Découvrez le parcours de Maryse et Michel Berne, filmés par Sophie Arlot et Fabien Rabin du Grenier d’images.
A voir absolument!
Découvrez le parcours de Maryse et Michel Berne, filmés par Sophie Arlot et Fabien Rabin du Grenier d’images.
A voir absolument!

Photo extraite du blog allemand
Retrouvez l’article sur le blog « Arbeitsgruppe Rinderanspannung » à propos des rencontres de bouviers qui se sont déroulées les 17 et 18 Février 2018 en Autriche en cliquant ici.
L’article est en allemand mais vous y trouverez de nombreuses photos des rencontres.
Merci à Cozette Griffin-Kremer de nous avoir communiqué l’information.
Photo extraite du blog allemand
Voici mon retour du « Stage traction Bovine » auquel j’ai participé du lundi 6 au vendredi 10 novembre.
Cette première initiation axée sur la traction bovine et animée par Philippe Kuhlmann, se déroulait au sein de l’Ecomusée d’Alsace situé sur la commune d’Ungersheim.
Les premiers instants de ce stage ont commencé tout en douceur autour d’un chaleureux café. Philippe a pris le temps de saluer les huit participants, un à un, posément, avec son humilité habituelle. Il a pris le temps dès les premières heures du stage, d’écouter et de cibler les attentes et les besoins de chacun des participants.
Il est vrai que tous, nous venions des quatre coins de France (et même d’Allemagne) avec des horizons professionnels et personnels très variés. Entre le cantonnier Bourguignon curieux de traction, le passionné déjà dresseur, la vétérinaire, l’éleveur de chevaux, le viticulteur ou l’éleveur Gascon, il y en avait pour tous les goûts.
Nous ne le savions pas encore mais cette diversité de parcours et cette pluralité de profils, allait être le socle commun d’une prise de conscience et de réflexion d’une grande richesse pour chacun.
La découverte du site se fit en groupe, lors d’une visite guidée orchestrée par un animateur de l’Ecomusée. Cela a permis à chacun de prendre en main les lieux et de comprendre à quel point ce parc, chargé d’histoire et de sens, avait toute sa crédibilité et son poids pour servir de cadre à l’organisation d’une telle formation.
Les activités se sont organisées au fur et à mesure de la semaine, afin de combler les attentes de chacun.
Les animaux déjà présent sur le site, ainsi que ceux déplacés de chez Philippe, ont été vite pris en charge par l’ensemble des stagiaires. L’effectif conséquent d’animaux disponibles a été un réel point fort pour la réussite de la formation.
Chacun a pu se lancer à découvrir l’approche du bovin, la mise en place du licol, puis les premières manipulations des animaux, tout cela en sécurité, aussi bien pour les hommes que pour les animaux.
Le travail des vignes, le débardage, le travail aux champs, le débourrage de jeunes animaux, la ferrure, tous les points de découverte, de questionnement ou de perfectionnement ont été abordés. Philippe nous a également présenté le « Ramé », outil de levage et de transport qu’il a conçu. Les stagiaires ont pu à tour de rôle s’essayer à sa manipulation, attelé à une paire de boeufs.
Philippe nous a rapidement démontré ses impressionnantes capacités en terme de connection avec les animaux. Il a un tel pouvoir, presque hypnotique, que cela est tout simplement bluffant. Chaque jour, cela fut un plaisir de le voir communiquer et travailler avec les boeufs. Il a trouvé la recette parfaite entre la douceur et la justesse des gestes et de la parole, la posture et la lecture instantanée de l’animal, tout cela immergé dans un cadre de fermeté, nécessaire au bon maintien d’une autorité juste envers l’animal.
Il faut, je n’en doute pas, bon nombre de saisons passées au plus près des bêtes pour réussir à dessiner et à mettre en pratique une telle nature de relation avec ses animaux.
Ce fut un réel plaisir et une vraie fierté d’avoir pu participer à cette première pour l’écomusée. Mes remerciements vont bien sûr en tout premier lieu à notre formateur.
Un grand merci à toi Philippe, pour ton humilité, ton écoute, ta sagesse d’esprit. J’ai souvent l’habitude de dire à mes proches (novices en traction bovine) que j’ai la chance de connaître le « Pape » de la traction bovine française. Cela ne leur parle pas trop mais je trouve cette image est vraie. Tu portes en toi plusieurs dizaines d’années d’expérience en traction bovine. Tes acquis, tes savoirs font de toi un personnage porteur de message, d’expérience, d’espoir et conviction.
