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2 mains 4 cornes, Laurent Martin, une nouvelle structure professionnelle autour de l’attelage bovin, Les Herbiers (85)

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2 Mains 4 Cornes un projet qui devient concret et qui conserve l’âme des premiers pas avec Max et Gaston…

 C’est en relisant mes précédents articles d’ABA que je me rends compte du chemin parcouru: mon expérience de soigneur animalier au Puy du Fou, la création de l’Académie de Bouviers et l’acquisition de Max et Gaston, mes premiers bœufs durant l’été 2020.

Depuis longtemps je nourris l’espoir de mettre à l’honneur les animaux mais surtout le relationnel si riche d’interaction et d’apprentissage qu’ils nous offrent. Ceci est devenu beaucoup plus concret depuis juin dernier au travers du projet de création de l’entreprise 2 Mains – 4 Cornes.

Je porte celui-ci depuis l’automne dernier, de retour d’une démonstration sur un archéo-site en région parisienne. Galvanisé par l’enthousiasme du public scolaire, la curiosité et l’émerveillement du grand public, cela n’a fait que confirmer ma soif d’entreprendre et ma conviction de suivre et transmettre mes valeurs au travers de ce projet.

2 Mains – 4 Cornes, dans le nom, tout y est…

Les 2 Mains de l’homme qui guident et mènent les 4 Cornes des bovins, avec cette relation et cette complicité instaurées au travers de longues heures de travail et de patience pour obtenir une équipe, un partenariat.

Le but de l’entreprise est de proposer différentes activités toutes liées par une même motivation, mettre à l’honneur le relationnel Homme-Animal.

Celui qui a fait émerger et évoluer de multiples civilisations dans le monde entier, qui a permis à des peuples de se nourrir, se vêtir, se loger et répondre à leur besoins vitaux grâce à ces échanges et ces interactions.

En cette période où une partie de la population est en perte de repères, où l’environnement devient à juste titre une priorité et où les consciences collectives et personnelles s’éveillent pour tendre vers des pratiques plus vertueuses pour notre planète et ses habitants, ce projet se veut honnête et porteur d’espoir pour un avenir plus sain et respectueux de nous même et de notre environnement.

Je vous laisse découvrir au travers des éléments suivant l’ensemble des activités de l’entreprise 2 Mains – 4 Cornes.

Je n’oublie pas ceux, sans qui le projet ne serait rien. Un immense Merci à Frédéric, Jo, Michel, Véro, Christine, Phillipe, Olivier…

Je suis bien sûr disponible pour échanger sur le sujet ou pour vous accueillir pour une rencontre, que vous soyez simple curieux, déjà initié ou intéressé par l’une des activités de l’entreprise 2 Mains – 4 Cornes.

Laurent MARTIN

2 MAINS – 4 CORNES

MARTIN Laurent

06.32.93.79.57

2mains4cornes@gmail.com

4 Allée Paul Gauguin

85500 LES HERBIERS

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Vous pouvez télécharger la plaquette en cliquant ci-dessous:

fichier pdf Plaquette présentation 2 Mains – 4 Cornes PDF

Rencontres de bouviers 18, 19, 20, 21 Mai 2023, les premières images, Soultzeren (68)

Rencontres des bouviers du 18 au 21 Mai 2023, le programme!!!! Soultzeren (68)

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Comme annoncé dans un article précédent, Philippe Kuhlmann nous communique le programme un peu plus détaillé de la rencontre à venir.
Jeudi 18
  • accueil à partir de 9h  ( possibilité d’arriver dès le mercredi soir)
Le matin:
  • Tour de table et présentation des lieux, des personnes et des animaux.
L’après midi
  • Tout le groupe se rend dans un pré à 1500m de la ferme ou l’on étudiera comment approcher les bovins, comment les licoler et les conduire à la ferme en cortège (il s’agit d’un lot de 8 taurillons sympas).
  • Débourrage de ces jeunes bovins
Vendredi 19
Le matin
  • Travail de débourrage sur ces jeunes animaux au collier, au jouguet, au joug double… sur différents travaux: bois, travail du sol…
L’après midi
  • Travail aux guides: comment y arriver!
  • Réunion pour la création des statuts de l’association dont une première mouture sera présentée sur les bases de ce qui avait été mis en lumière l’an passé.
  • Présentation de l’avant projet du centre de formation dans la Creuse (qui n’est pas figé et dont les contours restent à définir même si la trame et l’âme ne sont plus à reconsidérer
Samedi 20
Le matin
  • Reprise du débourrage et entrée sur la piste de danse d’animaux plus confirmés  (travaux à choisir en fonction des attentes des participants).
L’après midi
  • assemblée constitutive de l’association
  • soirée festive
Dimanche 21
Le matin
  • reprise du travail aux guides et de la progression des animaux
  • comparaison des avancées des différents bovins en  fonction de leur âge, de leur mode d’élevage et de leur tempérament
L’après midi
  • débriefing et conclusion de ces journées
IMPORTANT
Pour tous renseignements complémentaires:

 

Contact: Philippe Kuhlmann 03 89 77 44 46
Lieu chemin Londenbach 68140 Soultzeren
Dates: 18, 19, 20, 21 Mai 2023

 

