1 12 13 14

Jean Ousset, maréchal ferrant, parcours d’hier à demain. Par Tifenn Vital

ferrage chez o courthiade par jean ousset 1 ok

Il est des métiers qui disparaissent, des jeunes qui cherchent leur route, des laboureurs à cheval qui (ré)investissent les rangs des gros vignobles bordelais… Et des Vieux qui perpétuent leur savoir dans des fermes et des  forges… qui, lorsqu’ils prennent le temps d’échanger, nous rappellent l’étendue des savoir-faire qui animaient nos territoires au début du siècle dernier, avant le tracteur…

Jean Ousset a 74 ans.  Le 3 avril 1954, il signait un contrat d’apprentissage dans la forge de son père à Labroquère (31). Ce dernier lui forge alors un brochoir avec un manche en frêne. C’est ce même outil qui va aujourd’hui servir à ferrer les bœufs gascons d’Olivier Courthiade,  58 ans plus tard.

ferrage chez o courthiade par jean ousset 3 ok

Le travail est en chêne, fabriqué par un charpentier de la vallée à l’époque du père. La forge nous laisse un premier temps pantois dans les odeurs de charbon, la lumière filtrée par les fenêtres protégées par des grilles en fer forgé… Un univers de bois et de fer où les odeurs des bêtes se mêlent à la transpiration de l’homme qui s’affaire déjà à son Art…

« Avant, les bœufs et les vaches venaient ici en nombre se faire ferrer. Des chevaux aussi pour les fermiers les plus riches. Les mules étaient directement ferrées en montagne sur les chantiers.  Des bœufs Gascons, pas de Limousines et de Blondes qui augmentent la productivité, mais qui sont tout de même moins rustiques .

ferrage chez o courthiade par jean ousset 6 ok

Le pied des bœufs se pare peu. Composé de deux onglons, on lui pose donc huit fers. La paroi du pied est très fine ce qui nécessite une grande précision au moment d’enfoncer les clous. Aujourd’hui les clous à bœufs n’existent plus, ils avaient la tête plus plate que ceux utilisés pour les chevaux ! Les fers non plus d’ailleurs ! » Mais il y a cinq ans alors que Jean s’arrêtait dans une station d’autoroute sur la route du rendez-vous chez l’oculiste pour son épouse, celle-ci attire son attention sur un prospectus. Celui-ci mentionne une vente aux enchères où sera vendue une tonne de fers à bœufs.  Imaginez la tête du commissaire-priseur lorsque Jean lui a annoncé vouloir acheter la totalité des fers !

Pourtant maintenant, les animaux ont disparu des champs, les brabants ont été remplacés par les charrues des tracteurs… et les forgerons, maréchaux, débardeurs à cheval, muletiers ont disparu rapidement. Jean s’est adapté en réparant les divers outils utilisés par la mécanisation. Les maréchaux ont aussi développé leur activité en se rendant au domicile des particuliers pour ferrer les premiers chevaux pour le loisir.

Et la transmission alors ? « Eh beh, tu vois tous les fers accrochés au plafond ? C’est les essais des jeunes apprentis ! On y touche pas c’est des souvenirs… Il y en a eu des jeunes exceptionnels ».

Jean a vécu un drôle de tournant dans notre société. « Mais tout cela, il fallait le vivre pour pouvoir analyser ». Et quand on lui demande s’il pense que la traction animale va revenir à la mode…il doute,  et hausse un sourcil stupéfait lorsque je lui annonce que les deux bœufs qu’il vient de ferrer vont aller travailler dans un vignoble bordelais pour l’entretien des sols. Pour la photo ? Il ne faut pas douter que le domaine saura tirer partie de ce nouvel outil… Cependant, cela laisse entrevoir un possible « retour » à de « nouvelles » façons de (re)travailler… A méditer !

 Tifenn Vital, monitrice-guide de tourisme équestre dans les Pyrénées-Atlantiques, ancienne stagiaire d’Olivier Courthiade. Elle collabore aussi à la mise à jour du carnet d’adresses de ce site. 

ferrage chez o courthiade par jean ousset 4 ok

Jean-Luc Guerringue, à Rantechaux (25)

jlg fumier ok

Jean-Luc Guerringue présente lui-même son activité avec ses animaux.

« J’ai actuellement un boeuf vosgien en solo « Chao » et un jeune boeuf de 26 mois « Gamin », que j’attelle en solo et en paire avec Chao. J’ai commencé son dressage en début d’année.

