau, celle du traîneau afin de ne pas prendre de risques. Il n’y a rien de bien plat à Méras !

Ce ne fut pas Henri, mais Bernard, un ami de Rénat aussi, maréchal lui, qui vint, un samedi pour ramener les deux génisses chez elles. Rénat était déjà là depuis quelques jours pour commencer de s’accoutumer à travailler avec ses vachettes changées par le dressage. Arrivé pour le dîner, Bernard se régala du repas et tous les quatre partirent juste après.

Il était convenu avec Rénat que j’irais chez lui le mercredi suivant pour l’aider. Il ne voulait pas trop sortir les génisses tout seul au début et il n’y avait encore personne au Mas qui pouvait le faire.

À Méras, Olivier avait dressé avec un de ses vieux jougs, mais maintenant il me fallait porter à Rénat le neuf, les juilhes et les rédoundes, mais pas de méjane5 car il en avait une vieille. Il me fallut aussi lui prêter ce qu’on appelle un pountsol, c’est-à-dire un court faux-timon car en Rouergue Haut, le proudel ne peut pas s’attacher directement au joug qui n’a pas de cheville centrale de fer ou “d’escarabat” 6. Il s’attache donc au pountsol qui est pendu aux rédoundes.

Proudel : Chaîne de traction, pour tirer du bois par exemple.

5 Méjane: Forte courroie de cuir avec une boucle comme une ceinture qui permet de pendre les rédoundes selon la manière d’atteler nord aveyronnaise.

6 Escarabat : Nom donné, dans certaines régions des Pyrénées, à l’espèce de méjane de fer à cause de sa ressemblance avec les mandibules de l’insecte.

 

Pour la première sortie là où elles étaient nées, il y avait assez de monde pour les regarder : Franc, Christian le lauzier et son équipe dont Eve qui vit au Mas elle aussi, Gilles le forgeron et les deux jeunes stagiaires allemands : Anne et Théo (Théo fut quelques mois un élève de Rénat). C’est-à-dire que c’était aussi une journée de travail, d’aide pour couper les arbres que la tempête de juillet passé, déracina ou déplomba. La châtaigneraie avait quasiment disparu, les hêtres et les chênes eux aussi avaient chargé. C’était un spectacle de désolation!

Après le dîner, tous voulurent voir la nouvelle première mise au joug des vachettes avant de retourner travailler au bois.

Rénat passa commande à Gilles pour des ferrures d’attache qu’il faudrait sceller au-dessus de la porte de l’étable, de chaque côté avec une barre entre elles pour nouer les cordes.

Mandre et Paléte, douces, se laissèrent joindre aisément avec ce joug neuf. Il tomba bien, mais à la fin de la journée, il me fallut tirer un peu de bois à la suco7 de chaque bête pour qu’il ne les touche pas aux chignons. Il était trop juste. Il faut pouvoir passer un crayon dans l’intervalle.

Rénat préféra que je marche devant, au début, au cas où elles auraient eu un peu trop de “jus” ; lui, poussait de par derrière. Nous sommes allés par le chemin de terre, en bas après le ruisseau. Assez long, il monte doucement, les côtés bien bordés par des murets ou des haies. Impeccable pour dresser. Mandro et Paléte pour ne pas partir à vide, tirèrent un vieux cercle qui faisait comme une herse par l’herbe. Nous fîmes quelques allers-retours. Rénat passa devant, puis nous changeames de chemin et enfin somme rentrés. Il n’y eu pas le moindre mauvais mouvement de tête quand nous avons délié. Pas besoin de dire que Rénat était enchanté, et que Mandre et Paléte eurent leur content de compliments, ce qu’il fallait de caresses et bien sûr, une bonne poignée de farine chacune. Il n’était plus question de pouffiassounes.