D’autres « personnages » sont présents sur tout le territoire français, je pense à Olivier COURTHIADE, à Jean-Bernard HUON ou encore Jo DURAND. Vous incarnez tous l’âge d’or de la traction bovine. Grâce à vous, vos transmissions, vos savoirs, une nouvelle génération de bouviers voit le jour. Je suis stupéfait lors de chaque déplacement et rencontres liées de près ou de loin à la traction bovine, de voir cette curiosité, cet enthousiasme de jeunes (ou moins jeunes) qui abordent, découvrent, pratiquent et vivent l’essor de la traction bovine française. Cela grâce entre autres à toi Philippe, et à tous les bouviers chevronnés qui sont là pour transmettre. Merci à toi et merci à tous les autres.
Je me dois aussi de remercier Hélène STRAMMIELLO, responsable de formation pour son organisation impeccable ainsi que Eric JACOB qui nous a accueillis sur ce site exceptionnel.
Je terminerai en remerciant chaque participant, Elke, Janet, Eric, Andy, Thierry, Jean-Michel et Olivier. Je pense que le stage ne se serait pas si bien passé si tous n’avions pas eu le souhait de partager, échanger, débattre, afin que nous repartions tous différents et tellement plus riches après cette semaine de formation…
Un grand Merci…
Laurent MARTIN-BLAIS
A voir aussi en cliquant ici.
A Manziat dans l’Ain, la culture maraîchère intensive est présente sur la commune depuis plusieurs décennies. La terre sablonneuse du Val de Saône est un atout majeur pour la culture légumière. Le relief d’une plaine alluvionnaire est tout juste contrarié par une légère déclivité en allant sur le haut de la commune.
Au milieu des champs de poireaux, céleris, carottes et salades cultivés par de plus en plus grosses exploitations qui fournissent les grossistes et les grandes surfaces, Laurent Janaudy, une petite quarantaine, pratique une agriculture de proximité et respectueuse de l’environnement.
Dresseur remarquable de chevaux et de bœufs, il est depuis son enfance dans le monde du cheval.
Depuis de nombreuses années en double activité, partagé entre un emploi dans la restauration et son activité agricole, il a fait valoir des terrains familiaux, personnels et des petites parcelles qui, sans lui, seraient restés à l’abandon.
Depuis trois ans, il s’est installé à plein temps en développant son activité maraîchère. Il a dû abandonner la prestation de service à cheval dans les vignes par manque de temps.
Laurent travaille sur une superficie d’un hectare de maraîchage. Sept hectares de prairie permettent d’une part de nourrir les animaux et d’autre part de faire du foin en petites bottes pour la vente aux particuliers.
Il fait aussi un peu de céréales pour les animaux et la basse-cour (paille et grain).
Désormais, il fournit des restaurants renommés dont certains sont étoilés, tous en recherche de produits de qualité: L’ô des Vignes à Fuissé dont le chef Sébastien Chambru est MOF, le restaurant de Serge Vieira à Chaudes-Aigues, 2 étoiles, Le Greuze à Tournus tenu par Yohann Chapuis, 1 étoile, et Ma table en ville à Mâcon, restaurant chic à la cuisine soignée de Gilles Bérard.
Laurent fournit aussi des paniers de légumes aux particuliers et en dépôt à Lougalina, une épicerie fine de Replonges.
Sans être certifié bio (il faut maintenant presque s’excuser de travailler normalement!!) ses légumes, pour la plupart de variétés anciennes, sont menés en culture sans produits phytosanitaires.
La plupart des travaux, (labour, sarclage, hersage, déchaumage, charrois) sont effectués en traction animale avec deux juments et une paire de bœufs. Il possède aussi une jeune génisse Charollaise, Mauricette, qu’il a commencé de dresser en solo.
Même si les chevaux sont le plus souvent utilisés, il fait travailler régulièrement deux bœufs Gascons, Cadet et Mignon qui ont remplacé voici trois ans une paire de vaches Aubracs restées une huitaine d’années sur la ferme.
