Découvrez le parcours de Maryse et Michel Berne, filmés par Sophie Arlot et Fabien Rabin du Grenier d’images.
A voir absolument!
Découvrez le parcours de Maryse et Michel Berne, filmés par Sophie Arlot et Fabien Rabin du Grenier d’images.
A voir absolument!
Voici mon retour du « Stage traction Bovine » auquel j’ai participé du lundi 6 au vendredi 10 novembre.
Cette première initiation axée sur la traction bovine et animée par Philippe Kuhlmann, se déroulait au sein de l’Ecomusée d’Alsace situé sur la commune d’Ungersheim.
Les premiers instants de ce stage ont commencé tout en douceur autour d’un chaleureux café. Philippe a pris le temps de saluer les huit participants, un à un, posément, avec son humilité habituelle. Il a pris le temps dès les premières heures du stage, d’écouter et de cibler les attentes et les besoins de chacun des participants.
Il est vrai que tous, nous venions des quatre coins de France (et même d’Allemagne) avec des horizons professionnels et personnels très variés. Entre le cantonnier Bourguignon curieux de traction, le passionné déjà dresseur, la vétérinaire, l’éleveur de chevaux, le viticulteur ou l’éleveur Gascon, il y en avait pour tous les goûts.
Nous ne le savions pas encore mais cette diversité de parcours et cette pluralité de profils, allait être le socle commun d’une prise de conscience et de réflexion d’une grande richesse pour chacun.
La découverte du site se fit en groupe, lors d’une visite guidée orchestrée par un animateur de l’Ecomusée. Cela a permis à chacun de prendre en main les lieux et de comprendre à quel point ce parc, chargé d’histoire et de sens, avait toute sa crédibilité et son poids pour servir de cadre à l’organisation d’une telle formation.
Les activités se sont organisées au fur et à mesure de la semaine, afin de combler les attentes de chacun.
Les animaux déjà présent sur le site, ainsi que ceux déplacés de chez Philippe, ont été vite pris en charge par l’ensemble des stagiaires. L’effectif conséquent d’animaux disponibles a été un réel point fort pour la réussite de la formation.
Chacun a pu se lancer à découvrir l’approche du bovin, la mise en place du licol, puis les premières manipulations des animaux, tout cela en sécurité, aussi bien pour les hommes que pour les animaux.
Le travail des vignes, le débardage, le travail aux champs, le débourrage de jeunes animaux, la ferrure, tous les points de découverte, de questionnement ou de perfectionnement ont été abordés. Philippe nous a également présenté le « Ramé », outil de levage et de transport qu’il a conçu. Les stagiaires ont pu à tour de rôle s’essayer à sa manipulation, attelé à une paire de boeufs.
Philippe nous a rapidement démontré ses impressionnantes capacités en terme de connection avec les animaux. Il a un tel pouvoir, presque hypnotique, que cela est tout simplement bluffant. Chaque jour, cela fut un plaisir de le voir communiquer et travailler avec les boeufs. Il a trouvé la recette parfaite entre la douceur et la justesse des gestes et de la parole, la posture et la lecture instantanée de l’animal, tout cela immergé dans un cadre de fermeté, nécessaire au bon maintien d’une autorité juste envers l’animal.
Il faut, je n’en doute pas, bon nombre de saisons passées au plus près des bêtes pour réussir à dessiner et à mettre en pratique une telle nature de relation avec ses animaux.
Ce fut un réel plaisir et une vraie fierté d’avoir pu participer à cette première pour l’écomusée. Mes remerciements vont bien sûr en tout premier lieu à notre formateur.
Un grand merci à toi Philippe, pour ton humilité, ton écoute, ta sagesse d’esprit. J’ai souvent l’habitude de dire à mes proches (novices en traction bovine) que j’ai la chance de connaître le « Pape » de la traction bovine française. Cela ne leur parle pas trop mais je trouve cette image est vraie. Tu portes en toi plusieurs dizaines d’années d’expérience en traction bovine. Tes acquis, tes savoirs font de toi un personnage porteur de message, d’expérience, d’espoir et conviction.
D’autres « personnages » sont présents sur tout le territoire français, je pense à Olivier COURTHIADE, à Jean-Bernard HUON ou encore Jo DURAND. Vous incarnez tous l’âge d’or de la traction bovine. Grâce à vous, vos transmissions, vos savoirs, une nouvelle génération de bouviers voit le jour. Je suis stupéfait lors de chaque déplacement et rencontres liées de près ou de loin à la traction bovine, de voir cette curiosité, cet enthousiasme de jeunes (ou moins jeunes) qui abordent, découvrent, pratiquent et vivent l’essor de la traction bovine française. Cela grâce entre autres à toi Philippe, et à tous les bouviers chevronnés qui sont là pour transmettre. Merci à toi et merci à tous les autres.