Pour l’organisation, merci de vous annoncer au moins 2 jours à l’avance.
Possibilité de camper, de dormir en mezzanine extérieure (avec sac de couchage).
Pour la nourriture, il y aura toujours de la soupe aux légumes + orties, ail des ours et autres.
Pour le reste je compte sur le fonctionnement de l’auberge espagnole avec des spécialités locales de chacun.
Je mettrais à la disposition du jus de pomme et du fromage, mais d’autres fromages seront les bienvenus ainsi que des boissons autres que de l’eau.
Les fontaines de  montagnes ne laissent couler que de l’eau à cette époque de l’année!!!
Instruments de musique, chansons et bonne humeur seront les bienvenus!!!
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Rencontres de bouviers, le Valtin 2022

 

Rencontre des bouviers du 18 au 21 Mai 2023, chez Philippe kuhlmann, Soultzeren (68)

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Philippe Kuhlmann organise cette année une rencontre chez lui à Soultzeren. Il nous communique une première trame qui sera affinée prochainement.
Plusieurs axes seront abordés au gré de ces quatre jours:
– Il mettra par la pratique, l’accent sur le débourrage et la prise en main des jeunes bovins.
– Les gens présents pourront avec Philippe Kuhlmann, aborder et débattre sur la formation en attelage bovin.
L’achat par Philippe Kuhlmann d’une ferme à l’autonomie maximum et adaptée à la traction animale pour tous les travaux, permettra bientôt de disposer d’un lieu où l’on pourra faire cohabiter formation formelle et informelle des personnes, démonstrations, initiation, élaboration et fabrication de matériel…
– Réunion autour de l’association des bouviers élargie aux pays avoisinants et rédaction des statuts en reprenant la base de ce qui avait déjà été vu l’an passé.
L’objectif étant plus que jamais la transmission des savoir faire et la mise en réseau des utilisateurs, des dresseurs et des fabricants de matériels.
– Lors des rencontres, des pistes de travail, des thèmes, des techniques se dégagent parfois naturellement et viennent selon les circonstances, enrichirent le programme spontanément.
Attention, les personnes intéressées sont invitée à contactez Philippe Kuhlmann pour des raisons de logistiques.
Il est d’ordinaire habituel que chacun amène des spécialités de chez lui, ou un plat de son choix, un gâteau….. afin de faire un repas partagé.
Contact: Philippe Kuhlmann 03 89 77 44 46
Lieu chemin Londenbach 68140 Soultzeren
Dates: 18, 19, 20, 21 Mai 2023
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Les Bouviers d’Alsace 2022 à Soultzeren – la transmission d’abord par Cozette Griffin Kremer

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Corentin Huber, les bœufs et son invention, le joug de garrot et de tête, Soultzeren, Alsace, Photo Léonnie Biteau

D’ici et d’ailleurs, voici les mots clefs de toutes les réunions des « Bouviers « d’Alsace », depuis les débuts en 2005 à aujourd’hui, avec des participants venus cette fois de Belgique, de Suisse, d’Allemagne et des points cardinaux de France, du Massif Central à la Bretagne ou de la région parisienne, pour le week-end de l’Ascension du 26 au 29 mai, chez Philippe Kuhlmann à Soultzeren dans le Haut-Rhin. Lors de notre arrivée à quatre dans la voiture « Bretagne», des travaux sont déjà en cours au bord de la route menant à la ferme, Gesellenmatt, à la sortie du village, où Philippe utilise sa motofaucheuse manuelle et où toute une équipe est déjà en train d’andainer. Les bœufs aussi sont déjà au travail, puisqu’ils transportent les foins vers l’amont pour approvisionner les autres animaux parqués dans les champs près de la maison.

Ainsi, avant même d’arriver à destination, d’anciens et de nouveaux participants se rencontrent, renouant une fois de plus avec ce faisceau de contacts qui composent le réseau des bouviers : agriculteurs et éleveurs locaux spécialisés dans les Vosgiennes et éleveurs d’autres régions qui protègent et affinent leurs souches génétiques à double usage (viande et lait), comme pour la Ferrandaise. Philippe semble être le seul éleveur de France à avoir conservé son cheptel destiné à la triple utilisation (viande-lait-énergie).

Philippe et ses voisins ont mené le plus gros de leurs troupeaux vers les hauts pâturages une semaine avant la réunion, laissant seulement quelques vaches et bœufs dans les champs près de la maison, en amont et en aval de la basse-cour avec sa collection de lapins, de poulets, et d’oies. Ces dernières s’appliquent à surveiller si attentivement la réunion, que chacun finit par être sur ses gardes lors de ses déplacements…

Philippe a déjà disposé sous le balcon du chalet une partie des jougs et des harnais qui seront exposés dans la salle communale du village de Soultzeren pendant le week-end. Nous sommes encore à la veille du début de la réunion officielle, et profitons de ce moment de tranquillité pour discuter avec les voisins et les amis de Philippe. Certains des participants viennent « étiquetés » pour l’occasion – avec des t-shirts ou des gilets indiquant leurs passions, que ce soit « Alsace », « Chevaux de trait belges », « Ferrandaise », « Concours national de débardage au cheval », « Ready to Plough » (en anglais) ou simplement « Bouviers » comme le groupe de la Vendée qui arrivera le lendemain, parce qu’ils faisaient escale le jeudi chez Michel Nioulou, le maître du blog des bouviers, pour un stage intensif de fabrication de jougs.