Il utilise aussi un tracteur pour certains travaux. Les modes de traction sont utilisés en complémentarité en fonction des conditions et des priorités. Mais la traction animale reste au centre du projet, comme depuis toujours dans la démarche de Laurent.
La récolte des « petits riz »
En cet après-midi ensoleillé de mi-septembre, une terre d’une quarantaine d’ares est recouverte d’andains bien rangés de haricots secs « Petit riz » autrefois beaucoup cultivés en Val de Saône. Après avoir été arrachés et posés au sol, ils ont séché pendant une semaine et ont été retournés à la main chaque jour pour parfaire le séchage.
La veille, Laurent avait récolté en fin de journée deux petites plate-formes de «petits riz» avec le tracteur. Mais ce 8 septembre 2017, c’est Poulette, une jeune Comtoise et les deux Gascons qui sont de service pour rentrer la récolte avant la pluie annoncée dès le lendemain.
Après avoir chargé deux chars et fait un premier voyage au cheval pour remonter le charroi à l’abri sous le hangar situé en haut de la commune, Laurent et moi-même redescendons dans la parcelle avec les deux bœufs attelés à une gerbière, suivis de Poulette.
De retour dans la terre, après avoir attaché la jument à l’ombre, les haricots sont rapidement chargés sur la gerbière par petites fourchées bien rangées pour «monter» le char, en prenant soin de les croiser pour qu’elles ne glissent pas lors du transport. Mais les pieds de haricots s’accrochent bien entre eux et sont relativement stables une fois entremêlés.
Une fois la jument reculée dans la limonière du char chargé en début d’après-midi, le convoi se met en marche pour la dernière remontée.
A mi-parcours, nous croisons comme au premier voyage, la grande route départementale qui traverse la commune. C’est un passage délicat du fait de la circulation automobile assez intense.
Si la présence des attelages de Laurent dans la commune n’est pas une surprise pour la plupart des habitants de Manziat, la traversée de la départementale, par contre, est plus surprenante pour les automobilistes de passage.
Les deux chars de haricots traversent, Poulette et Laurent en tête, avançant d’un pas plein d’allant, puis les deux bœufs gascons et leur long char à deux roues passent tranquillement avec une allure posée, sans stress.
Après environ un kilomètre et demi de voyage, nous arrivons à destination.
Les chars sont reculés sous le hangar, les animaux dételés, les bœufs déliés, Poulette dégarnie.
Les cinq chars de haricots sont à l’abri et finiront de sécher pendant un mois avant d’être battus avec une petite batteuse puis triés à la main en début d’hiver. Ils rejoindront ensuite les tables des grands chefs.
Il peut désormais pleuvoir pour compenser un peu la sécheresse de l’été, les haricots sont à l’abri!!!
La surface plantée cette année est nettement plus importante qu’en 2016, malgré cela il risque encore de ne pas avoir assez de quantité pour faire face aux besoins.
Voici trois ans que Laurent est à plein temps sur son activité agricole et les commandes sont toujours plus importantes au fil du temps. La démonstration est faite que la demande de produits de qualité est là, et qu’il est possible de la satisfaire dans un mode de production «hors norme». Bien sûr, cet engagement nécessite un investissement personnel et un travail très important. Malgré tout, il fait le maximum pour concilier la quantité de travail tout en maintenant son éthique, la qualité des produits et son mode de production avec la traction animale au coeur du système.
Michel Nioulou
Article paru aussi dans la revue « Sabots » N° 81 Novembre/Décembre 2017
Frédéric Iehlé nous communique ce texte suite à la disparition de René Alibert. Nous le remercions pour sa communication.
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C’est difficile de s’exprimer sur la disparition d’un dernier ou d’un des derniers surtout lorsqu’on l’a rencontré, lui a serré la main, l’a regardé travaillé et eu recours à lui comme à une sorte d’expert dans une activité sans réel futur et cantonné à un cercle très restreint.
Cela a été mon cas il y a sept ou huit ans, je n’ai pas la date exacte.
A deux reprises je suis descendu de ma Haute-Normandie en Aveyron une première fois pour faire l’acquisition de deux jougs neufs après avoir abandonné l’idée d’utiliser des jougs ‘de brocante’, puis une seconde fois pour l’ajustement que je n’arrivais pas à faire seul.
C’est lors de ce second voyage que j’ai découvert M. René Alibert.