Je me dois aussi de remercier Hélène STRAMMIELLO, responsable de formation pour son organisation impeccable ainsi que Eric JACOB qui nous a accueillis sur ce site exceptionnel.
Je terminerai en remerciant chaque participant, Elke, Janet, Eric, Andy, Thierry, Jean-Michel et Olivier. Je pense que le stage ne se serait pas si bien passé si tous n’avions pas eu le souhait de partager, échanger, débattre, afin que nous repartions tous différents et tellement plus riches après cette semaine de formation…
Un grand Merci…
Laurent MARTIN-BLAIS
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Une nouvelle fois, les acteurs du monde de l’attelage bovin actuel se sont retrouvés dans l’exceptionnel cadre de l’écomusée d’Alsace à Ungersheim pour le long pont de l’Ascension à l’occasion des douzièmes rencontres de bouviers.
Au fil de ces quatre jours, c’est bien une bonne trentaine de personnes concernées par le sujet qui se sont retrouvées autour des bœufs et des vaches d’attelage, venues de toute la France, aussi de l’Allemagne et de la Suisse proche.
Il faut souligner le rôle important de l’écomusée, avec ses permanents et bénévoles, qui accueille très généreusement l’ensemble des participants aux rencontres et qui met à disposition tout le nécessaire au bon déroulement de ces journées.
Un couple de cinéastes, Patricia et Didier Ladry, était présent pour réaliser des prises de vues des rencontres, et les intégrer à un film sur la traction bovine aujourd’hui en cours de réalisation.
Philippe Kuhlmann, en collaboration avec l’écomusée, est le pivot de ces rencontres. Il cristallise autour de quelques idées et projets des réflexions et discussions la plupart du temps très techniques, c’est là toute l’essence de ces rencontres.
Matériels et expérimentations.
Cette année, Philippe a présenté un projet de joug d’épaule, proche de celui utilisé traditionnellement avec les colliers Landais sur les mules.
Certes, de son propre aveu, le prototype était rudimentaire. Mais il a l’intérêt d’ouvrir une piste d’un système d’attelage des bovins, qui allie la rapidité de jumelage des animaux sans avoir à utiliser un liage plus ou moins long et la praticité d’attelage rapide au matériel, similaire à celle rencontrée avec un joug de cornes.
Ce projet est parfaitement dans la continuité des améliorations des systèmes de garnitures de jougs intégrés qu’a mis au point Philippe ces dernières années dans l’optique d’avoir des matériels faciles et rapides à mettre en œuvre.
En comparaison avec le joug Vosgien, il met souvent en avant le temps important nécessaire au liage sur d’autres type de jougs tels que ceux qu’on peut trouver dans le Massif Central.
Le système présenté appuie aussi l’idée selon laquelle les animaux sont plus libres au collier qu’au joug et sont donc plus aptes à développer leur force de travail.
Toutes ces approches et ces argumentaires ont bien sûr alimenté grandement les discussions selon les « écoles » d’attelage : colliers, jougs, jougs libres du type Vosgien, jougs très solidaires des têtes du type Massif Central…
Le joug d’épaule de Philippe se compose de deux barres transversales sur lesquelles sont fixées des attelles de colliers où viennent se loger les têtes des animaux. Les deux attelles extérieures sont mobiles afin de permettre le placement des bovins au système.
Au centre, entre les deux colliers fixes, un point d’attelage permet comme sur les jougs, de relier rapidement le timon des matériels au joug d’épaule avec l’aide d’une simple cheville. Le timon vient se positionner dans une grosse bague en métal, articulée sur un axe transversal qui permet les mouvements verticaux.
Le joug proposé ici nécessite cependant d’avoir un système de croupière et culeron afin de maintenir l’ensemble lorsque les animaux baissent la tête et d’un avaloir pour le recul et la retenue.
Différents essais et modifications ont été réalisés au cours des journées avec l’apport des idées d’améliorations de chacun.
Il a été aussi présenté une étable mobile réalisée à moindre frais permettant un hivernage avec une structure facile à construire, à installer et à déplacer.
Bien que n’étant pas directement un sujet de traction animale, elle est parfaitement adaptée aux fermes de petite taille, sans grands moyens financiers, qui sont justement celles qui utilisent la traction bovine ou équine.
