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Maison Michel-Clément, jougtiers-boisseliers à Charolles

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Alice Michel-Fèbvre est l’une des filles de Claude Michel qui excerça le métier de fabricant de jougs à Vendenesse-les-Charolles dans un premier temps, puis à Charolles, rue Gambetta.

Alice Michel-Fèbvre nous propose un petit historique de l’activité de son père et de son grand-père, en nous livrant ses souvenirs.

Merci à elle pour cette participation.

enseigne fabrique de joug charronnage

« Mon grand-père, Pierre Clément né le 16 Octobre 1854, à Vendenesse-lès-Charolles, était installé sur la commune au lieu-dit « Molaise ». Il fabriquait des jougs pour la demande locale.

C’était un travail artisanal qui laissait libre cours à la forme particulière et personnelle qui s’adapterait le mieux à celle de l’animal pour lequel il était destiné, en l’occurence, les vaches et les boeufs Charollais. C’est ce qui fît la renommée du fabricant.

Pour exercer cette activité, il fallait une autorisation du directeur des contributions de l’arrondissement. En effet, le percepteur de Charolles, Monsieur P.Finaud, lui délivra l’avertissement-formule suivant:

« Monsieur Pierre Clément demeurant à Molaise sera redevable de la somme de 58 francs 90, pour exercer l’activité de marchand forain, n’allant pas à plus de 20 kilomètres de sa résidence à l’aide d’une voiture à quatre roues avec collier ».

Depuis, l’atelier de « Molaise » où travaillait Pierre Clément a été détruit au moment de la modification du tracé de la route Express dans les années 1980.

Après la guerre de 1914, Monsieur Claude Michel, né le 12 Août 1885 à Suin, revient au pays, miraculeusement épargné par l’horreur de la Grande Guerre, après sept ans sous les drapeaux, service militaire compris. La paix retrouvée, malgré sa formation d’électricien dans les ascenseurs à Paris, Claude Michel est attiré par son Charollais.

Il épouse en 1919 sa promise, Antoinette, née le 2 Août 1885 à Vendenesse-lès-Charolles. C’est précisément la fille de Pierre Clément, le fabricant de joug bien connu. Le jour venu, après avoir travaillé quelques années avec son beau-père, malgré sa formation d’électricien en ascenseur, il prend tout naturellement sa succession. Il s’installe à Charolles, rue Gambetta. Son atelier a été aussi détruit, il y a quelques année pour dégager une partie des remparts de la ville.

La fabrication de jougs se poursuit jusque dans les années 1950.

Claude Michel va en forêt choisir ses arbres, des hêtres et des bouleaux, il en effectue le cubage avec une étonnante facilité, lui qui se vantait d’aller à l’école uniquement le Jeudi, jour de repos de l’époque.  Le calcul mental semblait pour lui d’une évidente simplicité, tant il était doué.

Une fois la matière première repérée et achetée, les arbres étaient abattus à l’aide d’un immense passe-partout. Il avait ensuite recours aux services des rouliers messieurs Machillot ou Burtin de Charolles, avec leurs grands boeufs Charollais attelés pour effectuer le débardage.

Les troncs étaient alors déposés à la scierie Sabatier-Roberjon, route de Mâcon à Charolles, pour obtenir des sections de bois vert dans lesquels seront sculptés les jougs. 

A l’atelier, après avoir tracé des repères avec des gabarits, quelques ébauches étaient données à la scie à ruban avant de commencer le travail très physique de ces pièces, qui allaient devenir le moyen d’atteler des boeufs et de leur donner ainsi toute leur puissance de traction.

Il fallait se rapprocher le plus possible de l’anatomie bovine. Quelques fois, une retouche était donc nécessaire suivant l’animal.

A genoux sur le sol de l’atelier, face à ce gros blocs de bois vert, protégé par un immense tablier et un coussin de toile rempli de frisons de bois, il dégrossissait pour ébaucher la forme, à l’aide d’herminettes, de grosses gouges et de planes.

Cela demandait une force évidente pour obtenir enfin, après des heures de travail, la forme désirée.

La finition s’effectuait à la râpe et au papier de verre.

Les formes étaient variables selon le modèle et la région. Trois tailles étaient proposées.

Dans la région, on proposait des jougs découpés Charollais et des jougs droits. Pour l’Auvergne où il avait une clientèle de grossistes, il proposait un modèle particulier.

La famille de Gramont de Lugny-lès-Charolles, qui possèdait une exploitation sucrière dans le bassin de l’Ile de France, avait fait une commande d’une vingtaine de jougs qui étaient partis pour lier les boeufs de l’exploitation. Ils avaient été payés en numéraires et en nature avec du sucre en poudre.

La production était gravée sur le bois avec un fer chauffé au rouge: c’était la signature de l’artisan-artiste CLEMENT.

A la vente, ils étaient accompagné d’accessoires:

Les « cordets  »  en cuir torsadé, qui soutiennent l’attelage au joug.

Les « pieumets » , petits coussins de paille de seigle qui protége la tête des boeufs ou des vaches attelés de la tension des liens.

Les sangles appelées « layoure » ou « liures » en cuir.

Les « vire-mouches » avec ses ficelles qui, pendues devant les yeux, et par leur mobilité continue, éloignaient les insectes.

Mon père travaillait beaucoup et de toutes ses forces, pour réaliser durant l’hiver, des réserves de matériels à vendre avant les ventes de printemps et de la belle saison.

Il employait plusieurs personnes suivant la demande, mais a toujours eu un employé embauché à l’année.

J’ai grandi dans cette atmosphère où l’odeur du bois s’est révélée inoubliable. Les années ont passé, la demande de jougs s’est peu à peu ralentie avec le remplacement progressive des bovins de trait par les chevaux puis par la mécanisation qui s’installait.

Dans le courant des années 1920, il a fallu pour assurer la stabilité financière de la famille, s’orienter vers d’autres fabrications, avec toujours cette merveilleuse matière première qu’est le bois.

C’est ainsi que barattes, moules à beurre ovales ou rectangulaires à décors de vaches, de fleurs ou de glands, cages à fromages, garde-manger, broyeurs à pommes de terre, vêleuses, ruches en bois, râteaux à blé et à foin en bois, selles à laver, battoirs à linge, pelles à grain, manches de faux, faux à blé avec un râteau intégré, fléaux, jeannettes sur pied (50X15) de repasseuse pour repasser les manches de corsages et de chemises, des « potets » (couffin d’aiguisage ») que l’on pendait à la ceinture, et qui contenaient la pierre d’aiguisage pour affûter les faux.