Après plusieurs discussions téléphoniques et échanges de courrier avec photos, j’ai du me rendre à l’évidence que je ne pourrais ajuster seul le joug sur un de mes bœufs bretons qui avait un cornage pour le moins particulier comme Monsieux Alibert le reconnut en le voyant.
Alors une nuit de juin, j’ai chargé mes deux Bretons pie-noire dans le van à deux heures du matin et nous sommes descendus chez «René» qui avait tout préparé.
Ce fut tout de même une expédition!! avec un arrêt forcé sur un terrain de football vers Riom car les bœufs s’étaient détachés et retournés dans le van prêts à sortir car souffrant de la chaleur. Mais après un peu de marche et de bouses sur le terrain, tout était rentré dans l’ordre et nous avons repris l’autoroute pour Laissac. Cela l’avait bien fait rire.
Nous avons passé deux jours sur place dans une étable prêtée pour l’occasion à sa demande, avec une tonne à eau à disposition, du foin et l’autorisation pour moi de coucher dans l’étable.
Une matinée fut nécessaire pour ajuster le joug, adapter le liage et le coussin et finalement entendre un refus sans appel de la part de «René» « Non ce n’est pas la peine, c’est bon » qui répondait à ma demande de dernier test suite à sa correction finale du joug!
Il est venu me dire au revoir le soir après avoir repiqué un cent de salades pour ses poulets ce qui leur donnait un goût délicieux au vu du geste qu’il fit en regoupant ses doigts devant sa bouche. Nous avons encore parlé bœufs, puis il est rentré et moi je suis reparti vers le Nord quelques heures plus tard de très bonne heure le lendemain matin.
Ce qui m’a frappé chez «René» c’est qu’il y avait toujours quelqu’un pour répondre, voire prévenir ses demandes. Beaucoup sont venus voir mes bœufs mais beaucoup étaient là pour lui, pour faire ce qu’il ne pouvait pas faire, le soutenir. Il était entouré et aidé d’une façon presque naturelle comme si cela lui était du par respect pour ce qu’il était ou représentait et surtout, je pense, avait vécu et savait faire.
L’entourage et l’aide que beaucoup lui donnait plus que volontiers m’a impressionné.
«Se plier en quatre» n’a jamais eu autant de signification pour le soutien dont il bénéficiait. «René» était réellement très entouré.
Je me souviens aussi du plaisir des contacts qu’il m’avait dit avoir avec les gamins de l’école proche de sa maison.
Je voudrais dire ici à sa sœur, à tout cet entourage dont il a bénéficié et que j’ai pu rencontré combien j’ai apprécié de rencontrer Monsieur Alibert ainsi qu’eux mêmes.
Aujourd’hui, il me reste deux jougs signés qui font merveille comme peuvent en témoigner ces photos avec mes deux Normands et qui me semblent être le meilleur hommage que je puisse faire à «René».
Frédéric Iehlé
Mireille et Nicolas nous présentent leur parcours atypique et leur expérience quotidienne avec la traction bovine au coeur du projet de vie qu’ils partagent en famille.
Merci à eux pour leur communication.
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Pomponette et compagnie
Nous sommes une famille de paysans nomades : Mireille, Nicolas et Solal, qui voyageons en roulotte attelée à nos deux vaches, Ttipi et Ttapa, suivies par nos brebis laitières de différentes races. Notre choix est de vivre le plus possible de ce que nous savons faire, ou de ce que nous pouvons vendre ou échanger : le produit de nos animaux (viande, lait, laine…), des objets en vannerie, la musique, le clown…
Nous souhaitons aussi rencontrer des paysans sédentaires et passer du temps en accueil sur des fermes pour échanger.
Nicolas a pratiqué la traction animale avec ses vaches et ses ânes pendant six ans pour la production de légumes en vallée d’Ossau (64) avec des outils réalisés par P.R.O.M.M.A.T.A. (Cliquez ici pour voir)
Mireille a travaillé dans le domaine des brebis laitières avec transformation fromagère en montagne et elle se forme à la transformation de la laine.
Solal apprend à manger, marcher, jouer, rire, pleurer, bref à vivre dans son petit corps tout neuf.
Nous sommes intéressés par les projets à plusieurs et avons envie d’être accueillis sur des fermes pour rester en lien avec la paysannerie en participant à vos activités : installation, traction animale, dressage, besoin d’un soutien temporaire, voire d’un remplacement pour prendre du temps.