Depuis que le Mas del Mouli espérait cela : deux génisses Aubracs, la race du pays, nées à l’étable et maintenant dressées ou peu s’en manque. Il y avait une trentaine d’année que le passage entre les deux maisons n’avait pas vu cela. Et encore, avant Rénat, le vieux qui avait gardé des vaches de travail tant qu’il put, fut un des derniers de la région. Dans bien d’autres fermes, il y avait déjà plus de vingt ans que bœufs et vaches de travail avaient disparu.

Le soir, le souper fut comme une fête.

Tout cela me faisait penser à un film qui me plut quand j’étais enfant, me fascina, pourrais-je même dire. Un film de Pagnol d’après un livre de son ami Giono : « Regain ». Ce jour-là, au Mas, c’était le “regain” tant espéré par Rénat, Christian et leurs amis.

7 Suco : Partie du joug qui coiffe le chignon.

La troisième fois que j’allais aider à sortir les vaches, Rénat ne pouvait pas être là. Nous joignîmes avec Théo. Depuis qu’il était arrivé quelques moins avant, il s’était habitué aux vaches pour les apâturer et leur tirer le fumier. Il n’en avait pas peur. Mener l’intéressait, il voulait apprendre. Alors, il passa un peu devant et se débrouilla bien pour un début. Les génisses quant à elles, tirèrent des troncs. Première fois d’une longue série.

 Se sont parfois les bourgeons les mieux cachés sous l’écorce qui éclosent et donnent le bois nouveau.

Dénomination des différentes parties d’un joug occitan, Rouergat en l’occurence:

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Les différentes parties numérotées sur la figure 1 sont listées ci-dessous avec leur nom en Français, puis en Occitan, suivi entre parenthèses de la prononciation.

1) Embanures – Baneiras (baneïros).

Logements destinés à recevoir les cornes. Les embanures ont un rôle de mise en position de la tête de chaque bovin l’un par rapport à l’autre. ce sont les « surfaces de références ».

2) Suca (suco), pas de nom utilisé en Français.

La suco coiffe le chignon de chaque bête mais ne doit pas le toucher.

3) Capet (capét), pas de nom utilisé en Français.

C’est la partie du joug au dessus de chaque tête. Comme bien d’autres parties du joug, elle doit être aussi mince que possible afin de conférer de la légèreté à l’ensemble.

4) Trou de passage pour la méjane – Mejana (médjano).

5) Joues – Maissas (maïssos).

Les joues viennent contre les oreilles de la bête, rabattues sur l’arrière. Les oreilles ainsi plaquées, mais non serrées, permettent de faire amortisseur entre le crâne et le joug. 

6) Capière – capièira (capièiro).

Ce sont tout simplement les emplacements qui reçoivent la tête des bêtes. Les joues font partie des capières.

7) Chemin de passage des courroies vers le front et vers les cornes.

Les courroies sont souvent appelées juilles dans le Midi, par dérivation du nom occitan julhas (julios).

8) Chemin de passage des courroies depuis les cornes vers l’arrière (ou vice-versa) afin qu’elles fassent le tour du joug.

9) Catel ou tenon – catel (catel) ou coeton (couetou)

Il y en a un de chaque côté. Ils permettent de terminer de lier les juilles, en les y nouant par deux demi-clefs.

Pour plus d’informations, consultez l’article « Géométrie des jougs occitans » sur le site « Attelages bovins d’aujourd’hui » en cliquant ici

Lionel Rouanet

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Un grand merci à Lionel Rouanet pour sa collaboration continue  et son soutien au site.

Le 1er colloque des bouviers en Ariège a eu lieu le 9 Mars 2014, à Nescus (09), par Solène Gaudin

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Arrivée en haut sur les prairies où est mis le fumier avant l’épandage, pendant la rencontre de bouviers chez Olivier Courtiade.

La journée a commencé par la présentation des personnes présentes, entre autres: Claude Baquié, Pierre Nabos, Lionel Rouanet (jouguiers), Pierre Bonzom, Francis Bazerque, Rémy Dos Reis et son grand-père, Manu Fleurentdidier (formateur traction animale), Olivier Courtiade…. Il y a environ une trentaine de personnes présentes pour cette journée sur la ferme d’Olivier Courtiade.