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Michel Nioulou avec une partie de l’équipe vendéenne, lors du stage de jougtier, Photo Léonnie Biteau

Après la traite matinale à la main dans son étable, Philippe accueille les premiers participants de la journée du jeudi. Tous se présentent et expliquent les raisons très diverses de leur intérêt pour les bovins de travail. Nombre d’entre eux viennent, comme la vétérinaire suisse, pour rencontrer Pauline Ernewein, l’ostéopathe animalière. Grande habituée des chevaux, Pauline relève avec fougue le défi d’aborder les bovins. Elle commence donc à démontrer le savoir-faire des ostéopathes professionnels pour traiter les animaux, ici les bovins, attentive à tout signe d’inconfort ressenti par l’animal, comme de ne pas bien équilibrer son rythme de marche entre le côté gauche et le côté droit. Un tel bœuf est pour ainsi dire « perdu dans ses pattes » et il faut savoir où le masser pour corriger ce déséquilibre.

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Pauline Ernewein, ostéopathe animalière, Photo Léonnie Biteau

Pauline explique aussi quelques-unes des limites légales de la profession de l’ostéopathie animale – un point toujours important dans ces métiers de soin – puis nous montre des pratiques de massage ou des points de pression, correspondant à chaque problème. Tout d’abord, comment passer la main près de la colonne vertébrale pour détecter où se situent des points de chaleur. Elle encourage ensuite plusieurs d’entre nous à essayer, et cela va confirmer que, en général, même un novice total peut trouver les mêmes points trop « chauds » que l’experte. Cette séance étant spécifiquement ouverte aux savoirs des autres, Philippe, Joël Blanc et Guy Chautard nous montrent leur propres « tours ». Par exemple, Guy pratique une technique de massage consistant à soulever la peau du dos. Plusieurs séances ultérieures à la ferme ou au village du Valtin laissent le temps à d’autres encore d’« étudier » brièvement avec Pauline. Quelques membres un peu plus âgés de l’assemblée souffrant d’arthrite, les séances de massage se sont même étendues à un genou humain, ce que le propriétaire du dit genou a qualifié de réel succès, mais c’est une autre histoire… Ce sont surtout les liens entre générations qui sont déterminants, comme l’a dit Guy à un moment donné – « j’aime donner ce que je sais, je ne sais pas tout, j’ai encore beaucoup à apprendre ». Le réseau de bouviers doit réussir à assurer ce partage des savoirs. Citons l’écho venant d’une des jeunes bouvières – « je me rends compte qu’on ne sait pas faire grand-chose et on sent que le monde va changer ».

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Guy Chautard lève la peau, Photo C. Griffin-Kremer

Après le déjeuner, version auberge espagnole, nous montons à l’étable pour laisser place à ceux qui attellent les bœufs – dont un Vosgien rouge et blanc (ces derniers représentant environ 5% des naissances). Philippe insiste toujours sur le fait de ne jamais les monter ou descendre sans faire quelque chose d’utile, par exemple, ramasser une bûche supplémentaire laissée au bord du chemin. Même un petit aparté comme celui-là réunit tout le monde pour s’essayer à porter une bûche de la meilleure façon, celle-ci étant à peu près à la limite du poids qu’une personne seule et de taille moyenne, femme ou homme, peut contrôler, en l’équilibrant sur la hanche. Cet exercice nous procure l’occasion de bien rire ensemble du côté comique des premiers essais, mais tous ceux qui s’y aventurent réussissent à bien faire en peu de temps. Concernant une tâche fréquente de débardage, Philippe nous montre comment ajuster la chaîne de tirage, positionner la paire de bœufs attelés, puis les guider pour tirer la chaîne vers l’avant afin de pousser une bûche entre deux pierres posées dans l’allée de la ferme. Il s’agit d’une répétition en vue de la démonstration publique prévue le samedi dans le village du Valtin, de l’autre côté du col de la Schlucht. Les deux bœufs de Philippe sont tellement habitués à faire cette manoeuvre qu’ils font tout le « tour » en moins de deux : sortir une bûche du tas situé près de leur pâturage, la pousser entre les deux pierres, puis la replacer de nouveau avec les autres.

C’est alors que Gilles Péquignot et Danyèle Besserer du groupe de musique traditionnelle « Au gré des vents » arrivent pour leur première intervention durant ces quatre journées. Gilles est un voisin de Philippe et ami depuis longtemps de Michel Nioulou, au point qu’il s’est décidé pendant le confinement de se mettre aussi à la taille des jougs (voir Sabots N°108 mai-juin 2022). Danyèle et Gilles ajoutent chaque jour à l’ambiance festive et amicale de la rencontre – ​​à la ferme à Soultzeren, au village du Valtin le samedi et à Soultzeren le dimanche. La convivialité étant déjà bien en place, nous recommençons nos échanges sur les enjeux de la traction bovine, sur l’avenir des agricultures à petite échelle à travers l’Europe et au-delà, et surtout sur le sujet crucial de la transmission des savoirs et sur la manière de construire une image positive de la traction animale. Comme le bouvier alsacien André Kammerer, qui à sa retraite s’est lancé le défi de ne plus conduire des trains, mais des bœufs, et qui a transmis cette passion à son petit-fils Corentin. Les conversations entre générations fusent et, à la fin, Guy Chautard, l’éleveur de Ferrandaises, passe à Corentin son béret avec le blason de la race en symbole de la transmission.