Philippe Kuhlmann qui a conçu cette étable alternative, l’a utilisée pendant l’hiver 2016/2017. Il en est ressorti une facilité d’utilisation et de déplacement de ce matériel au cours de la saison d’hiver. Elle ouvre ainsi une solution relativement abordable qui permet de palier au coût d’investissement trop élevé d’un bâtiment en dur.
Des bœufs et des hommes.
Chaque jour, une interface programmée avec le public de l’écomusée a permis de faire une présentation des rencontres, de l’histoire de l’attelage bovin, de l’état actuel de la traction bovine, des différents systèmes d’attelages, des matériels modernes, de son évolution et de ses projets.
La nouvelle paire de bœufs de l’écomusée a été fortement sollicitée.
Une jeune paire de bœufs Vosgiens de la ferme de Philippe Kuhlmann était aussi présente, descendue tout droit des estives du Valtin le matin même du vendredi.
C’est là qu’on voit l’intérêt de la sociabilisation des jeunes animaux, du travail de Philippe sur leur manipulation constante particulièrement en cours d’hivernage, ainsi que la sélection sur le caractère et l’aptitude au travail. Cela permet de rapidement mettre en paire des animaux jusque là non encore mis au joug. Nous les avons liés à un joug neuf du type Massif Central (Velay) que j’avais apporté, sans aucun souci ni énervement de la part des animaux alors qu’ils n’avaient jamais été liés ni même été mis en contact avec un nombreux public.
Après une petite heure de travail avec la contribution de Jo Durand, les deux jeunes bœufs marchaient droit, obéissaient et tenaient l’arrêt. La paire ainsi liée a été présentée deux jours de suite à l’interface avec le public en compagnie de Jo ou de Michel Berne.
Du fait du caractère facile des boeufs, Jo Durand a ensuite tenté avec succès de travailler en guide et de derrière l’un des deux jeunes animaux.
Un jeune bœuf de trois ans a, de la même manière, aussi été mis en guide au cours de la matinée du samedi afin de l’amener place des Charpentiers à la présentation publique des attelage bovins de l’après-midi.
Des démonstrations de travail de sarclage dans les cultures de l’écomusée ont été effectuées avec le bœuf de trois ans en solo, soit à la corde, soit en guides.
Des démonstrations du « Ramé », l’outil de chargement mis au point voici trois ans sur l’initiative de Philippe Kuhlmann, ont été faites avec la paire de bœufs de l’écomusée pour effectuer des chargements de balles rondes sur un char.
La présence de bouviers nouvellement venus aux rencontres tels que Maryse et Michel Berne de la Loire, de Jean-Paul Foray et de René Desmarie de l’Ain, Agnès et Luc Bernard de la Sarthe, la deuxième venue d’Elvire Caspard venue des Pyrénées, de Marc-Antoine Jacot venu de Suisse, la venue aussi de Guillaume Coudray de chez PROMMATA ont élargi le public des habitués tels que Jo Durand, André Kammerer et de son petit fils très motivé, Emmanuel Fleurentdidier, Simon Kieffer, Cozette Graffin Kremer, Nicole Bochet, Anne Wiltafsky, René Crétin, Jean-Luc Guerringue, François Kiesler, ou moi-même. Les nouvelles têtes ont rapidement été adoptées et même embauchées!!!
Jean-Claude Mann, bourrelier sellier à Muhlbach-sur-Munster, artisan fabricant de garnitures pour jougs Vosgiens, de colliers trois points pour bovins et de tout matériel en cuir, était aussi présent pendant ces journées.
Michel Berne et Marc-Antoine Jacot étaient venus avec leurs jougs de travail et j’avais personnellement apporté des jougs neufs de ma fabrication.
Michel Berne a lié les bœufs de l’écomusée avec son très beau joug du Pilat, permettant ainsi de voir sa méthode de liage et de menage.
Durant ces journées, les points d’animations autour des différents projets ont permis d’éveiller la réflexion et l’inventivité de chacun. Mais elles ont initié aussi les rencontres entre bouviers qui ne se connaissaient parfois pas jusqu’alors. Bien que le côté technique a prédominé, les échanges entre gens d’une même pratique ont été très forts.
Des projets structurants autour de la transmission.
Vendredi en fin d’après midi, une réunion s’est tenue avec tous les participants présents à ce moment-là, en compagnie d’Eric Jacob le directeur du musée.
Avec Philippe Kuhlmann, ils ont présenté les projets, d’une part de la création prochaine d’un centre de ressources et de documentation sur la traction bovine à l’écomusée et, d’autre part, l’organisation d’une initiation à la traction bovine en Novembre avec l’aide logistique et l’utilisation des emprises de l’écomusée.
