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Fernand BORDAGE “Toucheur” de bœufs, article du site « Au fil du temps » sur l’histoire de Bournezeau (85)

 

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Retrouvez  en cliquant ici  un très bel article sur Fernand Bordage, ancien bouvier Vendéen.  ces propos sont issus du journal “Vendée Matin” du 18 octobre 1989 et dans la revue de Radio Alouette “La fin de la Rabinaïe”
Témoignages : Yvette Guigné/Bordage, Patrick Guigné.

Pdf de l’article en cliquant ci-après article-au-fil-du-temps-bournezeau

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Voici l’article : 

Fernand BORDAGE “Toucheur” de bœufs

Fernand, agriculteur au village des Brosses à Saint-Vincent-Puymaufrais, a cessé son activité le 1er novembre 1989. C’est une page qui se tournait pour cet éleveur qui avait la passion des animaux et des attelages de bœufs. Il était l’un des derniers toucheurs de bœufs de la région. Fernand est maintenant rentré dans l’histoire. Nous rappelons un peu la vie de ce paysan traditionnel qui a marqué la population locale. Fernand Bordage est né le 3 février 1932 à Villeneuve de Bournezeau. Son frère jumeau s’appelle René. Sa sœur Yvette est née en 1933.

Fernand Bordage vers 1955

Ses parents : Églantine Rattier née en 1911, Fernand Bordage né en 1907, ont vécu, à l’époque après leur mariage en 1931, à Villeneuve, avant de s’installer dans une ferme à la Boule, puis en 1939, à la ferme des Brosses de Saint-Vincent-Puymaufrais

Lieu historique : Les Brosses

La ferme est au cœur d’une région connue et célèbre du temps des Guerres de Vendée, comme le décrit avec beaucoup de chaleur Henri de Villedieu de la Réorthe, une région qui était contrôlée au début de l’insurrection de 1793 par Gaspard de Béjarry et ses 400 hommes. Elle faisait partie de Saint-Vincent-Fort-du-Lay, fusionné depuis 1833 avec Saint-Vincent-Puymaufrais.

La ferme est appelée les Brosses. Maurice Bedon, l’historien chantonnaysien rappelle qu’elle a été le théâtre d’un combat à la fin des Guerres de Vendée. Le 1er ventôse de l’an IV (20 février 1796), quatre officiers vendéens étaient dans une métairie. Trahis, puis encerclés, trois réussirent à s’échapper, le quatrième combattit jusqu’à ce qu’il tombe de quinze balles. La ferme des Brosses, vendue comme bien national, a été rachetée par la même famille Béjarry qui en avait été dépossédée le 7 février 1799.

Lieu-dit Les Brosses en 2013

Comme autrefois, la polyculture

Ce petit coin de la Vendée profonde et pittoresque va perdre de son charme et de son originalité avec le départ de cette famille d’agriculteurs “à l’ancienne mode” au sens noble de l’expression.

Églantine et son mari Fernand se sont donc installés en 1939, avec leurs trois enfants, à la ferme des Brosses. Comme tous les enfants des villages, Fernand, René et Yvette allaient à l’école à pied, tout d’abord à la Réorthe, puis à l’école de l’Augoire. René et Yvette ont quitté le domicile familial à leur mariage. Églantine devint veuve en 1968. Elle resta donc avec son fils Fernand, célibataire.

Patrick Guigné, petit-fils d’Églantine et neveu de Fernand, a travaillé à la ferme de 1981 à 1989. Après son mariage, il a quitté Les Brosses, pour aller travailler à la Gaubretière. Dès l’âge de 9/10.ans, Patrick allait déjà aider Fernand, le mercredi, le samedi et quand il n’y avait pas d’école.

Les 4 bœufs de Fernand
attelés à la vanneuse lors d’une fête de battage.

Ils ont cultivé avec amour cette terre de 47 ha à l’exemple de leurs ainés, défiant le progrès et l’aventure. Comme autrefois, ils ont fait de la polyculture : betterave, blé, chou, maïs, foin, luzerne, un peu de tout et de l’élevage de charolais. En 1988 il y avait soixante-dix têtes de bétail. Ils avaient également des chevaux : deux juments poulinières et un poulain.

Églantine Bordage élevait cochons, poulets, lapins, comme au bon vieux temps. Leur principe : vivre tranquille, sans emprunt, achetant quand l’argent était là.

Pour leur retraite, Fernand et sa mère avaient, depuis quelques années déjà, acheté, entretenu et amélioré une maison à Bournezeau.

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Deux bœufs de Fernand
attelés sur un tonneau un jour de fête

Dresser les bœufs

Fernand Bordage avec deux bœufs
aux Brosses en mai 1988.

Il n’y a pas de durée fixe pour dresser les bœufs. Certains, après trois sorties sous le joug, marchent très bien… D’autres, au bout d’un an, seront aussi bêtes que la première fois  Il est nécessaire de lier d’abord un jeune bœuf avec un vieil habitué au joug. C’est comme un gosse pour l’apprendre à marcher, on le tient par la main.Après un temps d’apprentissage, plus ou moins long, on lie les jeunes ensemble et on les attache à un arbre.