J’ai également Hibou, un jeune boeuf de 9 mois qui sortira comme apprenti cette année. J’ai également deux chevaux Pinto que j’ai dressés à l’attelage.  J’élève également pour ma consommation personnelle un boeuf.

Je précise qu’ils sont tous de race Vosgienne.

Je cultive un petit champ pour mes légumes (charrue et hersage avec mes boeufs). Je débarde mon affouage. Je sors dans quelques manifestations avec mes boeufs.

A la maison

jl guerringue 13 ok

jl guerringue 16 ok

jl guerringue 21 ok

jl guerringue 14 ok

jl guerringue 15 ok

jl guerringue 7 ok

Dans les fêtes locales

jl guerringue 12 ok

jl guerringue 1 ok

Je ne suis pas exploitant agricole. J’ai un parcours atypique: mon grand père maternel était un petit paysan Vosgien. Il a travaillé toute sa vie avec des boeufs. C’est lui qui m’a donné le virus: « la vrai vie » comme il disait. Je n’ai découvert le tracteur qu’à quinze ans.

J’ai commencé au lycée agricole de Dannemarie-sur-Crête en 1975 (je suis né en 1959) puis je suis parti en Espace Vert  pépiniériste. Là, j’ai découvert le travail avec les chevaux comtois pour buter les arbres et arbustes.

J’ai un long parcours d’agent communal en tant que jardinier puis chef de service dans quatre villes différentes. Je suis aujourd’hui ingénieur au Conseil général du Doubs en tant que chef d’exploitation et adjoint au chef de parc routier du Doubs. J’ai toujours gardé les valeurs acquises chez mes grands-parents, je fais mon cochon chaque année. »

jl guerringue 10 ok

jl guerringue 25 ok

Visite de Philippe Kuhlmann

Maya Gascard, Montréal (89)

maya gascard 11 ok
 
Voici encore un parcours et une démarche différente qui participent à la diversité des expériences de chacun.
« Je m’appelle Maya Gascard. Je suis d’origine allemande et vis depuis 13 ans en France, en Bourgogne. Je suis née en ville mais petit à petit, je me suis tournée vers la campagne, les animaux et le jardin.
Aujourd’hui, j’habite avec mon mari et mes deux filles dans la petite ferme du grand-père de mon mari. Le grand-père vivait ici en auto suffisance avec son cochon, quelques vaches et moutons, et son cheval de trait. C’est ce que nous cherchons à retrouver un peu. Nous avons créé la FEUTA l’année dernière, c’est la Ferme Ecologique à Utilisation de la Traction Animale. Nous faisons le maximum dans notre petite ferme avec les chevaux, boeufs, âne et poneys.
Les travaux concernent le bois, débardage du bois, le jardin, le fumier, le foin, et en été les sorties pour démonstrations, promenades, spectacles ou petits stages d’initiation.
Moi, j’ai toujours eu des chevaux. Mais un jour j’ai vu dans un journal une photo de Philippe Kuhlmann avec son boeuf en train de débarder du bois et ce fut le déclic! Moi aussi je voulais faire ça! Mais comment? Heureusement peu après je tombais sur l’annonce de l’école à Montmorillon et j’ai fait le stage de bouvier chez Manu Fleurentdidier. Peu après j’ai acheté trois génisses à Joe et, vu que le dressage s’est montré difficile, j’ai aussi acheté un boeuf dressé chez Philippe.
Aujourd’hui, j’ai deux boeufs, dont un encore en cours de dressage, et une vache que je trais depuis un mois. Je travaille au collier, en simple ou en paire ainsi qu’au joug de garrot en paire.
Mes boeufs et la vache écoutent aux signes de la main et du bâton ainsi qu’à la voix.
Nous avons beaucoup de travail, mais nous apprécions beaucoup de pouvoir, de plus en plus, vivre de notre petite ferme. Nous avons encore beaucoup de choses à apprendre car nous n’avons pas eu d’enseignement par nos parents en ce qui concerne la vie de ferme, et le travail avec les animaux. Nous cherchons avant tout à utiliser l’ancien savoir pour une vie d’aujourd’hui.
Nous voulons justement transmette une image plutôt moderne de la traction animale et pas traditionnelle. Aujourd’hui on peut travailler et vivre avec des animaux; nous ne sommes pas tous obligés de suivre la folie de la rentabilisation et d’augmentation des profits à tout prix. »
 

maya gascard 22 ok 

maya gascard 19 ok

maya gascard 18 ok  

 maya gascard 15 ok
La FEUTA
Maya et Emmanuel Gascard
30, Rue de Montbard 89420 Montréal
lafeuta@gmx.fr
03.86.32.06.38

 

Frédéric Ihélé, Martagny (27)

7ok

Fédéric Ihélé, dans un texte plein de passion, nous parle de son parcours avec ses quatre boeufs.

