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René Alibert, dernier jougtier professionnel d’Occitanie a rejoint ses aïeux, par Lionel Rouanet.

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Hommage à celui qui m’a enseigné son Art 

C’est avec tristesse, mais sans surprise, que je viens d’apprendre ce samedi matin, la disparition de René Alibert le dernier jougtier professionnel, voici déjà une semaine. Il nous a quitté le vendredi 25 Août, à l’âge de 90 ans.

René, depuis un peu plus d’un mois, avait vu son état général, se dégrader rapidement.

Fils d’un jougtier professionnel, il avait été lui-même jougtier de métier au côté de son père durant son jeune âge. Puis, bœuf, vaches, chevaux et autres mules, débauchés rapidement par la croissance fulgurante de l’ère motorisée, René dû poser et remiser la piasso et lou capaïssol : la hache et l’herminette. Il resta cependant « dans le bois », mais ses copeaux changèrent de forme, ainsi que d’odeur.

Une fois à la retraite, il dépoussiéra les outils manuels. Des jougs neufs se remirent à naitre de ses mains, assurant la relève de ceux qui depuis trop longtemps dans l’attente d’un peu de soleil juché sur un chignon d’Aubrac, avaient vu leur fonctionnalité altérée par les « cussous » (vrillettes).

Chez lui, à Laissac, dans le Nord Aveyron, entre Monts du Lévezou et Causse, René n’était pas seulement connu pour ses jougs. Infatigable, il était très apprécié de tous pour son implication bénévole dans différents domaines. Il fut musicien à la « clique », pompier, avait participé à la vie d’un musée local, aidait le mardi matin au foirail … Mais surtout, René, c’était un jardinier, occupation qu’il garda jusqu’à ses derniers jours de validité.

Sortant de sa bouche, le mot travail, n’avait pas tout à fait le sens habituel. Pour lui, le travail, c’était l’occupation qui permet de vivre, simplement, l’Oeuvre ; que ce soit cultiver la terre, récolter, soigner lapins et volailles, transformer, bricoler … et bien sûr tailler des jougs. Chose qu’il fit, si je ne me trompe pas, jusqu’à l’hiver où il fêta ses 88 ans. Il avait encore la souplesse et la force juste nécessaire, la technique faisait le reste.

René avait un sourire joyeux. Néanmoins, ces dernières années, une forme de tristesse le gagnait parfois. Lui qui aimant tant la nature, répétait souvent : « on est allé trop loin, on a trop abimé de choses, y a qu’à voir … »

Une partie de ses gestes a été archivée par un film documentaire de Gilles Charensol : Le bois : Gestes d’Artisans.

Georgette, sa sœur, m’a dit ce matin au téléphone qu’elle lui souhaitait un paradis entre autre plein de fleurs, car il les aimait beaucoup. En mon nom, et j’espère pouvoir dire au nom de tous les proches du milieu des bouviers et paysans, je lui souhaite de même.

Lionel Rouanet, son ultime apprenti.

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Réglage et essais d’un joug neuf à la ferme de Flaceleyre, 29 Mai 2017, Vorey sur Arzon (43)

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La ferme de Flaceleyre travaille avec une paire de vaches Ferrandaises et comme meneur principal Mickaël Bojados. Les animaux étaient jusqu’alors coiffés avec des jougs anciens pas toujours adaptés. Un joug neuf « Nioulou » vient d’être taillé et réglé pour Fauvette et Barrade.

Voici quelques photos et une vidéo du réglage le 29 Mai 2017.

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Un jour, deux jougs, deux jougtiers, Maillezais (85), 10 Août 2016 par Michel Nioulou

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Photo Jean-Léo Dugast

Une rencontre autour des bœufs de travail

Maillezais, au bord du marais Poitevin, accueillait le 10 Août 2016, la fête des bœufs de travail.

Jérome Csubak et son épouse ont organisé cette rencontre sur le site des roulottes de l’abbaye dont ils sont les promoteurs. Emmanuel Fleurentdidier et Solène Gaudin étaient également venus épauler l’équipe d’organisation .

On a pu voir évoluer la paire de Vosgiens d’Emmanuel et la paire de boeufs Parthenay du propriétaire des lieux qui présentait également une paire de jeunes bœufs en début de dressage.

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Jérome Csubak

Différentes démonstrations d’attelages ont eu lieu devant un public venu nombreux malgré le déroulement de la fête un jour de semaine.

Des séances de travail avec des chevaux étaient aussi au programme avec en particulier un bel attelage de Manu Davignon.

Brocante, artisans, maréchal-ferrant venaient compléter les animations d’une journée déjà bien remplie.

La naissance de deux jougs.

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« Depuis le matin, à l’abri du soleil, sous la stabulation, des coups sonores de haches et d’herminettes viennent régulièrement ponctuer l’ambiance de la journée.

Lionel Rouanet et moi-même avions été invités à venir présenter le travail de la taille des jougs à la fête des bœufs de travail de Maillezais.

Soigneusement enveloppés dans des bâches étanches, nous déballons un peu avant neuf heure nos pièces de bois maintenues humides depuis chez nous à l’autre bout de la France, l’Aveyron pour Lionel et la Saône-et-Loire pour moi.

Le plein été n’est certes pas la meilleure époque pour transporter dans les voitures surchauffées des pièces de bois parfois immergées depuis plusieurs mois et sujettes dès leurs sorties de l’eau à une dessiccation trop rapide et à l’apparition de fentes dans les pièces qui peuvent parfois être rédhibitoires.

Après un déballage et mise en présentation de nos différents modèles de jougs, nous attaquons rapidement le travail.

Très fortuitement, il se trouve que chacun des modèles que nous avons à tailler aujourd’hui est nouveau pour l’un et pour l’autre.

Lionel commence un joug en frêne qui lui a été commandé. Ce dernier, un joug mixte, est destiné à joindre d’un côté un bovin et de l’autre une mule ou un âne.

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Photo Jean-Léo Dugast

Ce type de joug a suscité de nombreuses interrogations et questionnements du public.

Pour ma part, c’est un joug double que je taille, un modèle de la Loire, à la limite du Puy-de-Dôme, un joug « de montagne » comme le nomme la personne qui me l’a commandé. C’est avec le modèle d’un joug ancien à proximité que je taille la pièce de frêne.

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Je travaille différemment de Lionel en pratiquant un traçage avec un gabarit sur la bille dégauchie.

Bien sûr le traçage n’est qu’indicatif mais permet aussi, au moins au début sur un modèle nouveau, d’avoir des repères précieux. La réalisation du gabarit à l’atelier permet aussi de bien s’imprégner des formes et des subtilités du joug que l’on découvre.