Pour être accueillis, nous avons besoin :
Nous sommes attirés par la diversification, la traction animale, la transformation de la laine… bref toute expérience tendant à une agriculture plus humaine et en lien avec la nature, basée sur le partage.
Ces échanges peuvent prendre différentes formes, du simple accueil sur quelques jours avec des moments conviviaux à un accueil sur plusieurs mois avec des actions communes.
N’hésitez pas à nous contacter, nous sommes prêts à réfléchir à de multiples propositions.
Mireille Caillol et Nicolas Bourgeois
tél. : 07 88 21 38 47
Photo Pascal Cranga
Tradition et savoir faire ancien sont le socle sur lequel nous bâtissons de nouvelles perspectives concrètes et opérationnelles pour la traction animale bovine au 21ème siècle.
Des expériences démonstratives, sur un outil de levage à traction bovine d’abord, puis sur un nouveau concept de joug et une étable démontable et transportable, nous permettront de débattre de ces nouvelles perspectives.
“ Le joug de Pierre Mougin ” raconté par Philippe Kuhlmann, est une première de ces aventures-expériences ; l’émergence d’un joug de facture innovante en réponse à certains inconvénients du joug double classique…
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“ L’attelage des bovins retrouve un regain d’intérêt alors qu’il paraissait relégué aux musées d’agriculture il y a une vingtaine d’années.
Parmi les bouviers du troisième millénaire on compte des traditionalistes purs et durs qui veulent perpétuer des gestes ancestraux avec des outils traditionnels et locaux. Leur point de vue se défend ; ce sont des passeurs de mémoire régionaux.
D’autres utilisateurs de bœufs aimeraient travailler régulièrement et facilement avec des bovins, et se retrouvent dans un système économique qui ne leur permet pas de perdre de la puissance et du temps.
Photo Pascal Cranga
Le confort de l’animal est une autre notion dont il faut tenir compte, bien plus qu’il y a qu’il y a quelques années encore, pour plusieurs raisons. Notre culture a « humanisé » l’animal par anthropomorphisme, au point que l’on va plus s’apitoyer sur le sort d’un bœuf au travail que sur celui d’un animal de batterie. Mais plus concrètement, pour travailler efficacement à long terme, il est important que l’animal travaille dans de bonnes conditions, avec du matériel bien adapté à ce qu’on lui demande.
La raréfaction des sources d’énergie va pousser petit à petit les générations futures à se tourner à nouveau vers la traction animale. Il faudra trouver des outils et des modes de travail modernes qui permettent d’avoir une bonne productivité à la traction animale, tout en tenant toujours compte de son investissement de départ minime.
C’est dans cet esprit que je me tourne encore et toujours vers l’attelage au joug double dès que l’on veut atteler deux bovins. Si un animal seul est plus fort au collier – je l’ai maintes fois vérifié – une paire de bœufs sera plus maniable et opérationnelle au joug double que les deux mêmes bœufs au collier. L’attelage au collier implique tout un ensemble de chaînes de traits, de chaînes de reculement, de courroies – avaloirs, sellettes – et de palonniers.
En plaine, deux animaux attelés au collier pourront donner satisfaction et un bon rendement avec une charrette à deux ou quatre roues sans que l’utilisateur ne prenne de risques excessifs, ou n’en fasse prendre à son entourage.
En montagne, en conditions extrêmes, je parle de pentes jusqu’à 60 %, je ne verrais jamais une charrette de deux ou quatre roues, attelée à deux animaux avec un timon qui ne soit pas pris dans le trou central d’un joug.
Dans ces conditions extrêmes l’animal attelé seul à la limonière pourra plus facilement faire corps avec sa charrette et la « tenir » dans un maximum de situations difficiles.
Outre son efficacité et la sécurité en toutes circonstances, l’intérêt du joug double réside dans son étonnante adaptabilité à passer d’un outil à un autre ; du râteau faneur à la faneuse à fourche, à la faucheuse, à la charrette, à la chaîne pour tirer un tronc… Ce passage demande juste au meneur de retirer la clavette du timon et de la remettre sur un autre timon, après avoir fait enjamber ce dernier par un des bœufs.
