Voici quelques photos du réglage d’un joug neuf « Nioulou » réalisé en bois lamellé-collé chez Bernard Sarraire au printemps 2015.
Ses deux jeunes boeufs Limousins sont encore en dressage.

Voici un document ancien communiqué par Laurent Avon tiré du « Journal d’agriculture pratique » du premier semestre 1907, consacré aux boeufs de travail Aubracs au concours de Rodez.
C’est un des rares documents qui aborde la mesure dynamométrique des efforts de traction des boeufs de travail

Merci à Laurent Avon pour sa collaboration précieuse.
Document PDF : ringelmann-rodez
Livre qui le publie :
Pour les bovins, le joug est la pièce centrale du système d’attelage.
Comme pour tout attelage, il est important d’avoir du matériel en parfait état. Tous les jougs utilisés pour nos vaches sont neufs et taillés par Michel Nioulou.
Nous conservons bien sûr les jougs anciens à titre patrimonial.
Ce sont des copies de jougs découpés de la région du Charollais Brionnais.
Depuis 2005, avec nos quatre vaches, nous avons eu besoin de tailles de jougs différentes qui ont évolué avec la croissance des bêtes.
La plupart des jougs charollais et brionnais sont en hêtre ou en frêne.
Michel Nioulou a refait des jougs en hêtre mais il en a réalisé aussi en châtaignier et en peuplier.
Voici quelques photos de la réalisation d’un joug en peuplier de 1 mètre 34 de long, avec des têtières de 29 centimètres à l’axe du passage de corne et d’une section de 14 X 14.5 centimètres.
Les pièces sont tracées avec des gabarits issus des relevés de plan de jougs anciens.
Une fois le joug tracé, on réalise le mortaisage des trous de tsordzeure
On dégrossit ensuite à la scie à ruban le passage des têtières et les oreilles.
Le reste du façonnage est réalisé à la gouge, au ciseau et à l’herminette pour dégrossir toutes les parties en courbes du joug.
Les parties tombées à la scie peuvent être entièrement taillées à la hache et à l’herminette, mais l’utilisation de la scie à ruban gagne un peu de temps de façonnage et de la pénibilité. Voir les vidéos d’un façonnage traditionnel à la hache et herminette à la fin de cet article.
Creusement des passages de liens des têtières à la gouge
taille à l’herminette
Joug en peuplier dégrossi avant finition
Le modèle en bleu (origine Saint Christophe en Brionnais état neuf) et la copie avant finition
La finition est réalisé à la râpe, racloir et papier de verre. Tous les angles doivent être tombés.
Les passages de liens à la base des passages de cornes intérieures sont percés à la fin, de manière à bien les positionner.
Ensuite les deux vis d’ancrage des liens placées sur la face arrière sont fixées.
Il faut environ deux jours de travail pour réaliser un joug découpé du débit à la finition.
Il convient ensuite d’ajuster les passages de cornes et éventuellement les faces inférieures des têtières sur les animaux en veillant à chaque utilisation du début, qu’il n’y ait de talures, ni aux cornes , ni à la tête.
Voici quatres vidéos qui montrent en accéléré la taille traditionnelle d’un joug à la hache, herminette et plane.
L’attelage aux timons (tchons) des différents matériels est simple.
En Charollais, les deux cordets disposés de chaque côté du joug sont soutenus par la tsordzeure.
Sur le matériel à tracter, l’extrémité avant du timon est percée d’un trou de 12 à 15 millimètres. En arrière de celui-ci à 15/20 centimètres, une cale de bois est boulonnée sur la face inférieure.
Sur certains timons il y a deux trous pour permettre d’accrocher une chaîne à l’avant.
timon à deux trous avec sa cale de reculement et sa cheville fer
Lors de l’attelage, l’extrémité du timon est suspendue sous le joug en passant à l’intérieur des deux cordets.
Une cheville de métal est alors glissée devant le cordet avant dans le trou du timon. Le cordet arrière se trouve contre la cale.
Ainsi, les deux cordets se trouvent prisonniers entre la cheville à l’avant et la cale à l’arrière.
Le cordet avant permet la traction en s’appuyant contre la cheville et le cordet arrière permet de reculer et de retenir en descente.
Pour atteler des matériels tels que herses, brabants ou bien atteler à deux paires, on peut utiliser simplement une chaîne.
Mais il était d’usage en Charollais Brionnais d’utiliser un faux timon appelé « ancena » prolongé d’une courte chaîne (un à deux mètres) appelée « prouet » qui comporte deux anneaux fer ovales à chaque extrémité (comme des cordets).
L’utilisation de l’ancena et du prouet permet d’éviter aux animaux de se prendre les pattes comme avec une simple chaîne (« l’empigeage »).
prouets et chaînes pendus à la Garaudaine
prouet
ancena et prouet monté utilisé à la Garaudaine
ancena et prouet en place (ici ils pendent sans tirer)
ancena et prouet pendus au joug
Pour labourer avec une charrue à avant train (tsédzu) on utilise un timon de charrue (tchon d’tsérrue).