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C’est en début de journée, on doit être une trentaine (sur la photo, on est moins, tout le monde n’est pas arrivé), le président d’Autrefois le Couserans, Mr Claude Baquié nous explique le déroulement de la journée.

Un film de présentation  du travail et du dressage de boeufs sur la ferme d’Olivier Courtiade est passé ( Envoie le petit!) ainsi qu’un reportage sur le dariolage à travers les régions françaises et le monde. Le visionnage dure jusqu’à l’heure du repas.

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Photo Lionel Rouanet

Le repas fut un moment d’échange entre les participants,(expérience de chacun, anecdotes, chants…)

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Après le repas,  Olivier Courtiade, nous explique les différentes façons de travailler avec les boeufs (collier, …) et pour commencer, il nous explique qu’il utilise le joug de garrot parce que les cornes ne sont pas assez solides pour être liées.

Dans l’après-midi, Olivier Courthiade a fait une démonstration de liage de sa paire de boeufs et de conduite avec une activité sur le transport du fumier puis le travail d’une jeune paire de boeufs au joug de garrot pour le passage d’un bandage de roue sur une prairie.

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Olivier Courtiade met à la charrette sa paire de boeufs gascons.

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Un stagiaire d’Olivier Courtiade amène la charrette de fumier en haut de la colline pour l’épandre sur des champs.

En fin d’après-midi, visite à l’éco-musée d’Azen pour voir la collection de jougs de plusieurs régions de France avec les commentaires d’Olivier Courtiade. 

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Visite à l’éco-musée d’Azen avec Olivier Courtiade et présentation des différents jougs de France

Solène Gaudin

Merci à Solène pour sa participation active et soutenue au site.

Voici quelques images vidéos de la journée.

Sellerie Blaser, Wasen (Suisse) colliers d’attelage, harnais pour bovins

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Collier « Blaser » à trois matelassures sur un Boeuf du domaine Château Pape Clément en démonstration au salon de Montmorillon 2013

photo Lionel Rouanet

La sellerie Blaser à Wasen en Suisse, propose différents colliers et harnais sur mesure, pour l’attelage des bovins. 

Sellerie Blaser

Dorfstrasse 41
CH-3457 Wasen i.E. 

Tel. +41 034 437 13 84 
Fax. +41 034 437 04 84 
info@blaser-sattlerei.ch

Cliquez ici pour aller sur leur site 

En France, le domaine viticole Château Pape Clément à Pessac (33), les utilise pour les boeufs de l’exploitation.

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En Suisse, les vaches et bœufs furent longtemps utilisés comme animaux de trait.
Parallèlement aux différents jougs qui variaient sensiblement d’une région à une autre, le collier représentait une très bonne alternative. On rencontrait en réalité en Suisse deux types de colliers à bovins : le collier bernois, très proche de par son apparence du collier de cheval, et le collier à trois matelassures.

Le collier à bovins n’a évidemment pas la même forme que le collier équin puisque l’anatomie du bovin est très différente de celle du cheval. Il faut noter que le collier à vache est toujours ouvert en bas, en l’occurrence il se ferme toujours avec une chaînette de fermeture.

– 1: Le collier Bernois et harnais porte-traits à culeron, traits en corde, sous-ventrière.

Collier classique aux mamelles rembourrées de paille, ouvert avec chaînette de fermeture et attelles en bois.

Traits en longues cordes.

Le harnachement peut être complété par un avaloir dans le cas où les animaux sont attelés à une voiture. (charrette).

Ces colliers se rencontrent encore souvent dans les granges suisses à côté des colliers à chevaux, bien qu’ils ne soient plus utilisés depuis plusieurs décennies.