Bien qu’aujourd’hui à Maillezais, le modèle soit nouveau pour lui, Lionel réalise le plus souvent des jougs du type Aveyronnais dont il maîtrise la réalisation du fait de son apprentissage auprès de René Alibert à Laissac dans l’Aveyron.

A contrario, je travaille en autodidacte et j’ai été amené à réaliser de nombreuses formes régionales différentes (Charollais, Velay, Vendée, Loire). C’est aussi pour cela que je réalise des gabarits qui me permettent de mémoriser les formes et les tracés.

C’est donc avec prudence que nous avançons la taille sur nos jougs respectifs.

Bien sûr le public s’interroge et s’étonne de nos réponses lorsque nous leur expliquons que nous réalisons régulièrement des jougs dont la destinée n’est pas de finir en décoration au dessus d’une cheminée ou d’une porte, mais bel et bien d’avoir un usage réel, une fonction de travail chez les différents bouviers qui nous les réclament.

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La découverte de la part du public de l’existence encore active de la pratique professionnelle de l’attelage bovin les laissent souvent dubitatifs, certains repartent sûrement en se disant qu’on leur a raconté des mensonges !!! Et pourtant!!

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En milieu de matinée, une dizaine de personnes de l’académie des bouviers du Puy-Du-Fou nous rendent visite. Le groupe guidé par le dynamique et motivant Laurent Martin, a échangé sur la technique, les différentes formes de jougs, l’attelage, le liage. Cette rencontre a été pour nous l’occasion de croiser des praticiens, apprentis ou confirmés qui travaillent dans l’environnement très spécifique du spectacle, mais dont l’implication dans l’attelage des bovins est très marquée et passionnée.

La présence en visiteurs de Jo Durand, paysan bouvier au Dresny en Loire-Atlantique et de Nicole Bochet, chercheuse et passionnée par l’attelage bovin, a permis une nouvelle fois, outre l’amitié que nous avons pour eux, de croiser des expériences, des points de vues.

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En discussion avec Jo Durand 

A la pause de midi avant d’aller manger quelques mogettes pour reprendre des forces, nous mouillons copieusement nos deux pièces de frêne et nous les couvrons soigneusement pour limiter le séchage. La température est forte et le soleil ardent !! Nous devons être vigilants !!

Après avoir repris nos tailles en début d’après-midi, comme une pause dans notre journée, nous prenons le micro devant la paire de Parthenay pour un moment de présentation du travail des jougs, de leur fabrication et de leur utilisation avec différents liages de plusieurs modèles de notre fabrication.

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Photo Jean-Léo Dugast

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Emmanuel Fleurentdidier

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Solène Gaudin

Nous reprenons ensuite le travail, toujours au son des haches, grandes et petites herminettes, planes, ciseaux, gouges et maillets entrecoupé d’explications de notre part, et d’enrichissants témoignages et anecdotes que nous confient les nombreuses personnes de la région qui viennent à nous et qui voici quelques décennies encore, liaient des bovins.

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Progressivement, le public se fait plus clair, puis disparaît. Les jougs ont déjà bien pris forme. Les deux lourdes pièces de frêne du matin se sont visiblement affinées et allégées, la finition se fera à la maison dès notre retour.

Le soir est venu et, malgré la fin de la fête, nous taillons encore un peu, comme pour prolonger ce moment, où, malgré le fait que nous nous connaissons déjà depuis plusieurs années, nous avons pour la première fois travaillé côte à côte. Moments rares, intenses où, dans la même passion, nous avons fabriqué chacun un joug qui coiffera des bœufs qui patiemment travailleront dans la discrétion des montagnes du Massif Central et des Pyrénées. »

 Michel Nioulou

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Toutes photos Véronique Nioulou sauf mentions « Jean-Léo Dugast ».

Un grand merci à Jean-Léo pour sa contribution.

Histoire d’un joug

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Un message laissé sur le répondeur : « Bonjour Monsieur, je vous contacte car le joug de mes bœufs est trop petit et il m’en faudrait un plus grand. Merci de me rappeler »

C’est ainsi que commence souvent la fabrication d’un nouveau joug.

Quelques temps après l’appel, je me rends à Chausseterre dans la Loire pour prendre les mesures sur une paire de bœufs Vosgiens âgés de bientôt cinq ans.

Philippe Gaillat qui m’avait contacté au téléphone, m’avertit : « Je veux un joug de montagne, le même que j’utilise actuellement, mais à la bonne taille. Par contre il faudrait l’élargir un peu, les bêtes ont plus de gabarit qu’autrefois et elles frottent trop au timon lorsqu’elles travaillent avec un joug ancien, même si les têtières sont à la bonne taille »

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On regarde, on décide des quelques modifications qui ne modifieront pas l’esthétique du modèle.

Je prend les mesures sur les bœufs avec les deux modèles de jougs de prises de taille (type Charollais et type Velay) que j’ai réalisés voici quelques années. Ces jougs sont de simples têtières réglables grâce à une réglette mobile, que je viens positionner sur les cornes à la bonne place afin de prendre au plus juste la taille des têtes.

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Après avoir bien observé et analysé la forme du joug « de montagne », c’est le joug de mesure du type « Charollais » qui me servira à reporter la bonne taille grâce à des points de repères communs aux deux formes de jougs.

Il me sera aussi possible de fabriquer par la suite un joug de mesure « de montagne » afin d’avoir directement les tailles pour la réalisation d’un tel modèle sans passer par un modèle intermédiaire.

 

Et voilà c’est parti pour la réalisation d’un nouveau modèle pour moi.

Une fois rentré à la maison, je prend les cotes d’un joug ancien que j’ai ramené de Chausseterre afin de tracer des gabarits (vue du dessus, de face et de l’arrière) sur de la planche fine tout en tenant compte des modifications décidées avec Philippe.

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Je trie un morceau de frêne au bon débit dans le bassin où trempent depuis plusieurs mois, des pièces, qui cette fois-ci avaient été débitées au banc de scie.

Après un tracé rapide réalisé avec les gabarits en mettant bien sûr les têtières à la bonne mesure, j’attaque la taille. gaillat p article joug 23 ok

D’abord les ouvertures de têtières, puis le passage des liens sur le dessus, et la découpe de la forme arrière des têtières. Taille du corps central, des oreilles, des passages de liens à la base des têtières. Dégrossis à la hache, finitions à l’herminette, plane, râpes, racloirs.

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J’ai taillé en partie ce joug à la journée des bœufs de travail à Maillezais en Vendée.

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Tout au long de la taille, le joug est maintenu humide et enveloppé après chaque session de travail.

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La taille terminée, le joug est flambusqué, c’est-à-dire qu’il est passé au feu et simultanément imprégné de matière grasse animale ou végétale, afin de limiter au maximum les problèmes de fentes.

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Pour la seconde fois, je monte dans les montagnes de la Loire à la limite du Puy-de-Dôme pour le réglage du joug sur la tête des bœufs.

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Après plusieurs liages pour vérifier et modifier l’appui des cornes dans les logements, le passage du bas de la têtière au dessus du chignon, le positionnement semble bon et les bêtes à l’aise.

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Le joug travaille dorénavant à sortir du bois, du fumier, herser les prairies avec une paire de bœufs de bon tempérament.

Fabriquer régulièrement des jougs aujourd’hui paraît peut-être impensable et pourtant, mon expérience d’une dizaine d’années ainsi que celle de mon ami Lionel Rouanet qui fait le même travail que moi prouvent le contraire. N’oublions pas bien sûr les quelques anciens en particulier René Alibert qui reste un exemple et une référence en la matière.

Malgré une expérience modeste, des erreurs, des recherches, des tâtonnements, le travail que je réalise avec passion est d’un enrichissement énorme avec le plaisir du contact avec les animaux, la satisfaction d’une tentative de maintien d’un savoir-faire au service d’un autre savoir-faire. C’est aussi une expérience humaine riche de rencontres simples et sincères qui motivent à chaque fois pour continuer à maintenir la flamme.

Michel Nioulou

gaillat p article joug 6 ok. Histoire d'un joug.

FÊTE DES BOEUFS DE TRAVAIL à Maillezais (85), 10 Août 2016

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FÊTE DES BOEUFS DE TRAVAIL
à Maillezais le 10 Août 2016

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C’est à Maillezais, en Vendée, au lieu dit le Moulin du Coteau, chez Jérôme et Fanny Czubak, que se déroulera,  le 10 août 2016, la première « Fête des Bœufs de Travail », au cœur de la Venise Verte, sur le site des Roulottes de l’Abbaye.

Une journée pendant laquelle seront mis au travail des bœufs Parthenay, Vosgiens et où vous sera faite la présentation de jeunes Maraîchins.

Le but de cette manifestation est de présenter la traction bovine, de montrer qu’elle existe encore, que la pratique n’est pas que du folklore puisqu’elle est toujours utilisé dans un cadre professionnel.
Au programme, démonstrations de travail, mais aussi possibilité de mener des bœufs.

Des chevaux seront aussi présents pour effectuer des travaux du sol et des promenades en calèche. Un large panel des races de chevaux de trait français sera présenté au public tout au long de la journée ainsi que de nombreuses races locales comme le trait Poitevin mulassier, le baudet du Poitou, la mule poitevine, le bœuf Maraîchin, la chèvre Poitevine….en partenariat avec le CREGENE et l’UPRA.

La présence de Michel Nioulou et de Lionel Rouanet, tous deux jougtiers, permettra de découvrir pendant la journée la technique de fabrication des jougs et leurs réglages.

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Cette journée sera aussi l’occasion de découvrir les produits locaux et artisanaux traditionnels de la région.

Buvette et restauration sur place avec possibilité de réserver un repas vendéen (12,5 euros réservation au 02 51 87 15 15).
Il y aura des animations toute la journée, pour les grands et les petits avec des jeux.
Le matin à partir de huit heures, un vide-grange est organisé. Les animations débuteront vers 10 heures jusqu’à 18 heures. 

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« La forcat », un outil de maraîchage simple et efficace, démonstration avec un boeuf Vosgien en solo le 7 mai 2016 aux rencontres de bouviers à l’écomusée d’Alsace, par Solène Gaudin

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Quoi de mieux que le site de l’écomusée d’Alsace pour présenter un outil ancestral pour le travail du sol et de tirer de notre passé, notre avenir !!

Un outil simple mais efficace, utilisé depuis des centaines d’années en Espagne et remis au goût du jour par quelques utilisateurs espagnols d’une façon plus moderne et plus polyvalente, plus simple dans son utilisation.

Cet outil, c’est la « Forcat » que Manu Fleurentdidier est venu présenter, suite à des déplacements chez des maraîchers bio en Espagne où il l’a découverte.

A la base, c’est une araire à laquelle on ajoute un sac en paille tressé qui sert de butoir. Les différentes tailles de buttes sont faites en ajoutant plus ou moins de terre et de paille dans le sac.

Aujourd’hui, elle est toujours utilisée en tant que telle par des maraîchers dans la région de Valencia.

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C’est chez Abel Ibanez et Alfred Ferris Garcia que j’ai pu voir fonctionner cet outil en version moderne. Auparavant tout en bois, la Forcat est maintenant métallique. De conception toujours aussi simple et légère, elle est facile à mettre en place et à utiliser. Elle est bien équilibrée avec une bonne pénétration dans le sol.

La Forcat est composée de 2 parties :

– La limonière est plus courte que celle d’origine qui allait jusqu’au collier. Elle est supportée par une petite sellette. Sur la partie arrière de la limonière, se trouve le palonnier et la partie de fixation du reste de l’outil : l’âge.

L’âge, de conception simple permet de recevoir différents accessoires :

  • Brabanette pour le labour
  • Des « ailes » pour monter des billons ou butter
  • Des lames sarcleuses de longueurs différentes que l’on peut mettre dans un sens ou dans l’autre en fonction du travail souhaité.

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L’âge a toujours sur sa base, une pointe carrée qui fait office de sous-soleuse

On trouve deux poignées sur le manche de la Forcat, l’une permet de tenir l’outil pendant le travail et l’autre, plus basse, permet de lever l’outil pour les manœuvres.

Pour faciliter le transport ou le déplacement de la Forcat jusqu’aux champs, un support avec deux roues vient se greffer sur la pointe de la Forcat.

Pour la démonstration, nous avons utilisé un bœuf de l’écomusée, mené par René Cretin. Il était garni d’un licol, d’un collier 3 points avec croupière, d’une petite sellette et d’une paire de traits.

L’outil se déplace facilement derrière l’animal sans même être tenu grâce à ses roues.

Sur le terrain, c’est avec la brabanette que le premier travail s’effectue. Elle est montée sur un axe et c’est une cordelette qui permet le retournement des versoirs. Le réglage du terrage se fait avec une pige.

L’animal marche dans la raie et la Forcat suit et réalise le labour.

Nous changeons d’accessoire en retirant la brabanette pour mettre une lame sarcleuse. Un simple marteau suffit pour le changement. En effet, c’est un coin qui maintient l’ensemble des accessoires.

Après réglage de la pige de terrage, la Forcat fait son travail dans une simplicité surprenante pour les spectateurs, elle est ancrée en terre et suit le bœuf sans même être maintenue. Un travail de sarclage impressionnant et rapide.

Puis l’accessoire pour créer des buttes est mis en place, changement rapide grâce à ce fameux coin. Et voilà que le bœuf reprend les lignes de travail pour ouvrir le sol et monter en quelques minutes plusieurs billons.

A voir aussi (merci à Christine Arbeit pour l’information):

La démonstration faite, plusieurs personnes ont pu s’initier et prendre en main la Forcat. Les utilisateurs ont été agréablement surpris de la facilité d’utilisation et de la rapidité du changement d’accessoire sans avoir à sortir une caisse à outil.

Solène Gaudin

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Pour tous renseignements, contactez Emmanuel Fleurentdidier qui transmettra:

06 12 25 94 21

traitmalin@laposte.net

Disparition de Marius Saint Léger, un des derniers fabricants de jougs d’attelage, Estables (48)

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Photo extraite de l’article en ligne du Midi-Libre

Voici l’article du Midi Libre consacré à la disparition De Marius Saint Léger, sabotier et fabricant de jougs en Lozère.

Vous pouvez trouver l’article d’Avril 2016 en ligne en cliquant ici.

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« Cet homme attachant était né à Estables il y a 88 ans.

Marius Saint-Léger, de La Salassette d’Estables, nous a quittés ce vendredi 15 avril. La nouvelle paraît presque incroyable. Il était comme un roc, un pilier inébranlable. Sa voix profonde sentait l’éternité gabale.

 

Marius a été un des derniers sabotiers (esclupio) à travailler entièrement à l’ancienne, en respectant les règles de ce savoir-faire difficile. Il a été également un des deux jougtiers de France et il savait encore, il y a peu, atteler deux bœufs de sa poigne herculéenne.

Expérience ancestrale

Ses dossiers dans Lou Païs, les films documentaires tournés par le Pot’poète (cliquez ici), ou télévisés, gardent mémoire, minutieusement, de tous les détails, des astuces pouvant faire renaître, un jour, cette expérience ancestrale.

Les groupes folkloriques, les amis du Gévaudan de France, d’Angleterre, d’Allemagne ou de Belgique savent quel artisan hors pair ils viennent de perdre. Marius était la chaleur humaine personnifiée. Infatigable, il continuait à assurer foires et animations, en rentrant tard, parfois la nuit, seul, après la mort de son épouse, il y a un an. La disparition de sa brave Marie l’avait beaucoup affecté.

À 88 ans, une maladie insidieuse s’est développée. Elle a terrassé le chêne mais la lumière de ses verts feuillages reste à jamais gravée dans le cœur de tous ceux qui le connaissaient. »

 Midi Libre

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Retrouvez également cette vidéo d’un entretien avec lui réalisé par  Gilbert Corbières pour LRTV.
©laremiseproductions.05.2014.

Une émission lui a été aussi consacrée sur France-Bleu. Ecoutez la en cliquant ici.

Les jougs « en bois massif », par Lionel Rouanet

Lionel Rouanet au travail à la hâche

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Voici le second volet consacré à la fabrication des jougs, à la suite de l’article consacré aux jougs en bois contre-collés. 

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Voici une argumentation en faveur des jougs massifs pour « donner la réplique » à l’article de Michel sur les jougs contre-collés.

D’abord, Michel, rassure-toi, ta pratique en autodidacte vis-à-vis de la fabrication des jougs, n’enlève rien à tes connaissances, tes qualités techniques et manuelles de réalisation, aussi bien pour les jougs que pour le charronnage.

Réflexion sur l’apprentissage, la transmission.

Le fait d’apprendre par soi-même n’a rien de dévalorisant, au contraire surtout quand il s’agit de savoir-faire en voie imminente de disparition.

Certes, bien souvent, comme dit le proverbe : « Mieux vaut un qui sait que dix qui cherchent ». Mais quand le « un qui sait » se fait rare, les « dix qui cherchent » sont les bienvenus.

Et puis les « dix qui cherchent » permettent parfois, par un regard neuf et un questionnement « innocent », d’améliorer la maîtrise du « un qui sait ».

La transmission, l’apprentissage et la découverte (relative ou non) des savoir-faire et des savoirs méthodologiques est quelque chose de délicat.

« Apprendre par soi-même ». Peut-il au final en être autrement ? Certes le fait d’avoir un (ou plusieurs) « maître » va aider, bien sûr et faire gagner beaucoup de temps, évidemment. Mais ce n’est certainement pas parce que le « maître » sait, que « l’élève » apprend.

Celui qui souhaite apprendre ne peut digérer la situation d’apprentissage que par lui-même, quand bien même elle soit prémâchée et pour autant que le maître soit bon.

« La connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que l’information. » Albert Einstein.

Un proverbe, me semble-t-il attribué à Confucius, dit également à ce sujet :

« Plus le maître enseigne, moins l’élève apprend ».

Avons-nous eu besoin d’un « maître » pour apprendre à marcher ? C’est pourtant une prouesse d’équilibre vis-à-vis de la grande famille des mammifères que nous sommes. Si nous avions appris à marcher à l’école, il y a fort à parier que le nombre de boiteux serait conséquent!

La remarque est identique pour ce qui est de l’apprentissage de la parole!

Pour la génération des années 1920 ou 30, derniers à avoir été, selon l’origine des familles, peu à l’école ou « en pointillé » et « quand c’était possible », cela a-t-il empêché d’apprendre à ceux qui en avait l’envie? Cela leur a-t-il empêché de s’élever et d’avoir parfois de nombreuses connaissances et une grande culture ? Non, bien sûr!

Par rapport « à l’artisan parfait et aguerri » pour te citer, je ne vois pas pourquoi en tant qu’autodidacte tu ne pourrais pas accéder à cette « qualité ». En fait, pour apprendre, (si on exclut les considérations sociologiques ou corporatistes) il faut seulement le désir d’apprendre, puis se placer (en conscience) en situation d’apprentissage. C’est ensuite l’idée que l’on a (ou que l’on a reçue) du résultat et l’envie d’y parvenir, qui conditionneront la qualité du travail, pour un niveau de compétences atteint.

Contrairement à celui dont la situation d’apprentissage est l’école ou un centre de formation, un autodidacte n’a pas un enseignant fixe et régulier, mais il a néanmoins des modèles et des repères, ceux qu’il choisit au fur et à mesure qu’il observe, qu’il avance et qu’il découvre1.

1 Découvrir : dé-couvrir. Enlever la couverture … sur ce qui existait déjà. Jean-Pierre Lepri.

Marius St Léger, ancien sabotier et jougtier de Lozère, dit à propos de ses apprentissages : « J’étais un voleur avec mes yeux ».

Pour ma part, la situation d’apprentissage a été, un peu malgré moi (mais j’en suis ravi, merci Olivier), essentiellement au contact d’un homme de métier: René Alibert.

Elle a des avantages: d’abord tout simplement de maintenir un contact humain sympathique entre générations; puis d’éviter des erreurs en ne cherchant pas à réinventer l’eau chaude, ce qui se traduit par un gain de temps qui, dans le cas des jougs, est loin d’être négligeable tant leur géométrie est tarabiscotée2 (au sens quasi propre du terme), surtout ceux du secteur Aveyron, Lozère, Sud du Massif Central, Tar, voire également ceux de l’Occitanie languedocienne en général. (Je ne connais pas tant les autres.)

Quelle perte d’énergie et de temps cela aurait été pour moi de chercher à retrouver depuis le début, une méthodologie et des gestes utilisant uniquement des outils manuels ancestraux, que le père à René Alibert et ses prédécesseurs ont mis des décennies (voire des siècles) à élaborer et améliorer ! 3

2 Tarabiscoter : 1er sens : Travailler, effectuer des moulures au tarabiscot. Le tarabiscot est un outil manuel relativement simple, composé d’un manche en bois serrant un « fer » à la forme négative du profil à réaliser. C’est l’ancêtre de la toupie ou de la défonceuse.

3 Petit remerciement au passage, à Joseph Alibert, le père de René qui durant sa vie professionnelle s’est beaucoup interrogé sur la méthodologie de fabrication et la forme la plus adaptée (pour le modèle régional), avec le meilleur rapport efficacité/poids. Il a exercé le métier un peu plus de 30 ans avec une moyenne légèrement supérieure à 300 jougs par an …

Sans compter que la réalisation d’un joug n’est pas seulement une histoire de copeaux ! Je ne dis pas cela en rapport avec ton article, Michel, mais seulement parce que ces lignes me donnent l’occasion de le préciser. Je sais bien qu’il en est de même pour les autres métiers traditionnels du bois, mais dans ce cas-là, le résultat s’adapte au vivant! Il faut aussi avoir les connaissances et la pratique de l’utilisation. Visualiser « comment les bêtes tirent, travaillent ». Si c’était d’une relative évidence pour la génération de René ayant baigné durant l’enfance, dans la fin de la longue époque, ère même, où « la corne arrachait tout », ça l’est bien moins pour ma génération, par exemple. Parfois au début, René me disait :

  • « là tu peux tirer plus de bois … » ou « hop, là, n’en tire pas plus parce que sinon les bêtes elles vont être trop comme ça … ou comme ça. Tu vois. »

Et là, selon les cas, je me pensais :

  • « ben euh … » !

Et généralement je posais la question pour en savoir un peu plus, sur ce qui pour lui était d’une grande évidence.

Pour en finir avec ma réflexion sur l’apprentissage, je tiens encore à ajouter que pour progresser dans un art, à mon avis, en plus de le pratiquer aussi souvent que possible, il faut aussi la volonté de le transmettre ou de le partager d’une manière ou d’une autre. Car le simple fait de montrer des gestes, de re-verbaliser ses propres connaissances ou d’échanger à leur sujet permet de prendre conscience du « qu’est-ce que je sais, pourquoi, comment je sais », de constater ses faiblesses ou ses lacunes, puis de découvrir ce qui éventuellement manque, pour le reconstituer et finalement s’améliorer, s’élever dans cet art. Mais attention selon les cas à ne pas vouloir trop en dire : « plus le maître enseigne … »

Revenons aux jougs.

L’article de Michel expose très clairement la problématique de la qualité des bois nécessaire à la réalisation des jougs et donne une réflexion intéressante sur l’utilisation du bois collé, ses avantages et la mise en œuvre.

Vu qu’il donne des informations détaillées sur ses « prototypes » de jougs en contrecollé, je vais essayer d’en faire autant à propos de ceux en bois massif. Pour cela je vais devoir ré-aborder un peu le sujet de la qualité de bois nécessaire.

Pour ma part, bien que la réflexion de Michel soit très cohérente, je continuerai à réaliser, autant que possible, des jougs massifs. Vous comprendrez quelques-unes de mes motivations dans ce qui va suivre.

L’approvisionnement en matière d’œuvre.

Il est vrai de nos jours, que l’approvisionnement en bois d’œuvre pour la réalisation des jougs est quelque chose de plutôt compliqué à moins d’avoir des bois ou des haies à soi, ainsi qu’une marre ou un étang.

Dans le temps.

A l’époque où la réalisation des jougs n’avait pas connu d’interruption, ce n’était pas le jougtier qui fournissait le bois, mais le paysan ! Du moins pour ce qui est des jougtiers professionnels itinérants ou pour le cas des fabrications occasionnelles et non professionnelles par un paysan averti qui réalisait des jougs pour lui ou pour un voisinage plus ou moins étendu. C’est-à-dire la grande majorité des cas.

Ceci n’est peut-être pas vrai dans le cas où c’était le charron du village qui s’occupait de la fabrication des jougs du secteur. Et encore!? Info à rechercher.

J’ai souvent entendu dire par des personnes nées entre les années 1920 et 40, dans l’Aveyron ou le Tarn, que dans leur enfance les charrons ne travaillaient pas seulement à leur atelier mais aussi sur place, chez des paysans, pour la réalisation des caisses de véhicules. Ils étaient alors eux aussi des itinérants occasionnels, et à cette occasion travaillaient un bois fourni par le paysan « client ». Un bois souvent vert d’ailleurs, seules les pièces comportant des tenons (ou faisant office, traverses en queue de billard, par exemple) étaient impérativement en bois bien sec.

À cette époque, les paysans prévoyaient le bois d’œuvre pour les artisans, c’était quelque chose de culturel. Ils coupaient souvent le ou les arbres à l’avance et le pied de bille était conservé dans l’eau, dans le « pesquier 3» ou la « soumpe 4» remplie d’eau par les eaux d’écoulement et résultant du trou qui avait été réalisé lors de la fabrication de la maison pour extraire et gâcher la terre, matière première du mortier souvent « d’agasse 5» utilisé avec parcimonie pour les maçonneries de la ferme.

4-5-6 : mots d’origine occitane, suivis entre parenthèses de la en graphie occitane puis de la graphie phonétique française, et de la traduction.

pesquièr ; pésqu : le vivier

sompa ; soumpo : la marre

6 agassa ; agasso : la pie

Mortier d’agasse : analogie au mortier que font les pies pour lier les branches de leur nid. Les mortiers d’alors étaient souvent très maigres en chaux qu’il fallait acheter.

Nota : ò se prononce o « ouvert ». La syllabe soulignée est celle de l’accent tonique.

Si le bois n’était pas dans l’eau à attendre son utilisation, alors le jougtier le coupait le jour même. Mais pas n’importe quel arbre! Comme il faut un bois de qualité, le choix se faisait d’un commun accord entre le paysan et l’artisan, car dans les fermes, la croissance des arbres était observée. Si ce n’était pas le paysan lui-même, car peut-être trop jeune, c’était son père ou son grand-père qui savait si tel arbre « pouvait faire », s’il n’avait pas quelque branche trop basse qui avait été avalée par la croissance ou quel qu’autre défaut caché. Ainsi les mauvaises surprises étaient évitées au maximum. Peut-être dois-je préciser que pour faire un joug, nul besoin d’un arbre multi centenaire ! Un frêne de 50 ans est déjà très souvent largement suffisant, ce qui veut dire qu’il y a dans la mémoire collective des habitants d’un lieu, les souvenirs de sa croissance et donc de sa possibilité d’utilisation pour telle ou telle application. Il faut rappeler aussi qu’à cette époque, antérieure au remembrement, les arbres étaient généralement cultivés et soignés. Ils s’appelaient des « têtards 7» », des « trognes 7» ou autre selon les régions …

7 Arbres de haies au houppier relativement bas, élagués périodiquement, entre 3 et 5 ans. La ramure fournissait à la fois des feuilles pour le bétail et des branches pour les fagots.

Pourquoi le bois était-il (et est toujours) mis dans l’eau ?

Pour répondre, il faut commencer par dénoncer un abus de langage : « on mettait le bois à sécher dans l’eau ». Non ! On met le bois à conserver dans l’eau.

Pour cela il faut que l’immersion soit totale ou presque. Ce qui altère le bois, c’est le fait d’être à l’humidité, un peu dans l’eau, un peu dans l’air.

Pour avoir une immersion la plus complète possible, ou totale (le bois coule), il faut que le bois soit mis à tremper au plus vite après sa coupe, tant qu’il a une densité proche de 1.

Le fait de le mettre à tremper au plus vite lui évite aussi de commencer à fissurer, surtout par temps de vent, ce qui peut aller très vite sur des sections telles que celles nécessaires à la réalisation des jougs. D’autant plus si la bille n’a pas déjà été fendue (aux coins, de manière volontaire) et ramenée à la section nécessaire, ce qui lui enlève une forme de raide et la libère de certaines tensions.

Réaliser un joug dans une pièce sèche déjà fissurée ou fendue (même peu), ce serait prendre le risque d’avoir un morceau de bois devant être conservé qui se détache avant la fin de la fabrication, surtout dans le cas de modèles de jougs couvrants et donc moins droits.

Dans l’eau, le bois va rester relativement tendre. Chose très importante lorsqu’on travaille avec une hache ou une herminette. Ces outils ne sont pas adaptés au bois sec. Ils y rentrent plus difficilement, génèrent donc plus de chocs et vibrations et deviennent désagréables à manier.

Dans l’eau, surtout dans de l’eau courante, le bois va également se rincer peu à peu de sa sève, donc d’une très grande partie des éléments nutritifs pour les insectes xylophages. La sève contient de l’amidon et autres types de matières sucrées. La structure du bois : cellulose, lignine leur semble beaucoup moins à leur goût.

Ce deuxième intérêt du trempage du bois est d’autant plus important dans le cas des jougs, que l’on peut très difficilement garantir une réalisation sans aubier restant, contrairement à la charpente ou la menuiserie. D’une part pour des problèmes de dimension de bille, d’autre part car certains des bois utilisés n’ont pas l’aubier distinct. Or c’est l’aubier qui contient la sève élaborée redescendant de la ramure.

Bon, malgré tout, à propos de l’éventuelle colonisation par des insectes xylophages, ne nous mettons pas « martel en tête » car un joug, c’est fait pour servir ! Or, selon une maxime populaire « bois qui travaille ne cussoune pas ». (Ne prends par les vers.)

Il faut par contre se méfier du bois trempé (ou flotté, selon les façons de dire) lorsqu’on a terminé de le travailler et qu’il va débuter son séchage. Celui-ci est bien plus rapide qu’avec du bois non trempé, car dans le dernier cas, la sève, visqueuse, freine le séchage. Dans l’autre cas, rincé de sa sève, l’eau en sort très vite, comme d’une éponge.

Selon les dires d’anciens, le bois ayant trempé est plus dur une fois sec qu’un bois de même essence n’ayant pas trempé ; ce qu’il me semble avoir vérifié, mais c’est une notion assez subjective en l’absence de la mise en œuvre de tests à la rigueur scientifique.

Aujourd’hui.

Aujourd’hui, les choses dont je viens de traiter dans les deux paragraphes précédents sont largement tombées en désuétude. Même les menuisiers se font rare puisque les meubles et menuiseries ou ersatz de ceux-là, ne sont plus en « bois de pays », mais importés souvent de bien loin par des « chaînes » de grand magasins spécialisés. Le remembrement commandité il y a quelques décennies et la « rationalisation » de l’agriculture nécessaire à sa mécanisation motorisée sont passés par là. J’insiste sur mécanisation motorisée, car la mécanisation « seule » existait déjà depuis un temps plus ou moins long selon les régions. Une faneuse tirée par un ou des animaux n’est-elle pas déjà une machine mécanique ? Pour ce qui est de la mécanisation motorisée, encore faudrait-il préciser : celle liée aux moteurs à combustion interne (essence ou diesel), car là-encore les machines à vapeur avaient déjà colonisé les campagnes mais avec un « impact » bien différent. Enfin, tout cela est une autre histoire!

Difficile donc de nos jours de s’approvisionner!

Pourtant les beaux arbres ne manquent pas tant que ça. Mais ils sont souvent à quelqu’un d’autre !

Et puis, même les pieds de billes partent en bois de feu, vu qu’ils ne valent quasiment plus rien d’autre. Pourquoi s’embêter à aller chercher l’arbre ? Combien de fois ai-je entendu des gens dire, parfois en se vantant même, « mais ça, on s’emmerde pas, on le crame ! »

Evidemment, on ne peut pas contester le fait qu’il est largement plus commode d’aller acheter du résineux plus ou moins prêt à l’emploi chez un marchand de matériaux, lorsqu’on a besoin de bois d’œuvre, que d’aller abattre avec soin un feuillus approprié (voire un résineux), le sortir de la coupe, le faire scier ou le dégrossir à la hache puis le faire sécher, là aussi avec soin, où le mettre à conserver dans l’eau !

Chez René Alibert il y a quelques années. Morceau de bois fraîchement sorti de l’eau dans laquelle il avait été mis déjà fendu. Celui-ci donnera un joug de taille modeste. Il a pour litière les copeaux des jougs précédents. On devine son galbe naturel, dans lequel sera placé le galbe fonctionnel du futur joug.

 

De l’intérêt des jougs massifs.

Les arguments que je vais présenter en faveur des jougs massifs sont beaucoup plus subjectifs que les arguments « techniques » que l’on peut trouver aux jougs en lamellé.

Je vais d’ailleurs commencer par une précision en revenant sur un procédé qu’aborde Michel. Les jougs massifs peuvent et ont très souvent été boulonnés depuis que ces méthodes sont accessibles. Il n’est pas rare de voir des vieux jougs « ferraillés ». La pose de boulons ou autres éléments de renforts actifs ou passifs (chevilles, clous, tôles de préservation contre l’usure du timon ou de la cheville métallique d’attelage …) peut très bien se faire dès l’origine. C’était même d’un usage quasi systématique dans les régions utilisant des anneaux et chevilles d’attelage métalliques.

Pour suivre, il me faut préciser quelle fut ma motivation d’apprendre avec René Alibert : empêcher que le savoir-faire ne se perde. Depuis tout petit, je suis très attiré par les métiers manuels et anciens.

Partant de là, il est logique pour moi de continuer, comme René me l’a transmis, même si mon côté « technicien » comprends très bien les intérêts du bois collé.

De même, vu qu’un joug est un outil de paysan, cela me semble logique de continuer dans le sens d’une agriculture paysanne où les arbres ne sont pas relégués aux seules forêts mais font partie intégrante du paysage, bordent les champs et les prés. Une agriculture où ils ne sont pas seulement considérés comme futur combustible ou future matière première de l’industrie, mais comme un tout, en commençant par leur utilité (et leur beauté) de leur vivant, puis par la possibilité pour les beaux sujets de fournir du bois d’œuvre pour un artisanat le plus local possible.

Utiliser du bois massif, local, c’est d’une certaine manière aller dans le sens d’une agriculture paysanne.

Le second argument découle un peu du premier : un joug en bois massif peut être construit par un Homme seul, disposant de peu de moyens techniques, se passant de la filière industrielle et utilisant des outils exclusivement manuels en nombre restreint et fabricables de manière artisanale avec un coût de matières premières accessible et un bilan énergétique global soutenable à grande échelle.

Les déchets que sa fabrication génère sont seulement des copeaux, sans colle ou produits chimiques de synthèse. Son seul « traitement » a été le trempage. En fin de fabrication, le joug était aussi parfois « flambusqué » après onction de gras animal. (D’huile de vidange dans les dernières années !)

Ce schéma de fabrication est donc reproductible à très grande échelle et accessible au commun des mortels, (Ce qui est déjà le cas dans nombre de pays) quelle que soit la conjoncture globale du CAC 40 et le niveau de croissance des pays de l’OCDE !

Ceci peut paraître utopiste, passéiste, … Je sais. Cela mérite tout de même d’être considéré.

« Ne pas railler, ne pas déplorer, ne pas maudire, mais comprendre. » Spinoza.

Je termine cet argument par une petite analogie. À l’époque pas si lointaine de mes grands-parents, toute proche en fait, il faut bien le dire, (on ne peut pas considérer l’humanité seulement depuis le début du XXème siècle ou la généralisation d’un e-machin/chose) et bien en ce temps-là, les gens un tant soit peu dégourdis se débrouillaient quasiment de tout, avec quasiment rien. De nos jours, en France et bien d’autres pays, nous avons « tout » (ou du moins énormément de moyens technologiques et de confort matériel) pour faire … dont je ne vois pas très bien la finalité à long terme.

Dernier des arguments, encore plus subjectif : la beauté. Je ne dis pas que les jougs en lamellé ne sont pas beaux, loin de là, ils ont également leur beauté propre. Mais pour moi, c’est différent. Ce procédé me touche beaucoup plus dans d’autres applications, comme pour une hélice d’avion par exemple. Bon je sais, il n’y en a plus beaucoup en bois, on va encore me traiter de passéiste nostalgique!

Les jougs massifs ont une beauté plus simple, forcément. Quelqu’un de curieux peut deviner par lui-même dans quel secteur de la bille a été taillé le joug, compter l’âge du « morceau de bois restant », s’émerveiller de telles ou telles veines et les suivre d’un bout à l’autre …

Voici quelques photos faisant « le tour de la question »:

Je ne voudrais pas que ce texte laisse penser que je critique négativement l’intention de Michel. C’est tout à son honneur d’œuvrer sur plusieurs plans et de manière si active, pour que continue de vivre tout ce pan des connaissances et savoir-faire humain. Par contre j’ai voulu donner quelques arguments pour la méthode traditionnelle, ne serait-ce que communiquer à son sujet et par conséquent participer à ce qu’elle continue d’exister et de servir.

Lionel Rouanet

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A voir aussi:

« La géométrie de jougs occitans » 

« Deux génisses Rouergates parties faire leurs études à l’université de Méras en Ariège viennent de rentrer au pays » 

« Réglage d’un joug neuf Alibert, chez Laurent Janaudy à Manziat (01) »

Fabrication de jougs en bois contre-collés par Michel Nioulou

 

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Cet article est le premier d’une série de deux. J’ai rédigé le premier à propos d’une fabrication expérimentale en bois contre-collé.

Le second, pour faire écho à ce premier article, traitera des jougs massifs et paraîtra dans quelques jours. C’est Lionel Rouanet, jeune jougtier aveyronnais qui l’a rédigé.

Michel Nioulou

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La fabrication de jougs en bois contre-collés

Le joug est la pièce maîtresse d’un attelage de bovin.

De la taille à l’ajustage, sa réalisation nécessite un travail fastidieux et précis.

J’ai déjà réalisé de nombreux jougs du type « Charollais découpés » appelés ainsi parce qu’ils présentent un corps central aux formes arrondies et élégantes, et par opposition aux jougs dits « droits », taillés dans une section triangulaire qu’on trouve aussi dans la région, et assez similaires aux jougs droits du Morvan.

Joug découpé Charollais

Jougs droits Charollais

Ma pratique en autodidacte ne me place pas ici en artisan parfait et aguerri aux techniques rodées depuis des décennies, comme peuvent l’être René Alibert, Marius Saint-Léger et plus récemment Lionel Rouanet. Ma contribution à la fabrication actuelle de jougs de travail reste modeste, mais il me semblait peut-être intéressant de présenter une fabrication non conventionnelle que j’ai mise en œuvre.

Utilisation de bois contre-collés

Une demande de fabrication d’un gros joug de bœuf (18 kg) d’un modèle du Velay en Haute-Loire m’a amené à tester l’utilisation de bois contre-collés pour la réalisation d’un joug de travail (débardage surtout).

Les jougs Charollais nécessitent des pièces de bois de sections modestes de 15 X 15cm et l’approvisionnement en bois ne posait jusqu’alors que peu de soucis.

Mais devant la problématique de trouver une pièce de bois de 25 X 25cm par 165 cm de long, pour réaliser le joug du type « Velay », j’ai décidé de tenter de le réaliser en bois contre-collé.

Outre le fait que les formes sont fortes et épaisses, le joug de bœuf à réaliser, présente contrairement au joug Charollais, la particularité d’avoir les têtières positionnées selon des angles aussi bien dans sa longueur que dans sa vue de face.

Les jougs aveyronnais en particulier, présentent aussi cette caractéristique qu’on ne retrouve pas ici en Bourgogne.

Du fait de ses alignements avec angles, la section initiale se trouve augmentée.

De plus, à contrario des jougs charollais qui ont des logements ne prenant que le quart supérieur de la corne, la prise aux cornes du joug du Velay est réalisée par des logements qui prennent la moitié arrière des cornes, ce qui augmente d’autant la taille nécessaire de bois vers le bas du joug.

Choix de la réalisation :

Pour la fabrication, deux options « classiques » étaient possibles.

  1. Travailler traditionnellement avec une bille en vert en plaçant le cœur le plus possible sur un côté.
  2. Travailler à partir d’une section sciée hors cœur pour limiter le fendage.

Dans les deux cas :

→ la bille doit être de section conséquente

→ le risque de fendage au séchage est important.

Face à ces contraintes, surtout celle de trouver une section suffisante, j’ai décider d’opter pour une troisième solution, celle de travailler en bois sec contre-collé.

Ceci m’a permis de contourner le problème de la section et du bois qui fend au séchage.

On peut se permettre aussi d’utiliser des planches ou des plateaux qui ne sont pas nécessairement parfaits. Le fait de les coller, de contrarier les fils du bois et les forces entre chaque pièce, donne un résultat final d’une pièce de bois stable et de bonne tenue.

La réalisation.

Les plateaux et / ou les planches sont dressés puis collés à la colle polyuréthane et mis en presse pendant 24 heures.

Ensuite, contrairement à ce que pratiquent Lionel Rouanet et René Alibert, le joug est tracé avec des gabarits réalisés à partir des modèles d’origine en adaptant les têtières à la taille finale souhaitée.

 

Gabarits du joug « Velay »

Gabarits du joug « Charollais »

Sur la hauteur du joug, les plateaux sont placés sur champs (la face du joug présente la face des plateaux) afin de garder au maximum une continuité de fil sur la longueur, plateau par plateau.

 

Puis, comme pour un joug massif, intervient la taille de dégrossi réalisée mécaniquement (scie à ruban, tronçonneuse), puis la taille de finition réalisée à la hache, herminette, plane, ciseaux, gouges et râpes.

Pour avoir rencontré les enfants de la famille de jougtiers Clément / Michel de Charolles, hormis l’utilisation de la tronçonneuse, la réalisation des jougs charollais suivait ces étapes de fabrication : travail sur bois sciés en section, tracés aux gabarits, taille de dégrossi mécanique puis taille de finition manuelle.

A la différence des jougs massifs, les jougs en contre-collés sont directement boulonnés à la fabrication au niveau du corps central autour du point de traction et éventuellement sur les têtières afin d’assurer au maximum la solidité de l’ensemble.

 

Par sécurité, au niveau des parties les plus fragile aux fortes découpes comme le bas des passages de liens ou le haut des logements des cornes, des chevilles collées en force sont positionnées afin d’éviter, sur un choc, la rupture sur le fil du bois.

 

Il faut noter que de telles faiblesses peuvent être de la même façon la cause de ruptures sur un joug en massif.

Mais on peut penser qu’avec ce type de fabrication, du fait du croisement des fils de plusieurs plateaux contre-collés, le risque de telles ruptures peut être diminué.

Une mise en peinture à la peinture traditionnelle (pigments, huile de lin, blanc de Meudon et essence de térébenthine), permet de protéger le joug de la pluie. La peinture traditionnelle, contrairement aux peintures modernes, ne pellicule pas, ne cloque pas et ne se décolle pas, car elle pénètre bien la fibre du bois.

De plus, esthétiquement, les pigments présentent des couleurs profondes incomparables.

  

Une fois terminé, le joug a été ajusté sur les deux gros bœufs Aubracs de Marcel Margerit à la Roche-sur-Foron (74). Cliquez ici pour voir.

Il travaille avec le joug sans problème depuis presqu’un an (débardage, labour, charrois).

Un second joug en contre-collé a été réalisé selon un modèle « Charollais » légèrement modifié sur demande au niveau du corps central. Son utilisation en Corrèze depuis six mois avec des bœufs Limousins en dressage n’a pour le moment posé aucun problème de stabilité (solidité et fente). 

Même si cette fabrication n’est pas des plus traditionnelles, elle est le fruit de contraintes qui poussent à trouver une solution pour les dépasser.

Il n’est pas si fréquent qu’on réfléchisse aujourd’hui  sur une problématique appliquée à la fabrication d’un joug de bœuf.

Je ne sais pas si cette solution est la panacée et si elle est révolutionnaire (loin de là je pense!!), mais cette expérimentation a, pour le moment, donné une réelle satisfaction de fabrication, d’utilisation et de stabilité.

Surtout, elle résout pour ma part, le soucis de l’approvisionnement en grosses pièces de bois tout en évitant les problèmes de fentes des bois post-fabrication.

Affaire à suivre…

Michel Nioulou

Réglage d’un joug neuf chez Bernard Sarraire à Objat (19) au printemps 2015

Voici quelques photos du réglage d’un joug neuf « Nioulou » réalisé en bois lamellé-collé chez Bernard Sarraire au printemps 2015.

Ses deux jeunes boeufs Limousins sont encore en dressage.

 

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