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Corentin Huber avec le béret de Guy Chautard, symbole de la transmission, Photo Léonnie Biteau

Alors que nous étions autour de la table, Guy nous a rappelé la disparition au mois de mai de Laurent Avon, autrefois à l’IDELE (Institut de l’Élevage), un des grands défenseurs de l’élevage bovin, des races à petits effectifs, de la diversité génétique et de la traction animale. Comme en écho à sa fidélité à la tâche et à sa passion, la mort l’a fauché alors qu’il était en train de visiter un troupeau de Villard-de-Lans. Nous lui devons, tout comme au soutien de son chef de l’époque à l’Institut, Jean-Maurice Duplan, les nombreux recensements de troupeaux ainsi que celui des bouviers disposant encore d’attelages. Pour Laurent, l’un des points forts des diverses fêtes de ces dernières années était de voir autant de bouviers réunis à la Fête de la Vache Nantaise au Dresny en 2018, où il a rencontré Philippe Kuhlmann, tous deux entourés des labours faits avec des bœufs – une attelée de cinq paires ! – des chevaux et des mules.

Au fur et à mesure qu’avance la journée de vendredi, nous sommes rejoints par d’autres participants, dont Claus Kropp, Président de l’AIMA (Association Internationale des Musées Agricoles), venu de la ferme expérimentale d’archéologie de Lauresham au sein de l’Abbaye de Lorsch dans le Land de Hesse en Allemagne, un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Claus compte parmi les nombreux participants à avoir suivi un des stages de Philippe à l’Ecomusée d’Alsace, mais il vient cette fois « armé » d’un dynamomètre pour une expérience technique…

Un aspect frappant de la ferme de Gesellenmatt, c’est qu’il faut beaucoup chercher pour trouver ne serait-ce qu’un tout petit espace plat. C’est une vraie ferme de hautes terres. Philippe a donc délimité un minuscule champ près de son étable « éphémère », inventée à l’occasion du concours à l’Ecomusée d’Alsace sur les constructions portatives en 2017, et utilisé aujourd’hui à côté de l’étable en dur. Ce futur champ de pommes de terre nous a donc servi de site d’expérimentation de labours à l’aide de divers engins, le tout avec l’aide du dynamomètre apporté par Claus. Tous s’accordent à dire que la terre est bien trop sèche pour pouvoir pénétrer le gazon et labourer.

Le cinéaste Dominique Garing installe sa caméra pour un premier essai de tournage de ce genre de travail technique, Claus attache le dynamomètre et Batiste Rossius-Gagnon prend les commandes de l’attelage pour le premier essai. Le petit escarpement à côté du champ ajoute du piquant à cette démonstration et bon nombre de participants veulent s’y essayer. Philippe tient particulièrement à encourager les jeunes à se lancer, comme son neveu qui l’accompagne déjà dans l’élaboration de ses projets. Le fait qu’il y ait un beau contingent de jeunes, femmes et hommes, parfois même accompagnés par leurs parents, est d’ailleurs un atout pour la réunion. Pauline, l’ostéopathe, compte elle aussi parfaire son expérience des bœufs et apprendre à les mener lors du labourage. Parmi les outils de labour utilisés, Bertrand Tournaire nous présente une Kassine à disques billonneurs de PROMMATA, avec réglage adapté à la largeur de la raie envisagée, cette fois tractée par un seul bœuf sous un collier. Nous avons également assisté à un moment ludique au début de l’effort, lorsque l’outil a eu un pneu « crevé » (plutôt, tombé). Il est rapidement remis en marche et Claus lui attache le dynamomètre pour assurer une analyse comparative des divers instruments – il a promis de nous en remettre un rapport complet. Une fois tous les novices passés à l’exercice, Joël Blanc, riche de l’expérience de toute une vie, termine la tâche, et un nouveau champ de pommes de terre est planté.

Mais ce n’est pas la fin de la journée, loin de là, puisque d’autres arrivent encore, parmi lesquels Anne Wiltafsky, Allemande et experte en comportement bovin. Elle fait une introduction informelle sur la manière d’explorer les points « timides » d’un tout jeune animal, à l’aide de l’étrille. Chaque moment passé ensemble le vendredi fournit ainsi l’occasion de s’entraîner pour le programme du lendemain au village du Valtin. Tôt le matin à Soultzeren, Daniel Viry, spécialiste de débardage et habitué des fenaisons à l’ancienne, a fauché l’herbe sur le coteau près de la pâture des bœufs pour préparer sa participation à plus grande échelle au Valtin. Mais tout le monde attend aussi un autre « événement »  qui vient à point nommé, le Manuel d’attelage bovin – comment choisir, soigner et débourrer de Philippe, dont nous avons vu la tout première version en 2019. En effet, les cartons contenant les exemplaires de la seconde version du livre sont arrivés juste avant les participants.

