Les 5, 6, 7 et 8 Mai 2016, se sont déroulées les onzièmes rencontres de bouviers à l’écomusée d’Ungersheim (68). C’est Philippe Kuhlmann, éleveur et dresseur de bovins à Soultzeren, en collaboration avec l’écomusée, qui fédère ces rencontres.
Ce sont vingt-cinq personnes venues de toute la France et même de Suisse cette année qui, pendant ces journées, ont échangé sur leur pratique de l’attelage bovin, l’avenir, la formation, la transmission et les techniques.
Tous les profils étaient représentés : paysans éleveurs/dresseurs, maraîchers, prestataires de services en traction animale, utilisateurs particuliers, formateurs, chercheurs, jougtiers, blogueur (ABA), sympathisants, bouvier au Puy-du-Fou, bouviers et représentants de l’écomusée d’Alsace.
Toutes photos Véronique Nioulou
La plupart des participants étaient plutôt présents les vendredi et samedi.
Une partie des rencontres a été consacrée à la discussion en salle, faisant suite aux rencontres informelles réalisées à l’occasion du dernier Salon de l’Agriculture de Paris.
Tout d’abord, chacun a présenté sa région, son parcours, sa pratique. Ensuite le groupe est rentré dans le vif du sujet.
Photo J. Durand et C. Arbeit
Photo J. Durand et C. Arbeit
De grands thèmes se sont dégagés des débats :
L’émergence d’une association des « Bouviers de France et d’ailleurs » sous l’impulsion d’Emmanuel Fleurentdidier. La discussion a permis d’avoir de nouveaux avis des gens présents et s’est orientée vers l’utilité, la nécessité et les buts de la future association.
Le volet information sur la législation en vigueur par rapport aux animaux (déplacement, aspects sanitaires) sera, entre autres, un des rôles de l’association.
La trame d’un bureau a été annoncé et reste bien sûr modifiable tant que le siège social n’a pas été défini et qu’en conséquence, les statuts n’ont pas été déposés.
La définition du siège social a fait débat avec des avis qui balançaient entre des structures institutionnelles de l’élevage et un lieu plus en adéquation avec les valeurs des participants particulièrement enclins à la défense des races anciennes plus aptes au travail.
Aux yeux de beaucoup, ces institutions présentent une contradiction éthique par rapport aux races à faibles effectifs souvent utilisées en traction bovine et le peu d’intérêt que ces structures leur portent, le tout appuyé par les buts de rentabilité, de productivisme qu’elles développent, en contradiction et au détriment du travail et de ce que défendent la plupart des acteurs de la traction bovine et animale en général.
La formation fut également au cœur des débats.
Chacun constate une demande régulière de formation en traction animale et particulièrement en traction bovine. Il ressort que le stage d’initiation à la formation bovine mis en place chaque année au CFPPA du Lycée Agricole public de Montmorillon est un atout très important qui permet un premier contact avec ce type d’attelage. Mais il apparaît qu’une semaine de formation/initiation reste insuffisante. On ne devient pas bouvier en une semaine et seule une pratique de longue durée sur le terrain avec des meneurs expérimentés permet d’améliorer, de perfectionner, la formation des néo-bouviers.
Chacun de son côté se débrouille pour orienter les apprentis vers des bouviers confirmés. Le blog « Attelages bovins d’Aujourd’hui » y participe en partie. Il devient donc nécessaire de répertorier dans un annuaire, les personnes aptes à recevoir chez eux des bouviers en devenir. L’association pourrait être le support de ce travail.
L’idée d’un centre de formation privé a été évoquée avec le financement du genre DIF (droit individuel à la formation).
Les témoignages d’utilisateurs professionnels comme Philippe Kuhlmann, Jo Durand et Christine Arbeit, Laurent Janaudy, Joël Blanc, ont permis de découvrir des parcours, des expériences et les problématiques de l’utilisation de la traction bovine au quotidien.
Laurent Martin, bouvier bénévole au Puy-Du-Fou en Vendée, a présenté l’Académie des Bouviers créée pour former les nouveaux bouviers du parc.
Cozette Griffin-Kremer a évoqué le travail autour de l’attelage bovin en Allemagne, en Australie et en Angleterre, l’intérêt des structures comme les écomusées à participer au maintien et à la redécouverte du grand public de ces pratiques.