 

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Photo site Sellerie Blaser

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Photo site Sellerie Blaser

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Photo site Sellerie Blaser

– 2: Le collier à trois matelassures

Collier réglable (hauteur du point de traction et largeur), et harnais porte-traits à culeron, traits en corde gainés cuir et sous-ventrière (modèle utilisé au Domaine Pape Clément à Pessac en Gironde).

Les deux matelassures latérales sont fixées aux attelles, le tout relié par la matelassure de nuque.
Le bois a gardé sa couleur naturelle et les crochets tirant peuvent être implantés plus ou moins haut selon le travail à effectuer ou la morphologie de l’animal.

Le collier est muni de deux anneaux dans lesquels peuvent coulisser les guides qui permettent de maîtriser l’animal.

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Photo site Sellerie Blaser

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Boeuf du domaine Château Pape Clément en démonstration au salon de Montmorillon 2013

photo Lionel Rouanet

– 3: Caveçon spécial bovin.

Le caveçon appuie sur le chanfrein et permet de mieux contrôler l’animal.

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Photo site Sellerie Blaser

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Photo site Sellerie Blaser

La sellerie Blaser peut fabriquer ces colliers neufs dans ses ateliers à la demande et sur mesure, et peut aussi faire des adaptations ou réparations.

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Merci à Philippe Kuhlmann pour les traductions.

Salon de la traction animale de Montmorillon 2013, photos de Lionel Rouanet

Les boeufs du château Pape Clément et Tifenn Vital

Le Stand de fabrication de jougs de Lionel Rouanet

Salon de la traction animale de Montmorillon 2013 article du blog « Traits en Savoie »

Tifenn Vital (cliquez ici pour voir) et les boeufs du domaine Pape Clément

L’association « Traits en Savoie » publie sur son blog un article sur le salon de la traction animale de Montmorillon avec de nombreuses et belles photos.

Allez consulter l’article en cliquant ici.

Voir le second article en cliquant ici.

Lionel Rouanet (Cliquez ici pour voir) entrain de tailler un joug neuf Aveyronnais 

Christelle de Freitas (Cliquez ici pour voir) et une paire de boeufs à Jean Bartin (Cliquez ici pour voir)

Toutes photos extraites du blog « Traits en Savoie » et merci à eux de nous avoir signalé la publication de leur article.

Réglage d’un joug neuf « Alibert », chez Laurent Janaudy (01)

Fin Août, de passage en Bourgogne, Lionel Rouanet a profité de l’occasion pour livrer un joug neuf de René Alibert à Laurent Janaudy de Manziat (01).

La chose n’était pas prévue, mais les circonstances ont fait qu’il a aussi réalisé le réglage un peu au débotté, sans ses outils adaptés, en particulier son herminette.

Laurent utilise un joug de type « Charollais » de Michel Nioulou, mais il voulait aussi un joug de l’Aveyron « Alibert », qui est naturellement « en accord avec les Aubracs ».

Malgré cela, après avoir fait une première pose et un premier relevé des points à retailler, seuls un nouveau liage et un marquage ont été nécessaires pour finir d’ajuster les embanures (point d’appuis des cornes), la suco, le capet (parties des têtières sur le chignon et sur le cou des bêtes) et les joues (voir l’article sur les jougs écrit par Lionel).

Après les réglages, un attelage au tombereau a permis de tester la tenue des bêtes coiffées à neuf et de monter deux anneaux d’attelage neufs réalisés par Lionel (voir vidéo en fin d’article).


Géométrie des jougs occitans, par Lionel Rouanet

  

Le mot joug fait immanquablement penser à la notion de servitude, par l’utilisation qui en est faite de nos jours, principalement au sens second.

Si cette notion n’est pas fausse, elle ne doit en tout cas absolument pas conduire à l’idée reçue de « souffrance ». D’un point de vue pratique, un joug, au même titre qu’un collier pour les équidés, n’a évidemment aucun intérêt à faire souffrir (ni même à l’insu de l’utilisateur), car son but est bien de tirer partie au mieux de la force des animaux.