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Le ciel nous a souri le samedi au Valtin, petite commune de 89 habitants dans le canton de Gérardmer, mais fière d’être la plus haute du Massif vosgien et située dans le Parc Naturel des Ballons des Vosges. Le site est magnifique, tout près du col de la Schlucht, les maisons et l’église « habillées » de bardeaux de bois, portant souvent des dessins subtils, typiques de l’architecture vernaculaire régionale. Le Valtin étant proche de la frontière, il y a bon nombre de touristes allemands. La commune a prévu leur accueil, puisque chaque intervention en français ou en allemand est traduite par l’animateur de la fête. Anne, la spécialiste du comportement bovin, fascine le public, comme d’habitude, avec son « apprivoisement » si rapide de jeunes animaux. Les enfants affluent pour les caresser, même pour monter sur le dos du plus coopératif des bêtes et rester le temps d’un gros câlin. Anne apprend aussi aux enfants comment mener un jeune bovin, puis le faire tourner à gauche ou à droite. Philippe l’accompagne au micro, expliquant que la méthode d’Anne joue sur la sécrétion de l’ocytocine – appelée « l’hormone de l’amour » et produite par l’hypothalamus – qui calme à la fois un jeune bœuf et la personne qui le caresse. Voilà une des raisons pour lesquelles des thérapies de toutes sortes peuvent s’appuyer sur le contact avisé avec les animaux. Dans le travail, ce calme est le signe de l’alliance du respect et de la confiance.

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Anne Wiltafsky rapproche l’enfant et le jeune bœuf, Photo Léonnie Biteau

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Doucement, Photo C. Griffin-Kremer 

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Enfin, le gros câlin tout seul, Photo Christine Arbeit 

NB Les parents du garçon nous ont autorisé à publier ces photos

Ce contact si paisible entre les enfants et les toutes jeunes bêtes représente un événement tout en douceur et un contraste avec le travail de Philippe et de ses partenaires lors des démonstrations plus rapides, plus risquées et spectaculaires : tirer des bûches de très haut sur le flanc de montagne jusqu’au fond de la vallée, en s’assurant que le bœuf est bien en avance sur la bûche, pour que celle-ci ne puisse pas rouler et entraîner l’animal. Tâche délicate, évidemment, pour la sécurité de tous, mais réussie, et à ce propos, le public prend parfaitement au sérieux les avertissements de Philippe et de l’animateur.

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Le terrain de débardage du Valtin et la fête, Photo Léonnie Biteau

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Fanny Boisson au débardage, Photo Léonnie Biteau

Le Valtin étant tout proche de musées consacrés aux métiers du bois, du débardage ou du schlittage, Philippe porte donc une schlitte jusqu’en haut de la pente, tandis que son équipe scie le bois, ramasse les branches et charge le traîneau que Philippe descend au pas de course, seule activité de travail effectuée sans les bœufs.

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 Philippe portant la schlitte, Photo : C. Griffin-Kremer

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Photo Léonnie Biteau

En bas, un public nombreux est venu pour regarder les bouviers, mais aussi pour se détendre en dansant sur la musique de Gilles et de Danyèle. Philippe n’hésite pas à chanter en français et en alsacien – et même une chanson consacrée aux « Bovins d’abord. Tout le monde profite des stands proposés par les bénévoles de la commune où il y a de tout, du crémant d’Alsace aux hotdogs façon valtinoise. Beaucoup s’essaient à un concours de coupe de petites billes à la scie passe-partout. À la fin de la journée, il y effectivement un amas impressionnant de disques en bois, mais il règne une certaine discrétion sur les gagnants, ce qui nous amène à conclure que tout le monde était un champion.

Le groupe de jeunes bouviers vendéens prouve qu’ils aiment chanter, mais ils prennent également le micro pour rendre compte de leur stage chez Michel Nioulou, pilote du blog « Attelages Bovins Aujourd’hui » et jougtier expérimenté. Très naturellement, le ludique se marie avec le pédagogique. Il y a des activités comme la démonstration de fauchage et d’andainage traditionnels sur la pente – une association de travaux intimement liés avec la traction bovine. Christine Arbeit, pilote du groupe Facebook des bouviers, informe régulièrement tout le réseau français des faucheurs sur les événements associés à l’attelage de bœufs, pour encourager tout le réseau de métiers essentiel à l’utilisation de la traction animale.

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Batiste à l’andainage au rateau-faneur, Photo Léonnie Biteau

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Andainage au râteau au Valtin, Photo Léonnie Biteau

Fidèle participant de chaque réunion en Alsace, Jean-Claude Mann, le bourrelier, apporte toute sa panoplie pour la fête, des sonnailles à vaches encore utilisées en transhumance aux exemples de harnachement en cuir qu’il fabrique. Il encourage vivement les enfants et les autres visiteurs à essayer toutes les sonnailles – une belle publicité qui n’a pas besoin de sono… À ce propos, un fermier des hautes terres et expert collectionneur de sonnailles explique que ces cloches étaient surtout destinées à protéger les animaux en effrayant les vipères et permettaient aux vachers de les retrouver, lorsque la brume tombait. Il cultive ce passe-temps avec passion et dévouement, en constituant des archives aussi complètes que possible sur chaque pièce, comme celle datée de 1925 qu’il nous a montrée. À l’époque, on ne rivalisait pas à qui avait le plus grand tracteur. C’était à celui qui avait les plus belles vaches avec les plus belles cloches. En toute logique, il s’intéresse également au vocabulaire laitier de l’alsacien, car chacun sait combien il est urgent de sauvegarder les volets traditionnels de la langue.

Les événements du samedi au Valtin sont désormais disponibles, grâce à Vosges TV dans son émission du 2 juin intitulée « Fort comme un bœuf » où l’on parle surtout de la jeunesse. En effet, tout le monde remarque l’intérêt des jeunes et de leurs parents pour la traction animale, non comme un retour au passé, mais comme une ouverture vers le futur et une autre façon d’aborder l’agriculture et l’élevage.