Ayant résolu le problème de la différence de puissance entre deux animaux attelés grâce au joug de force – c’est je le rappelle, un joug désaxé, l’écart entre la tête du moins fort et le timon sera plus important que l’écart entre la tête du plus puissant et le timon – il restait à enrayer l’inconvénient des têtes de travers avec des bœufs de hauteur différente, je parle ici de toises différentes, mais par extension on devrait parler de port de tête différents.
C’est pour cela que je me suis tourné vers un ancien, un artisan au bon sens paysan, Pierre Mougin de La Bresse. Ayant été paysan avant d’être forgeron, tourneur, ajusteur en métallurgie, mais aussi bûcheron, scieur, menuisier, fabriquant de cors des Alpes, Pierre, artisan, artiste et génie inventif, petit homme rond aux yeux vifs, aux doigts de fée n’avait pas besoin de schéma 3D, ni de logiciel sophistiqué. Il a su résoudre en une dizaine de jours ce que des élèves de deux promotions d’ingénieurs avec toute leur technique n’ont pas su cerner en deux ans.
Pierre Mougin en 2015 lors de la journée technique chez Philippe Kuhlmann
De gauche à droite, Philippe Kuhlmann avec un joug Vosgien neuf de Pierre Mougin, Jean-Claude Mann bourrelier, et Pierre Mougin
Je suis allé le trouver dans son petit atelier de La Bresse dans les Vosges et lui ai dit : Pierre, il me faudrait un joug pour un gros et un petit bœuf, étudie pour qu’ils aient tous les deux la tête droite. Le joug devra être taillé en trois pièces, la première étant la partie maîtresse, reliant les deux autres parties qui seraient des jouguets légèrement mobiles sur un axe et réglable latéralement, permettant de rapprocher plus ou moins chaque bœuf du centre du joug. Évidemment le bœuf le plus faible sera le plus loin du centre de traction.
Dix jours après, un coup de fil de Pierre: t’as qu’à passer, ton joug est fini. Ce n’était pas la réflexion ni les croquis qui étaient finis, mais bel et bien le joug. Après les premiers essais je lui trouvai un problème de déséquilibre qui gênaient les bœufs dans leur effort de traction. Une modification réalisée rapidement a permis de pallier à cet inconvénient et le joug Pierre Mougin fonctionne très bien. Il lui reste un inconvénient: son poids.
Celui-ci pourrait être moindre en changeant d’essence de bois, en passant du frêne au bouleau, et peut être de l’acier à l’inoxydable ou autre. Les essais montrent bien que les animaux peuvent garder la tête droite même s’ils marchent en dévers ou si l’un des deux marche dans une ornière ou dans un sillon profond lors du labour.
Quatre ans après la fabrication de ce joug en trois pièces, je me rends compte que je ne l’utilise que dans certains cas très précis et que je n’ai pas pris le temps ni les moyens de l’améliorer en poids et en finitions. La mise au point de mes autres jougs légers en bouleau, avec les matelassures intégrées, rend les services attendus, et je pense que si amélioration il doit y avoir, c’est vers un joug landais amélioré qu’il faut se tourner.
J’en reviens à l’idée de cette différence de puissance et d’aisance entre le collier et le joug. La stabilité que confère la tenue du timon dans le centre du joug est indispensable en montagne, ainsi que la possibilité de rotation du timon dans le joug. Et il est important d’améliorer les conditions de travail des bovins du 21ème siècle. Une approche somme toute moderne.
Je m’oriente donc vers un mix entre le joug landais et le collier à trois matelassures apportant un bon respect du mouvement de l’épaule, le tout réglable à la fois pour des animaux de puissance différente, des travaux nécessitant une trace plus large entre les animaux – cas de la mise en place de culture en billons -, et en attelage éclair – atteler 2 bœufs en moins d’une minute.
Un prototype sera soumis à l’expérimentation lors de la rencontre des bouviers 2017 à l’Ecomusée d’Alsace. Mais pour cette première mise à l’épreuve, Pierre Mougin n’est plus, emporté par la maladie. Il aura dompté sa vie durant le métal, le cuir et le bois avec un savoir-faire et un génie inventif qui nous sert de modèle. Mais Pierre, comme tous ces glorieux anciens, s’ils laissent un vide, laissent aussi un espoir et une furieuse envie de continuer. Ils nous ont laissé bien des éléments de savoir faire qui sont autant de pierres pour construire un nouvel édifice. Le souvenir vif que nous avons d’eux est le ciment pour cette construction nouvelle ”.