Nicole Bochet a abordé le thème du bien-être animal qui a rapidement dérivé sur les lois mises en place qui ne favorisent pas nécessairement le milieu des dresseurs et bouviers comme par exemple interdiction des animaux attachés à l’hivernage.
André Kammerer a, quant à lui, en décrivant son parcours de bouvier « de loisir », mis en lumière le lien social créé par l’animal. Son témoignage sincère sur son expérience de la relation qui s’établit entre des enfants en souffrance et son boeuf de travail était réellement touchant.
Il a été souligné aussi qu’aucun profil de bouvier n’est rejeté, qu’il soit professionnel ou amateur. Toute pratique qui, d’une manière ou d’une autre peut contribuer à ce que perdurent des savoir-faire est sans aucun doute utile pour l’avenir. Elle doit être respectée et encouragée.
Les participants ont également mis en avant l’intérêt de la recherche sur le matériel et des améliorations qui peuvent y être apportées. Elles sont faites par les quelques fabricants de matériels de travail, par les utilisateurs eux-mêmes qui les adaptent au mieux selon leurs besoins. La recherche sur les jougs composites menée par L’insic à Saint-Dié-des-Vosges a été abordée et a soulevé quelques débats au sujet du résultat même et de l’emploi de matériaux synthétiques qui ne paraît pas s’inscrire dans une démarche durable, en contradiction avec celle des bouviers. Cependant, ce genre de recherche, même si elle n’est pas complètement aboutie, mérite d’être soulignée. On peut signaler aussi les jougs en bois contre-collés que j’ai personnellement mis en oeuvre pour éviter les problèmes de fentes post-construction et qui ont également soulevé le même genre de problématique.
A la demande des initiateurs de la future association, le site « Attelages bovins d’Aujourd’hui » servira d’interface internet pour la mise en ligne des activités, infos et documents (le site est ouvert à toutes structures ou particuliers dont l’activité est l’attelage bovin).
Chacun pourra donc prochainement retrouver plus d’infos concernant l’association au sein du site ABA.
A ce sujet, le site que chacun s’est accordé à définir comme incontournable aujourd’hui (mais je tiens à titre de réalisateur du blog à vous remercier tous, mais aussi à tempérer et rester humble devant tant d’intérêts portés) devient pour moi, qui le gère seul et bénévolement, un travail à part entière. Malgré cela, j’ai aussi une profession !! J’ai souligné que, devant la quantité de travail pour la réalisation des articles, les contacts avec les acteurs, les relances pour avoir des infos, de la matière, le traitement des photos, des vidéos, la mise en ligne, la tenue du carnet d’adresses, la gestion des annonces, les réponses aux nombreux courriers, les réponses aux appels téléphoniques, j’avais du mal à continuer d’assurer de manière suivie la tenue à jour du blog.
Une proposition de mettre en place des relais régionaux a été faite pour au moins réaliser le travail de collecte des informations. Mais la chose est compliquée, les gens impliqués dans ce milieu étant déjà fort occupés. La tenue du blog nécessite également une unité et une neutralité la plus objective possible, la solution est complexe.
J’ai aussi insisté sur le volet communication, réalisation d’articles pour la presse spécialisée, la réalisation d’un film sur les bouviers du XXI ème siècle. Il est aussi nécessaire de faire connaître cette pratique méconnue de tous et de la sortir de l’image « folklorique » que beaucoup, pour le peu qu’ils s’y intéressent, pourraient avoir aujourd’hui.
Mais là aussi, il faut beaucoup de temps. J’ai personnellement lancé plusieurs pistes au gré des contacts sur le site avec des photographes, cinéastes, réalisateurs, producteurs, télévisions et maisons d’éditions. Mais le sujet n’est pas porteur pour qui ne connaît pas la richesse des choses à aller collecter.
Il y aurait pourtant des parcours de vie forts enrichissants à découvrir.
Le reste du temps a été consacré aux démonstrations et pratiques en extérieur avec du matériel et les animaux.
Philippe Kuhlmann avait descendu de sa ferme deux paires de bœufs: une paire de jeunes Vosgiens et une paire de bœufs Ferrandais plus âgés.
Plusieurs fois au cours de ces deux jours du vendredi et samedi, Philippe a présenté « le ramé », un matériel de levage qu’il a créé voici 2 ans et qu’il améliore au fil du temps.
Il permet de déplacer des balles rondes et des palettes, de charger du fumier et l’utilisation en fagoteuse.