C’est pourquoi les jougs, en particulier les jougs coiffants (coiffant les oreilles, voir illustrations) ont une géométrie si particulière. Leurs formes ne sont pas le fruit du hasard, en grande majorité fonctionnelles, elles laissent néanmoins de la place au côté artistique du modèle propre à chaque « pays », chaque artisan. C’est sur les jougs coiffants du sud de la France, d’Occitanie, (« Midi, Centre-Ouest ») que va porter cet article ; plus particulièrement sur ceux d’Aveyron, ce qui veut dire de nos jours, des jougs « Alibert » (pour des jougs neufs évidemment).

Il ne faut pas croire que l’Occitanie n’ait connu ou ne connaisse encore que des jougs coiffants stéréotypés. Si des cousins du modèle Alibert sont légion dans l’Aveyron, le sud du Massif Central, le Tarn, un peu l’Ariège et d’autres endroits encore, on trouve également en grand nombre, des modèles moins coiffants, aux formes plus simples, notamment dans la zone pyrénéenne. Ces derniers prennent alors parfois le nom de « Jouattes » comme dans le Comminges(31) et le Couserans (09).

Il se trouve à l’écomusée d’Alzen, dans l’Ariège, une belle collection de jougs méridionaux dont la plupart des modèles viennent du collectage d’Olivier Courthiade.

I – Localisation et dénomination des différentes parties d’un joug.

Les différentes parties numérotées sur la figure 1 sont listées ci-dessous avec leur nom en français, puis en occitan, suivi entre parenthèses de la prononciation.

Vous pouvez cliquer sur les images pour les agrandir.

 

1) Embanures – Baneiras (baneïros).

Logements destinés à recevoir les cornes. Les embanures ont un rôle de mise en position de la tête de chaque bovin l’un par rapport à l’autre. Ce sont les « surfaces de références ».

2) Suca (suco), pas de nom utilisé en français.

La suco coiffe le chignon de chaque bête mais ne doit pas le toucher. C’est une partie plutôt d’ornement, mais ne demandant pas pour cela une section initiale de bois plus importante, car ses côtés, à même niveau,

sont indispensables au bon guidage des courroies sur les cornes. Si les cornes des bêtes partent d’abord un peu sur l’arrière, avant de s’incurver vers l’avant, il se peut que la suco se retrouve juste derrière le chignon.

3) Capet (capét), pas de nom utilisé en français. C’est la partie du joug au dessus de chaque tête.

Comme bien d’autres parties du joug, elle doit être aussi mince que possible afin de conférer de la légèreté à l’ensemble. La limite minimale étant bien entendu donnée par la capacité de résistance. Sur l’arrière, le milieu des capets se termine par une nervure, bien en saillie, qui empêche la tendance que pourraient avoir les courroies à glisser sur le cou des bêtes.

4) Trou de passage pour la méjane – Mejana (médjano).

La méjane est une forte courroie de cuir avec un système de boucle pour la fermer, comme une ceinture. Elle permet de pendre les deux anneaux dans lesquels passent le timon. Il existe d’autres manières de pendre les anneaux qui seront abordées plus spécifiquement dans un autre article.

 5) Joues – Maisas (maïsos).

Les joues viennent contre les oreilles de la bête, rabattues sur l’arrière. Les oreilles ainsi plaquées, mais non serrées, permettent de faire amortisseur entre le crâne et le joug.

 6) Capière – capièira (capièiro).

Ce sont tout simplement les emplacements qui reçoivent la tête des bêtes. Les joues font partie des capières.

 7) Chemin de passage des courroies vers le front et vers les cornes.

Les courroies sont souvent appelées juilles dans le Midi, par dérivation du nom occitan julhas (julios).

8) Chemin de passage des courroies depuis les cornes vers l’arrière (ou vice-versa) afin qu’elles fassent le tour du joug.

 9) Catel ou tenon – catel (catel) ou coeton (couetou)

Il y en a un de chaque côté. Ils permettent de terminer de lier les juilles, en les y nouant par deux demi-clefs.