Le sujet de la création d’une association des bouviers a de nouveau été abordée en compagnie d’Emmanuel Fleurentdidier.
La situation des différents bouviers, tant par l’éloignement les uns des autres que par le manque de temps, ne créée pas visiblement un engouement spontané à sa création et surtout à son administration. Cependant, Emmanuel a souligné qu’elle serait indispensable dans le cadre de formations financées. En effet, les autorités compétentes aptes à financer des formations, demandent à avoir une structure fédératrice comme interlocuteur.
Il me semble donc que sa création devrait pouvoir se faire, même en comité restreint pour pouvoir répondre à cette exigence structurelle.
Cela dit, quelle que soit le type de fonctionnement et de financement des formations, elles ne sont pour moi nullement en concurrence et bien au contraire en complémentarité de par leur placement géographique, la diversité des maîtres de stage, la manière d’aborder la formation, l’expérience et les techniques de chacun. Plus il y aura de formations, plus les différentes techniques seront partagées, plus il se créera d’émulation et plus la passation de savoir-faire sera efficace. Les travaux de chacun doivent pouvoir se compléter en bonne intelligence pour le plus grand bénéfice des stagiaires.
N’oublions pas non plus que de nombreuses personnes vont se former directement au contact des meneurs, chez eux, en situation. Les formations sont aussi un complément indispensable à ce genre de démarche, avec des échanges de groupe qui décuplent les motivations et les expériences.
Philippe Kuhlmann a évoqué le fait que les choses évoluent vite tant au niveau des animaux qu’au niveau des meneurs et des savoir-faire qui gravitent autour de l’attelage bovins. Il a insisté sur deux points qui le touche personnellement: le maintien d’un cheptel issu de lignées faites pour le travail auquel il se consacre depuis très longtemps et la transmission de savoir-faire acquis auprès des anciens et au cours de longues années d’expérience et d’une pratique du travail avec les animaux uniquement en traction bovine.
Il a évoqué aussi les savoir-faire qui gravitent autour de l’attelage comme la fabrication des jougs, la bourrellerie, en rappelant la disparition récente de Pierre Mougin, charron, jougtier, artisan très polyvalent des Vosges, sur qui il pouvait toujours compter pour toute demande de matériel.
Les choses tiennent et se maintiennent souvent à peu de choses. Il est donc important d’y penser, de transmettre un maximum et de multiplier les opportunités qui permettent une continuité.
Cozette Graffin-kremer et Nicole Bochet sont intervenues. La première pour présenter le « Théâtre de l’agriculture » en abordant tous les projets autour des attelages bovins dans différents musées agricoles et écomusées dans le monde. Nicole Bochet a, de son côté, abordé le sujet du bien-être animal ainsi que celui du parage et du ferrage des bovins autour desquels elle souhaiterais structurer un projet.
D’un sentiment général, le regret de beaucoup est de ne pas pouvoir déplacer ses propres animaux d’attelage. Même si c’est compliqué d’un point de vue logistique, du fait des distances, ce sont surtout les contraintes vétérinaires et sanitaires qui empêchent la venue de nombreuses paires outre département. Leurs utilisations avec les spécificités de menage, de jougs, de liage seraient un grand atout et de grands sujets d’échanges. Mais la législation et les risques vétérinaires empêchent, par les complications insurmontables qu’ils engendrent, un tel rassemblement, qui serait pourtant bénéfique et enrichissant pour tous.
Optimisme et vigilance.
La création prochaine d’un centre de ressources et de documentation, une association de bouviers, plusieurs formations/initiations à la traction bovine, un réseau, bien qu’informel, mais dynamique grâce à internet, le support du blog «Attelages Bovins d’Aujourd’hui», et la motivation des nombreux acteurs, nous permettent de penser qu’un maximum d’atouts sont là pour continuer à dynamiser la pratique, même s’il ne faut pas perdre de vue que tout est fragile et tient à peu de chose, à peu de gens. Restons vigilants mais positifs.
Chacun attend l’édition 2018 pour se revoir et, comme chaque année, parler sérieusement d’une pratique discrète et peu connue du grand public, mais pourtant bien vivante, nous en avons tous été témoins!
Michel Nioulou
Exceptionnelle vidéo que tout bouvier se doit de regarder. Dressage et menage impressionnant!! A ne pas louper!!!
La ferme de Flaceleyre travaille avec une paire de vaches Ferrandaises et comme meneur principal Mickaël Bojados. Les animaux étaient jusqu’alors coiffés avec des jougs anciens pas toujours adaptés. Un joug neuf « Nioulou » vient d’être taillé et réglé pour Fauvette et Barrade.
