Christine Arbeit et Jo Durand, nous ont communiqué cette vidéo du matériel de levage, le « Ramé » conçu par Philippe Kuhlmann, en démonstration aux rencontres de bouviers 2016 à Ungersheim (68).
Merci à Christine et Jo pour leur contribution.
La famille Czubak gère un lieu unique où se côtoient les neuf races de chevaux de trait (cliquez ici pour voir). Mais le dressage de bovins de travail fait aussi partie de leur expérience.
Après le dressage d’une première paire de bovins qui n’a pas abouti, c’est une paire de boeufs Parthenay qui a été mise au travail.
Retrouvez quelques photos et vidéos des boeufs Parthenay de Jérome Czubak sur le facebook des Roulottes de l’abbaye en cliquant ici. et en cliquant ici.
Facebook des Roulottes de l’Abbaye en cliquant ici.
Merci à Solène Gaudin pour sa communication de vidéo et d’informations.
Durant l’hiver, de nombreux petits travaux d’entretien sont à faire sur la ferme. L’entretien des haies en fait partie, notamment leur nettoyage en évacuant le bois mort afin de permettre aux jeunes arbres de pousser. Ce bois servira pour le chauffage hivernal.
Un ou deux bœufs peuvent être utilisés, ici, on travaille avec Varo et Grivé, la paire de boeufs Vosgiens de Manu Fleurentdidier ( formateur traction animale, CFPPA de Montmorillon).
On leur met le joug auquel on accroche un chaîne munie d’un ressort de traction et d’une arête de poisson, sans oublier la chaîne de débardage. On amène les bœufs devant le bois à sortir, on accroche notre chaîne à l’arbre puis on la met dans l’arête de poisson.
On demande aux bœufs de faire demi-tour sur place et on avance pour sortir le bois à deux ou trois mètres de la haie. On laisse le bois puis on recommence l’opération plus loin.
On essaye de regrouper les bois ensemble pour pouvoir les reprendre par la suite. Les gros bois seront rapportés directement en traîne directe à la ferme pour être débités. Pour les petits bois, on attelle les bœufs à un avant train muni d’une remorque et on ramasse le reste.
Monsieur Johny Krau double actif dont une partie agricole, nous a envoyé des informations sur son activité avec ses bovins d’attelage.
Il a dressé par passion voici 8 ans deux vaches Simmentals qu’il utilise lors de fêtes locales et aussi pour quelques travaux sur l’exploitation.
Merci à lui pour cette contribution. Il nous présente son parcours.
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Alsacien (bien du cru !) agé de 54 ans, je réside dans un petit village à 80 kilomètres au nord de Strasbourg dans une région vallonnée au pieds des Vosges, appelée « L’Alsace Bossue », jadis très rurale à dominante herbagère et donc terre d’élevage.
Les bovins de race Simmental étaient présents dans chaque ferme à des fins laitières et aussi comme bêtes de travail.
Comme partout les petits exploitants ont disparus de nos villages et il ne reste plus qu’1 ou 2 éleveurs par commune …
Un des derniers à suivre une double activité, je continue, tant bien que mal, à exploiter (par passion et tradition) un petit train de culture d’une qinzaine d’hectares en marge d’une activité salariée de cadre administratif dans une PME.
Avec l’aide, l’encouragement et le savoir faire indispensable d’un ami voisin de 88 ans, j’ai repris l’attelage il y a 8 ans avec une paire de vaches Simmental de notre cheptel, Rosette et Brunette.
Inutile de vous préciser que se ne sont pas des bovins mis à contribution pour l’exploitation quotidienne de la ferme, loin de là ! Il s’agissait et toujours encore, pour moi, de sauvegarder cette noble activité de bouvier et tout ce qui l’entoure.
Que d’excellents moments inédits passés depuis !!!! une histoire de vie aussi !




En préambule des rencontres de bouviers 2016 qui se dérouleront en Alsace à l’écomusée d’Ungersheim du 5 au 8 mai 2016, Philippe Kuhlmann nous livre une réflexion autour de l’attelage bovin aujourd’hui.
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A la veille de la 11ème rencontre des bouviers, je rebondis sur l’article de Lionel (et par voie de conséquence de Michel Nioulou. Autodidacte ou apprenti, chaque parcours est le fruit de rencontres et d’opportunités.
Je partage l’avis de Lionel qui dit que le maître peut éviter bien des erreurs mais que ce que l’on a appris et vérifié par soi-même est bien mieux assimilé.
Il est cependant essentiel d’ancrer et de conforter les connaissances par de la pratique. J’aime bien l’histoire que me contait mon grand-père né en 1902 :
« A Vienne, un gamin portant un violon dans sa boîte s’adresse à un policier et lui dit : « Quel est le chemin le plus court pour aller à l’opéra viennois ? ». Et le policier de lui répondre : « De l’exercice jeune homme… beaucoup d’entraînement !… ». C’est en forgeant que l’on devient forgeron ! »
Ceci s’applique aux bouviers autant qu’aux bœufs de travail. Ce n’est pas au pré en regardant passer les trains que les bœufs vont apprendre à travailler.
Je vais reprendre le sujet des jougs massifs ou contrecollés…En 1980, j’accompagnais Gusti, l’un de mes maîtres, paysan, débardeur, bûcheron, maréchal-ferrant, boucher, tonnelier, fromager, vétérinaire… et surtout paysan, et nous allions chercher les vaches pour les traire. En passant dans une zone de pré-bois, je le vis s’arrêter, s’accroupir, sortir le canif de sa poche, tailler un bâton, le pousser en terre près d’un jeune saule qu’il plia pour lui donner une courbure à la base et il le lia au bâton qu’il avait enfoncé dans le sol. Il me dit : « Le saule marsault est la meilleure essence pour faire les cornes de schlitte et il est rare de trouver les arbres qui ont la courbure naturelle pour réaliser ces dernières ». Les saules ainsi pliés pouvaient être utilisés dans douze à quinze ans. Gusti n’a plus fait de schlitte après 1988 ! Merci pour ce qu’il m’a donné et paix à son âme…
Les paysans observaient, et comme dit Lionel, connaissaient le bois. Ils avaient une connaissance profonde, presque instinctive du bois, de la matière, de la pierre, de la vie, des animaux, connaissance que nous perdons à force de repères scientifiques cartésiens et technologiques. Où est le juste milieu entre la connaissance empirique et instinctive et la part acceptable de science avec conscience ? C’est là que mes amis Lionel et Michel se rejoignent. Ils veulent faire perdurer un art, des connaissances, des savoir-faire menacés qui pourtant seront indispensables à la survie des générations futures.
Jougs massifs, jougs contrecollés, occitans, jougs vosgiens traditionnels, jougs vosgiens modernes avec matelassures incorporées…
Même si mon argument de rapidité de liage me paraît primordial, je suis convaincu qu’il est important que des connaisseurs continuent à lier des bœufs avec les jougs aveyronnais ou occitans, sachent les fabriquer, fassent des recherches pour en fabriquer de nouveaux modèles.
Cela fait trente-cinq ans que je tâtonne, expérimente, avance, régresse, tire des leçons, donne des leçons, prends des gamelles. Lionel disait « voler avec les yeux » ! Oh que oui ! Mais où sont passés les maîtres dignes de ce nom, ces hommes et ces femmes qui ont pratiqué l’art du menage à une époque où il n’y avait pas d’autre alternative que la traction animale, qu’à la moindre difficulté on remise les bœufs et on prend le tracteur ou le 4×4 ? Ces maîtres nés en 1903, 1908 ou 1923 ne sont plus de ce monde et n’ont point été remplacés. Ils détenaient beaucoup de connaissances, d’expériences même s’ils n’étaient pas forcément tous ouverts à des évolutions, des techniques.
A ce jour, nous avons en France un blog qui fédère les bouviers, qui fait un trait d’union entre les différents partenaires, les professionnels, les aspirants, les vendeurs, les acheteurs de bœufs dressés. Merci Michel, tu fais un travail considérable. Nous avons un journal « Sabots » qui diffuse les informations et se fait le porte-parole de ceux qui ont quelque chose à faire partager, merci Daniel et François. Nous avons un centre de formation qui enseigne les rudiments de l’attelage bovin et une première prise de contact. Il a le mérite de permettre à des bouviers en herbe de mettre le pied à l’étrier. Nous avons beaucoup de gens qui attèlent pour leur plaisir et ainsi conservent le savoir-faire. Sans obligation de résultat, ils ont le mérite de maintenir le tissu rural vivant, de se tenir à atteler régulièrement, du moins assez régulièrement pour que leurs animaux ne perdent pas leur niveau de dressage. Nous avons encore quelques éleveurs qui, contre vents et marées, élèvent des animaux de races (ou plutôt de souches) rustiques adaptées à la traction animale, alors que la dernière mouture de la PAC les a encore une fois défavorisés. Nous avons des associations de chercheurs qui créent (ou améliorent) des outils adaptés à la traction animale, mais surtout chevaline malheureusement.
Nous avons eu des ingénieurs qui ont planché quelques années, alliant matière grise et technologie pour pondre un nouveau modèle de joug. Il a peut-être le mérite d’exister !
Les lacunes.