C’est un timon en forme de double « y » avec des trous dans les quatre branches .
Le « y » arrière vient enserrer le petit timon du tsédzu. Il est tenu par une cheville métallique.
charrue dombasle avec son tsédzu sur lequel est attelé le tchon d’tsérue
Le « y » avant vient pour sa branche supérieure à l’intérieur des cordets. On place à l’avant une cheville comme sur un timon normal.
La branche inférieure sert à accrocher un anneau de prouet si l’on veut atteler une paire devant la première.
La description de l’utilisation ces matériels est une règle générale à la région, mais elle peut cependant varier selon les utilisateurs et leurs habitudes de travail.
Devant les nombreux déplacements sur sol dur et caillouteux de notre plus jeune paire de vaches, nous avons dû ferrer pour la première fois.
Le ferrage des onglons avant extérieurs qui sont ceux qui forcent et usent le plus en travaillant, a permis d’avoir une marche plus confortable pour les bêtes.
Voici quelques photos du ferrage d’Azalée.
En septembre 2009, nous avions avec les deux paires de vaches transporté la vendange des anciennes vignes des moines de Cluny depuis Cruzille jusqu’à Blanot (voir article sur notre blog en cliquant ici). Cette année, le vin a été acheminé jusqu’à l’abbaye de Cluny.
Après avoir traversé les bois de Cluny et le gué de la Grosne le vin de la cuvée 910 est entré dans Cluny avec Annabelle et Azalée fraîchement ferrées.
la cuvée 910 est chargée et attelée prête au départ

passage du gué de la Grosne avant d’entrer dans Cluny
arrivée à Cluny
avec les musiciens devant l’abbaye
Le 26 juillet nous étions invités à participer avec notre attelage mixte composé d’Azalée la vache et de Froment, le boeuf, à la fête du seigle de Ménessaire.Après avoir charrié vers la batteuse la moisson de seigle depuis la terre où elle avait été fauchée à la main, notre attelage était ensuite utilisé pour l’entraînement d’un manège qui actionnait une petite batteuse/dépiqueuse.
Ce n’est pas le travail le plus agréable pour nos animaux, en particulier pour celui qui tourne à l’intérieur du cercle. En effet, le rayon de braquage assez court oblige l’animal du centre à marcher de côté durant toute la séance de travail. Le terrain également en pente créait une irrégularité du mouvement. Il aurait fallu aussi que nous relions d’une corde, la tête de la bête intérieure à l’axe du manège afin de ne pas dévier du rayon de travail.
Malgré cela, nous étions très contents de la journée. La paire maintenant bien aguerrie, est restée calme, malgré un public nombreux et demandeur de renseignements.
La fête de Ménessaire dans le Morvan, petite commune de la Côte-d’Or enclavée dans la Saône-et-Loire, nous a permis d’emmener les vaches dans un territoire où l’attelage bovin reste très emblématique.
Nous avons pu y rencontrer des gens sympathiques en particulier Guy Namur qui comme nous, attelait par passion jusqu’à, il y a peu de temps, une paire de boeuf charollais.
La commune compte un musée sur le seigle qui présente toutes les facettes et l’utilisation de cette céréale.
Nous avons animé un manège qui entraine une petite machine à battre.
Les vaches n’étaient pas à la fête, surtout pour Anabelle (attelée à droite) qui a marché en crabe tout l’après midi sur un petit cercle autour du manège.
Nous retournons avec plaisir cette année dans ce sympathique village.
Contrairement aux chevaux et leurs harnachements complexes et couteux, le matériel d’attelage des bovins est beaucoup plus simple et limité.
Dans la région du Charollais Brionnais il se compose:
Les jougs:
On trouve en Charollais Brionnais deux types de jougs:
Le joug découpé aux formes élégantes, esthétiques et travaillées
Les têtières comportent sur le dessus des passages de liens avec un rebord qui évite les ripages de liens éventuels.
Les passages de cornes à l’avant sont entaillés à la forme des cornes.
Des motifs de décoration ainsi que les initiales ou le nom du jougtier sont marqués au fer rouge à l’avant.
Les jougs sont la plupart du temps peints en bleu comme les chars ou les tombereaux.
Au centre on trouve deux ou trois trous pour le positionnement et le réglage de la tsordzeure.
le joug droit est rudimentaire dans sa taille qui s’inscrit dans une section triangulaire. La forme se retrouve dans le morvan.
La face avant est parfaitement droite, il n’y a pas de logement entaillé pour les cornes. Les têtières n’ont pas de rebords pour retenir les liens à l’arrière.
On trouve en général qu’un seul trou de tsordzeure.