En accueillant cette fête des bouviers, la commune du Valtin a su relier de nombreux éléments de son propre passé avec la passion du travail des bouviers.

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Photo Léonnie Biteau

Un soupçon de pluie nous accompagne aux premières heures du dimanche (ou comme le dit un participant, «  il pleut mouillé »), mais nous sommes bien à l’abri pour la synthèse finale. Comme tout au long du programme, on fait valoir le principe de souplesse, ne serait-ce que pour s’adapter aux souhaits exprimés par les divers participants. Par exemple, les bouviers vendéens auraient tellement voulu s’essayer à la construction d’une charrette chez Michel Nioulou, mais le temps a manqué. Chez Philippe le dimanche matin, ils tombent sur un châssis de chariot et coupent le bois pour fabriquer presque instantanément une charrette. Effectivement, la veille pendant la nuit, ceux qui dormaient à la ferme ont bien remarqué un bruit un peu mystérieux…

La pluie a décidé que ce n’était pas le moment d’insister, et nous pouvons assister à la toute première présentation d’une création de Corentin Huber. C’est parfaitement dans l’esprit d’inventivité de Philippe, qui construit ou modifie des outils pour ses propres besoins, comme les coussinets frontaux attachés directement au joug, ou son ramé, le chariot élévateur-pousseur, actionné par une paire de bœufs qui pivotent pour faire marcher l’engin – le tirant ou le poussant. C’est parfait pour convoyer des grumes ou des branchages, des bottes de foin et autres. À plusieurs reprises, Philippe nous rend attentifs à des détails. Ce sont précisément ces détails qui comptent pour la sécurité des meneurs et le bien-être des animaux. Par exemple, trouver des courroies pour les jougs de têtes qui ne gênent pas les bœufs. Pour un attelage « éducatif » à trois bêtes, composé de deux jeunes derrière un bœuf expérimenté, comment sécuriser la chaîne qui les relie pour ne pas accrocher les cornes ni toucher l’oreille ? En effet, une chaîne laissée trop lâche pourrait prendre la bête sous la mâchoire. Ajoutons que le meneur lui-même doit faire attention. S’il met les pieds des deux côtés de la chaîne, et que les bêtes démarrent rapidement, il peut avoir une surprise douloureuse…

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Photo Léonnie Biteau

De son côté, Corentin est parti sur une tout autre piste en se laissant inspirer par une observation attentive des avantages et des inconvénients du joug de garrot et du joug de tête. Donc, il invente une transition du premier au deuxième. Or, les bœufs n’ont pas l’habitude du joug de garrot et passent par quelques moments d’hésitation. Pourtant, ils réagissent rapidement et bien à la nouveauté, surtout parce qu’ils ont l’habitude de travailler ensemble, et que Corentin est un meneur expérimenté. Il lui suffit de leur mettre le joug de garrot, de dérouler le coussin feutré sur le front, d’attacher la courroie-ceinture à boucle sur le front, d’enlever la goupille pour détacher les arcs et, voilà, qu’un joug en devient un autre !

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Le joug de garrot va passer à un joug de tête, Photo Christine Arbeit

La plupart des participants devant se mettre en route pour rentrer chez eux, le dimanche au village voisin de Soultzeren passe trop vite. Mais la salle communale propose une exposition de matériel de traction bovine et nous goûtons tout de même à un bon moment de convivialité autour du repas de midi. Ensuite, Daniel Viry peut faire travailler ses deux bœufs avec le joug « innovation » de Corentin, et Philippe continue l’animation avec une démonstration de chargement de foin. Il nous reste un témoignage important : la vidéo faite par le cinéaste Dominique Garing restitue admirablement les échanges bien trop riches pour les décrire tous ici et contient des séquences très détaillées sur les aspects techniques, sans oublier les moments de détente et d’humour partagés.

Au moment du départ, nous pensons au mot d’ordre « les bœufs d’abord » qui n’exclut en rien toute la diversité de l’énergie animale, mais rappelle – comme la chanson du même nom – que l’art rupestre de la préhistoire européenne montre les bovins comme les premiers partenaires de travail des champs de l’être humain. L’enthousiasme pour la transmission dont la réunion à Soultzeren a fourni la preuve, nous permet de tourner nos regards résolument vers l’avenir et de nous inspirer du mot d’un des participants : « Le passé instruit l’avenir, c’est l’avenir qui est important. »

Cozette Griffin-Kremer

 

Notes

Gilles Péquignot « On se construit des rencontres que l’on fait » sur la taille des jougs, Sabots N°108 mai-juin 2022, pp. 56-57, et sur le blog Attelages Bovins Aujourd’hui Cliquez ici pour voir 

Hommage à Laurent Avon par Pierre-Louis Gastinel, ancien chef du Département Génétique de l’Institut de l’Élevage sur site Internet de « La Chèvre des Pyrénées » Cliquez ici pour voir 

Pauline Ernewein, ostéopathe animalière, Cliquez ici pour voir 

Philippe Kuhlmann, Manuel d’attelage bovin – comment choisir, soigner et débourrer, 2022, ISBN 979 10 699 9483 6, illustrations noir-et-blanc et couleurs, 222 pages. Cliquez ici pour voir

Vosges TV émission du 2 juin, « Fort comme un bœuf »  Cliquez ici pour voir

Jean-Léo Dugast. Fête de la Vache Nantaise, Sabots N°87, 22-31.