Il manque un centre de recherches en conditions réelles avec une obligation de résultat (seule garantie de travail véritable) qui saurait allier les connaissances empiriques et les technologies actuelles. Ceci dit, il ne faut pas vouloir imiter les tracteurs à tout prix. Il y a quarante ans, en 1976, j’ai demandé à mon prof de machinisme si on ne pouvait pas adapter une faucheuse rotative aux bœufs. A l’époque, j’avais 16 ans, je fauchais à la faux, n’avais pas encore de bœufs, mais des vaches et un poney que j’attelais avec mon frère. Le prof de machinisme du lycée forestier, pourtant très moderne, m’a dit : « Aïe !… La rotative est très gourmande en puissance et n’a pas un impact extra sur la végétation ; si tu veux vraiment faucher avec les bœufs, essaie d’adapter et de transformer les faucheuses à doigts. » Je pense que le XXIème siècle est le siècle de la synthèse entre les méthodes empiriques et les techniques qui ont envoyé ces méthodes au diable, mais que la notion d’économie doit être plus présente que jamais :
Les années 1950-1960 ont vu les roues en bois disparaître au profit d’essieux de Jeep ou autres véhicules costauds. Il existe de nos jours des axes de voitures solides permettant de construire des remorques ou charrettes à moindre frais et de recycler les rebuts de notre société.
Cette rencontre des bouviers 2016 devrait permettre de faire le point sur les moyens à mettre en œuvre pour que la traction animale bovine puisse être le moteur adapté à de petites structures.
L’Ecomusée d’Alsace, avec son directeur Eric Jacob, a choisi de passer au XXIème siècle sachant que les générations futures auront tout à gagner en faisant une synthèse des moyens empiriques qui ont permis à de très nombreux humains de vivre sur cette planète et des avancées technologiques. Le tout, en gardant comme objectif l’économie des ressources de notre planète. Ceci passe par la formation des meneurs, celle des animaux de travail, de matériel moderne adapté à de nouvelles techniques de travail. Il me paraît essentiel de mettre l’accent sur l’efficacité autant technique qu’économique.
Philippe KUHLMANN.
Voici un film de Jean-Louis Cros disponible sur youtube où l’on peut entre-autres voir Jean-Pierre Garrouste et ses animaux attelés sur sa ferme.
« Outre que tous cultivent « bio » dans le même coin du Tarn, trois couples d’agriculteurs ont un autre point commun: ils pensent que l’âge du tout pétrole est révolu et attellent les chevaux de trait, les vaches pour travailler la terre.
Filmés sans commentaire chez eux et dans les champs au long des quatre saisons, ces dé-tracteurs (comme on dit dé-croissants) sont-ils des pionniers ou des doux rêveurs ? »
Extrait du site de grenier d’images:
« Pour faire connaissance avec quelques uns de nos protagonistes, voici notre dernier film de présentation de Trait de vie. Tournage en cours. Sortie prévue à l’automne 2016.
Résumé
Ils et elles portent l’image de paysans et paysannes « hors du temps », de fous, de doux rêveurs. Pourtant c’est dans la recherche d’un bien-être et d’une échelle de vie plus humaine qu’ils développent leur savoir-faire. Ces débardeurs, maraîchers ou même céréaliers qui travaillent avec complicité auprès de leurs animaux de trait, dévoilent la réalité de parcours engagés, atypiques et sensibles. Ânes, chevaux et bœufs leur donnent l’énergie quotidienne dont ils ont besoin pour porter, tracter… mais surtout l’énergie de continuer leur métier. La liberté qu’ils inspirent relève d’une forte volonté pour réussir le pari qu’ils se sont lancés : prouver que la traction animale est encore pertinente et évolutive. »
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Photo issue du site Vosges Matin
Un nuage de mouches enrobe les museaux humides de Milou et Papillon, deux solides bœufs de trois ans, issus d’un métissage entre les races Vosgiennes et Ferrandaises. « Pas bouger ! », leur intime Philippe Kuhlmann. Les deux bovins, de 650 kg chacun, se plient bon gré mal gré à l’ordre du patron. C’est qu’il fait particulièrement chaud en ce jour de juillet sur les pentes du Val de Munster, et les deux auxiliaires en sabots n’apprécient guère de quitter la fraîcheur de leur parc ombragé pour tirer la charrette de foin du bouvier. Une poignée de minutes suffit au paysan pour positionner le double joug sur la nuque des bêtes, qu’il place ensuite devant la charrette, avant de glisser la cheville de métal qui bloque la pièce de bois au timon de l’attelage. Le geste est précis, efficace et réclame juste un peu d’énergie pour forcer les animaux à courber la tête. « Ces deux-là sont parfois rétifs, mais ils ont du potentiel », sourit l’éleveur de Soultzeren. « Sur le plat, ils peuvent tracter un volume de quatre à cinq tonnes, mais beaucoup moins quand ça monte, surtout par ces chaleurs. » Pour récupérer le fourrage qu’il a coupé la veille au soir à l’aide d’une motofaucheuse munie d’une barre de coupe – le seul écart mécanique qu’il s’autorise – Philippe a mobilisé Milou et Papillon tôt dans la matinée, histoire d’épargner les deux poids lourds des effets de la flambée du baromètre. Mais lui était au boulot avant l’aube. Du haut de ses 55 ans, entre les prairies à faucher, le foin à organiser manuellement au râteau en andains avant de le nouer en fardeaux puis de le véhiculer sur son dos jusqu’à une cabane de stockage, l’Alsacien à la chevelure poivre et sel respire l’endurance et n’a jamais compté ses heures. Tout au long de l’été, il bosse tous les jours de 4 h 30 à 23 h, s’accordant juste quelques instants pour déjeuner.