Les jouets en bois sont venus renforcer la gamme des produits:

Tricycles, brouettes d’enfants, trottinettes, luges et aussi tableaux noirs d’écoliers.

Les affaires étaient prospères. Il fallut même adapter la fabrication aux besoins de la clientelle Auvergnate, notamment pour  les jougs et pour la forme des râteaux à foin avec une certaine courbure de dents, obtenue par immersion dans l’eau bouillante.

On a changé de siècle depuis, mais la merveilleuse aventure est intacte dans mes souvenirs. Mon père était de ceux qui trouvaient le bonheur dans le travail.

Avec l’âge, lorsqu’il cessa son activité vers 1955, il continua malgré tout à aller tous les jours à son atelier « tourner autour de son établi » comme il aimait à le dire. »

Alice Michel-Fèbvre.

 

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Cliquez sur les photos pour les agrandir

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Carte mentionnant en haut « Fabrique de jougs »

et en bas à droite « cordes, liures cuir, cordets etc ». Ce sont là tous les accessoires nécessaires à l’utilisation des jougs Charollais (dans cette région du Charollais et du Brionnais, les liens sont mixtes en cuir et corde, les cordets sont les anneaux de traction en cuir tressé).

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Monsieur Michel à gauche et un ouvrier, devant l’atelier, rue Gambetta à Charolles

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Lettre de commande de jougs

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Stand de la foire-exposition de Paray-le-Monial

On y voit, à gauche de la photo, sur un présentoir,  les jougs découpés Charollais rangés par taille, et tout en haut, les jougs droits.

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Dépliant mentionnant en bas à gauche, « jougs droits et découpés ».

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Toute la famille devant l’atelier rue Gambetta

2 Mains 4 cornes, Compte rendu de la première session de formation à la traction bovine, 02 au 06 octobre 2023, Laurent Martin, Les Herbiers (85)

 

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Fier de pouvoir mettre à l’honneur mon expérience avec les bovins commencée en 2005 au Puy du Fou, cette session de formation était pour moi une première sous ce format « Long ».

En effet, les modules de formation délivrés au sein de l’Académie de Bouvier au Puy du Fou (entre 2014 et 2021), ne se faisaient que sur des matinées ou des journées. Le groupe de bouviers à encadrer était souvent constitué de jeunes entre 14 et 20 ans et d’un effectif de presque 10 en moyenne.

J’ai donc revu totalement mon approche et j’ai organisé l’ensemble des thématiques qu’il m’était important d’intégrer au programme, de manière à offrir une planification cohérente, complète et adaptée pour répondre aux besoins et aux attentes de mes stagiaires sur un format de 4 jours. 

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Pour cette première session j’ai accueilli Véronique, que j’avais eu la chance de rencontrer auparavant à l’occasion du rassemblement de bouviers (organisé par Léonnie et Corentin dans la Creuse chez Pascal et Jo DURAND).

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Véronique avait commencé durant cet évènement, son parcours d’initiation au contact des bovins dressés. De nature très curieuse, elle est cavalière de longue date, mais surtout elle cultive une affinité particulière avec le bovin. Elle est aussi propriétaire de chèvres Angora avec un projet axé sur la valorisation de la laine. Elle se projette à moyen terme avec un bovin pour une utilisation d’entretien de prairies et quelques chantiers de débardage. 

Le début de formation a surtout été axé sur la découverte et l’exploration des comportements des bovins. Il me semble essentiel de maîtriser cette lecture de l’animal avant de chercher à le manipuler. Ceci permet de sécuriser aussi bien le bouvier dans son approche, que l’animal dans sa lecture et son interprétation des interactions de l’homme vis-à-vis de lui-même. Une fois cette lecture des principaux comportements intégrés, nous avons poursuivit avec les premières mises au licol, au pré avec les plus jeunes de mes bovins, qui sont encore en phase d’éducation et de dressage.

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Après avoir réalisé et maitrisé à plusieurs reprises, la prise en longe des différents bovins, nous sommes passés au menage en étant placés derrière avec les longues rênes. Ceci change complètement la perception du menage pour le bovin, n’ayant plus de visuel sur un référent placé devant ou sur le côté. C’est aussi une implication différente pour le bouvier qui doit se faire comprendre et se faire obéir en ne s’appuyant que sur sa voix, les rênes et le stick pour mener à bon port son animal.

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L’avantage d’avoir une diversité de bovins, à différent stades de dressage et avec chacun leur caractère, est un outil précieux lors de ces formations. Cela permet un effet miroir auprès des stagiaires, qui réalisent alors l’adaptation permanente requise pour mener tranquillement et positivement un bovin, à réaliser une action souhaitée.

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Les exercices se sont poursuivis avec la découverte du liage, la mise au joug et le menage en paire.

Nous avons commencé à vide, juste avec les bœufs afin d’intégrer les codes de communication, les bonnes postures ainsi que les placements pour un menage efficace. Ensuite nous avons attelé au tombereau afin que Véronique puisse réaliser et appréhender au mieux la conduite d’un attelage complet (bovins + tombereau). Celui-ci demande une anticipation et une prise en compte permanente du gabarit pour ne pas mettre en danger l’ensemble de l’attelage.  

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L’ensemble des exercices réalisés durant la semaine avaient pour but de mettre en confiance et permettre l’acquisition d’une autonomie au contact des bovins.

Mes motivations en tant que formateur lors de ces sessions, sont surtout de permettre aux participants de s’essayer aux différentes manières d’approcher et de mener les bovins en toute sécurité. Je leur transmets des codes et des clefs pour une future émancipation dans un projet associé aux bovins dressés.

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Je remercie Véronique pour sa confiance exprimée lors de cette formation, pour son implication et son sérieux. Je ne doute pas de ses capacités à mettre sur pied son projet associé aux bovins avec les clefs acquises durant cette cession de formation.

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Je remercie aussi Léonnie pour son passage le mercredi et son travail photographique.

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Je vous ferai part rapidement des dates convenues pour la prochaine session de formation de 4 Jours, qui se déroulera en Mars prochain.

Je reste disponible pour toute demande d’informations et je vous rappelle que je propose également des initiations individuelles (à la ½ journée ou sur 2 jours) permettant d’avoir une première approche exhaustive de la pratique de la traction bovine.

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Rassemblement autour de la traction bovine, 22, 23 et 24 septembre 2023, Gentioux Pigerolles (23)

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    Quand deux jeunes bouviers de 20 ans et 26 ans décident de créer un nouvel événement autour de la traction bovine, on se dit que le renouveau qu’on sent frémir depuis déjà quelques années est en train de se manifester encore plus concrètement.