II – Caractéristiques générales :

1) La pointure. (voir figure 2)

Les jougs de nuques doivent « mouler » la tête des animaux et, comme pour nous des chaussures, ils doivent être particulièrement bien ajustés afin de ne pas blesser. Ils doivent être ergonomiques. Il y a donc plusieurs pointures ou tailles de jougs. Celles-ci se mesurent juste derrière les embanures entre les joues. De nos jours, la plage des pointures part de 26, 27 pour des jeunes bêtes ou des petites vaches, jusqu’à un maximum assez rare de 35, 36 pour de gros boeufs.


2) Zone où doit porter le joug sur les têtes. (voir figure 2)

Bien entendu, le joug doit porter sur les cornes, mais également sur le cou des bêtes. Seules ces zones doivent supporter le poids du joug ainsi que la composante verticale de la charge transmise par le timon. Partout ailleurs, il ne doit pas y avoir contact. Au niveau de ces zones, qui forment grosso modo un triangle à l’arrière des capières, le joug doit épouser au mieux la forme des cous, afin que leur écrasement sous la charge soit le plus faible et le moins contraignant possible. Il doit aussi porter identiquement sur chaque bête. Si c’est le cas, en regardant la paire de côté, les chanfreins sont alignés.

3) Zone où doivent porter les cornes. (voir figure 3)

Les cornes, dans les embanures, ne doivent pas porter sur leur naissance, près du crâne, qui est une zone plus tendre et fragile, souvent craquelée, mais à quelques centimètres de là.


4) Mise en position, maintien en position, traction.

Les surfaces décrites dans les deux paragraphes précédents permettent d’effectuer la mise en position des bêtes par rapport au joug, afin de conférer la meilleure ergonomie possible. Les courroies, quant à elles, assurent deux rôles: le maintien en position, plus particulièrement pour celles passant sur les cornes et la réception de l’effort de traction pour celles passant sur le front. On ne doit pas considérer qu’un bovin tire grâce à ses cornes. C’est quasi essentiellement le front qui doit effectuer ce travail.

5) Les galbes d’un joug.

Un joug dans son allure générale doit posséder deux courbures, l’une vue de dessus, l’autre vue de face. Ces courbures se considèrent par rapport aux placements des cornes : les embanures.

Le galbe vu de dessus a deux utilités : (voir figure 4)


– premièrement, permettre le croisement des cornes des bêtes dans la partie médiane du joug (voir figure 3). On constate à ce propos, que les jougs des zones montagneuses ou collinaires ont le galbe vu de dessus généralement plus prononcé que ceux des plaines, car les chemins y étant plus étroits, les bêtes devaient marcher plus rapprochées et de fait, les cornes obligatoirement se croiser. La race des bêtes et la forme de leurs cornes influent évidemment aussi.

Afin de soigner au mieux le croisement des cornes, les lignes passant par le fond des embanures ne sont pas symétriques, l’une « regarde » plus en arrière que l’autre : l’embanure intérieure de la bête de droite est plus rentrée dans le bois que sa voisine.

– deuxièmement, donner un peu de maniabilité à la paire, en virage, car leurs axes longitudinaux ne sont pas parallèles mais se coupent plusieurs mètres au-devant.

Le galbe vu de devant (voir figure 5) permet lui aussi aux cornes de se croiser sans se toucher. Là aussi, les axes des têtes passant par les cornes ne sont pas symétriques, l’une des bêtes a la tête légèrement plus inclinée que l’autre. C’est généralement le cas de la bête de droite.

Il est apporté un soin tout particulier au placement des cornes, car c’est en grande partie grâce à cela que les bêtes se trouveront dans la posture qui fournira la plus grande capacité de traction possible, sans fatigue inutile. De plus les bêtes n’apprécient absolument pas que leur cornes se touchent car cela génère des vibrations qui se transmettent à la boîte crânienne.