Voici quelques photos et une vidéo du réglage le 29 Mai 2017.
Le 11 Août 2016, suite à la journée des boeufs de travail à Maillezais où Lionel Rouanet et moi-même avions taillé des jougs, nous nous rendions en compagnie de Nicole Bochet chez Christine Arbeit et Jo Durand.
Jo a attelé pour notre visite son boeuf Vosgien qu’il attelle en solo. A l’occasion de cette journée, nous n’avons pas participé aux travaux qu’il effectue d’ordinaire, mais avons fait un petit tour de loisir afin de découvrir la souplesse et le dressage du boeuf.
La journée, en continuité des discussions de la veille à Maillezais, a été tournée autour de l’attelage au collier des bovins, des jougs, des différences entre ces deux modes de garnissage.
Nous remercions Jo et Christine pour leur accueil, leur travail et leur engagement dans l’attelage des bovins et la traction animale en général.
Photo Pascal Cranga
Tradition et savoir faire ancien sont le socle sur lequel nous bâtissons de nouvelles perspectives concrètes et opérationnelles pour la traction animale bovine au 21ème siècle.
Des expériences démonstratives, sur un outil de levage à traction bovine d’abord, puis sur un nouveau concept de joug et une étable démontable et transportable, nous permettront de débattre de ces nouvelles perspectives.
“ Le joug de Pierre Mougin ” raconté par Philippe Kuhlmann, est une première de ces aventures-expériences ; l’émergence d’un joug de facture innovante en réponse à certains inconvénients du joug double classique…
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“ L’attelage des bovins retrouve un regain d’intérêt alors qu’il paraissait relégué aux musées d’agriculture il y a une vingtaine d’années.
Parmi les bouviers du troisième millénaire on compte des traditionalistes purs et durs qui veulent perpétuer des gestes ancestraux avec des outils traditionnels et locaux. Leur point de vue se défend ; ce sont des passeurs de mémoire régionaux.
D’autres utilisateurs de bœufs aimeraient travailler régulièrement et facilement avec des bovins, et se retrouvent dans un système économique qui ne leur permet pas de perdre de la puissance et du temps.
Photo Pascal Cranga
Le confort de l’animal est une autre notion dont il faut tenir compte, bien plus qu’il y a qu’il y a quelques années encore, pour plusieurs raisons. Notre culture a « humanisé » l’animal par anthropomorphisme, au point que l’on va plus s’apitoyer sur le sort d’un bœuf au travail que sur celui d’un animal de batterie. Mais plus concrètement, pour travailler efficacement à long terme, il est important que l’animal travaille dans de bonnes conditions, avec du matériel bien adapté à ce qu’on lui demande.
La raréfaction des sources d’énergie va pousser petit à petit les générations futures à se tourner à nouveau vers la traction animale. Il faudra trouver des outils et des modes de travail modernes qui permettent d’avoir une bonne productivité à la traction animale, tout en tenant toujours compte de son investissement de départ minime.
C’est dans cet esprit que je me tourne encore et toujours vers l’attelage au joug double dès que l’on veut atteler deux bovins. Si un animal seul est plus fort au collier – je l’ai maintes fois vérifié – une paire de bœufs sera plus maniable et opérationnelle au joug double que les deux mêmes bœufs au collier. L’attelage au collier implique tout un ensemble de chaînes de traits, de chaînes de reculement, de courroies – avaloirs, sellettes – et de palonniers.
En plaine, deux animaux attelés au collier pourront donner satisfaction et un bon rendement avec une charrette à deux ou quatre roues sans que l’utilisateur ne prenne de risques excessifs, ou n’en fasse prendre à son entourage.
En montagne, en conditions extrêmes, je parle de pentes jusqu’à 60 %, je ne verrais jamais une charrette de deux ou quatre roues, attelée à deux animaux avec un timon qui ne soit pas pris dans le trou central d’un joug.
Dans ces conditions extrêmes l’animal attelé seul à la limonière pourra plus facilement faire corps avec sa charrette et la « tenir » dans un maximum de situations difficiles.
Outre son efficacité et la sécurité en toutes circonstances, l’intérêt du joug double réside dans son étonnante adaptabilité à passer d’un outil à un autre ; du râteau faneur à la faneuse à fourche, à la faucheuse, à la charrette, à la chaîne pour tirer un tronc… Ce passage demande juste au meneur de retirer la clavette du timon et de la remettre sur un autre timon, après avoir fait enjamber ce dernier par un des bœufs.