« Mes boeufs !

Difficile de savoir par où commencer pour parler d’eux.

1962, chez M. Tanavelle à Villedieu dans le Cantal, j’avais 10 ans et deux vaches attelées tiraient le tombereau de fumier, hors de l’étable et l’étalaient avec des branches chargées.

Retour à ma vie de petit citadin, mes études au LAY (Lycée Agricole d’Yvetot), mon parcours professionnel très loin du domaine paysan. Et puis cinquante ans plus tard l’adoption de deux veaux Bretons Pie Noire puis, deux ans plus tard, de deux veaux Normands. Les deux paires ont respectivement 7 et 5 ans aujourd’hui et moi 60.

Beaucoup de quarts d’heures avec les seaux de lait le matin et le soir avant et en rentrant du travail, puis l’évolution de leur mode d’alimentation, c’est-à-dire sevrage et passage au foin et paille. C’est là que se sont noués les liens entre eux et moi, liens qui n’ont rien à voir avec ceux très matériels et contraignants du joug.

Et puis l’apprentissage du travail au licol et enfin le débourrage. La recherche de joug adapté mais jamais satisfaisante, la rencontre avec « Sabots Magazine » et enfin avec un fabricant de joug capable de régler les jougs sur l’anatomie de mes Bretons Pie noire. L’un d’eux a en effet une anatomie particulière avec un défaut de cornage assez sévère et un front plutôt concave.

Les quatre connaissent assez bien leurs noms, surtout les Bretons : Naki et Naha. Chez les Normands c’est encore un peu dur pour Peelish mais bien pour Peesho.

Mes bœufs, c’est avant tout une affaire de cœur entre eux et moi, de vrais toutous, élevés à la « papouille », et moi, une vraie grand-mère, les considérant comme mes chats …. Malgré les 500 kilos des Bretons et les 750-800 des Normands, dixit le véto.

Aujourd’hui les deux paires sont équipées d’un joug Allibert. Un collier de cheval bricolé permet aussi le travail en ‘solitaire’ en attendant un vrai collier réglable et adaptable.

Débardage dans la forêt de Lyons derrière la maison en paire ou bien au « collier », poutrage avec deux rails d’épandeur de la pâture d’été, transport de foin et de paille avec une « guinguette » (châssis d’une 205 habillée de bois avec gyrophare »toute neuve ») sont les principales activités de mes quatre copains.

Leur existence est loin d’être liée à une quelconque notion de rentabilité, ce sont mes potes, voilà tout. Ils ne travaillent pas tous les jours mais sont capables de remonter un tronc culbuté par un coup de vent et de m’aider en fin d’hiver à débarder les chablis que j’achète à l’ONF, après un peu de découpage de ma part tout de même !

Leur placidité est communicative et même si l’hiver leur entretien est malgré tout contraignant, rien ne vaut la satisfaction de quelques heures de travail avec l’un d’eux ou bien une paire.

Un plancher bois va bientôt simplifier le nettoyage et améliorer le confort pour le bonheur du bouvier et des bœufs eux-mêmes.

Ni le bouvier ni ses bœufs n’ont de prétention, il pourrait même se dire que ces quatre-là ont la belle vie. Pâture en été, logement à l’abri en hiver, mais ils sont à la chaîne et partagent le paddock avec les chevaux par demi-journée.

Ils n’ont jamais fait de manifestations avec bruits et foules. C’est là que je manque un peu à leur éducation.

Mais je ne sais pas bien comment faire, si bien sûr: il suffirait de les emmener dans une manifestation avec un peu de monde pour les entourer au cas où. Encore faut-il trouver quelque chose ad hoc et pas trop loin. Mais ce n’est pas tant la foule que les bruits qui manquent à leur éducation.