Philippe Kuhlmann
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Ainsi la rencontre des bouviers 2017 sera l’une des pierres fondatrices de l’attelage bovin de demain, et le germe d’une nouvel usage et d’une nouvelle proximité avec les bovins en général.
Une étable pliable et déplaçable, d’une capacité de 8 à 10 bovins sera présentée en bâtiment off du festival Bàuistella 2017- Festival d’expérimentations constructives dont le thème 2017 est « Architectures montables et démontables”.
Elle illustre cette nouvelle transhumance de service paysager. Une étable légère, à coût modique, déplaçable, à l’avantage sanitaire indéniable, permettant une répartition des fumures résiduelles pouvant être équipée de différentes fonctionnalités périphériques comme un souricière pour regrouper et mettre en contention des animaux peu habitués, un travail à ferrer ou à parer les pieds, etc…
Pour en savoir plus cliquez ici
2017_04_05_FK_Etable_Mobile
La rencontre 2017 est l’occasion de consolider l’association des bouviers, de l’ouvrir à tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la traction animale bovine et aux nouveaux usages de bovins de service, quelles qu’en soient les approches, utilitaires, loisirs, praticiens réguliers ou simples amateurs. Nous parlerons à la fois de transmission des pratiques, expériences et savoir-faire anciens, et de transposition pour un “ré-emploi » des bovins dans le nouveau contexte émergeant au 21è siècle.
DPresse_Festival Bàuistella_Ecomusée d’Alsace_web
2017_04_05_FK_Etable_MobileMerci à François Kiesler pour sa collaboration
Photo Jean-Léo Dugast
Une rencontre autour des bœufs de travail
Maillezais, au bord du marais Poitevin, accueillait le 10 Août 2016, la fête des bœufs de travail.
Jérome Csubak et son épouse ont organisé cette rencontre sur le site des roulottes de l’abbaye dont ils sont les promoteurs. Emmanuel Fleurentdidier et Solène Gaudin étaient également venus épauler l’équipe d’organisation .
On a pu voir évoluer la paire de Vosgiens d’Emmanuel et la paire de boeufs Parthenay du propriétaire des lieux qui présentait également une paire de jeunes bœufs en début de dressage.
Jérome Csubak
Différentes démonstrations d’attelages ont eu lieu devant un public venu nombreux malgré le déroulement de la fête un jour de semaine.
Des séances de travail avec des chevaux étaient aussi au programme avec en particulier un bel attelage de Manu Davignon.
Brocante, artisans, maréchal-ferrant venaient compléter les animations d’une journée déjà bien remplie.
La naissance de deux jougs.
« Depuis le matin, à l’abri du soleil, sous la stabulation, des coups sonores de haches et d’herminettes viennent régulièrement ponctuer l’ambiance de la journée.
Lionel Rouanet et moi-même avions été invités à venir présenter le travail de la taille des jougs à la fête des bœufs de travail de Maillezais.
Soigneusement enveloppés dans des bâches étanches, nous déballons un peu avant neuf heure nos pièces de bois maintenues humides depuis chez nous à l’autre bout de la France, l’Aveyron pour Lionel et la Saône-et-Loire pour moi.
Le plein été n’est certes pas la meilleure époque pour transporter dans les voitures surchauffées des pièces de bois parfois immergées depuis plusieurs mois et sujettes dès leurs sorties de l’eau à une dessiccation trop rapide et à l’apparition de fentes dans les pièces qui peuvent parfois être rédhibitoires.
Après un déballage et mise en présentation de nos différents modèles de jougs, nous attaquons rapidement le travail.
Très fortuitement, il se trouve que chacun des modèles que nous avons à tailler aujourd’hui est nouveau pour l’un et pour l’autre.
Lionel commence un joug en frêne qui lui a été commandé. Ce dernier, un joug mixte, est destiné à joindre d’un côté un bovin et de l’autre une mule ou un âne.
Photo Jean-Léo Dugast
Ce type de joug a suscité de nombreuses interrogations et questionnements du public.
Pour ma part, c’est un joug double que je taille, un modèle de la Loire, à la limite du Puy-de-Dôme, un joug « de montagne » comme le nomme la personne qui me l’a commandé. C’est avec le modèle d’un joug ancien à proximité que je taille la pièce de frêne.