    Léonnie Biteau, 26 ans, originaire de Vendée, est issue de l’Académie des Bouviers du Puy du Fou, propriétaire de deux bœufs Highlands dressés et dresseuse de deux bœufs maraîchins pour l’association des darioleurs de Vendée (le dariolage est un chant pour mener les bœufs pendant le travail) .

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    Corentin Huber, 20 ans, originaire d’Alsace, attelle des bovins avec son grand-père André Kammerer depuis qu’il a 12 ans, il a peaufiné le dressage d’une jeune génisse Vosgienne. Une rencontre internationale de bouviers a lieu depuis de années en Alsace articulée autour du savoir-faire de Philippe Kuhlmann de Soultzeren (68). Corentin avait l’idée depuis longtemps d’organiser un rassemblement de bouviers qui serait plus central au niveau géographique ou du moins de le rendre itinérant en France d’année en année pour permettre un accès plus facile à de nouveaux publics qui, jusque-là, ne pouvaient y prendre part pour des raisons d’éloignement géographique. Ainsi, la formule permet de multiplier, d’enrichir et de mettre en complémentarité les différentes approches de la traction bovine avec des utilisateurs diversifiés, et des techniques variées. 

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    Après avoir beaucoup attelé avec son grand-père chez eux ou chez Philippe Kuhlmann pour travailler leurs animaux et apprendre auprès de cet incontournable dresseur, Corentin a rencontré la famille Durand, Joseph (Jo) le père et Pascal le fils. Il a découvert auprès d’eux le travail de précision en maraîchage aux guides, en solo et au collier que pratique au quotidien Pascal Durand sur sa ferme de Gentioux Pigerolles. A la découverte du lieu et d’un savoir-faire différent mais complémentaire de celui jusqu’alors rencontré chez Philippe Kuhlmann, l’organisation du rassemblement qu’il rêvait de mettre en place, lui paraît alors évidente à organiser ici. L’idée fait son chemin et, rejoint dans sa démarche par Léonnie croisée lors de précédentes rencontres de bouviers en Alsace, ils décident en concertation avec la famille Durand de mettre en place un rassemblement de bouviers en Creuse pour l’année 2023 avec l’idée de le rendre à l’avenir, nomade d’une fois sur l’autre.

En préambule au rassemblement, les voyages de Corentin, Léonnie et celui de Mathilde et James Prevost

    Trois voyages réalisés avec les animaux ont été entrepris avant le rassemblement pour rallier à pied Gentioux Pigerolles. Les deux premiers, dans le cadre de l’opération nommée « La corne rose » ont permis de collecter des fonds au bénéfice de la ligue de lutte contre le cancer et le second pour l’association « Trait d’union Limoge» qui aide plus particulièrement les enfants malades du cancer. La collecte conséquente de 8000 euros a été une franche réussite.

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    Corentin et son grand-père André Kammerer sont partis d’Alsace avec leur génisse Modestine et ont fait 750 kilomètres. Léonnie est partie avec les deux bœufs Safran et Bouleau de Lathus-Saint-Remy dans la Vienne et a parcouru 150 kilomètres. Mathilde et James Prevost avec leur fille Calli partis de Saint Maurice la Souterraine avec leur taureau Satanas et Perrine une ânesse, ont fait environ 90 kilomètres.

22, 23 24 Septembre 2023 : un rendez vous réussi

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    Le tour de table du vendredi au début de la rencontre permet à la trentaine de personnes de se présenter. On constate que beaucoup des participants ont en projet, sont en cours d’installation ou déjà installés professionnellement et qu’ils ont tous quelque part l’intention d’utiliser la traction animale et plus particulièrement la traction bovine. Certains ont déjà leurs animaux en cours de dressage et d’autres travaillent déjà depuis plusieurs années.

Les autres sont soit utilisateurs de bovins de travail pour les manifestations ou pour une utilisation personnelle hors activité professionnelle, soit sont intéressés à découvrir cette pratique.

Pendant ces journées, une part des participants n’a pu rester les trois jours, mais on peut dire qu’au moins quarante personnes professionnelles, ou en passe de l’être, ont été présentes sur les deux jours.

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    L’après-midi de samedi, on compte soixante quinze personnes sur l’espace du rassemblement. Les deux journées techniques du vendredi et samedi sont plutôt orientées sur le travail en solo et en guide au collier.

Sont présents sur le site, les animaux dressés de  Pascal Durand (Pattuki, Merise et Tomillo), la génisse Modestine d’André Kammerer menée par Corentin Hubert, Jacaranda la vache Pie noire Bretonne et son veau Unefleur de Luc et Agnès Bernard, Bouleau et Safran la paire de bœufs Maraîchin de l’association des darioleurs de Vendée dressée par Léonnie Biteau, Tilia la génisse de Jo Durand, le taureau Jersiais Satanas de james et Mathilde Prevost ainsi que leur ânesse Perrine.

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    Pascal le maître des lieux, tout au long des deux journées techniques, présente et travaille autour de l’utilisation de la Kassine de Prommata, un outil multifonction et modulable. Un accent tout particulier au sujet de la sécurité pendant le travail avec les animaux est souvent mis en avant.

Il met aussi en évidence les différentes problématiques liées au travail avec un animal, les rythmes, la force de l’animal et l’adaptation des méthodes et de l’outil à celle-ci, les comportements à tenir selon celui de votre bovin… Pascal présente aussi le travail de la terre en suivant les courbes de niveau ainsi que les façons culturales en fonction de l’état du sol, de la météo, de la force de l’animal…

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    Dans l’optique d’expliquer comment ménager les animaux, les bons réglages des outils, du harnachement, en particulier du collier, sont abordés à plusieurs reprises. Il explique l’intérêt de l’utilisation du caveçon et de la problématique de sa fabrication. Vincent Grande, sellier à Glange (87), est venu présenter des modèles prototypes qu’il développe en collaboration avec un ferronnier sous les directives de Pascal.

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    Différents animaux à plusieurs stades de dressage permettent de voir l’évolution et les techniques adaptées pour amener progressivement le bovin au travail que l’on souhaite obtenir de lui. Pascal a pu ainsi présenter Tomillo, un jeune mâle Vosgien déjà bien manipulé. Celui-ci mis aux guides lui permet d’aborder la manière de se comporter et de réagir avec un jeune animal en dressage.

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    On peut voir aussi avec Léonnie Biteau, l’évolution du comportement au travail de la jeune paire de Maraîchins mis au joug double de corne seulement quelques jours avant et menés de derrière aux guides. Ils étaient jusqu’alors au joug double de garrot menés de devant ou de derrière. On voit sur ces trois jours l’évolution et les progrès de la paire sur des petits débardages effectués tout au long du rassemblement. Les meneurs de l’Association des Darioleurs de Vendée utilisent la paire avec le joug de garrot et réalisent quelques débardages.