Il faut les surveiller, et ils connaissent leur homme. Un jour, pendant que je coupais des choux, mon neveu a voulu détacher les bœufs. Ils sont partis comme des fous en courant, ont sauté les clôtures, se sont arrêtés à un buisson de houx après bien des dégâts

Une autre fois, un jeune homme a voulu voir, par dessus la haie, mes bœufs attelés à une charrette. Ils ont pris peur, ils sont très peureux, ils se sont emballés en traînant la charrette. Quelle course épouvantable, je criais : tot é perdu, tot é perdu ».Fernand, après avoir traversé les champs en courant, a réussi, après plusieurs kilomètres, à se trouver devant pour les arrêter.

Tous les ans Fernand vendait deux bœufs gras et en dressait deux autres pour assurer la relève .

Fernand conduit ses quatre bœufs et sa jument pour tirer la vanneuse un jour de battage.

Toucher les bœufs

Conduire des bœufs est un art :

« Avec certains  “boués”, des bœufs démarrent et marchent au commandement. Avec d’autres ils ne bougent pas. Faut savoir leur parler. Souvent, je leur parle, pour eux je chante. Ils connaissent leur maître, sa voix, son odeur. Faut de la douceur, de la patience ».Il y a une manière de les piquer, avec la pointe au bout de l’aiguillon : « Si vous appuyez ferme, vous crevez la peau. Faut avoir du doigté. Moi, je n’ai jamais fait saigner mes bœufs ».et Fernand conclut avec un brin de nostalgie « Dans les fermes, l’amour des bêtes c’est fini. Aujourd’hui on préfère entendre “péter” les tracteurs. »

Des bœufs pour le travail et pour la fête :

Pour ses bœufs, Fernand avait de l’admiration et de l’affection. Il en parlait avec de l’émotion dans la voix. À eux, il a parlé, chanté.

«À cinq ans, j’ai commencé à garder les vaches du matin au soir »nous dit Fernand, « en partant vers 10 heures, rentrant le soir vers 6 heures, quant on venait me chercher. C’était dur »

Le père et le fils Bordage au labour

A 7 ans, il “touchait” (conduisait) déjà les bœufs, On disait que j’étais un bon boué » (bouvier)

Il a toujours conservé des bœufs. Non pas qu’il fut réfractaire au progrès mécanique : depuis 1956, il possédait un solide tracteur. Mais les bœufs étaient pour lui de précieux compagnons,l’hiver, pour charroyer choux et betteraves, et l’été, depuis 15 ans, pour aller aux fêtes »

De cette participation aux fêtes, il en parle avec enthousiasme. Dans tout l’ouest, chaque été pendant trois mois, il conduisait son attelage de six bœufs précédés de sa jument, pour déplacer la machine à battre sous les applaudissements des foules, ou pour labourer.

Il est allé dans les Deux-Sèvres, le Finistère, les Côtes-du-Nord, le Maine-et-Loire, un calendrier très chargé l’accaparant tous les dimanches. Sa dernière sortie c’était le 3 septembre 1989,près d’Angers.« C’étaient de grosses journées. Dès que les bêtes descendaient du camion, je les lavais…Car, quand elles sont sales, ça ne présente pas ».

Toute sa vie, Fernand a élevé aussi des juments. Les dernières, c’étaient “Paulette” une forte jument poulinière de 8 ans, mélange de race percheronne et bretonne, et “Rainette>”, une jeune pouliche.« En 1940, puis pendant toute l’occupation, mon père a fait saillir sa jument pour éviter la réquisition par les Allemands. Depuis, j’ai toujours eu des poulains. »>A la fin de son activité, deux bœufs “Bas Blanc, Roquet” sont partis à Bordeaux pour la viande. Les deux autres paires, “Viens-tu, Trinquet”et “Capricieux, Charlatan” ont été vendues à Denis Bonnin de la Chaize-le-Vicomte, un collègue voisin qui assurait aussi des fêtes de labours

Le départ des Brosses

C’est après 50 ans de labeur fécond et généreux, que Fernand et sa mère ont quitté la ferme des Brosses pour raison de santé, cette ferme. à laquelle ils étaient très attachés, comme à leur propre bien, appartenant à Michel de Béjarry. Églantine avait 78 ans, Fernand 57 ans. Pour Fernand, ce fut un déchirement : La ferme n’était-elle pas toute son histoire d’homme ? Les terres ont été attribuées à une exploitation voisine : aux frères Perrocheau de la Fouquetterie.

Fernand et Églantine s’installèrent donc dans leur maison, rue de la Végo à Bournezeau., ils méritaient bien leur retraite. Églantine est décédée le 10 janvier 1994, Fernand s’est marié en mai 1995 avec Marie-Thérèse Péaud. Il est décédé le 5 avril 2001.