Formation à la traction bovine du 06 au 10 mars 2023, encadrement Philippe Kuhlmann, écomusée d’Alsace, Ungersheim (68)

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Télécharger le prospectus en cliquant ici:

 fichier pdf Formation traction bovine_MARS 2023

 

Formation à la traction bovine du 17 au 21 octobre 2022, Ecomusée d’Alsace, Ungersheim (68)

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Vous pouvez télécharger le dépliant en cliquant ici: fichier pdf Formation_traction bovine_OCT 2022.

Le manuel d’attelage bovin de Philippe Kuhlmann, Soultzeren (68)

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Le « Manuel d’attelage bovin » de Philippe Kuhlmann consacré à l’élevage, au dressage et au menage des bœufs de travail est enfin sorti après de longues années d’élaboration.
C’est un ouvrage qui fera date et qui rassemble le savoir et les données de plus de quarante années d’expérience de travail avec les bovins d’attelage.
C’est aussi l’aboutissement d’une volonté farouche et permanente de transmettre qui, outre le travail de formation des jeunes sur le terrain au cul des bêtes, laissera une trace écrite sur la pratique agricole des bœufs de travail à la fin du vingtième siècle/début du vingt unième siècle.
Vous pouvez l’obtenir en envoyant votre demande directement à l’auteur et le règlement de 24 euros pour le livre + 8 euros de frais d’envoi :
Monsieur Philippe Kuhlmann
Chemin DU LONDENBACH
68140 SOULTZEREN
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Les jeunes de l’académie des bouviers du Puy du Fou en journée de découverte/formation à la taille des jougs chez Michel Nioulou, Charnay-lès-Mâcon (71)

malgré la fatigue la satisfaction est sur les visages

Jougtiers, la relève arrive…

Vendredi 27 Mai 2022 au matin, Charnay-lès-Mâcon, sept heure trente, sept Jeunes de l’Académie des Bouviers du Puy du Fou arrivent les bras chargés de brioches Vendéennes, de pain frais et de viennoiseries pour un petit déjeuner copieux chez nous.

Lionel Rapin, l’encadrant du groupe, m’avait dit, tu fais juste le café, on amène le reste !

Ce matin là, Véronique mon épouse et moi même accueillons sept passionnés de bovins et de traction bovine.

Sur la route de l’Alsace pour se rendre aux quatre journées «  Les bovins d’abord » organisées par Philippe Kuhlmann à Soultzeren et au Valtin pendant le long pont de L’ascension, les jeunes Vendéens profitent de leur déplacement loin de leur région pour s’arrêter chez nous et consacrer une journée complète à la découverte de la taille de deux jougs Vendéens.

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Dès huit heures passées, les forces emmagasinées pour la matinée, nous nous dirigeons vers le bac où trempent depuis trois ans des billes de hêtre. Nous choisissons les deux meilleures en prenant en compte tous les critères de qualité nécessaires à la réalisation de deux jougs sans défauts de bois.

Les billes de hêtre sont sorties de l'eau

La première chose qui surprend les jeunes stagiaires est le poids conséquent des pièces pourtant de sections raisonnables de treize par quinze centimètres et d’un mètre soixante dix de long. Elles sont immergées depuis leur abattage pour qu’elles restent tendres lors de leur taille. Leur séjour prolongé dans le bac les a bien sûr saturées en eau. Depuis au moins deux ans, le bois est « coulé », c’est-à-dire qu’il n’a plus besoin d’être chargé de poids pour rester immergé. Ils peuvent ainsi rester des dizaines années sous l’eau sans s’altérer.

 la journée va débuter

On dépose les deux futurs jougs sur le chantier éphémère installé au milieu du jardin.

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Nous sommes en pleine ville et pourtant, fondus dans la végétation et sous des toiles tendues qui nous tiennent au frais, nous allons vivre une journée de travail qui restera mémorable tant pour l’ambiance très conviviale qui c’est installée dès le matin que par l’essence même de cette rencontre :apprendre à tailler des jougs en 2022 et transmettre un savoir-faire dont l’avenir reste précaire.

haches et herminettes sont à disposition

On sort les gabarits et nous décidons de tracer deux jougs de tailles différentes. Le tracé terminé, les axes repérés, nous entamons la taille de dégrossi.

premiers coups de haches pour Julien et Corentin

Au début, les gestes sont hésitants. Peu de gens, qui plus est des personnes jeunes, ont encore l’usage régulier de la hache et encore moins de l’herminette. Mais au fil de la journée, à force de conseils et par la confiance acquise progressivement par chacun dans l’usage des outils, le geste devient meilleur et plus précis.

On commence par l’évidement des têtières, le travail est physique, la hache tombe avec force et les copeaux volent. Je leur conseille de s’économiser, d’avoir des gestes réfléchis et de ne pas travailler en force mais plutôt en souplesse avec les jambes fléchies.

sous l'oeil du chef

sept Vendéens au travail en Bourgogne

Benjamin et Lionel chacun sa technique

Xavier et Benjamin

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on reprend quelques repères

Mais l’enthousiasme est tel que nos jeunes qui travaillent à trois ou quatre par joug en se relayant, restent très dynamiques et rapidement les quatre voûtes de têtière des deux jougs sont creusées.