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    Laurent Martin des Herbiers en Vendée est présent le vendredi. Il vient de créer son entreprise « Deux mains quatre cornes »  et propose de la formation sur l’attelage bovin, des prestations, et de la médiation animale. Pendant sa journée de présence, il mène différents animaux, dont la paire de Maraîchins.

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     Corentin Huber travaille avec Modestine à différentes taches dont le passage du rouleau brise- fougères.

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    Eline Hoefsloot dresseuse de bovins et de chevaux, comportementaliste animal, est sur place le samedi pour présenter sont activité. Elle a aussi apporté un stock de colliers suisse anciens à trois matelassure remis en état. Ils permettent ainsi à certains de pouvoir se fournir directement dans la pièce maîtresse du harnachement.

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    Samedi en fin d’après midi, la plupart des attelages prennent la route en direction du bourg de Gentioux Pigerolles afin d’être prêts pour les animations de dimanche lors de la manifestation grand public organisée avec différentes associations de la commune. Le samedi soir, la soirée est ouverte avec un spectacle de contes après lequel s’enchaîne un bal traditionnel Limousin mené par Alexandra Lacouchie (violon) et Anne Riveau (accordéon diatonique), deux des meilleures musiciennes traditionnelles du Limousin.

    Dimanche, un marché de producteur se déroule sur la place du village enrichi de l’entreprise « Randoline concept » qui propose du matériel de randonnée animale comme des bâts, diapasons ainsi que l’escargoline (petite voiture à traction animale adaptée au transport de personnes à mobilité réduite). On peut aussi manger sur place auprès des différents stands de restauration rapides et locales.

 

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     Votre serviteur présente des jougs de sa fabrication et taille en démonstration un joug neuf. Véronique mon épouse présente la fabrication traditionnelle de vire-mouches en fils torsadés. L’après midi Léonnie et Corentin présentent un petit film sur leurs aventures vagabondes et bovines de « La corne rose » qui a permis d’expliquer les raisons d’entreprendre de telles expériences et de vivre le quotidien de plusieurs dizaines de jours de voyage et de nomades avec des animaux. Une parcelle mise à disposition au bas du bourg permet aux animaux et à leurs bouviers de réaliser pour le grand public des démonstrations de travail. A cette occasion, on croise Philippe Kuhlmann qui, en plein déménagement de sa ferme de l’Alsace vers la Creuse, prend un peu de temps pour venir rencontrer toutes les connaissances du milieu et faire aussi de nouvelles rencontres.

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     Ces trois jours confirment le renouveau et le conséquent intérêt croissant pour la traction bovine et animale en générale. Le nombre de projets évoqués lors des tables rondes ou des discussions ne peut que ravir tous les passeurs de savoir-faire. Cependant, la transmission de l’immatériel ne tient toujours qu’au vivant et le vivant est précaire. Il est nécessaire de travailler tous dans le même sens à multiplier les collaboration entre meneurs et dresseurs expérimentés, ainsi que les occasions de transmissions par des formations et des rencontres. C’est un point capital si l’on veut que ces pratiques millénaires, même si elles sont bien ancrées dans « l’aujourd’hui », restent connues, pratiquées et participent de plus en plus à la vie des territoires, au maintien des races de bovins, des paysans, de l’homme .

    C’est pour cette raison qu’il est très encourageant de voir que ce rassemblement est un vrai laboratoire de rencontres et d’échanges. Les nombreux participants peuvent ici à loisir, s’informer, échanger, se convaincre ou se faire peur, partager, prendre des contacts, apprendre, mener des animaux. Bref ils peuvent se faire une idée, conforter leurs projets et se nourrir de l’énergie de passionnés engagés.

Ils pourront ainsi avancer vers un futur où, plus tard, ils transmettront à leur tour leurs savoir-faire acquis avec l’expérience qui, un jour peut-être, a débuté à Gentioux Pigerolles.

     Un énorme merci à Pascal Durand et à Mélanie sa compagne pour la co-organisation, leur accueil et leur gentillesse.

    Merci à Pascal pour sa pédagogie et sa disponibilité auprès de tous.

    Merci à Jo qui motive toujours beaucoup les jeunes à l’attelage et qui n’est pas avare de conseils.

    Merci à Léonnie et Corentin qui, au regard de la participation importante, ont réussi leur première organisation.

    Merci à tous les participants pour leur présence au rassemblement.

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Géographie et ethnologie de l’attelage au joug en France du XVIIe siècle à nos jours, livre de Mariel Jean-Brunhes Delamarre, 1969

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Voici le PDF d’un livre de Mariel Jean-Brunhes Delamarre.

Cette Géographe et ethnologue Française (1905/2001) a beaucoup travaillé sur le milieu rural en France pour en noter de nombreuses données.

Merci à Philippe Berte Langereau pour nous avoir communiqué cet ouvrage de référence sur les jougs paru en 1969 et aujourd’hui introuvable: 

Géographie et ethnologie de l’attelage au joug en France du XVIIe siècle à nos jours

Cliquez sur le lien ci-dessous pour le consulter.

Document PDF : livre-jougs-delamarre_compressed

 Voir aussi le PDF sur son œuvre par Martine Segalen:

Une oeuvre entre géographie et ethnologie Martine Segalen Dans Ethnologie française 2002/3 (Vol. 32), pages 529 à 539 Éditions Presses Universitaires de France

Document PDF : ethn_023_0529

La corne rose, deux voyages sur les routes française avec des bovins pour soutenir la ligue contre le cancer, 2023

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Retrouvez la page de la corne rose pour un don pour la ligue contre le cancer en cliquant ici

« Les rêves ne peuvent être atteints seul »

                Le but de ce voyage est de réaliser nos rêves, tout en permettant rendre hommage à des personnes proches et en faisant notre possible pour aider notre prochain.

                Le projet consiste à marcher plusieurs centaines de kilomètres avec des bovins, en l’occurrence 2 bœufs d’un côté et une petite vache de l’autre. Effectivement le projet se découpe en deux grosses parties avec une finalité commune : un rassemblement en Creuse autour de la traction bovine.
 
                Une première équipe partira d’Alsace mi-juillet avec pour but de réaliser plus de 600 km en compagnie d’une vache, en moins de 60 jours.

                Une seconde équipe partira du département de la Vienne fin-août pour faire plus de 170 km en compagnie de 2 bœufs, en moins de 30 jours.

                Cela fait peu de km par jour mais les imprévus peuvent vite nous faire perdre plusieurs jours de marche. Les bovins ont un rythme de marche particulier, ils vivent au rythme de la nature c’est ce qui rend le voyage incroyable. Chaque pas devient plus paisible que le précédent dans un monde où tout va si vite.
Avant notre départ nous avons posé plusieurs questions à nos voyageur, Léonnie et Corentin qui sera accompagné de son grand-père, André Kammerer.

Départ Alsace

                Corentin :

Comment as-tu découvert cette passion ?

                « Je suis tombé tout petit sans le vouloir dans la traction animale. Papy avait un cheval de trait avant de passer au bovin. Ma première rencontre des Bouviers, je l’ai faite en 2009, j’avais 6 ans. Ma passion c’est vraiment déclarer vers 2015. J’ai aidé mon grand-père à sortir du bois en forêt. Je trouvais ça marrant et j’ai essayé de tirer un peu mais cela ne marchait pas vraiment. Il ne se laissait manipuler que par mon grand-père et n’écoutait personne d’autre. Ensuite tout s’est enchaîné très vite car le bœuf s’est fait une jambe de bois. J’ai vraiment compris que ça m’intéressait quand de douleur, il c’est ouvert à moi et m’a fait comprendre le lien qu’il avait avec mon grand-père. Ce jour-là, j’ai eu un sentiment qui m’a donné envie de créer ce lien dans de bonnes conditions.

                J’ai enchaîné à la rencontre des Bouviers les rencontres, j’ai cherché le savoir là où on me le donnait… et me voilà aujourd’hui capable de dresser et mener plusieurs bovins en même temps, je pense que je n’ai pas appris un 1/4 de ce que je vais encore apprendre. C’est pour ça que tous les événements de ce type me paraissent importants à organiser, pour que tout le monde puisse découvrir tout cela. »

 Présentes-nous tes compagnons de voyage.

                « Dans cette traversée, j’aurai deux compagnons de voyage avec un grand écart d’âge. Effectivement, je voyagerai avec Modestine notre génisse et mon grand-père André Kammerer.

                Modestine est la première personnalité féminine bovine, de la famille. Avant elle, nous avons eu 4 bœufs dont un qui tient compagnie actuellement, Tino. Tous nos bovins sont des Vosgiens car nous voulons travailler avec une race locale et aussi car ils ont une très bonne réputation pour la traction. Modestine a un caractère très particulier. Contrairement à beaucoup de bovins, elle s’ouvre très vite aux personnes et apprend tout aussi vite. Cela ne veut pas dire que n’importe qui peut la manipuler, elle a ses préférences. Malheureusement pour moi, elle préfère mon grand-père car il la manipule plus souvent.

                Mon grand-père, pour faire simple, c’est la personne qui m’a appris les bases de la discipline. On pourrait avoir l’image d’une personne très dure au premier abord. En réalité c’est une personne très sensible à ces animaux, il fait tout pour leur bien-être qui est une priorité. Il est toujours présent pour partager des moments importants qu’ils soient bons ou mauvais. C’est marrant de se dire qui m’a transmis sa passion sans le vouloir et que maintenant je suis en train de réaliser son rêve en même temps que le mien. Je le remercierai jamais assez de continuer malgré l’âge juste pour moi. Modestine ne ferait pas partie de notre famille s’il avait arrêté. De plus Tino qui a des problèmes de santé ne serait peut-être plus de ce monde pour lui éviter la potentielle douleur et solitude. »

Comment t’es venue l’idée de ce voyage ? Et pourquoi soutenir la Fondation de lutte contre le cancer ?

               « C’est sur un chantier en Suisse que l’idée m’est paru. En refaisant ma vie en travaillant. Je me suis rendu compte que ma grand-mère avait le cancer en même temps que ma voisine. Après un long combat, ma grand-mère s’en est plutôt bien sortie, malheureusement cela n’a pas été le cas de ma voisine. Quand j’y ai pensé, j’ai directement eu un déclic, il fallait absolument que je soutienne une association pour toutes ces personnes.

                Après une grande réflexion, j’ai décidé de réaliser un rêve en même temps qu’un projet de soutien. Parcourir plusieurs centaines de kilomètres avec une vache. Pour être plus précis, parcourir 600 kilomètres à pied avec elle.  Pour réaliser ce projet, il faut un peu de préparation, à l’heure où j’écris ce texte. Je peux officiellement dire que pour le voyage je devrais avoir tout le matériel nécessaire. Mais pour la rencontre nous manquons de beaucoup de choses que je n’arrive pas à trouver. »

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Départ de la Vienne

               Léonnie:

Comment as-tu découvert cette passion ?

               « En octobre 2016, je suis allé à la rencontre des bouviers pour faire un reportage photo. Ces toucheurs de bœufs transmettent leur savoir et leur passion à tous ceux qui le souhaitent. On m’a accueilli volontiers. J’ai la chance d’apprendre en même temps que de faire des clichés.»

Comment as-tu rencontré Corentin ?

               « Lors du rassemblement des bouviers en Alsace de 2019, j’ai fait beaucoup de rencontres. De nombreuses personnes viennent de toutes les régions de France et des pays alentours ! C’est là que j’ai rencontré Corentin, un jeune qui travaillait aussi bien que les adultes aux contacts des bovins. Depuis on est toujours resté en contact.»

Quel est ton lien avec les darioleurs de Vendée et l’histoire de tes compagnons de route ?

               « Je suis partie à la recherche de nouvelles personnes pour compléter mes connaissances. Au détour d’une conversation, on m’apprend l’existence d’une association non loin là. Elle a pour but de transmettre un savoir, en faisant des démonstrations sur la culture vendéenne dans tous les départements alentours. Les darioleurs aillant une paire de bœufs, Normand, vieillissant, ils ont eu besoin de nouveaux animaux pour prendre la relève. Accompagnés par deux autres personnes, nous nous sommes proposés pour nous lancer dans le dressage de Safran et Boulot.»

Pourquoi partir sur la route avec deux bœufs ?

               «Tout commence lorsque j’ai reçu un appel de Corentin. Il finit par me dire « Tu sais, je pense à un projet fou mais celui-là, il est pas mal. Je veux aller avec une vache à pied chez Jo dans la Creuse pour faire un nouvel événement dans le style de “la rencontre des bouviers d’Alsace” et soutenir une association. » J’ai répondu aussitôt « Moi aussi, je veux faire partie du voyage ». On s’est directement lancé. Maintenant, on est en pleine construction du projet pour fédérer personne, association et organisme autour de la traction bovine et de sa valorisation ainsi qu’une collecte de dons pour la lutte contre le cancer.»

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Appel pour information au sujet d’un collier entièrement en bois

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Elke treitinger nous a communiqué ce mail avec des photos pour un appel au sujet d’un collier entièrement en bois dont on ne connait rien. 

Si quelqu’un a des indices communiquez nous vos connaissances!!!Merci! 

Contact: aba.attelagesbovinsdaujourdhui@gmail.com

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Cher Monsieur,

Je demande l’aide de nos bouviers français au sujet d’un collier sculpté provenant du musée ethnographique de Ljubljana dont voici les photos.

Le musée n’a aucune information à ce sujet ; je demande partout, plus il y a de personnes au courant, plus l’information est intéressante. Si vous avez déjà vu ce genre de choses ou si vous en avez déjà fait l’expérience, n’hésitez pas à nous le faire savoir !

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Le collier est entièrement sculpté en bois, jusque dans les moindres détails ; seules les attaches pour les cordes de traction sont en fer. Il est nettement plus petit que les tailles de colliers habituelles ; c’est pourquoi nous supposons qu’il a été sculpté pour des ânes (mulets ?), en raison de l’angle supérieur horizontal du collier.

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L’angle inférieur du collier est ouvert et présente des fentes de chaque côté dans lesquelles étaient insérés soit deux bâtons, soit un arc en bois. Les trous sont bien visibles dans l’espace vide en haut et ils seraient protégés dans les fentes

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Il n’y a pas non plus d’indication sur son âge, si ce n’est qu’il faisait déjà partie de la collection du musée avant que celui-ci ne soit construit.

Quelqu’un s’est donné beaucoup de mal et nous espérons ainsi trouver des indices…

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Bien à vous et reconnaissant pour vos efforts

elke treitinger

Terry Klein, Réguisheim (68)

chantier débardage

Ça commence peut-être par le spectacle sublime d’une fine nappe de brouillard d’un matin d’automne flottant au dessus du sol, puis glissant dans le creux du sillon fraîchement tracé, contrastant avec le vrombissement assourdissant qui accompagne le panache de fumée anthracite du tracteur sur lequel mon cul est vissé .

En tout cas quand je reprends la très petite exploitation familiale, elle se compose de 7 ha de céréales cultivées avec des vieilles machines et tracteurs et l’aide de voisins, ainsi que 3 ha de prairie pour les fourrages des moutons en autoconsommation, et de la jument de type comtois que j’avais déjà adjointe dans une recherche d’autonomie énergétique et alimentaire, quelques poules mais plus de lapins, le clapier étant trop petit.

avant-train+petite remorque

Mais mon inexpérience en matière d’animaux au travail et mon habitude de me débrouiller à ma façon n’ont pas eu les meilleurs résultats puisqu’on a fait un peu de transport et de fanage. Deux sécheresses successives m’ont conduit à m’en séparer en tant que cheval de loisirs, puisqu’on pouvait l’atteler et monter.

L’expérience de mettre des cabas sur les sièges avant et arrière d’une poussette double tractée par la chienne pour ramener des récoltes de la parcelle des anciens jardins située près du petit canal et récemment défrichée, a sûrement participé à l’arrivée d’Éclair l’âne, animal réputé pour sa sobriété alimentaire , et d’un porte-outils polyvalent pour le maraîchage (Kassine).

travail du sol

Toutefois le résultat de certains travaux comme l’arrachage des pommes de terre ainsi que le rythme général du travail fatigant en sol lourd, comme monter les buttes, [(pour pdt, haricots, etc. )] ou même biner les « simples » rangs de betterave fourragère par exemple, n’étaient pas vraiment satisfaisants .

montage de buttes

Crise de la quarantaine (ou pas) , crise sanitaire (ou pas), est arrivé le bœuf Mignon .

Mignon et moi apprenant avec Phillipe

De caractère plus « stoïque », peut-être rapport à l’évolution des espèces, que les équidés et leur oreilles dressées qui prennent la fuite sur leurs longs membres, les bovins vont plutôt s’arrêter et baisser la tête, cornes en avant, l’air de dire « T’es sûr ? « . Ce sont les plus beaux !

le + beau

La puissance et la sérénité qu’il dégage des sabots à la pointe des cornes en font un compagnon idéal pour les travaux à la ferme .

desherbage

Cherchant à s’inspirer de savoirs ancestraux, la complémentarité du règne végétal et animal, les uns respirant même ce que les autres expirent, devient très intéressante dans un type de permaculture incluant l’herbivore. Ces derniers, à fortiori les ruminants, concentrent à moindre coût énergétique « l’énergie » de vastes surfaces en herbe sous la forme du fumier, servant à enrichir la petite surface dédiée à une production végétale destinée à l’autoconsommation en utilisant la traction animale (l’attraction animale).

récolte betteraves

Cette paire atypique (Âne / Bœuf) est aussi très efficace pour attelés en ligne, Éclair n’y entendant pas autrement, à l’avant-train « maison », une remorque de voiture derrière : avant-train très pratique pour accrocher remorques ou machines (faucheuse , faneuse/andaineuse etc.)

la tête dans le cul

butteuse à disque

Actuellement on a construit un enclos fermé et des cages mobiles pour les lapins, on fabrique un bât pour Éclair l’âne et on va remettre en route une ancienne petite batteuse fixe récupérée dans un département voisin en vue de la récolte des blés anciens semés l’automne passé .

Bien qu’il paraisse plus simple et infiniment plus rapide d’user de la puissance des moteurs pour, par exemple, faire la tournée de remplissage des abreuvoirs, tout cela est faisable avec un attelage bovin aujourd’hui. Et bien plus encore. Et durablement.

printemps

attelage mixte

 

Les surjougs ou Béjouet de J.Bernadet, L’isle Jourdain (32)

Voir aussi l’article de la dépêche du midi en cliquant ici.

Deux personnes s’exercent à la fabrication des jougs à Nestier dans les Hautes-Pyrénées, par Lionel Rouanet (65)

Jougtiers à Nestier (2) 

Mardi 25/10/2022, journée hors du commun aux « Jardins du Mont Arès » :

Adrien Hirondelle vient, pour la troisième fois en moins d’un an, pour apprendre, dans un premier temps, la fabrication des jougs de types languedociens.

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Lionel Rouanet à l’œuvre

Il participe avec moi à la Fête de la Pomme à Sauveterre de Comminges (31) le dimanche 23/10 où nous montrons chacun la fabrication de jougs : lui à l’herminette pour la fin d’un joug sur lequel il a déjà travaillé (et qui avait été remis à tremper dans l’eau depuis), moi à la hache pour un joug peu commun car de très grande taille, sur commande. Lundi et mardi, il reste à la maison pour terminer tout seul le joug, mais avec des conseils pratiques bien sûr.

Lors de sa première venue, Adrien n’est pas à son coup d’essai dans le maniement des haches et herminettes … Il sait d’ailleurs très bien manier tout un tas d’autre outils à bois, notamment le paroir (de sabotier) qu’il affectionne pour la réalisation de cuillères, ustensiles et petites sculptures.(Cliquez ici pour voir) (et ici)

Gilles Perefarres vient une petite journée pour continuer son travail, proche de la fin, sur un joug pyrénéen, une jouatte comme on dit assez communément en cette région.

Paysan, il a toujours eu des vaches de travail, mais depuis peu, il a souhaité se passer de tracteur et vient d’acheter une nouvelle paire de bœufs. Le joug, il voulait le faire seul, mais bien que le modèle pyrénéen (bigourdan en l’occurrence) soit relativement simple, il préférait tout de même solliciter des conseils et de l’aide. C’est ainsi que nous avons fait connaissance et qu’il est passé quelques fois à la maison avec son joug en ébauche sur l’épaule.

Ce joug, il l’a réalisé dans une bille de charme encore fraîche de quelques mois, achetée dans une scierie locale, puis avec l’aide d’une tronçonneuse et de la scie à ruban de son menuisier local, il a détouré l’ébauche d’après un dessin précis en deux plans (devant et dessus). Il utilise un peu aussi une défonceuse.

Ce mardi, je l’aide pour la réalisation des « capièires », autrement dit : écuelles, passage des cous qui ne doivent pas blesser les bêtes et des zones de passages des courroies qui doivent être assez douces pour que les courroies puissent bien être tendues lors du liage. Il veut apprendre, je ne fais que montrer ce qui me semble convenir pour un modèle de joug que je n’ai réalisé qu’une fois auparavant. Ce qui donne lieu à des échanges sympatiques : son joug il le veut « gascon » et pas trop « languedociannisé », « allez, 4% maxi, comme le pourcentage de gênes que nous tenons de Néanderthal ». Il utilise des outils assez conventionnels (ciseaux – « normal » et à tranchant arrondi – maillets, gouges) mais découvre également l’herminette de jougtier qu’il sait apprécier. Quelques jours après, il m’appelle pour me dire qu’il en a retrouvé des vieilles qui avaient probablement été à son grand-père qui faisait des jougs occasionnellement. Il va les confier à une connaissance pour les faire remettre en état …

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Travailler avec une vache ! article de Pascal Durand, GENTIOUX PIGEROLLES (23)

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Travailler avec une vache !

La vache, animal de travail des petites fermes françaises, a encore sa place mais, peut-être, avec des pratiques légèrement différentes de ce qui est connu.

En quelques mots, voici mon avis et mes pratiques.

L’accès au foncier est de plus en plus compliqué, rentabiliser du matériel motorisé sur de petites structures est également difficile, même avoir la nourriture pour de puissants animaux de travail peut être compromis. La vache nous donne du lait, de la viande, les légumes qu’elle permet de cultiver, sans compter son aide pour les transports comme le bois ou le fumier. Je précise que son intérêt ne réside pas seulement dans son utilité, il peut s’agir également d’affinités pour ceux qui ne se sentent pas à l’aise avec des chevaux. Plus placides que des chevaux, les bovins peuvent être plus rassurants.

En quelques décennies de nombreuses choses ont changé:

– Les tracteurs de nos grands-pères ne sont pas les mêmes que ceux d’aujourd’hui, le matériel de traction animale actuel n’est pas forcément le même que celui du 19e siècle, le climat est déréglé et moins prévisible…

Pour s’adapter, certaines techniques agronomiques changent et donc certains outils doivent évoluer. Il en est de même pour les harnachements comme pour les manières de travailler avec les bovins, et il est possible d’intégrer des accessoires et formes connus ailleurs mais moins pratiqués sous nos contrées.

– Le travail avec les animaux dont les bovins, ne fait plus partie de notre environnement quotidien depuis l’enfance, maintenant il s’agit d’une réappropriation des raisons et des savoir-faire. Il y a beaucoup de choses à apprendre, à découvrir, à pratiquer, mais cela laisse également la possibilité de l’envisager sous un nouvel angle, (notamment sur la relation avec les animaux), il ne s’agit plus d’une connaissance et d’ une habitude indiscutable qui se transmettent, mais d’ une recherche parfois mûrement réfléchie.

– Il y a de moins en moins de monde dans les campagnes, on doit travailler seul avec nos animaux, même pour des travaux de précision. Il n’y a plus le vieux ou le gamin pour donner la main. Le guidage et le dressage doivent donc être faits en conséquence.

– Sur les petites fermes, les animaux ne travaillent pas tous les jours car les activités sont très variées entre la production, la transformation, la vente… qui sont souvent les clefs de la survie des petites structures.

– Les travaux lourds, souvent peu rentables en traction animale peuvent, si nous le souhaitons, être réalisés par des tracteurs présents dans notre environnement proche.

– Il reste donc pour la traction animale et plus particulièrement pour les petites structures travaillant avec une vache ou un bœuf, principalement du travail de précision ou du travail en conditions difficiles. Celui-ci est difficilement rentable à la main et trop coûteux en matériel motorisé spécialisé.

En résumé, on a plus besoin de bovins bien dressés et précis que de puissance, ce qui est grandement amélioré par le travail avec un seul animal. Je rajouterai également qu’aujourd’hui nous sommes nombreux à porter haut les questions de bien-être animal et à ne pas souhaiter de relations brutales ou violentes au quotidien. Les animaux qui nous aident dans notre travail, même s’ils sont forcément sous la contrainte ( ils ne voient pas toujours l’intérêt de cultiver des patates ou de sortir du bois), l’acceptent beaucoup mieux quand il y a une contrepartie affective et de l’attention.

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Traditionnellement, en France, les bovins sont en général attelés avec un joug double, principalement pour les raisons suivantes:

  • Le joug, simple ou double, a un coût relativement réduit, surtout pour certains modèles (pas les plus confortables!) qu’on peut réaliser soi-même.
  • Les animaux au joug ne nécessitent pas d’autres harnais (comme l’avaloire) car le joug permet de freiner les attelages roulants.
  • Le joug double étant également un outil de contention, on peut travailler même avec des animaux partiellement dressés ( ou au moins un des deux).
  • Les animaux restant en paire avec un de leurs congénères, il n’y a pas besoin de les habituer à être en confiance et serein seul avec nous.
  • Le travail en paire au joug peut commencer dès que les animaux connaissent deux ordres: marche et arrêt. Pour tourner, on en arrête un et on fait avancer l’autre.