6) Le caractère coiffant.

Les capièires sont de profondeur assez importante. Ainsi, leurs côtés (les joues) descendent au-delà de la naissance des oreilles qui, rabattues vers l’arrière, sont plaquées sur le bas de la nuque, et font office d’amortisseurs comme il a été précédemment écrit.


Ce caractère coiffant du joug ne sert pas qu’à enserrer les oreilles ; il permet également de rallonger vers le bas le chemin de guidage des juilles vers le front et ainsi de les aider à passer à mi-chemin environ entre les cornes et les yeux, soit juste au dessus des arcades sourcilières.

C’est lorsque les juilles sont à ce niveau sur le front que l’ergonomie et la capacité de traction sont les meilleures (du moins pour une grande majorité des races). Guidées de la sorte vers le front, les juilles ne blessent pas au niveau des tempes.

7) La manière de lier.


La juille, attachée à un clou faisant crochet à l’arrière du joug, dans la partie centrale, passe d’abord sur la corne intérieure, du bas vers le haut, puis est dirigée, par le croisement, vers l’arrière de la corne extérieure sur laquelle elle fait un tour. Ceci permet de rapidement « fermer la bête » dans le joug. La juille passe ensuite sur le front, fait un tour de la corne intérieure et revient à l’extérieur par l’arrière du joug. Voici le cycle. Selon les régions, on fait deux ou trois tours sur la corne extérieure et autant de passages sur le front. Le surplus de longueur de la juille est enroulé sur la corne intérieure, puis on termine en la dirigeant vers le catel sur lequel on l’arrête par deux demi-clefs. Afin de donner un peu d’adhérence au cuir sur ce dernier, certains avaient pour habitude d’y déposer un « brave escupit » (traduire par « crachat généreux »).

Les juilles doivent être le plus tendues possible, et ce, dès le premier tour.

 

8) Légèreté et résistance du joug

Un joug doit être aussi léger que possible pour ne pas charger inutilement la tête des bêtes et pour faciliter sa mise en place par le bouvier. Cependant la recherche de la légèreté ne doit pas se faire au détriment de la capacité de résistance. Le jougtier doit trouver le meilleur compromis. Pour cela, il doit essayer au plus possible de garder entière

la fibre du bois d’un bout à l’autre ; chose qui est rendue difficile par le galbe (vu de dessus). Il est avantageux d’utiliser, quand c’est possible, un tronc d’arbre légèrement cintré : le galbe du joug suit alors au maximum la courbure naturelle du tronc. La méthodologie de fabrication compte énormément dans l’obtention de jougs résistants. L’essence utilisée influe aussi. Un joug en bouleau, par exemple, qui est un bois léger, doit avoir certaines zones plus massives qu’un en frêne, qui est un bois lourd.

La capacité de résistance du bois dépend beaucoup de sa densité. Selon les régions, on utilise ou non des coussins frontaux. Le fait que le joug soit coiffant et que les juilles ne puissent donc pas blesser aux tempes, sous les cornes, (voir § 6) ne rend pas leur usage impératif. Malgré tout, à mon sens, leur emploi ne peut qu’être recommandé puisqu’ils augmentent la surface de répartition de l’effort de traction et donc réduisent la pression sur le front. Remarquez les cernes d’accroissement du bois. C’est ainsi disposé par rapport au tronc d’arbre d’origine, que le joug terminé garde le galbe des cernes dans la position offrant le meilleur compromis. Autant que possible, le coeur de l’arbre (au sens du centre, de la moelle) doit être absent du volume final ou le plus à l’extérieur possible, car il prête à faire fendre le reste de la section. Dans tout les cas, il doit être à l’arrière du joug, l’avant étant du côté de l’écorce.