Ayant résolu le problème de la différence de puissance entre deux animaux attelés grâce au joug de force – c’est je le rappelle, un joug désaxé, l’écart entre la tête du moins fort et le timon sera plus important que l’écart entre la tête du plus puissant et le timon – il restait à enrayer l’inconvénient des têtes de travers avec des bœufs de hauteur différente, je parle ici de toises différentes, mais par extension on devrait parler de port de tête différents.
C’est pour cela que je me suis tourné vers un ancien, un artisan au bon sens paysan, Pierre Mougin de La Bresse. Ayant été paysan avant d’être forgeron, tourneur, ajusteur en métallurgie, mais aussi bûcheron, scieur, menuisier, fabriquant de cors des Alpes, Pierre, artisan, artiste et génie inventif, petit homme rond aux yeux vifs, aux doigts de fée n’avait pas besoin de schéma 3D, ni de logiciel sophistiqué. Il a su résoudre en une dizaine de jours ce que des élèves de deux promotions d’ingénieurs avec toute leur technique n’ont pas su cerner en deux ans.
Pierre Mougin en 2015 lors de la journée technique chez Philippe Kuhlmann
De gauche à droite, Philippe Kuhlmann avec un joug Vosgien neuf de Pierre Mougin, Jean-Claude Mann bourrelier, et Pierre Mougin
Je suis allé le trouver dans son petit atelier de La Bresse dans les Vosges et lui ai dit : Pierre, il me faudrait un joug pour un gros et un petit bœuf, étudie pour qu’ils aient tous les deux la tête droite. Le joug devra être taillé en trois pièces, la première étant la partie maîtresse, reliant les deux autres parties qui seraient des jouguets légèrement mobiles sur un axe et réglable latéralement, permettant de rapprocher plus ou moins chaque bœuf du centre du joug. Évidemment le bœuf le plus faible sera le plus loin du centre de traction.
Dix jours après, un coup de fil de Pierre: t’as qu’à passer, ton joug est fini. Ce n’était pas la réflexion ni les croquis qui étaient finis, mais bel et bien le joug. Après les premiers essais je lui trouvai un problème de déséquilibre qui gênaient les bœufs dans leur effort de traction. Une modification réalisée rapidement a permis de pallier à cet inconvénient et le joug Pierre Mougin fonctionne très bien. Il lui reste un inconvénient: son poids.
Celui-ci pourrait être moindre en changeant d’essence de bois, en passant du frêne au bouleau, et peut être de l’acier à l’inoxydable ou autre. Les essais montrent bien que les animaux peuvent garder la tête droite même s’ils marchent en dévers ou si l’un des deux marche dans une ornière ou dans un sillon profond lors du labour.
Quatre ans après la fabrication de ce joug en trois pièces, je me rends compte que je ne l’utilise que dans certains cas très précis et que je n’ai pas pris le temps ni les moyens de l’améliorer en poids et en finitions. La mise au point de mes autres jougs légers en bouleau, avec les matelassures intégrées, rend les services attendus, et je pense que si amélioration il doit y avoir, c’est vers un joug landais amélioré qu’il faut se tourner.
J’en reviens à l’idée de cette différence de puissance et d’aisance entre le collier et le joug. La stabilité que confère la tenue du timon dans le centre du joug est indispensable en montagne, ainsi que la possibilité de rotation du timon dans le joug. Et il est important d’améliorer les conditions de travail des bovins du 21ème siècle. Une approche somme toute moderne.
Je m’oriente donc vers un mix entre le joug landais et le collier à trois matelassures apportant un bon respect du mouvement de l’épaule, le tout réglable à la fois pour des animaux de puissance différente, des travaux nécessitant une trace plus large entre les animaux – cas de la mise en place de culture en billons -, et en attelage éclair – atteler 2 bœufs en moins d’une minute.
Un prototype sera soumis à l’expérimentation lors de la rencontre des bouviers 2017 à l’Ecomusée d’Alsace. Mais pour cette première mise à l’épreuve, Pierre Mougin n’est plus, emporté par la maladie. Il aura dompté sa vie durant le métal, le cuir et le bois avec un savoir-faire et un génie inventif qui nous sert de modèle. Mais Pierre, comme tous ces glorieux anciens, s’ils laissent un vide, laissent aussi un espoir et une furieuse envie de continuer. Ils nous ont laissé bien des éléments de savoir faire qui sont autant de pierres pour construire un nouvel édifice. Le souvenir vif que nous avons d’eux est le ciment pour cette construction nouvelle ”.
Philippe Kuhlmann
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Ainsi la rencontre des bouviers 2017 sera l’une des pierres fondatrices de l’attelage bovin de demain, et le germe d’une nouvel usage et d’une nouvelle proximité avec les bovins en général.