Grange et écuries des Brosses en 2013

Églantine et Fernand étaient connus dans nos communes. C’étaient des personnages, qui ont marqué les habitants de la commune et dont les noms resteront à jamais gravés dans la mémoire de leurs proches.

Louisette Lemoullec

Propos recueillis dans le journal “Vendée Matin” du 18 octobre 1989.
et dans la revue de Radio Alouette “La fin de la Rabinaïe”
Témoignages : Yvette Guigné/Bordage, Patrick Guigné

La traction animale par Philippe Lhoste, Michel Havard, Éric Vall

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L’utilisation de l’énergie animale est toujours d’actualité dans nombre de pays en développement où les petits agriculteurs travaillent encore beaucoup à la main. En facilitant le travail du sol et les transports, les animaux de trait permettent de réduire la pénibilité du travail humain et d’alléger la pauvreté. La traction animale améliore la productivité du travail agricole et contribue à la durabilité des systèmes mixtes alliant l’agriculture et l’élevage dans les petites exploitations familiales.

Cette synthèse pratique, actualisée et illustrée des connaissances sur la traction animale est enrichie de résultats d’expériences récentes en matière de bien-être animal, de groupements de producteurs et d’artisans, et d’impact environnemental.

Des solutions pratiques sont proposées dans tous ces domaines.

Cet ouvrage, volontairement succinct, est accompagné d’un cédérom qui apporte des informations complémentaires : fiches techniques, textes de référence, études de cas, photographies.

Destiné en priorité aux producteurs, techniciens et agents de développement, ce manuel est aussi un outil de référence pour les enseignants et étudiants de l’enseignement supérieur.

Pour commander version papier et dématérialiser (gratuit)  Cliquez ici.

PromoTA

A voir aussi l’action de PROMMATA international : en cliquant ici et ici.

La formation Traction Bovine de Mars 2018 à L’écomusée d’Alsace, Article d’Anne Wiltafsky

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Anne Wiltafsky nous communique un article en Allemand sur la formation Traction bovine de Mars 2018 organisée par l’écomusée d’Alsace sous la houlette de Philippe Kuhlmann. 

Nous ferons la traduction sous peu.

téléchargez le PDF fichier pdf Ochsenkurs Philippe Kuhlmann März 2018article photos

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Stage de traction bovine du 5 au 9 Mars 2018, Ecomusée d’Alsace, Ungersheim (68)

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Photo Laurent Martin

Face à la demande supérieure à la capacité d’accueil du premier stage d’initiation à la traction bovine qui a eu lieu en Novembre 2017, une seconde session a été mise en place pour ce mois de Mars 2018 encadré une nouvelle fois par Philippe Kuhlmann.

Il reste quelques places de disponibles. Dépêchez vous!!

Cliquez ici pour voir le programme: fichier pdf Support stage traction bovine 2018

Contact et inscription

Hélène Strammiello, Responsable du Centre de formation de l’Écomusée d’Alsace 

 helene.stramiello@ecomusee.alsace – 03 89 74 44 71

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Fête de la vache Nantaise, pôle traction animale, le Dresny, 7, 8 et 9 septembre 2018

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 Jean-Bernard Huon de Riec-sur-Belon (29) avec ses boeufs Nantais (photo Lionel Rouanet)

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Les 7, 8 et 9 septembre 2018 au Dresny, Plessé

Grande manifestation paysanne, populaire et gratuite, la Fête de la vache nantaise est l’incontournable rendez-vous national des races domestiques locales en agriculture paysanne, elle attend 50 000 visiteurs.

Dans un esprit festif et convivial, la Fête réunit depuis 1997 des intervenants appartenant au monde agricole, associatif ou de l’entreprise. Elle est un carrefour de rencontres entre les consommateurs et le monde paysan.

Aujourd’hui, elle met en lumière la viabilité économique et écologique des installations en races locales et elle démontre leur intégration au sein de l’économie de proximité des territoires sur lesquels elles sont implantées.

Organisée autour de 3 villages (Races locales, Initiatives solidaires et invité d’honneur) elle traite d’enjeux sociétaux de manière globale et cohérente, en réaffirmant que les citoyens et consommateurs peuvent être acteurs de projets de société.

Pour sa 8ème édition, la Fête a l’honneur d’accueillir le Porc Basque et sa région, l’occasion de découvrir les nombreuses initiatives développées sur ce territoire.

Le village Races locales sera organisé en 5 pôles :

     1. Les conservatoires régionaux et leurs races locales
     2. Le Théâtre des saveurs, lieu de démonstration pour la valorisation des produits
     3. La Maison de l’Installation, lieu d’échange pour créer les conditions de dialogue
entre les différents acteurs de l’installation et les éleveurs
     4. Le pôle Relation Homme/Animal
     5. La Traction animale : rendez-vous national de tous les acteurs pour favoriser son développement et démontrer au grand public la modernité de cette activité. Lieu de valorisation des races locales par le travail, la traction animale est ici présentée comme une activité professionnelle tournée vers l’avenir qui propose des techniques et du matériel innovants et performants.

     – Stands de présentation du matériel
     – