1 5 6 7 23

Instantanés de la formation traction bovine à l’écomusée d’Alsace novembre 2019

Merci à Erwan Morin qui partage ses textes et photos de la FORMATION à la TRACTION BOVINE qui se déroule cette semaine.

Quelques nouvelles depuis Ungersheim à l’ecomusée d’Alsace où je suis la formation bouviers avec Philippe Kulhmann
La formation a fait le plein: nous sommes 10 stagiaires

74226523_147839946617327_295480504285659136_n

Première journée:

Approche des bœufs, généralités sur la morphologie et les types de jougs puis très vite la prise en main.
Nous avons la chance d’avoir Fréderic Grivel avec sa paire de bœufs crunchy et gipsy
Donc on travaille avec deux paires.
Et cet après midi on a attelé le tombereau avec la paire de l’écomusée pour du débardage.
Puis la grande charrette avec les bœufs de Fred
On a de supers échanges avec les autres stagiaires
Voilà pour la première journée
Demain on devrait travailler dans les champs

Voir Facebook en cliquant ici où vous découvrirez quelques vidéos.

73264638_147839443284044_2991023917948207104_n

75328553_147839766617345_458357801727557632_n

75237585_147839573284031_3424100623048507392_n

75233418_147839899950665_1693678829433782272_n

74466050_147839889950666_6763107902329716736_n

74356469_147839323284056_2607426975559581696_n

74344538_147839249950730_6852077552865902592_n

74325959_147839489950706_3614777225162784768_n

73458889_147840006617321_1589484572100263936_n

Jour 2

Deuxième jour de formation en traction bovine sous l’égide de Philippe Kulhmann :
La matinée est consacrée au débardage dans les bois. Les deux paires de bœufs sont attelées au joug double.
Les techniques sont variées.
Les apprentis bouviers se familiarisent petit à petit à la force de traction vigoureuse des bœufs vosgiens.
La paire Varo-Grivet de l’écomusée est plus puissante.
Les bœufs de Frédéric Grivel Gipsy-Crunchy sont plus jeunes, très dynamiques et apprennent le métier.
L’après midi est consacrée à l’épandage du fumier dans les vignes.
Les bœufs travaillent seuls l’un au joug simple, l’autre au collier.
Une charrue simple est attelée tour à tour sur les différents animaux.
La journée se termine avec le soin des bêtes qui l’ont bien mérité.

73482806_148391676562154_2112814839490412544_o

 

 

76940749_148391423228846_3628319141082955776_o

75561500_148390563228932_18460302014152704_o

75446803_148390716562250_4709592349150281728_o

75279365_148391546562167_1954790322517049344_o

75262304_148390473228941_5412266925969375232_o

75011739_148391186562203_8630611776288849920_o

74612406_148391356562186_3166946813479485440_o

74209889_148390989895556_5504649585152229376_o

73324312_148390676562254_7678970817337622528_o

73214666_148391073228881_4442446667534303232_o

75594463_148391753228813_7115003682516631552_o

Jour 3

La matinée est consacrée au travail dans les vignes et au débardage. Une jeune vache n’ayant jamais porté le joug est débourrée au collier. L’après midi est consacrée à la visite des installations, du troupeau et des matériels de Philippe Kulhmann.

France 3 Alsace a fait un reportage ce matin sur le stage. Voir à 17 minutes 17 secondes.

 73357329_149100959824559_3392395934678646784_o

76983688_149100653157923_4506287907530604544_o

76779609_149101603157828_4248689388457820160_o

76751545_149100849824570_2673231719984791552_o

76706733_149102436491078_8319274802502172672_o

75576350_149101136491208_6258774988254347264_o

75534888_149102813157707_2234984844922716160_o

75412225_149115559823099_2841132419766026240_o

74861208_149102893157699_2270398851732996096_o

Jour 4

Quatrième journée de formation à la traction bovine avec Philippe Kuhlmann.
La matinée est consacrée au travail des bœufs à la vigne et à l’attelage au collier avec les guides.
Les travaux de débardage avec différents matériels occuperont notre après midi ainsi que le dressage d’un jeune veau.

74522025_150409199693735_7163965124280057856_o

 

72656915_150407829693872_5895509815454597120_o

72601776_150408563027132_2392191471273902080_o

76702456_150408726360449_4388733501587849216_o

76185915_150412036360118_2908527878343753728_o

75603844_150407959693859_3208031877927534592_o

75543640_150407179693937_5494232034601598976_o

75443030_150407723027216_2406661022820597760_o

75369269_150411996360122_6760603098877526016_o

75349190_150410913026897_3440796664166612992_o

75242087_150407576360564_8699474253960970240_o

74795234_150411676360154_704608574822678528_o

74582729_150407003027288_3396795020571836416_o

72739091_150411829693472_8767899649991245824_o

75369129_150407456360576_2298362730962223104_o

Jour 5

Cinquième et dernière journée de formation. La matinée est consacrée au travail en maraîchage avec un boeuf attelé au collier puis au joug simple.

L’atelier suivant était consacré au ferrage des boeufs.

Au cours de l’après-midi, Philippe Kuhlmann nous a fait la démonstration du chargement d’une grume à la scierie avec une paire de boeufs.

IMG_93191

IMG_93411

IMG_93371

IMG_93331

IMG_93271

IMG_92961

IMG_92931

IMG_92871

Image-11

Les boeufs d’attelage au service du Conservatoire des Sites Alsaciens par Frédéric Grivel, Hautes-chaumes du Rothenbach, Wildenstein (68)

Rothenbach 029

Frédéric Grivel  nous communique cet article sur un chantier effectué avec les boeufs de Philippe Kuhlmann dans un espace naturel protégé de montagne dans les Vosges.

Nous le remercions pour sa contribution.

_______________________

Rothenbach.

 Rothenbach 039

Mardi 24 septembre 2019, Philippe Kuhlmann et toute son équipe ont changé une clôture à l’aide des bœufs au lieu-dit du Rothenbach .

Rothenbach 075

Le parc se trouve dans une réserve naturelle gérée par le Conservatoire des Sites Alsaciens. Dans un paysage à couper le souffle, à 1 200 mètres d’altitude, la parcelle d’une vingtaine d’hectares ondule entre les plus hauts sommets vosgiens et la route des crêtes. Ici, pas question d’utiliser un engin motorisé, en raison du dénivelé d’une part mais surtout par respect pour la faune et la flore si caractéristiques de la haute montagne.

 Rothenbach 068

Les arbres tortueux, témoins de la rigueur des éléments, reflètent autant la vigueur que l’austérité, la détermination à survivre et à conquérir ces zones difficiles, et peut-être un peu le profil des paysans avec qui ils partagent cet espace…

Rothenbach 073

Rothenbach 056

La pause de midi en plein air est même accompagnée des chamois.

Sur les  dix-huit kilomètres de clôtures que compte le site, le travail de la journée consiste à en changer quatre-cents mètres.

Rothenbach 092

Rothenbach 090

Les deux bœufs Milou et Mani sont attelés à un avant-train conçu par Philippe, qui sert en l’occurrence de remorque permettant de transporter tout le matériel nécessaire : monter les nouveaux piquets, le nouveau fil, la masse, la barre à mine, puis descendre les anciens piquets et le fil.

 Rothenbach 097

Après avoir démonté et enroulé trois hauteurs de fil barbelé, il faut retirer tous les anciens piquets. C’est parfois chose aisée et parfois totalement impossible à la main.

Là encore, les bœufs trouvent toute leur utilité puisque l’avant train a été doté d’un système de relevage. L’engin est placé quasiment à l’aplomb du piquet, une chaîne en ceinture la base. C’est alors que, grâce à un levier (perche de bois d’environ 2,5 mètres de long), le relevage permet de faire monter verticalement ce piquet d’une trentaine de centimètres. Les bœufs n’ont plus qu’à avancer de quelques pas pour sortir complètement le piquet de son emplacement. Ne reste plus qu’à planter les nouveaux piquets, mettre les isolateurs puis deux hauteurs de fil électrique.

L’accès à la clôture en question se fait par un dénivelé très important. La pente est telle que les bœufs qui tirent plusieurs centaines de kilos ne peuvent affronter perpendiculairement les courbes de niveau. Il est nécessaire tantôt de serpenter dans les prés, tantôt d’emprunter un sentier à flanc de coteau où le dévers ne permettrait le passage à aucun véhicule, même à chenille.

Rothenbach 055

Rothenbach 051

L’attelage dans son ensemble, bœufs et avant-train, a démontré sa stabilité et n’a pas versé.

Rothenbach 095

Une journée bien remplie qui s’est déroulée sans problème grâce à la bonne organisation de toute l’équipe composée de Philippe, Anne-Catherine, trois personnes du Conservatoire des Sites Alsaciens, Philippe Badonnel et moi-même.

Frédéric Grivel.

Rothenbach 034

Rothenbach 047

Rothenbach 036

Rothenbach 082

Débardage de bois de chauffage avec une vache Vosgienne dressée au collier, Jo Durand, le Dresny (44) octobre 2019

boeufs solo jo durand 2016 6 ok

Jo Durand et Christine Arbeit travaillent en traction animale sur leur ferme du Dresny en Loire Atlantique.

Jo dresse régulièrement des bovins à l’attelage en particulier des animaux en solo au collier.

rencontres 2017 alsace 18 ok

Reportage photographique de Léonnie Biteau sur le pôle traction animale à la Fête de la vache Nantaise 2018

Léonnie Biteau est une excellente photographe (Voir son Instagram en cliquant ici) et côtoie la traction bovine au sein de l’académie des bouviers du Puy du Fou.

Elle était présente à la Fête de la vache Nantaise 2018 au Dresny et nous a permis de publier son travail réalisé sur l’événement.

Nous la remercions très chaleureusement de cette collaboration.

Partie 1 : La grande attelée de boeufs

Leonnie BITEAU-2365

Leonnie BITEAU-2453

Leonnie BITEAU-2453-2

Leonnie BITEAU-2455

Leonnie BITEAU-2456

Leonnie BITEAU-2457

Leonnie BITEAU-2467

Leonnie BITEAU-2475

Leonnie BITEAU-2485

Leonnie BITEAU-2487

Leonnie BITEAU-2499

Leonnie BITEAU-2505

Leonnie BITEAU-2525

Leonnie BITEAU-2537

Leonnie BITEAU-2539

Leonnie BITEAU-2553

Leonnie BITEAU-2543

Partie 2 : Les boeufs de Jean-Bernard Huon. 

Leonnie BITEAU-2587

Leonnie BITEAU-2461

Leonnie BITEAU-2223

Partie 3: Jérémy Bulteau 

Leonnie BITEAU-2186

Leonnie BITEAU-2191

Leonnie BITEAU-2546

Leonnie BITEAU-2155

Partie 4 : Jean-Marc Chauveau

Leonnie BITEAU-2189

Leonnie BITEAU-2387

Leonnie BITEAU-2197

Leonnie BITEAU-2211

Partie 5: Joseph Durand 

Leonnie BITEAU-2459

Leonnie BITEAU-2610

Leonnie BITEAU-2443

Leonnie BITEAU-2303

Partie 6: Lionel Rouanet, jougtier 

Leonnie BITEAU-2093

Leonnie BITEAU-2106

Leonnie BITEAU-2295

Leonnie BITEAU-2420

Leonnie BITEAU-2297

Leonnie BITEAU-2676

Leonnie BITEAU-2674

Partie 7: Emmanuel et Emile Fleurentdidier 

Leonnie BITEAU-2171

Leonnie BITEAU-2222

Leonnie BITEAU-2163

Leonnie BITEAU-2097

Leonnie BITEAU-2162

Partie 8: Pierre Nabos

Leonnie BITEAU-2298

Leonnie BITEAU-2440

Leonnie BITEAU-2460

Leonnie BITEAU-2463

Partie 9 : quelques ambiances autour des boeufs et des bouviers

Leonnie BITEAU-2158

Leonnie BITEAU-2161

Leonnie BITEAU-2164

Leonnie BITEAU-2694

Leonnie BITEAU-2169

Leonnie BITEAU-2292

Hersage de prairie avec une jeune paire de boeufs Vosgiens chez Marcel Margerit, Montagny-près-Louhans (71)

20190329_112810 rec

Marcel Margerit travaille avec des boeufs depuis toujours.

Voici presque deux années qu’il s’est installé en Saône-et-Loire après sa retraite.

20190329_113009

Il remet en état un petit domaine de quelques hectares à l’aide de ses jeunes boeufs Vosgiens achetés chez Philippe Kuhlmann.

20190329_113557

Voici une vidéo du printemps 2019 où il herse et nivelle une prairie en utilisant le système ancestral et économique des branchages réunis en un gros fagot alourdi par une charge. Cette technique peut être aussi utilisée pour émietter le fumier après un épandage à la fourche.

20190329_112808(0)

20190329_112802(0)

20190329_112958

Frédéric Grivel, Le Tholy (88)

20190112_182820

Frédéric Grivel après avoir été double actif depuis longtemps, va sans tarder passer en activité agricole à temps plein.

Il nous communique un texte qui relate sa démarche, son histoire, ses projets et son travail avec les boeufs d’attelage.

Nous le remercions pour sa contribution..

____________________

Comme beaucoup de monde, je ne suis pas fils mais petit-fils d’agriculteur.

Depuis mon plus jeune âge, je passais tout mon temps libre dans la toute petite ferme de montagne vosgienne de mes grands-parents.

Je n’ai jamais vu les anciens travailler avec les bœufs. A ma naissance, même dans ce coin de montagne isolé et préservé, tout le monde avait rangé la traction animale dans les souvenirs d’une époque révolue, souvent synonyme d’un asservissement permanent à la terre, ne faisant qu’entretenir une misère dont seule la mécanisation pouvait les affranchir.
Tout le monde avait cédé au relatif confort qu’offre l’acquisition d’un tracteur, mais il en était un qui a toujours été nostalgique, qui a toujours regretté ses bœufs bien qu’ayant deux tracteurs à la maison: il s’agit de mon grand-oncle Louis.
Ce brave Louis, opiniâtre et discret, a consacré toute sa vie à ses deux métiers : bûcheron pour ramener un salaire et paysan parce que même si ce n’est pas rentable, il faut coûte que coûte poursuivre l’oeuvre des anciens et prendre soin de ce coin de montagne qui a nourri nos aïeux.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

C’est Louis qui m’a transmis le virus de la traction bovine, qui m’a expliqué le travail fait par les anciens à la force de la corne, comment ils ont façonné la montagne, défriché des forêts, érigé des murs de pierres sèches, construit des maisons, des routes, transporté des blocs de granit de plusieurs tonnes avec des dénivelés improbables… pour ne parler que des activités qui ont laissé une trace encore visible de nos jours.
A cela il faut ajouter toutes les activités quotidiennes effectuées ou facilitées par les animaux : les foins, les travaux des champs, les déplacements…
Quand Louis parlait du travail avec les bœufs, son discours était soudain empreint de nostalgie. Il n’occultait pas les aspects difficiles et exigeants de cette activité mais le regard fatigué par des décennies de dur labeur s’éclairait et c’est l’oeil étincelant qu’il relatait les exploits que ces animaux et leurs meneurs réalisaient au quotidien.

IMG-20190728-WA0006

Je l’entends encore dire « lorsque tu arranges des pierres de plusieurs centaines de kilos pour en faire un mur de levée (mur de soutien), vas-y demander au tracteur de faire un pas de côté pour corriger l’angle de traction ». Dans l’exercice, il fallait autant de délicatesse que de puissance et être capable de stopper l’effort sur un simple ordre vocal pour effectuer un travail d’une précision chirurgicale à laquelle nos anciens étaient tellement attachés.

Bref, à voir et à entendre tout cela, dresser des bovins me paraissait une évidence, presque une obligation, en tous cas une vraie passion.

J’ai commencé par demander à Louis de me montrer comment mettre le joug, le chapeau, les tochnottes… puis avec mon épouse Nathalie nous avons démarré le dressage de notre premier bœuf en 2000.

débardage boeufs chez claudel 021

Avec pas mal d’expérience dans les chevaux et beaucoup d’observation du comportement des bovins, nous avons obtenu plus de moments de satisfaction que de déconvenues.

Nous étions alors tous deux salariés à l’extérieur et j’ai réalisé qu’avec un emploi du temps surchargé, le travail sur la ferme était toujours fait par le tracteur. Les animaux démarraient leur apprentissage et, avant d’avoir pu rendre des services, ils arrivaient en âge d’être vendu. Tout ce temps investi en dressage pour rien…

Nous avons cessé des dresser des animaux pendant quelques années puis en 2015 un jeune couple de la vallée voisine est venu me trouver en me disant « on nous a dit que tu as une ancienne remorque d’une centaine d’année avec des roues à bandage. Nous allons nous marier dans six mois et on voudrait être en tête du cortège sur cette remorque ».

20190501_175848

J’ai dis pas de problème mais avec quoi allez vous tirer cette charrette ? Ils n’avaient pas réfléchi à la question. J’avais à ce moment une génisse de deux ans et demi que  je savais vide. J’ai dis bon je vous dresse une vache et on se retrouve dans six mois pour le mariage, je serai prêt. Nathalie et moi nous sommes attelés au dressage de Sidonie. (Cliquez ici pour voir)

Tout s’est très bien passé, avec un investissement temps très limité. Sur les six mois que nous avions, j’ai travaillé pendant un mois une demi-heure par jour au licol avec le joug simple sur la tête pour lui apprendre les ordres de bases. Puis pendant quatre mois, elle est partie au pré, je n’avais pas le temps de la travailler. Ce n’est que trois semaines avant le mariage que je l’ai rapprochée de la maison pour lui faire tirer la charrette tous les soirs.

20190601_151222

On ne forme pas un animal à la traction en si peu de temps, mais pour ce que nous avions à faire c’était suffisant.

Nous avons continué par la suite à démarrer le dressage d’autres animaux.
J’ai aujourd’hui une paire de bœufs de 3 ans qui sont débourrés et qui me rendent bien des services sur des travaux légers. Ils ont participé à des démonstrations publiques, ils doivent maintenant apprendre à tirer plus fort.
Une paire de taureaux de deux ans commence l’apprentissage également.

20190601_170307

J’ai la chance de travailler très régulièrement avec Philippe Kuhlmann, qui s’attache à transmettre son savoir et son mode d’exploitation agricole, aux antipodes de l’agriculture classique mais qui, j’en suis certain, sera source d’inspiration pour beaucoup à l’avenir.

20190531_115514

Frédéric avec Philippe Kuhlmann

20190531_105828

Chez Philippe Kuhlmann (Soultzeren) à la journée technique 2019 de la rencontre de bouviers 2019

2019 EMA 4

En compagnie de Corentin Huber à la rencontre de bouviers 2019 à l’écomusée d’Alsace

Cette année nous avons réalisé la fenaison sur plus de trente hectares exclusivement avec les bœufs (hormis le pressage qui est sous-traité).

Nathalie a quitté son emploi en 2015 pour s’occuper de nos deux enfants et a développé depuis deux ans une activité de transformation fromagère.

Quant à moi, le fait que notre petite exploitation a pu s’agrandir un peu et surtout la possibilité de travailler en commun avec Philippe me permettent à mon tour de mettre de côté mon activité professionnelle actuelle pour me consacrer pleinement à l’agriculture et à la traction bovine.

20190830_153436

Stage d’utilisation de la forcat, outil maraîcher à traction animale, boeuf et cheval, 19 et 20 octobre 2019, Moulismes (86)

aff stage Forcat 19
Emmanuel Fleurentdidier86 encadrera un stage d’utilisation de la « Forcat », outil maraîcher venu d’Espagne, simple, léger et efficace.
Le stage abordera la traction de l’outil soit avec un boeuf solo soit avec un cheval.
Il se déroulera les 19 et 20 octobre à Moulismes (86).
Vous pouvez contacter Emmanuel pour plus de renseignements et pour l’inscription au stage.
Inscription avant le 5 octobre 2019.
Contact:
Emmanuel Fleurentdidier 06 12 25 94 21 
.

rencontres 2016 alsace 45 ok
rencontres 2016 alsace 44 ok
rencontres 2016 alsace 43 ok

Un attelage de bœufs normands au débardage en Forêt de Lyons en mars 2015, Frédéric Iehlé

article l'éclaireur la dépêche 2 ok

Photo issue issu de l’Eclaireur du Pays de Bray, Mars 2014, voir en cliquant ici

Frédéric Iehlé nous fait part de cet article sur son travail avec ses boeufs. Merci à lui pour le texte et à Arlette Jacquelin-Bertin pour les photos.

____________________

Ils ont eu sept ans en avril 2015 mes deux Pee, Peelish à droite et Peeshoo à gauche.

C’est leur second vrai chantier de débardage cette année.

Celui de l’année dernière était plus un chantier de nettoyage après le passage de forestiers mécanisés. Le bois était à terre, pratiquement sec à rassembler sur une surface de quatre hectares.

Cinquante stères débardées majoritairement sur du terrain plat sauf en fin de chantier où il y avait de belle pièces sur les pentes d’un petit vallon. Les Pee avaient répondu présents aussi bien pour l’effort que pour leur facilité de placement. A la fin de ce chantier 2014, ils étaient bien aux ordres.

Celui de cette année était complet, abattage pour trois quart en sous bois, débardage en bordure de chemin avant découpage et fendage sur place pour transport mécanique. La contrainte était le respect des semis naturels de hêtres que l’ONF tenait à préserver.

De loin c’est le débardage qui a pris le plus de temps et c’est tant mieux car là, j’avais besoin des Pee, c’est une des raisons pour lesquelles je « fais » mon bois au lieu de l’acheter.

L’extraction, il n’y a pas d’autre mot, des sous-bois a été parfois compliquée et a pris beaucoup de temps même si les distances de traction n’ont pas dépassé les trois-quatre cent mètres mais jamais en ligne droite avec souches, mares et les semis naturels bien sûr.

Frédéric Iehlé débardage 1

Que personne ne bouge, merci !  Photo © Arlette Jacquelin-Bertin 

Frédéric Iehlé débardage 2

La corde était longue mais ils l’ont sorti tout de même  Photo © Arlette Jacquelin-Bertin 

Et puis il a fallu tester et mettre au point de notre dernier outil, un traîneau releveur pour les billes de bois.

Le système de sanglage de la bille a été le plus long à mettre en place, corde, chaîne, câble et pour finir une sangle à cliquet, l’imparable pour serrer sur une circonférence irrégulière. Il faut juste bien placer la poignée pour qu’elle ne soit pas abimée par la potence lors du relevage au moment de la traction.

L’autre point a été le positionnement bille/traîneau selon les tailles et poids de la bille pour que le relevage se fasse dès le début de la traction et que l’ensemble soit et reste efficace sur toute la distance de traction.

Il n’y avait pas de mode d’emploi ! Et il a fallu tout apprendre sur le tas ce qui a abouti à une modification complète de la potence après quelques jours d’utilisation.

Frédéric Iehlé débardage 3

Le traineau version finale en action Photo © Arlette Jacquelin-Bertin 

A tout cela il faut ajouter l’éloignement du chantier de trois à quatre kilomètres depuis la maison selon l’endroit de la parcelle où nous débardions.

Frédéric Iehlé débardage 4

Trajets aller et retour à pied par chemins …. Photo © Arlette Jacquelin-Bertin 

Frédéric Iehlé débardage 5

… et voie forestière. Photo © Arlette Jacquelin-Bertin 

Et puis à la fin du chantier l’herbe commençait à sortir et il faisait beau, alors avec ces premiers chauds les odeurs de la forêt les faisaient penser à bien d’autre chose que mon chauffage pour le prochain hiver, mes Pee. Deux paniers équins anti-coliques ont fait l’affaire pour leur éviter toutes tentations et les arrêts intempestifs pour goûter l’herbe de la forêt. Le premier jour de leur utilisation le problème était réglé, les Pee avaient compris. Ils ont pu ainsi rester concentrés sur la traction. Juste une petite modification pour faciliter la respiration et voilà un bon investissement.

Mais contraint et forcé il a fallu que je trouve une solution pour me passer de la personne qui partageait avec moi les efforts et le bois pour cause de tendinite.

Après réflexions je me suis organisé pour préparer et marquer les trajets au travers des sous bois la veille des jours de débardage, pour transporter le matériel dont j’avais besoin et que je pouvais laisser sur place.

La mise en place du bois sur les outils de traction s’est faite avec les Pee à côté de moi, aux ordres et se mettant à ruminer en cas d’attente trop longue et ensuite l’étape traction.

Pour eux aussi le chantier a été plus complet, ceux sont eux qui ont assurer la mise en place des grosses pièces alors que c’était une tâche que l’on assurait auparavant à deux avec un vieux tourne bille.

Finalement nous avons fait tout ou presque le débardage à nous trois. Bravo les Pee !

Environ quarante stères de beau bois pour l’hiver, le contrat ONF fini dans les délais, les semis ont été bien soignés et une seule des cinq pistes de traction était encore visible à l’automne suivant.

Le matériel a certainement sa part de responsabilité dans tout cela : le joug adhoc de M. Alibert d’Aveyron, une pelle de débardage pour le petit bois (un simple bac de brouette un peu modifié tout de même), le traîneau releveur pour les billes de bois et aussi les sangles de traction depuis le joug jusqu’à l’outil, les deux provenant d’un fabricant de sangle portuaire en Bretagne…

Il m’est difficile, et ce serait injuste, de ne pas mentionner également les deux Pee provenant de l’élevage Delaruelle à Bosc-Hyons, pas dans la catégorie matériel mais plutôt participants.

L’année prochaine, car nous la préparons déjà avec une certaine hâte, un vrai cône de débardage sera utilisé et compensera le manque de stabilité de la pelle de débardage actuelle qui a tendance à verser selon sa charge ou bien les obstacles sur la piste de traction.

Pour la petite histoire, pelle et traîneau viennent …. d’internet, plus précisément du site de la FAO. Là, il y a non seulement des outils à faire soi-même mais aussi plein de trucs et astuces qui facilitent le travail manuel en l’absence de moyens mécanisés.

Voilà ! deux bœufs dont je n’ai pu m’occuper assez durant leurs premières années, qui ne savaient même pas tirer au sortir de leur débourrage confié à un tiers et que d’aucun aurait condamné à la caissette de supermarché.

Deuf boeufs que j’appréhendais un peu, il faut bien le reconnaître en raison de leur taille et poids qu’aggravait leur « manque de savoir ».

Et puis un soir le déclic, on s’y est mis tous les trois et aujourd’hui ceux sont deux beaux bœufs de sept ans aux ordres qui connaissent bien ce boulot de débardage et qui ont une belle vie en troupeau avec mes deux bœufs bretons de neuf ans même s’ils ne sont pas dominants malgré leur taille.

 Frédéric Iehlé débardage 6

Pause pour Lesna (Naha à droite et Naki à gauche), la paire Bretonne au transport de fumier après la remontée sur le plateau

Frédéric Iehlé débardage 7

Prétentieux ? Non, les Pee connaissent la marche en arrière. Photo © Arlette Jacquelin-Bertin 

Aucun ne pourra m’ôter de l’esprit que cet aboutissement est le seul fait de la contrainte du joug et du travail forcé de cette paire de bœufs. J’ai la certitude que Les Pee ont participé à leur apprentissage parce qu’il est impossible de soumettre, au sens propre du terme, à ce point sur une longue durée et de renouveller ce travail l’année suivante sans rebellion.

Temps, patiente, progression à leur rythme, et non au mien, je ne sais pas si c’est le secret mais c’est ma démarche et pas uniquement avec les bœufs. Et cela marche très bien, une question de temps uniquement.

Et les Pee en sont la preuve au vu de leur faible niveau de départ tant pour leur coordination que la pratique de l’effort sous le joug.

Je pense qu’avant la motorisation, les vieux, terme de respect sous ma plume, faisaient de même car la taille de leurs troupeaux ne leur donnaient que peu de choix et ils devaient faire avec les animaux dont ils disposaient.

Sûr qu’ils devaient faire preuve de patience, d’astuce et d’intelligence pour obtenir le résultat dont ils avaient besoin pour leur exploitation. Un bœuf ou une vache de traction, pire une paire, ne devait pas se remplacer comme aujourd’hui un tracteur en empruntant au Créd…. .

Et de plus, il me semble que cela développait également l’attachement si ce n’est l’affection pour ces animaux de trait, autant dire une forme de considération voire de respect.

J’ai connu cette affection au travers de deux paysans, l’un du Cantal et l’autre du canton de Vauds en Suisse, chez qui j’ai passé un peu de ma jeunesse en 1960/70. Il valait mieux ne pas leur adresser la parole et filer droit pendant quelque temps lorsqu’ils avaient du se séparer d’une de leurs vaches pour ramener du marché aux bestiaux ,voire de l’abattoir, de quoi faire vivre leur exploitation.

Une place dans l’étable était vide le soir et la chaîne d’attache pendait bêtement. Le reste du troupeau le ressentait aussi au travers de sa hiérarchie. A plusieurs centaines de kilomètres l’un de l’autre, sans se connaître, ils réagissaient exactement de la même façon dans la même situation.

Mais c’était il y a plus de cinquante ans ou presque, chaque animal avait un nom et une histoire pour ces gens là à cette époque. J’y suis encore je crois et j’ai bien envie d’y rester, je n’y gagnerais rien mais y perdrais encore moins.

Aujourd’hui la stabulation libre a fait retourner ces bovins dans un anonymat complet à la gloire de la rentabilité et les primes agricoles ont amorcé une réelle dégradation des conditions d’élevage bovin jusqu’à essayer de faire changer le menu de ces herbivores et de créer des « étables » pour le moins concentrationnaires auxquelles sont associés des outils, que je renonce à qualifier ici, et dont un des meilleurs exemples est la désileuse.

Il serait temps de chercher le juste milieu entre ce passé et ce que l’on connaît aujourd’hui car, à mon humble avis et à ce train-là, le pire est à venir pour mes copains.

Frédéric Iehlé 

Photos Arlette Jacquelin-Bertin Les photos (signées en bas à droite) sont soumises à droit d’auteur

Voir aussi en cliquant ici.

Le dressage d’un bœuf en solo aux longues guides, par Emmanuel Fleurentdidier

IMG_20190521_161450

Emmanuel Fleurentdidier nous propose cet article sur le dressage des boeufs en solo. Nous l’en remercions.

___________________________

Actuellement le menage des bœufs se fait le plus souvent de devant, soit en paire à l’aide d’un bâton ou d’un aiguillon, soit en simple, la plupart du temps tenu au licol et à la corde.

Le souci actuellement est que le manque de personnes pour aider le bouvier rend le travail compliqué entre la conduite du ou des bœufs et le guidage de l’outil. Aujourd’hui l’utilisateur de la traction animale est seul, et doit s’adapter à de nouvelles façons de travailler.

L’utilisation des bœufs aux guides fait partie des méthodes de conduites déjà utilisées auparavant, notamment pour la conduite des faucheuses ou dans le cas des attelages mixtes (bœuf/cheval).

Il faut maintenant le mettre au goût du jour, surtout pour des exploitations maraîchères ou viticoles, dans lesquelles l’utilisation de l’animal de traction se fait surtout en simple.

Ainsi, le bouvier peut travailler seul en conduisant le bœuf et gérer l’outil.

Le dressage de l’animal est important, mais il ne faut pas oublier les critères de choix caractéristiques en rapport avec l’attelage, que soit la morphologie (avant développé, membres forts…), le cornage, les aplombs et bien sûr le mental.

Pour l’exemple présenté dans cet article, le choix s’est porté sur la race Vosgienne. Dans les Vosges on trouve encore des animaux aux gènes qui correspondent aux aptitudes réelles de travail et où les élevages ont encore une approche qui permet d’avoir des animaux dociles, loin des élevages intensifs et des stabulations. Le choix se fait au milieu d’un troupeau où l’on observe chaque animal de façon à trouver celui qui va convenir pour le travail.

La morphologie, les aplombs, les cornes, la tête, l’encolure, l’état général de l’animal et son mental font partie des critères de sélection.

L’éducation débute par la prise de contact avec la bête.

On commence par:

Le toucher, le panser, lui donner un nom auquel il va s’identifier, lui mettre un licol et le faire marcher à ses côtés en se faisant respecter, lui faire comprendre que l’on est son meneur et se faire obéir à un ordre principal et de sécurité : le « Oh !».

Il est important aussi de mettre le bœuf dans un endroit clos et de l’observer, de voir comment il se comporte lorsqu’il est en liberté seul ou avec d’autres congénères.

Le dressage va pouvoir commencer. Les animaux sont mis à l’attache à l’étable tout au long de cette phase. Ainsi ils resteront plus concentrés sur l’apprentissage.

Il faut bien faire la différence entre éducation, dressage et travail. Ce sont trois étapes différentes de l’apprentissage.

Ici le dressage va être facilité car nous seront deux, ce qui va permettre d’être en sécurité.

Deux exemples de dressages vont être réalisés et décrits dans cet article : 

Le premier avec un jeune animal de deux ans, encore entier, issu du parc, donc pas encore manipulé et l’autre avec un bœuf de quatre ans qui a déjà été mis au joug en paire.

Premier exemple de dressage :

Le jeune bœuf ne connaît rien, il faut donc tout lui apprendre et réaliser les étapes l’une après l’autre, de l’éducation en passant par le dressage jusqu’au travail. Il sera dressé au joug simple.

– Le premier jour de dressage, on commence par le garnissage de l’animal en lui mettant les touchottes (protections des cornes), le chapeau puis le joug.

6800000

Il doit apprendre à rester en place, ne pas bouger la tête et porter le matériel. Il a un simple licol et une longe. Le but est de le faire marcher avec tout son harnachement et de lui indiquer simplement le « marcher » et le « oh ».

Pour le moment le dressage se fait de devant ou juste sur le côté du bovin. La séance ne durera pas plus de trente minutes.

467584

Puis l’animal est remis à l’attache et reste garni pendant quinze minutes de façon a ce qu’il apprenne à rester en place harnaché.

– Le deuxième jour de dressage, le jeune bovin est de nouveau garni, on lui met en plus une petite sellette et les guides. Les guides sont prises sur le licol.

19808

La séance se fait à deux meneurs, l’un aux guides, donc placé derrière et l’autre à la longe reliée au licol. Il est muni d’une badine de façon à donner l’impulsion et « l’aide » à l’apprenti bovin.

La technique de menage aux guides est basée sur la « cession », c’est-à-dire que l’on cède à droite pour tourner à gauche et qu’on cède à gauche pour tourner à droite. Cette technique est plus « douce » et fait travailler l’animal avec souplesse et sans contrainte.

61034159_2578127148954870_6856029786066649088_n

La séance de dressage ne dépasse pas trente minutes et est réalisée deux fois par jour. On arrête la séance sur du positif, sur « une action bien exécutée ».

Pendant les deux premiers jours de dressage, le meneur de tête accompagne le jeune bovin sur le côté. Il aide le meneur aux guides en donnant l’impulsion et la cadence du bœuf. Il va passer progressivement de la tête à l’épaule.

Le meneur de derrière donne les ordres à la voix.

Pour le moment, le but de l’apprentissage est de faire avancer le bœuf et de l’arrêter. La séance de travail se fait sur des lignes droites.

– Pour le troisième jour de dressage, le travail est basé sur le rituel et la répétition. Une fois le jeune bovin garni, l’on part marcher. Le meneur de tête reste à l’épaule et le meneur de derrière donne les ordres. C’est à cette phase qu’il commence à donner les indications « à droite » et « à gauche ». Les changements de direction s’opèrent et on commence ainsi les demi-tours. On observe de quel côté il a le plus de facilité à tourner.

– Le quatrième jour de dressage.

Nous avons à disposition une vigne. C’est l’endroit idéal pour canaliser le jeune bovin dans les lignes droite et le faire tourner successivement à gauche et à droite, lui faire respecter les arrêts, les démarrages… On travaille en décomposant les étapes de sa tâche. Le bœuf travaille désormais seul avec son meneur en guide. Le meneur de tête reste en retrait juste par sécurité et intervenir en cas de besoin.

– Le cinquième jour, lors des séances, on répète les exercices et le jeune apprenti répond progressivement aux ordres : « marcher », « à droite », « à gauche », « oh » et « recule ».

– Le sixième jour, vient une séance avec l’utilisation des traits et d’un palonnier. En premier lieu, on va faire une désensibilisation aux bruits des chaînes et du palonnier sur la route.

121919

On passe ensuite à la traction. Cette partie du dressage est délicate pour un jeune bovin, car il n’est pas encore assez formé pour tirer réellement. Un petit pneu est utilisé pour que le poids de traction soit faible et que l’animal ne risque pas de se blesser. La sécurité est respectée pour lui et pour le meneur.

Il sera également mis à l’attelage.

 175006

Après dix jours de dressage, le jeune bovin répond à toutes les demandes de son meneur. Il faut maintenant continuer à le faire travailler pour qu’il prenne de l’endurance. A partir de ce moment, le jeune bovin est comme un sportif, on va le travailler progressivement pour qu’il développe son cardio, son souffle, sa musculature.

Deuxième exemple de dressage :

– Le travail de dressage va être réalisé avec un bœuf de quatre ans déjà pré-dressé au joug en paire.

Il a donc déjà quelques bases. Il sait marcher avec un meneur de tête, il doit maintenant apprendre avec un meneur placé derrière lui.

Il est donc garni avec un joug simple, une sellette, les guides et on lui met un caveçon sur lequel les guides sont reliées.

Pour bien démarrer notre travail, on reprend en douceur. Par sécurité on lui met une longe au caveçon que tiendra le meneur de tête.

Cependant, le bœuf doit identifier la personne qui est aux guides comme « le » meneur. C’est pour cette raison que lui seul donnera tous les ordres. Le meneur de tête se tient à l’épaule du bovin et assure le meneur de derrière au cas où le bœuf ne réponde pas aux ordres.

L’apprenti répond déjà aux ordres de « marcher » et « oh ». Il doit maintenant apprendre les ordres venant de derrière, « à droite » et « à gauche ».

La séance commence par des parcours en ligne droite en rajoutant progressivement des demi-tours. On travaille ensuite dans la vigne en respectant certains rituels qui décomposent le travail qu’il devra réaliser par la suite.

La séance se répète deux fois par jour en ne dépassant pas les quarante cinq minutes.

Deux jours suffiront pour mettre le bovin aux ordres.

 69472

  • Le troisième jour : la séance du matin consiste à mettre le bœuf dans la limonière de la « forcat »*. Il est garni puis on lui met la limonière sans le porte-outil. Il doit prendre l’habitude à ce que les brancards le touchent. Il doit apprendre aussi à tourner avec cette limonière qui l’entoure. Pour la séance de l’après-midi, on rajoute le porte-outil et on le travaille dans la vigne avec l’outil mais sans pénétrer le sol. Le but n’est pas de travailler le sol mais d’apprendre à travailler avec l’outil. 
  • Le quatrième jour : le travail dans la vigne avec la « forcat » progresse. Après avoir fait quelques tours sans que l’outil pénètre le sol, on met un peu de « terrage » à l’outil et le bœuf commence à travailler réellement la traction. On respecte les arrêts en bout de rang pour relever l’outil, le changement de direction pour reprendre le rang suivant puis un arrêt pour remettre l’outil en terre et repartir.
  • Le cinquième jour : le bœuf travaille maintenant avec son meneur seul aux guides. Dans un premier temps les guides en main puis ensuite les guides dans le dos. Le boeuf répond correctement aux ordres.
  • Le sixième jour, le bœuf va être mis à l’attelage. Pour cela nous utiliserons un tombereau moderne de chez AMB 88.

502336

C’est de l’attelage simple où les brancards sont directement reliés au joug. Le démarrage ce fait avec le meneur aux guides à pied, c’est-à-dire qu’il marche à côté de son attelage et le meneur de tête a toujours la longe reliée au caveçon.

161652

Après quelques mètres, afin d’observer le comportement du bœuf et lui avoir indiqué quelques ordres de maintien de dressage en respectant le meneur, ce dernier monte dans le tombereau.

162209

Le meneur de tête accompagne en restant sur le côté. Puis après quelques temps on peut aussi lâcher la longe du bœuf permettant ainsi au meneur aux guides de gérer seul son attelage. Le dressage est en bonne voie, les prochaines séances ne sont plus maintenant que de la répétition de travail.

Lors du dressage, nous avons pu accueillir des stagiaires du CFPPA de Montmorillon sous la responsabilité de leur formateur A. Léger. Certains ont pu mener ce bœuf en cours de dressage mais surtout ils ont pu observer et comprendre l’utilisation de la Traction Bovine.

600768

En dix jours de travail et en quinze jours de temps, deux bœufs ont été dressés aux guides avec une conduite par derrière.

Cette méthode va permettre de faire évoluer la traction bovine d’une façon plus « moderne » au même titre que la traction équine, aussi bien pour les utilisateurs en maraîchage que dans les vignes.

* Forcat : outil maraîcher, composée d’une limonière (brancards), d’un porte-outil et d’outils : charrue, sous-soleuse, sarcleuse et butoir.

Emmanuel Fleurentdidier

Quatorzième rencontre de bouviers en Alsace, Ungersheim 2019 (68)

2019 EMA 9. Du 30 Mai au 2 Juin 2019, la quatorzième rencontre de bouviers

Du 30 Mai au 2 Juin 2019, la quatorzième rencontre de bouviers à l’Ecomusée d’Alsace d’Ungersheim, s’est révélée cette année comme un cru du renouveau et de l’avenir ! 

Si chaque session est à chaque fois un événement qui permet à chacun de repartir chez soit revigoré, avec le plein de dynamisme et de projets, on peut constater que celle-ci est au dessus de toutes les autres par sa richesse.

Vidéo des rencontres, première partie

Vidéo des rencontres, deuxième partie

Vidéo des rencontres, troisième partie

Philippe Kuhlmann, paysan éleveur/dresseur/utilisateur de bovins attelés à Soultzeren (68), élément moteur des rencontres, est à remercier grandement. Son engagement dans la transmission des savoirs autour de l’attelage des bovins est quotidien et les rencontres lui permettent de favoriser encore plus cette passation par l’émulation qu’elles suscitent.

20190530_110045

Le site exceptionnel de l’Ecomusée d’Alsace, l’investissement de ses dirigeants, de son personnel et de ses bénévoles, l’intendance, la mise à disposition des animaux, l’utilisation du matériel, des locaux et de l’espace, sont aussi des facteurs primordiaux de la réussite de l’événement, tous les participants en sont conscients et reconnaissants.

Le noyau dur des rencontres constitué au fil des années était bien sûr présent autour de Philippe : Emmanuel Fleurentdidier, Christine Arbeit, Agnès et Luc Bernard, Jean Luc Guerringue, André Kammere , Cozette Griffin Kremer, Nicole Bochet, Véronique mon épouse et votre serviteur…

De nombreuses « nouvelles têtes » comme Serge Capmas ou Fréderic Grivel, sont venus renforcer par leur présence le cercle grandissant des bouviers venant aux rencontres.

20190531_105828

20190531_110936

Frédéric Grivel éleveur et meneur de bovins Vosgiens, après des années de double activité devrait prochainement s’installer à plein temps en agricole avec un projet de centre de formation en traction bovine, épaulé par Philippe dans la continuité du travail que ce dernier mène depuis des années chez lui.

Plusieurs paysans, travaillant déjà en traction animale ou non, sont venus pour découvrir ou affiner un projet de mise en route de la traction bovine sur leurs fermes comme Marc Van Overschelde  venu de Belgique ou Laure et Dominique Darphin venus de la région de Dijon.

Pour cette édition, dont le thème central était «Travailler réellement avec des boeufs au XXIème siècle », on a pu constater l’investissement autour de la pratique de nombreux jeunes entre 16 et 30 ans.

Etaient présents, entre autres, Léonnie Biteau venue du Puy du Fou, Corentin Huber qui attelle dans les pas de son grand-père André Kammerer, Mélusine Bailloux-Arbeit la fille de Christine Arbeit, Emile Fleurentdidier qui mène des bovins depuis son plus jeune âge avec son père Emmanuel, Nils Bolt, jeune maréchal-ferrant Suisse Allemand qui, pour se former, rencontre tour à tour toutes les personnes en France qui ferrent les bovins. Enfin, plusieurs autres jeunes Suisses, Belges et Français, ex-stagiaires en traction bovine aux stages à l’écomusée, étaient venus avec le projet d’atteler prochainement….

20190531_134608

20190531_113234

20190531_110227

20190531_103841

Les rencontres sont l’occasion de prendre le temps de parler, d’échanger, de partager ses expériences.

Le jeudi matin, chacun a pu se présenter à l’occasion d’un « tour de table » suivi du repas qui favorise largement les échanges.

Merci aux bénévoles de l’écomusée pour leur accueil si plaisant et leur cuisine de qualité comme à chaque fois.

L’après-midi était consacré dans un premier temps à une démonstration de ferrage « sur pieds mort » par Philippe Kuhlmann, enrichie par la pratique déjà assuré de Nils Bolt, fort de son expérience professionnelle dans les chevaux et de son passage récent auprès de praticiens français du ferrage des bovins.

20190530_140550

20190530_143614

20190530_140906

20190530_135141

Préparation du pied, ajustement en fonction de l’état de la corne, de la morphologie, corps étranger, infection, soin, choix du fer, utilisation des clous de ferrage, coupe didactique pour comprendre la construction d’un pied avec sa corne, le sujet est vaste, mais la plupart des aspects de la spécialité ont été abordés au cours de cet atelier.

20190530_134756

photo 1 cozette FVN 2018

photo 2 cozette FVN 2018

Après un passage auprès de l’atelier participatif mené par Véronique Nioulou sur le savoir-faire patrimonial de la fabrication de coussins d’attelage en paille et la celle de vire-mouches tressés du type « sud-ouest », le groupe c’est dirigé vers la scierie pour une démonstration de chargement de grumes à la chaîne sur un char avec les boeufs. C’est Corentin Huber et Philippe qui ont mené la paire de Vosgien de l’écomusée pour le chargement et le charroi des troncs.

2019 EMA 1

2019 EMA 5

2019 EMA 2

2019 EMA 6

Ces activités menées par les participants aux rencontres

permettent aussi aux visiteurs du site de profiter de ces moments de travaux avec les boeufs.

Vendredi, projets et journée technique à Soultzeren.

Vendredi matin, une réunion très positive avec les responsables de l’écomusée s’est tenue pour envisager une édition des rencontres à venir plus conséquentes et plus ouvertes encore au public. Pour ce faire, une association des bouviers doit se créer afin d’avoir une structure pour en permettre l’organisation.

Elle pourrait porter le nom du blog « Attelages Bovins d’Aujourd’hui » que votre serviteur tient depuis 2013 et pour lequel Mélusine Bailloux-Arbeit a proposé d’ouvrir une page Facebook afin de lui donner une autre dimension de diffusion.

On comptait 45 personnes le vendredi pour la journée technique sur la ferme de Philippe Kuhlmann à Soultzeren dont quelques responsables de l’écomusée qui sont venus participer à cette journée « hors les murs » malgré le peu de temps que leur laissait l’organisation d’un événement capital le soir même à l’écomusée .

Une visite rapide du troupeau de Vosgiennes et de leurs veaux au pré à proximité de la maison, a permis d’apprécier la sociabilisation des animaux que pratique Philippe. Les animaux à l’étable pendant l’hiver, le curage manuel, le contact de l’homme et la manipulation quotidienne des jeunes pour les mener à leur mère ou à l’abreuvoir, ainsi que quelques séances de travail au licol sont des facteurs qui permettent d’aller vers le dressage avec beaucoup moins de difficultés qu’avec des animaux qui n’ont jamais été manipulés.

Dans un second temps, Philippe à mis au joug un boeuf en cours de dressage avec un autre bien dressé, qui a déjà beaucoup travaillé. Ainsi, cet attelage a permis de montrer l’utilisation d’un boeuf au dressage en situation de travail en voyant les précautions à prendre pour la sécurité du meneur, des boeufs et de l’environnement.

Philippe explique alors que l’apprentissage de la traction et la ténacité avec laquelle le boeuf doit s’investir à tirer ne s’acquièrent que progressivement afin de ne pas le rebuter en lui en demandant trop au début.

Les premiers travaux de traction sont fait au bois en tirant de petites perches puis en augmentant progressivement le poids de la charge. Vient ensuite la mise au timon. Là aussi, en liant un jeune boeuf avec un autre plus expérimenté, il utilise un joug excentré afin de mettre plus de charge sur le boeuf avancé en dressage pour soulager le plus jeune en adaptant la charge à sa force et ne pas le rebuter au travail.

Toujours dans la même optique, on peut aussi utiliser une chaîne de traction accrochée au joug du côté du boeuf qui sait tirer.

2019 EMA 7

2019 EMA 15

2019 EMA 11

20190531_115730

En illustration de ces propos, un tombereau de fumier a été chargé et emmené par cet attelage dans un pré à quelques centaines de mètres de la ferme. Pour le passage sans difficultés de la grande montée qui précède l’entré du pré, la paire a été aidé par un boeuf attelé en arbalète au collier à l’avant de la paire et mené par Corentin Huber.

A midi, après un apéritif pris en musique grâce à des amis musiciens voisins de Philippe, le repas partagé convivial a permis à nouveau des échanges souvent techniques entre les participants.

Nous remercions chaleureusement Anne Catherine et Philippe pour leur accueil chez eux.

20190531_152153

20190531_152220

20190531_162725

20190531_162655

Jean-Claude Mann, bourrelier à Muhlbach-sur-Munster (68) était présent. Il est fabricant de colliers d’attelage « trois points » pour bovins et de jougs Vosgiens avec leurs garnitures. Il a d’ailleurs livré ce jour là un joug neuf et ses garnitures à un couple de Suisse qui venaient d’acheter une paire de boeufs chez Philippe.

En fin de repas, Philippe a présenté une épreuve en tirage limité de son  « Manuel d’attelage des bovins » qu’il écrit depuis des années et qui devrait être disponible à la vente sans tarder.

20190531_142259

20190531_142612

20190531_145647

Il en a lu l’introduction et la conclusion qui illustrent à elles deux toute sa démarche de consignation des savoirs et de leur transmission.

couverture livre philippe

Chacun a hâte de voir sortir l’ouvrage définitif qui augure d’un intérêt majeur au vu du premier tirage.

Après quelques dédicaces incontournables, une paire de bœufs est de nouveau mise au joug pour une démonstration d’un épandeur à fumier en traction animale. L’outil a été offert à Philippe par Jean-Jo Herman, homme de cheval de travail réputé en Belgique. Bien qu’assez lourd, son utilisation, au contraire du transport au tombereau ou au char, gagne un temps considérable grâce à l’épandage mécanisé.

20190531_152619

20190531_152750

20190531_152846

2019 EMA 18

2019 EMA 24

2019 EMA 23

La topographie de montagne de Soultzeren impose de ne pas trop charger et il faut une bonne paire de boeuf pour une utilisation optimale. Outre le poids, la mise en route du hérisson nécessite beaucoup de force. Mais la paire choisie par Philippe a bien fait le travail. On peut noter aussi l’avantage d’un centre de gravité très bas qui est un atout majeur dans cette région de montagne aux déclivités importantes.

Pour finir la journée, Philippe a fait une démonstration d’arrachage de piquets de clôtures grâce à un avant-train doté à l’arrière d’un système de relevage par levier, mise en route mécaniquement par les boeufs en traction par l’intermédiaire d’une chaîne prise au joug sur un crochet.

20190531_163349

20190531_162129

20190531_164035_resized

On fait reculer les bœufs afin que le joug soit bien en arrière sur le timon. Après avoir fixé au plus court la chaîne au crochet du joug, on fait avancer les boeufs de quelques dizaines de centimètres jusqu’à la cheville de traction, la chaîne en tension actionne ainsi le levier du relevage auquel on avait préalablement attaché le piquet avec une chaîne fine.

Ces quelques lignes consacrées aux deux premiers jours des rencontres sont l’illustration de ce qu’il s’y passe, mais rien ne vaut de le vivre sur place.

Les présentations in situ de Philippe n’ont pas leur pareil, sont très didactiques et quoi de mieux que d’avoir comme guide un meneur/dresseur de bovin avec un recul de presque 40 ans de pratique ?

La présentation de son manuel d’attelage des bovins attendu par tous est aussi un élément positif pour le devenir de la pratique.

Le projet d’installation de Fréderic Grivel associé à un centre de formation traction bovine est encourageant pour la transmission.

L’organisation d’une édition « augmentée » des rencontres permettrait d’exposer un peu plus notre pratique.

Le projet de création d’une page Facebook du blog « Attelages Bovins d’aujourd’hui » qu’a proposé Mélusine Bailloux-Arbeit et la création d’une association donneront plus de visibilité au travail de chacun.

Devant toutes ces ouvertures, ces rencontres étaient extrêmement motivantes grâce à l’investissement croissant de tous.

Enfin, la présence de nombreux nouveaux acteurs impliqués et motivés, tout comme la « grande équipe » de jeunes présents à ces rencontres, augurent d’un bel avenir !

20190530_154426

20190530_163212

20190530_154138

2019 EMA 4

20190530_165253

2019 EMA 19

2019 EMA 25

2019 EMA 28

2019 EMA 22

2019 EMA 12

20190531_115514

20190531_114849

2019 EMA 13

20190531_163204

20190531_161700

20190531_161250

20190531_152909

20190531_110923

20190530_154148

20190531_160047

1 5 6 7 23