Il est aussi apte à servir d’avant-train de débardage avec l’avantage d’avoir un ancrage au timon pivotant qui permet aussi d’utiliser les bœufs en poussant le matériel, et de manœuvrer plus facilement dans des endroits restreints en place.
Comme lors des dernières présentations, chacun commente et apporte son avis technique, d’autres pistes, d’améliorations possibles. Phillipe depuis 2014 a d’ailleurs modifié le « Ramé » en y apportant un timon qui passe au dessus des boeufs et dont l’angle avec le bâti est réglable par un système de « vérin crénelé » faisant crémaillère manoeuvrable depuis l’avant, à la tête des boeufs. Ceci permet de modifier facilement l’angle d’attaque des dents de chargement sans avoir à intervenir en se déplaçant au niveau du bâti. Pour utiliser ce système, il lui a fallu freiner l’essieu. La commande de blocage des roues est également commandée depuis l’avant du « Ramé ».
Eric Petit avait présenté à la journée technique 2015 à Soultzeren, un modèle similaire inspiré de celui qu’il avait vu chez Philippe aux rencontres de 2014. On voit bien ici l’émulation entre utilisateurs qui cherchent les meilleures solutions et qui s’inspirent l’un l’autre.
Bien sûr, les discussions ont aussi amené à parler du dressage, du rapport à l’animal, des méthodes de menages et de bien d’autres sujets engendrés par les situations rencontrées sur le terrain.
A l’occasion de la « parade des attelages » de l’écomusée sur la place des charpentiers, Philippe a présenté au grand public l’attelage bovin d’hier, d’aujourd’hui et de demain, en s’efforçant de bien expliquer que la pratique d’aujourd’hui n’est pas que festive ou démonstrative comme dans les écomusées ou les fêtes locales, mais bien utilisée au quotidien pour le travail.
Emmanuel Fleurentdidier avait apporté un matériel de travail du sol modulable et léger issu d’un outil traditionnel espagnol, « la Forcat » utilisé en maraîchage en traction hippomobile.
Des séances de labour et de buttages ont été réalisées avec un des boeufs de l’écomusée attelé à cet outil au collier et mené par différents bouviers. Elles se sont avérées fort concluantes devant la simplicité, l’efficacité et la maniabilité de l’engin dues à sa faible longueur.
Une dernière petite réunion de synthèse en fin d’après-midi de samedi a permis de clôturer deux jours de rencontres intenses sur des avancées et des conclusions plutôt positives concernant aussi bien la future association que sur l’intérêt de se rencontrer et de partager ses expériences.
Si les échanges en salle ont été fournis, ont permis d’y voir plus clair sur les projets individuels et les projets communs, même si parfois chacun affirmait bien haut ses positions, les discussions informelles sur le terrain autour des attelages que chaque bouvier présent a utilisés au cours de ces deux jours, ont tout autant été constructives et riches.
La réunion d’utilisateurs, d’acteurs du milieu, professionnels ou amateurs qui partagent leur expériences bénéficie autant à eux-même qu’à ceux qui écoutent autour d’eux. Les discussions sont toujours techniques, qu’elles soient axées sur l’animal, le matériel, le menage, les cultures, les méthodes de travail, ou le matériel.
Il ne faut pas non plus oublier les rencontres humaines, à l’occasion desquelles se tissent chaque année des liens forts. Merci à Philippe Kuhlmann d’être la cheville ouvrière de cet événement. Merci à tous les participants venus souvent de loin, ainsi qu’à tous ceux qui se sont impliqués dans le déroulement de ces journées.
Un grand merci à l’écomusée d’Alsace et à sa direction qui sait chaque année recevoir les bouviers au sein de ses emprises avec des conditions idoines.
Ces rencontres ont été par leurs contenus fort intéressantes, mais elles ont eu aussi le grand avantage de rassembler des acteurs éparpillés sur le territoire et de créer une dynamique, une émulation qui remotive et qui fait voir l’avenir avec plus d’entrain et de sérénité.
On attend tous l’année prochaine!
Michel Nioulou
Vidéo de Christine Arbeit et Jo Durand:
Voici quelques photos en vrac de ces journées.
























































































