Le joug, après plusieurs millénaires d’utilisation, s’est affiné et a pris des caractéristiques locales différentes en fonction des animaux ou de la géographie, mais il reste basé sur le même principe, un bois reliant la tête (ou le garrot dans d’autres pays) de deux bovins.

Comme je le précisait plus haut, les harnachements ont évolué et le véritable changement est survenu récemment avec l’arrivé du collier, il y a seulement quelques décennies.

Dans les années 30, à la demande d’Hitler, exigeant un meilleur traitement des bovins au travail, des scientifiques ont élaborés un collier pour bovins qui améliore leur conditions de travail, leur confort au travail et qui également augmente leurs capacités de travail. Il est simple et économique à réaliser et peut relativement facilement passer d’un animal à un autre. C’est le collier 3 points, parfois appelé collier Suisse. En Allemagne, Hitler ayant interdit l’usage du joug, le collier 3 points l’avait remplacé pour le travail en paire comme en solo.

Les bovins, qui ont eu l’opportunité de travailler avec le joug et avec le collier, affirment clairement leur préférence. Un bœuf me disait (en espagnol) qu’il tirait plus facilement la kassine et 5 dents de vibroculteur avec un collier, que la même kassine et 4 dents de vibroculteur harnaché avec un joug simple. La FAO confirme les propos du bœuf !

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Pour les raisons citées ci-dessus, j’ai choisi de travailler avec une vache harnachée avec un collier et menée de derrière aux guides, et avec un caveçon. Voici quelques-unes des pistes qui fonctionnent pour moi afin de le faire dans de bonnes conditions :

  • Si on veut travailler avec un seul animal, celui-ci doit être serein et en confiance avec nous comme au milieu du troupeau. Il doit se sentir en sécurité avec nous. Pour ma part, pour y arriver, généralement après le sevrage, je le mets seul, au piquet, à proximité de la maison. Il se désensibilise, et à ce moment-là, il fait plus partie de la famille que du troupeau. Après un an, il rejoint le troupeau, il s’y sent bien, mais n’a pas peur de le quitter pour venir nous voir à la maison…

 

  • Les bovins suivent très facilement une ligne, suivre une raie de labour ou un passage de roues sur un chemin ne demande pas énormément de pratique mais, si nous voulons plus de précision le caveçon (ou le licol) et les guides sont indispensables. Ainsi, ils peuvent désherber avec précision les lignes de carottes et celles d’oignons, précision qui n’est pas nécessaire pour des lignes de choux ou  de pomme de terre. En effet ce dernier type d’implantation culturale n’engage qu’une routine à suivre les rangs et d’en sortir pour prendre le suivant sans grandes interactions de précisions tout au long du rang contrairement à d’autres cultures qui nécessitent de réajuster précisément la trajectoire via les guides et le caveçon.

 

  • Les bovins nous suivent facilement. Dans les étapes de dressage il faut au plus tôt leur apprendre à passer devant si nous souhaitons guider de derrière. Je fais généralement cela la première année, dans l’ordre suivant : 
        • Les habituer à être attachés.
        • Aller se promener en les tenant au licol ou au caveçon en leur enseignant les ordres de base. Toujours donner avec la voix les ordres qu’on donne avec les gestes. L’idéal est de le faire tant qu’on est assez fort pour le contenir, entre le sevrage et les 6 mois c’est le plus facile mais on peut, avec plus de force, le faire plus tard.
        • Quand l’animal marche correctement au licol, passer au plus vite à ses côtés, au niveau de son épaule (pour marcher de front). Cette étape est courte et à partir de ce moment on peut mettre la longe en guides pour commencer à l’habituer au guidage sur le licol ou caveçon.
        • Quand cela fonctionne, passer en arrière de son épaule pour qu’il soit devant, et nous derrière. Pendant toutes les étapes précédentes le rassurer en lui parlant et en mettant la main sur son dos juste en arrière de l’épaule.
        • A partir de ce stade, il est possible de passer juste derrière lui avec les guides. Les guides passant bien sur ses flancs, l’animal se rassure en sentant le contact. Quand il marche aux guides, on a tout intérêt à aller se promener dans les chemins, les bois, faire du tout-terrain…pour le désensibiliser mais également pour ancrer les ordres en travaillant : les arrêts, demi-tours, changements de direction…Les séances ne doivent pas être trop longues et s’adapter à sa maturité intellectuelle. Il ne restera plus qu’à réviser les ordres et à apprendre les différents travaux et l’effort le moment venu. Ne pas sous estimer les séances de promenade avec les animaux jeunes, ça les prépare bien pour la suite mais c’est également un très bon apprentissage pour rentrer en contact avec l’animal, le connaître, apprendre à anticiper, s’habituer au guidage…aussi important pour le jeune meneur que pour le jeune bovin.

 

La sécurité !

Pour la sécurité du bovin comme pour celle du meneur ou de son entourage, ne jamais oublier que l’ordre de base qui doit être intégré avant d’atteler est l’arrêt, le STOP !

Pour cela le caveçon est un très bon outil pour la sécurité, il n’est pas là pour violenter. Même avec un animal gentil et confiant, je l’utilise, car en dressage comme au travail on doit pouvoir faire face à tout imprévu.

En dressage comme pour le travail, j’utilise une sorte de surfaix avec des passants pour les guides. Le surfaix permet d’avoir un point de levier pour les guides en arrière des épaules, ce qui est très important pour les animaux qui font demi-tour sur place, sous les guides. C’est très pratique pour ne pas perdre le contact, surtout avec des jeunes animaux encore vifs.

 

L’apprentissage se fait par étapes et plus on commence jeune, moins on a besoin de batailles et de conflits, mais également moins on aura besoin de force.

Avant un an, les séances d’apprentissage ne doivent pas excéder 15 ou 20 minutes, et plus ils grandissent, plus leur maturité intellectuelle leur permet de faire des séances longues.

Souvent, ne pouvant les travailler régulièrement, il est préférable et plus efficace de les faire travailler tous les jours pendant 1 semaine ou 2 (même s’ils restent plusieurs semaines sans travailler) que de faire une séance tous les 8 ou 15 jours.

Un animal adulte qui travaille très peu verra de moins en moins l’intérêt de travailler et, il faudra aller au conflit pour remettre en place un travail serein et de qualité . Une période de reprise sera donc nécessaire pour retrouver l’attention au travail en plus de la condition physique. Pour ces raison, il est important d’avoir différents travaux à réaliser au long de l’année mais forcément également une gamme d’outils suffisamment variés ou suffisamment polyvalents pour pouvoir travailler régulièrement.

Voilà quelques infos sur ma manière de travailler et quelques raisons de mes choix.

FORMATION PASCAL DURAND 2022 (2)

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