Une étable pliable et déplaçable, d’une capacité de 8 à 10 bovins sera présentée en bâtiment off du festival Bàuistella 2017- Festival d’expérimentations constructives dont le thème 2017 est « Architectures montables et démontables”.
Elle illustre cette nouvelle transhumance de service paysager. Une étable légère, à coût modique, déplaçable, à l’avantage sanitaire indéniable, permettant une répartition des fumures résiduelles pouvant être équipée de différentes fonctionnalités périphériques comme un souricière pour regrouper et mettre en contention des animaux peu habitués, un travail à ferrer ou à parer les pieds, etc…
Pour en savoir plus cliquez ici
2017_04_05_FK_Etable_Mobile
La rencontre 2017 est l’occasion de consolider l’association des bouviers, de l’ouvrir à tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la traction animale bovine et aux nouveaux usages de bovins de service, quelles qu’en soient les approches, utilitaires, loisirs, praticiens réguliers ou simples amateurs. Nous parlerons à la fois de transmission des pratiques, expériences et savoir-faire anciens, et de transposition pour un “ré-emploi » des bovins dans le nouveau contexte émergeant au 21è siècle.
DPresse_Festival Bàuistella_Ecomusée d’Alsace_web
2017_04_05_FK_Etable_MobileMerci à François Kiesler pour sa collaboration
Virginie Chabbert du parc Antique Amphoralis du Grand Narbonne nous communique quelques informations sur le démarrage d’un projet agricole incluant la traction bovine et l’intervention de Thierry Dupré.
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« Comme vous le savez peut-être déjà, cette année démarrera à Amphoralis (Cliquez ici pour voir) un projet agricole.
Ce projet vise à expérimenter, dans un premier temps, le travail du sol avec des techniques antiques (traction animale bovine, travail du sol avec l’araire …) sur une surface d’un Jugerum, unité de mesure agraire antique.
L’agronome antique Varron nous indique qu’un Jugerum, soit environ ¼ d’hectare, correspond à la surface que peuvent travailler 2 bœufs attelés ensemble en une journée.
C’est ce que nous expérimenterons les 18 et 19 mars, grâce à l’intervention de Thierry Dupré, bouvier expérimenté du Lauragais. »
Cozette Griffin Kremer nous fait parvenir cet extrait d’un livre ancien intitulé « La Harde » de Joseph de Pesquidoux de l’Académie Française (Plon Paris, 1936) qui évoque assez en détail, la fabrication des jougs et leur flambuscage.
LE JOUG
« On est toujours un écolier, on n’a jamais jamais fini de tourner les pages du livre agreste… Voici ce que je viens d’y lire… Mais, qu’est-ce qu’un joug? Une pièce de bois façonnée sous laquelle on accouple les bœufs pour le travail. Elle comporte deux entrées qui doivent s’appliquer exactement sur la nuque des animaux, de peur qu’elles provoquent de l’échauffement ou des plaies en frottant; deux oreilles, une à chaque extrémité, et deux chevilles pour y enrouler les courroies qui la fixent aux cornes ; enfin, en son milieu, des brides où pend un anneau, et, enfoncé derrière ces brides, un crochet. Brides, anneau, crochet sont de fer épais. Quand on attelle pour un transport on passe le bout du timon dans l’anneau, amarré par une cheville de fer ; quand on attelle pour le labour on accroche la chaîne de tirage au crochet… Et « va donc Bouet, va donc Marty », c’est le nom des bœufs… Un joug a 1 m. 35 de long, 6 à 7 centimètres de large, vu posé sur la tête des animaux, et 10 à 12 de haut, vue de champ. Cette dimension parce que c’est sous un joug de cet écartement que les animaux conjuguent le mieux leurs efforts : plus court, ils se gênent, plus long, ils perdent de leur puissance ; cette force de bois, parce qu’elle est nécessaire comme suffisante pour toute besogne. Ce sont là choses d’expérience millénaire. Enfin, un joug pèse à l’ordinaire de 10 à 12 kilos.