Les jougs découpés sont les plus fréquemment rencontrés. On retrouve la même forme dans le Haut Beaujolais.
La plupart des jougs observés sont en hêtre ou en frêne. Nous en avons un en cormier. Les jougs en hêtre sont les plus légers.
Ils étaient fabriqués par les charrons ou les sabotiers comme François Lamborot au vieux bourg de Dyo.
A Charolles la maison Michel / Clément fabriquait des jougs droits et découpés ainsi que tous les articles de boiselerie. Des jougs d’une forme différente étaient envoyés dans la loire.
On y trouvait aussi tout le nécessaire pour l’attelage bovin (liens, cordets, cordes)
Les cordets:
Les cordets les plus simples à se procurer sont ceux fabriqués par soi-même avec, le plus souvent, des pousses de Chêne de trois ou quatre centimètres à la base torsadées sur elles- même et enroulées en anneau.
Ils peuvent servir sans se rompre quelques mois suivant l’intensité d’utilisation.
cordets en bois torsadé anciens (Colombier en Brionnais)
Les cordets en cuir torsadé (comme pour ceux en bois) ont une durée de vie bien plus longue. Bien entretenus ils peuvent servir plusieurs années. Ceux fabriqués en nerfs de boeuf ont encore plus de résistance. Ils sont parfois recouverts d’une gaine de cuir cousue.
Pour réaliser un cordet à quatre tours (comme tous les anciens que nous avons rencontrés) il faut environ cinq mètres de lanière de cinq centimètres de large.
cordets anciens en cuir (Colombier en Brionnais)
noeud d’arrêt d’un cordet cuir ancien (Colombier en Brionnais)
Certaines régions utilisent des anneaux en fer forgé. Mais le système en cuir permet d’absorber les chocs transmis par le timon au joug amenant ainsi un confort appréciable pour les animaux.
La tsordzeure:
La tsordzeure peut être en cuir; elle ressemble alors à une grosse ceinture , ou en bois torsadé comme pour les cordets.
tsordzeure ancienne en bois torsadé sur son joug droit d’origine (Colombier en Brionnais)
tsordzeure neuve en cuir avec ses deux cordets utilisée à la Garaudaine
timon, cordets, tsordzeure en situation
Les deux ou trois trous du joug où passent la tsordzeure sont un moyen de réglage lorsque l’un des deux animaux a tendance à être plus dynamique que l’autre.
Ainsi, on fait passer la tsordzeure dans le trou du côté de la bête la plus vive afin de la charger pour la freiner par la charge. De cette manière, les deux animaux progressent parallèlement.
Les liens:
En Charollais Brionnais on les appelle « layoures ».
La plupart des régions utilisent des liens uniquement en cuir (Auvergne) ou en cordes (Ain). En Charollais Brionnais, les liens sont mixtes, cuir et corde de chanvre.
Chaque partie fait deux mètres cinquante à trois mètres soit cinq à six mètres de liens.
Leur largeur varie entre deux et trois centimètres pour le cuir et généralement une section de dix à douze millimètres pour les cordes.
Le raccord entre le cuir et la corde est simple. Le cuir est entaillé d’une fente de trois centimètres arrêtée à l’emporte pièce de chaque côté. La corde est bouclée à un bout. Le cuir est passé à travers la boucle et le brin de la corde passé à l’intérieur de la fente.
raccord entre cuir et corde
L’accrochage est fait à l’arrière du joug sur un point d’ancrage(une vis en générale) autour de duquel est inséré le lien cuir fendu de la même manière qu’au raccord cuir / corde.
Parfois le lien est cloué à la place de la vis à l’arrière.
Le lien cuir sort à l’avant du joug au niveau inférieur des passages de cornes intérieures par une fine mortaise.
têtière vue de l’avant, on distingue à droite la sortie du lien au passage de cornes intérieures
Au liage, on place sur le front des animaux et sous les liens un coussin appelé en Charollais Brionnais « pieumet ». Il est fait en paille de seigle, en paille de bois (variété de carex) ou simplement en toile de sac de jute rembourrée.
pieumets anciens en laîche état neuf (Saint Christophe en Brionnais)
Pour chasser les mouches des yeux des animaux pendant la saison chaude on dispose des chasses mouches en cuir ou en cordelettes de chanvre ou de lin. On les appelle « vire-moutses » ou « émoutsets ».
Les attelages de la Garaudaine utilisent uniquement du matériel neuf réalisé par nos soins (jougs, liens, cordets cuir, tsordzeure, vire-mouches, pieumets).

Merci encore à Paul Malatier de Gibles de nous communiquer une photo de Jean Sanlaville de Gibles charron agriculteur.
On le voit en 1955 dans sa cour de ferme devant son atelier. A droite de la photo son tombereau à vaches est garé à côté du tas de fumier. On aperçoit par la porte ouverte de l’atelier la raboteuse dégauchisseuse.