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Après un nouveau petit casse-croûte vers neuf heure trente (la Vendée et la Bourgogne ont la réputation de bien se tenir à table!!), nous attaquons le dégagement de l’arrière des têtières. La pièce commence à ressembler à un joug. Tous se réjouissent de voir apparaître progressivement la forme de l’objet qu’ils utilisent chaque semaine avec les paires de bœufs qu’ils attellent ou qu’ils côtoient. Ils prennent aussi conscience de l’investissement physique nécessaire à la réalisation d’un objet qu’on peut parfois considérer comme bien banal.

on dégage l'arrière des têtières, le joug commence à apparaitre

calage du joug pour travailler au bon angle

Je veille à ce que la taille des deux pièces avance à la même vitesse. Je prends aussi parfois la hache ou l’herminette pour rattraper un petit retard et parfois montrer à nouveau les gestes.

Michel Nioulou montre le geste avec une grande herminette

A midi, après avoir remis les pièces dans l’eau, la pause est la bienvenue.

à midi on remet les jougs à l'eau

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Un repas Mâconnais préparé par Véronique avec saucisson à cuire, pommes de terre et gaufrettes Mâconnaises est plutôt apprécié. Le repas est un moment de partage, on parle, on rit, on échange. Je sens avec moi un groupe uni où chacun paraît toujours très motivé par le projet malgré le côté physique de la taille.

petit souvenir

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le repas de midi avec la forêt de petits plans de frênes

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Nous avions préparé un petit cadeau, en l’occurrence un petit plant de frêne à planter symbolisant en partie l’avenir de la planète, mais aussi des futures billes de bois dans lesquelles pourront se tailler des jougs : pas d’arbres, pas de jougs !!! Y était joint un petit porte-clef de cuir en forme de vache réalisé par une amie.

La symbolique de l’avenir du climat ainsi que l’avenir de la taille des jougs en passant par un arbre à planter me semblaient importants. La lenteur de la pousse d’un arbre, le temps nécessaire à la réalisation d’un joug, le pas lent des bœufs, tout se rejoint !!

Le départ pour l’Alsace est prévu à dix-sept heures, le temps est compté !!

Nous ne finirons pas les jougs c’est sûr, mais nous allons tout faire pour bien les avancer. En effet, Christine Arbeit, co-organisatrice de la rencontre en Alsace, a demandé à ce que l’équipe présente le travail réalisé au cours de cette journée de taille lors d’une intervention le samedi au Valtin.

La journée ici en Saône-et-Loire est un peu un événement décentralisé des rencontres Alsaciennes, car Véronique et moi ne pouvions pas être présent dans la haute vallée de Münster cette année.

tombée des oreilles à la grande herminette

Benjamin commence à tailler la piotte

Chacun se remet donc au travail pour avancer la taille, on tombe les oreilles, on taille la piotte (le corps central du joug). En fin de journée, je montre rapidement quelques étapes suivantes mais, du fait du temps trop restreint à la maison, à leur retour en Vendée, les jeunes devront finir seuls avec l’appui d’un document écrit que je leur ai communiqué avant même leur venue. Ils seront aussi aidés par les sept vidéos de la taille d’un joug Vendéen de A à Z, qui sont en ligne sur le site « Attelages Bovins d’Aujourd’hui » (cliquez ici pour voir).

On enveloppe les deux jougs humides dans une bâche et l’équipe recharge le camion avant de reprendre la route pour Soultzeren et rejoindre l’Alsace et la rencontre « les Bovins d’abord ».

Fin d’un moment rare !!

Parmi Benjamin, Corentin, Hugo, Julien, Léonie, Lionel et Xavier se trouvent peut-être le ou les futurs passeurs du geste. Leur implication et leur engagement se ressent dès les premiers contacts.

Même si la bonne humeur et les blagues fusent sans décesser, l’objectif du projet n’est jamais perdu de vue et le découragement jamais de mise. L’humour n’a jamais freiné le travail et la journée a été très constructive. Leur détermination dans leurs projets autour des bovins d’attelage me paraît rassurante.

A ma connaissance, depuis les disparitions ces dernières années de René Alibert, Pierre Mougin et Marius Saint Léger, il n’y a plus d’anciens jougtiers « de tradition ». Depuis 2005, nous sommes trois à avoir repris la fabrication des jougs de travail : Lionel Rouanet dans les Pyrénées, Gilles Péquiniot en Alsace et moi-même en Bourgogne. Lionel est le plus jeune, Gilles et moi-même approchons la soixantaine, il faut absolument que des jeunes reprennent le flambeau. Lionel a déjà eu quelques stagiaires et moi les sept de cette journée. Je suis bien sûr prêt à réitérer l’opération.

L’avenir de la fabrication des jougs est peut-être en partie passé par Charnay-lès-Mâcon ce 27 Mai 2022 et, sans vanité aucune, j’en suis très heureux et rassuré.

Merci les jeunes, ces moments de partage ont été forts !!

Michel Nioulou

team bouviers jougtiers

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on se concentre sur les explications

côté Corentin la têtière est déjà bien évidée

Hugo et Corentin appliqués et concentrés

le chantier bien à l'ombre va attaquer

Léonnie passionnée de photo et bouvière a pris de nombreux clichés au cours de la journée

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