On ne fait les jougs qu’avec de l’ormeau ou du frêne; chez nous, toujours avec de l’ormeau. Ces bois sont seuls assez résistants et légers à la fois. Ils rompent rarement. Soit sous un poids excessif, soit sur un coup de tête des animaux qui attaquent trop brusquement leur charge. Ils le cassent à l’ordinaire sur le passage des brides, au joint de pénétration des boulons… Donc, un de mes métayers qui a brisé le joug de ses grands bœufs en tirant des cailloux des prestations 2 000 kilos de gravier, sans compter le poids du char), à court de bois sec, est venu me prier d’abattre un ormeau pour en faire façonner un autre. Je me récriai: « Vous n’y pensez pas. Ce joug humide et vert sera trop lourd; de plus, il va gauchir et se fendre au travail. Il vaut mieux acheter quelque part une bille sèche. » Le charron était là, amené par le métayer. « Non, monsieur. Nous allégerons, nous sécherons et durcirons le joug aussitôt façonné. Il ne gauchira pas, il ne se fendra pas. Ferré, il servira tout de suite, comme fait avec du bois de dix ans. Vous voulez acheter une bille? Oui, si vous la trouvez vieille d’abord, si on veut vous la vendre ensuite. Un morceau fin, pour joug, ça se garde. C’était juste ; l’économie paysanne veille à tout… « Allons » dis-je. Et tandis que nous cherchions un arbre, sain et droit comme un pilier, poussé sur un fonds compact et frais, mais non humide, qui nourrit une fibre dense, pour y trouver ce joug, et d’autres en prévision, le charron dit encore : « Venez après-demain à la métairie, vous verrez, monsieur, comment on fait un joug rassis d’un joug vert. »
J’y allai, assez incrédule. Tout le monde attendait, le joug façonné appuyé au mur, lourd comme un lingot de plomb. Le charron le prit, le frotta longuement avec des peaux de jambon. On vit le bois luire d’un reflet terne, d’un éclat gras. Une odeur de lard se répandit dans la cuisine où nous étions, autour de la vaste cheminée. Le chat, à pas muets, vint flairer cet étrange et onctueux objet. On le chassa. Des brassées de genêt emplissaient un coin de la pièce, toutes les tiges desséchées qu’on avait pu trouver sur les pieds. On en empila sur les landiers. On alluma. Une flamme éblouissante prit d’un coup. Le charron, qui tenait toujours son joug des deux mains, le plongea dans le brasier, à l’endroit le plus ardent, au milieu d’un bouquet d’étincelles. Le joug flamboya. De petites lueurs blêmes l’enveloppaient, aussitôt éteintes que jaillies, comme des éclairs, et une âcre buée sortait de toutes parts de lui. Il se mit à grésiller, à rissoler ; un bruit de friture s’éleva, comme celui qui monte d’une poêle où une viande cuit [sic] dans son jus. Et comme on le tournait et le retournait dans le brasier, on l’entendit bientôt siffler comme le vent, chanter comme une eau vive. Enfin, toutes les brassées consumées, le feu tomba soudain comme il s’était allumé, avec lui le bruit multiple et ce ruissellement d’eau comme un chant. Cependant le joug ne s’était pas un instant enflammé… On le laissa se refroidir, et le charron me dit en me le tendant : « Soupesez-le. » Il était considérablement allégé, il avait presque le poids normal. « C’est que, monsieur, il s’est séché et durci. » Et, cherchant un couteau sur la table, il frappa du manche sur le joug. L’outil rendit un son clair, comme un vieux madrier par exemple, lorsqu’on le heurte du doigt pour savoir son degré de siccité. Le charron acheva : « On le ferrera demain, et l’homme pourra le lier et finir ses prestations. Il ne lâchera, il ne cassera pas, il se fendra moins encore. » Ce fut vrai.
On brûle du genêt parce que c’est le combustible qui dégage la flamme la plus intense et que, partant, il est le plus susceptible d’amener le joug au point de siccité et de dureté voulu… On met de même au feu les piquets de châtaignier, pour en « tremper » la pointe… On se sert de graisse parce qu’en se mêlant à la fumée du brasier elle forme un corps visqueux qui empêche le bois de s’enflammer, et qu’en fondant et en l’imprégnant elle le garde de se fendre. C’est là tout le secret. Il était inutile, en effet, de courir pour trouver une bille d’ormeau rassise. »
Extrait de « La Harde » de Joseph de Pesquidoux
On peut trouver ce livre d’occasion sur internet.
Laurent Janaudy est maraîcher en traction animale à Manziat dans l’Ain. Il travaille avec deux chevaux. Il avait jusqu’en 2014 une paire de vaches Aubracs avant que l’un de ses animaux ne s’écorne. Pour les remplacer, il a donc mis au dressage deux jeunes boeufs Gascons.
Laurent est un fin dresseur et utilisateur que ce soit avec les chevaux ou avec les bovins.
Voici rassemblées dans un même article quatre vidéos qui retracent quatre étapes de dressage des Gascons (les deux premières ont déjà été publiées sur le site, les deux autres sont nouvelles).