Ils ont un rendez-vous prévu fin 2014, une fête de Saint Eloi, et d’ici là il va falloir absolument combler ce manque. »

Roland Ayel, Sauvessanges (63)

ra2ok

Roland Ayel nous présente son travail avec ses animaux.

« Je suis double actif sur une petite ferme à 1000 mètres d’altitude. J’ai 5000 mètres de légumes de plein champ, deux vaches et quelques chèvres du Massif Central (race à faible effectif).

Mon grand-père avait toujours travaillé avec un attelage de vaches. C’est pourquoi j’ai acheté deux vaches dressées de race vosgienne en 2009. J’utilise les vaches pour transporter le fumier et le bois de chauffage avec le tombereau, pour herser dans le champ où je cultive les légumes. »

Vidéo de 2021

ra3ok


ra4ok

Thomas Carabistouille, Noyal Muzillac (56)

thomas carabistouille ok

Un parcours d’atteleur atypique présenté par Thomas.

« Je m’appelle Thomas Carabistouille je suis conteur clown. J‘ai rencontré Laurent Legal, il y a 12 ans pour monter un premier voyage en roulotte de neuf mois avec un cheval breton Kiki de kerfeuteun.

Une rencontre forte qui m’a entraîné vers un monde que je ne connaissais pas, la traction animale.

Laurent étant un vrai passeur de savoir, une encyclopédie, un fan de Farebique.
J’ai eu et j’ai la chance d’être super bien accompagné sur ce chemin; je peux observer, écouter, partager, apprendre…
quelle découverte! surprenant! superbe!
 
Petit à petit, nos univers, le spectacle et la traction bovine se sont mélangés pour créer « la boeufbylette « , la première course internationale de mobylettes tirées  par des boeufs » et un bus, deux vaches « un transport en commun hors du commun pour créer du lien ». Deux spectacles de rue pour montrer la traction animale autrement.
 
Et puis j’avais envie de repartir sur la route. « Alors pourquoi pas les vaches! » et oui! L‘idée a germé.

carabistouille thomas 2 ok

Nous avons ensemble monté, préparé un voyage de deux vaches en roulotte. Un voyage à 4km/heure pour raconter des histoires, créer du lien, montrer la traction animale.
Nous avons préparé deux vaches normandes, Daphné et Dalhia, pour ce périple de cinq mois, tranquillement, sereinement…
 
Et ça roule, je vais d’écoles en bibliothèques, de particuliers en centres de loisirs, en maison de retraite….
Les premières étapes ont déjà eu lieu et les deux vaches trouvent leur rythme, s’habituent au changement de lieux, ça devient de la dentelle de les mener…
Une vraie expérience sur la route…plein de découverte à faire…
A la fin des 5 mois je serai un bouvier. Pour le moment je finis mon apprentissage grandeur nature!!
 
J’ai créé un blog du voyage carabistouilledeuxvachesenroulotte.blogspot.fr
voilà un peu mon histoire.

carabistouille thomas 4 ok

carabistouille thomas 3 ok

 
Les vaches vont passer par Arthon en retz, Saint pazanne, Saint Marc de coutais, Port st père, St leger les vignes, les Sorinieres, Le Bignon , Aigrefeuille sur maine, Maisdon sur sevre, Le Pallet, La Chapelle Heulin, Vallet, Gesté, Villedieu la blouere, Andreze, May sur evre, Chemillé, Chanzeaux, Rablay sur layon, Faye d’anjou, Notre dame d’Alencon, Rou Marson, Distré, le Coudray Macouard, Epieds…..
Ce sont les premières étapes de passage si vous connaissez du monde autour….n’hésitez pas à contacter Thomas au 0614923597

Guillaume Chautard, Médeyrolles (63)

guillaume chautard 3 ok

Guillaume Chautard du Puy de Dôme est un jeune éleveur de vingt ans qui c’est pris de passion pour le dressage de bovins. Il attelle deux jeunes femelles Ferrandaises.

Il nous explique en quelques mots son parcours.

« J’ai commencé a dresser mes deux génisses, il y a un an de cela, suite à de nombreuses occasions avec les vaches de Guy Chautard. Mes deux génisses « Fiona et Fière » ont vite appris (en 4 à 5 fois) . Elles sont très dociles et calmes. J’ai pu déjà faire des fêtes comme Champeix, Montferrand. Je m’en sers en attelage lors des fêtes. »

guillaume chautard 1 ok

guillaume chautard 2 ok

Antoine Riocreux, Monistrol sur Loire (43)

12ok

Antoine Riocreux a travaillé toute sa vie avec des bovins. En 1975 lorsqu’il s’installe en prenant la suite de son père, il travaille pendant deux ans avec les boeufs paternels. Après leur vente, il dressera, sans discontinuer jusqu’à aujourd’hui, des paires de vaches pour travailler sur les quinze hectares de son exploitation.

Dans la continuité de l’exploitation familiale, il resta éleveur laitier avec un cheptel de montbéliardes. Devant les difficultés de ce secteur dans les petites exploitations, il a ensuite  basculé vers un troupeau à vocation viande en race Salers.

Il a un tracteur, mais travaille encore beaucoup avec ses trois paires de vaches Salers.

Avec ses animaux, il laboure, fauche, mène le fumier et autre charrois. Pendant tout l’hiver, il débarde du bois en forêt pour des particuliers.

Il dresse régulièrement des animaux pour lui et pour d’autres meneurs.

boeufs clement sastre conduit par antoine riocreux ok

Antoine Riocreux avec les boeufs de Clément Sastre

Daniel Hourqueig, à Lys (64)

hourqueig 2 ok

Daniel Hourqueig attelle pour son plaisir deux paires de vaches Blondes d’Aquitaine et une paire de vaches Béarnaises.

hourqueig 1 ok

 Daniel Hourqueig nous présente son parcours:

« Je suis né en 1953 dans l’exploitation agricole familiale de 9 hectares en pente, située à Lys, petite commune de 300 habitants, en vallée d’ Ossau dans les Pyrénées Atlantiques.
Jusqu’en 1966, j’avais donc 13 ans, il y avait sur l’exploitation une paire de vaches pour effectuer les travaux quotidiens. C’était deux vaches béarnaises « Poulide et Aricade » âgées de plus de 10 ans.

Il fallait donc les remplacer et ce fut fait….par un tracteur Som de 25 cv. Mes parents se sont orientés vers la production laitière que j’ai reprise en 1981 jusqu’en 2009 date à laquelle je me suis reconverti en bovins viandes (Blondes d’Aquitaine).

Parallèlement à mon activité professionnelle, je jouais avec une grande passion au rugby dans le club de Buzy en championnat du Béarn.

A l’âge de 50 ans, me trouvant un peu vieux pour ce sport, je mis fin à ma carrière. Je me suis vite aperçu qu’il me manquait quelque chose ; vivre une passion en dehors des contraintes du travail. C’est en allant voir une fête des moissons dans les Landes que j’ai repensé avec nostalgie à Poulide et Aricade. A partir de ce jour, j’ai décidé de dresser ma première paire de vaches .

J’avais dans mon troupeau une vache « Baleine », très docile . J’ai cherché, toujours dans mon troupeau, une vache ayant la même morphologie , « Bikini ». Elle était plus rude avec un caractère bien trempé mais pas méchante et sans vice . J’ai commencé à leur faire accepter le joug attaché au cornadis, et c’est madame Valérie WEIDER, âgée de 85 ans , qui m’a montré comment lier (ici on dit june, joindre en français).

La deuxième étape du dressage a été de leur apprendre à me suivre au licol, une par une, puis les deux ensemble sans être jointes. Pour la troisième étape, c’est-à-dire leur apprendre à marcher jointes, j’ai demandé de l’aide à René WEIDER, le fil de Valérie, qui venait de prendre la retraite, mais qui n’avait aucune expérience avec les animaux.

René a été tout de suite emballé par le projet. Mais lorsque je lui ai présenté Baleine et Bikini, que je lui ai expliqué qu’elles étaient différentes, il fut surpris et loin d’imaginer que deux vaches pouvaient être différentes.

Je lui ai alors expliqué que tant qu’il n’aura pas compris cela, on ne pourra pas les travailler. Je lui ai demandé de prendre un seau de granulés et de passer du temps seul avec elles. Au bout de deux après midi, René arrivait à me faire un commentaire sur chacune d’elles . Le déclic avait eu lieu.

Cette communication avec Baleine et Bikini a fait naître en lui la passion .

Deux jours par semaine, pendant cinq mois, il venait m’aider à les faire travailler : marcher sur la route, les habituer aux événements extérieurs, au bruit, à l’approche des gens, à la musique, à croiser les voitures et enfin à les atteler aux outils anciens que nous avons restaurés : faucheuse- faneuse- chariot- herse- semoir etc…

En 2011 et 2012, les organisateurs de la foire d’Arudy nous ont demandé de venir animer la foire avec l’attelage pour faire promener les gens sur le chariot à foin. En 2013, nous leur avons proposé d’organiser une reconstitution des travaux des champs d’antan. C’est ainsi qu’est née la première fête des semailles dans le cadre de la foire d’Arudy qui est désormais fixée au troisième dimanche du mois d’octobre. Le thème était : le semis du blé (du labour au semis) et la fenaison (de la fauche au stockage).

Suite aux commentaires de visiteurs de toutes générations, les plus anciens qui avaient pratiqué, les moins âgés qui avaient entendu dire et les plus jeunes qui découvraient, la décision de renouveler cette manifestation pour 2014 a été prise en prenant comme thème la culture du maïs.

C’est au cours de ces représentations que je me suis rendu compte combien les gens étaient attachés à leurs racines, et que nous, paysans de notre génération, étions les derniers à pouvoir transmettre ces gestes et pratiques sur lesquels l’agriculture d’aujourd’hui s’est bâtie.

J’ai à ce jour 3 paires de vaches dressées, dont deux paires de Blondes d’Aquitaine et une paire de Béarnaises.

Dans le piémont pyrénéen, les exploitations agricoles de petite taille (2 à 6 hectares) ne produisaient du fourrage que pour nourrir deux à six vaches, une paire de bœufs aurait été une charge trop lourde. Ces vaches étaient donc dressées, elles produisaient du lait pour fabriquer le beurre et le fromage et elles faisaient un veau par an qui était vendu.

Ce sont ces raisons qui m’ont orienté à dresser des vaches plutôt que des bœufs, qui étaient pourtant plus forts pour le travail. »

Karine Huguenot à Lusse dans les Vosges (88)

 

dsc00343r

12 les boeufs

dsc02006

Karine Huguenot , par ce petit texte, nous présente sont exploitation et sa démarche. Elle utilise un boeuf Vosgien en solo.

« Je suis à la tête d’une petite exploitation de montagne en légumes de saison et en quasi-autonomie. Les terrains y sont très pentus et donc difficiles à travailler. De nombreuses parcelles auparavant cultivées sont devenues des friches depuis l’arrivée des tracteurs. Le seul moyen pour moi si je souhaitais travailler les terrains qui m’entourent était la traction animale. J’ai tenté de me familiariser avec les chevaux de trait, l’âne… mais la découverte du boeuf l’a emporté : l’approche de l’animal fut plus facile, le contact meilleur, c’est un animal calme, plus lent et qui correspond mieux à mes attentes. L’aspect financier n’a pas été négligeable non plus car entre l’achat de l’animal lui-même et le matériel qui sert à atteler, on peut diviser le prix par dix par rapport à l’achat d’un cheval de trait et son harnachement. Je travaille avec un seul boeuf, il a trois ans, il effectue du travail du sol, le débardage, la conduite de fumier sur les parcelles et tous les petits travaux qui ne sont pas possibles à bras d’homme. Les sols sont respectés, la structure et la fertilité en sont améliorées : pas de tassements et un enrichissement de ceux-ci par le fumier. Et point non négligeable : le rapport avec l’animal. Il existe une relation avec votre animal qui ne sera jamais celle que vous avez avec votre tracteur ! Et puis le carburant c’est le foin ! Entre les problèmes de pollution, d’énergie, de finances que la société actuelle (que l’on appelle « moderne ») nous fait vivre, cette alternative est à mon sens le passage obligé pour l’avenir d’une agriculture respectueuse et vivrière. Car travailler avec un boeuf est loin d’être une démarche passéiste même si quelques organisateurs de manifestations aiment nous solliciter pour mettre en valeur l’agriculture d’autrefois. Le seul hic aujourd’hui est que les institutions en place vous aident à financer de gros tracteurs et du matériel démesuré mais ne vous aident pas dans ce genre de projet, mais en cherchant un peu, quelques papys ont encore au fond de leur grange de quoi assouvir la passion des nouveaux(elles) bouvier(e)s ! »

dsc00321r

20 moris le boeuf 

Karine huguenot fait également un accueil à la ferme en gîte rural. 

1 12 13 14