Je travaille différemment de Lionel en pratiquant un traçage avec un gabarit sur la bille dégauchie.
Bien sûr le traçage n’est qu’indicatif mais permet aussi, au moins au début sur un modèle nouveau, d’avoir des repères précieux. La réalisation du gabarit à l’atelier permet aussi de bien s’imprégner des formes et des subtilités du joug que l’on découvre.
Bien qu’aujourd’hui à Maillezais, le modèle soit nouveau pour lui, Lionel réalise le plus souvent des jougs du type Aveyronnais dont il maîtrise la réalisation du fait de son apprentissage auprès de René Alibert à Laissac dans l’Aveyron.
A contrario, je travaille en autodidacte et j’ai été amené à réaliser de nombreuses formes régionales différentes (Charollais, Velay, Vendée, Loire). C’est aussi pour cela que je réalise des gabarits qui me permettent de mémoriser les formes et les tracés.
C’est donc avec prudence que nous avançons la taille sur nos jougs respectifs.
Bien sûr le public s’interroge et s’étonne de nos réponses lorsque nous leur expliquons que nous réalisons régulièrement des jougs dont la destinée n’est pas de finir en décoration au dessus d’une cheminée ou d’une porte, mais bel et bien d’avoir un usage réel, une fonction de travail chez les différents bouviers qui nous les réclament.
La découverte de la part du public de l’existence encore active de la pratique professionnelle de l’attelage bovin les laissent souvent dubitatifs, certains repartent sûrement en se disant qu’on leur a raconté des mensonges !!! Et pourtant!!
En milieu de matinée, une dizaine de personnes de l’académie des bouviers du Puy-Du-Fou nous rendent visite. Le groupe guidé par le dynamique et motivant Laurent Martin, a échangé sur la technique, les différentes formes de jougs, l’attelage, le liage. Cette rencontre a été pour nous l’occasion de croiser des praticiens, apprentis ou confirmés qui travaillent dans l’environnement très spécifique du spectacle, mais dont l’implication dans l’attelage des bovins est très marquée et passionnée.
La présence en visiteurs de Jo Durand, paysan bouvier au Dresny en Loire-Atlantique et de Nicole Bochet, chercheuse et passionnée par l’attelage bovin, a permis une nouvelle fois, outre l’amitié que nous avons pour eux, de croiser des expériences, des points de vues.
En discussion avec Jo Durand
A la pause de midi avant d’aller manger quelques mogettes pour reprendre des forces, nous mouillons copieusement nos deux pièces de frêne et nous les couvrons soigneusement pour limiter le séchage. La température est forte et le soleil ardent !! Nous devons être vigilants !!
Après avoir repris nos tailles en début d’après-midi, comme une pause dans notre journée, nous prenons le micro devant la paire de Parthenay pour un moment de présentation du travail des jougs, de leur fabrication et de leur utilisation avec différents liages de plusieurs modèles de notre fabrication.
Photo Jean-Léo Dugast
Emmanuel Fleurentdidier
Solène Gaudin
Nous reprenons ensuite le travail, toujours au son des haches, grandes et petites herminettes, planes, ciseaux, gouges et maillets entrecoupé d’explications de notre part, et d’enrichissants témoignages et anecdotes que nous confient les nombreuses personnes de la région qui viennent à nous et qui voici quelques décennies encore, liaient des bovins.
Progressivement, le public se fait plus clair, puis disparaît. Les jougs ont déjà bien pris forme. Les deux lourdes pièces de frêne du matin se sont visiblement affinées et allégées, la finition se fera à la maison dès notre retour.
Le soir est venu et, malgré la fin de la fête, nous taillons encore un peu, comme pour prolonger ce moment, où, malgré le fait que nous nous connaissons déjà depuis plusieurs années, nous avons pour la première fois travaillé côte à côte. Moments rares, intenses où, dans la même passion, nous avons fabriqué chacun un joug qui coiffera des bœufs qui patiemment travailleront dans la discrétion des montagnes du Massif Central et des Pyrénées. »
Michel Nioulou
Toutes photos Véronique Nioulou sauf mentions « Jean-Léo Dugast ».
Un grand merci à Jean-Léo pour sa contribution.