Au fil de la fenaison, il va ainsi porter sur ses épaules plus de 600 fardeaux de foin de 40 à 50 kg ! Ce choix de pérenniser ces pratiques extensives, dictées par le rythme des saisons et l’entretien de son cheptel de 45 têtes, des vaches et bœufs Vosgiens répartis aux beaux jours sur une soixantaine d’ha de pâturages d’altitude et confinés à l’étable en hiver, ce fils de négociant en vin l’assume avec force. Philippe Kuhlmann est pourtant né au cœur des Trente Glorieuses agricoles, cette époque où la campagne de France a jeté aux oubliettes le legs culturel ancestral qui avait modelé ses terroirs. Mais le futur exploitant a regardé passer le train de la révolution verte et les wagons de la mécanisation, de l’élevage hors-sol, de l’arsenal phytosanitaire ou de la monoculture céréalière sans jamais vouloir y embarquer.
« Quand les jeunes de mon âge allaient au bal, je préférais filer écouter les anciens, notamment un vieil oncle fermier dans la vallée de Munster. C’est lui, entre autres, qui m’a transmis le respect de la terre et des plantes. » Inoculé par le virus de la traction animale, il opte tout d’abord pour des études sylvicoles, travaille quelque temps pour l’Office national des forêts, puis s’installe en 1981 à Soultzeren, où il produit du lait trait au pis qu’il vend en circuit court dans les villages de la vallée. En 1994, pour des raisons familiales, il quitte sa ferme perchée sur le piémont alsacien des Vosges et se lance dans une activité de débardage de bois à l’aide de bœufs, de taureaux et de chevaux dans le Massif Central. « En six ans d’activité là-bas, j’ai sorti plus de 35.000 stères des forêts du plateau des Millevaches », dit-il.
Son parcours le conduit ensuite en Suisse, où il devient berger trayeur de vaches. Mais son goût pour l’attelage le tenaille. Revenu dans le Val de Munster en 1999, Philippe Kuhlmann reprend les rênes du dressage de bovins pour les travaux agricoles, réunit son troupeau de Vosgiennes qu’il croise parfois avec des Ferrandaises, cette autre race rustique et docile qui rumine sur les estives de la chaîne des Puys, et partage à mi-temps son expérience en public à l’Ecomusée d’Ungersheim, dans le Haut-Rhin. Aujourd’hui, dans le petit monde quasi marginal de la traction bovine, le paysan vosgien est une référence. Et pour cause : durant sa carrière, il a dompté entre 150 et 160 vaches, bœufs et taurillons, qu’il a sélectionnés quelques mois après la naissance en fonction de leur future aptitude au job. « Je commence le débourrage par des travaux légers, comme le hersage des prairies. Puis les animaux passent progressivement à la fenaison, à la traction des charrettes, à l’épandage de fumier ou au débardage des bois. » Des bêtes obéissantes, formées à la rude, qu’il cède ensuite à des exploitants attirés par un tel retour aux sources, voire à des organismes comme les Établissements et services d’aide par le travail (les anciens CAT), soucieux de développer un relationnel entre l’animal et les personnes en situation de handicap.
Alors un rescapé de la préhistoire agricole, le bouvier de Soultzeren ? Pas vraiment. Entre la vente de ses ex-élèves à cornes, les revenus tirés de la production d’un peu de viande ou de lait et la fourniture de bois énergie, il affirme, avec sa compagne propriétaire du Chalet vosgien (quatre chambres d’hôtes disponibles à côté de la maison familiale), « vivre correctement » de sa ferme, située totalement à la marge du circuit conventionnel. Une philosophie certes héritée du passé mais qui, par les temps qui courent, esquisse peut-être les enjeux de l’agriculture de demain.
Dans le petit monde quasi marginal de la traction bovine, le paysan vosgien est une référence.
Patrice Costa
Retrouvez l’article sur le site de Vosges Matin en cliquant ici.