III – Conclusion :

Je ne veux pas, par cet article, faire l’apologie d’un seul type de joug. Il est certain que le modèle que je viens de décrire est particulièrement abouti et ergonomique s’il est bien ajusté. Cependant, il a l’inconvénient de difficilement pouvoir servir, sans retouches, pour différentes paires. Ce n’est pas le cas des jouattes pyrénéennes, qui avec des emplacements de cornes peu ou pas marqués, peuvent aller bien plus aisément à plusieurs paires (avec même une certaine latitude dans la taille). En contrepartie, ces dernières ne sont jamais parfaitement ajustées, et ne permettent pas de soigner le croisement des cornes dans la partie centrale.


Si les jougs traditionnels de chaque région ne se ressemblent pas, c’est parce que leur évolution s’est faite en fonction de la morphologie des races locales. Ainsi, un joug occitan n’est pas particulièrement adapté à coiffer des boeufs ou vaches de race Bretonne (par exemple) car la forme de leurs cornes est très différente de celles des races pour lesquelles ils étaient traditionnellement conçus. A savoir, essentiellement les Aubrac, Gasconnes mais aussi Salers, Ferrandaises, Castas et d’autres encore. Je ne dis pas qu’un joug occitan ne peux pas coiffer des Bretons, la preuve en est que M. Alibert a bien ajusté un de ses jougs aux boeufs de M. Lehlé ; seulement, une fois finies, les embanures étaient dans une position jusqu’alors inconnue. En effet, traditionnellement, des bêtes ayant une encornure trop différente du standard de la race n’étaient pas gardées pour la traction. Surtout dans un département comme l’Aveyron où chaque paysan, bouvier, prêtait particulièrement attention à ce que sa paire « présente bien ». Ils étaient très fiers de l’esthétique de leurs animaux attelés, notamment de la manière dont se croisaient les cornes. Il y avait bien sûr des animaux aux cornes plus hautes que les autres qu’on appelait « cabrots » en référence aux cornes des chèvres, mais jamais un Aubrac cabrot n’aura une allure de Breton ! Ainsi il est quasiment improbable qu’un joug occitan convenant parfaitement à des Aubracs, puisse convenir à des Bretons de même taille.

Ces dernières lignes me permettent de revenir sur les coutumes. Nous venons de voir que la morphologie des races traditionnelles locales pouvait influer sur les différents modèles de jougs et favoriser certaines coutumes. Mais les coutumes elles–mêmes ont, certainement, par leur propre évolution, elles aussi à leur tour, influées sur l’évolution des modèles régionaux. Ainsi, si l’on observe les différentes méthodes de lier les animaux aux jougs, on constate des couples joug/méthode bien particuliers : emploi de gros coussins rembourrés coiffant nuque et front avec un joug assez sommaire dans les Vosges (un joug Vosgien utilisé sans coussin devient un véritable instrument de torture) ; juilles terminées par une corde fine (pour faire le noeud) dans le Charolais avec un joug sans catel ni cheville … De même, de façon générale, la manière de passer et enrouler les juilles sur le joug, est propre à un modèle. Qui de la manière, ou du modèle à influé sur le second ? …

Les informations contenues dans cet article, proviennent pour la plupart des connaissances et savoir-faire de René Alibert, un des derniers jougtiers en activité en France. Pendant son jeune âge, il fut quelques années jougtier professionnel aux côtés de son père Joseph qui exerça ce métier pendant une trentaine d’années, à plein-temps, en itinérant dans le Nord Aveyron. Il n’avait pas d’atelier. Joseph fabriquait environ 300 jougs par an, chez les « clients ».

Dans le milieu des années 50, il n’y avait plus assez de travail pour deux, alors René prit le chemin des ateliers industriels, puis ce fut le tour de son père quelques années plus tard. Arrivé à l’âge de la retraite, René se remit par passion à faire des jougs, « pour dépanner les gens et faire plaisir ». A 85 ans passés, il manie encore la hache et l’herminette, courbé avec souplesse.

Lionel Rouanet.

Merci à Lionel pour sa participation active et son soutien au site.

Cet article a également été  publié dans la revue « Sabots ».

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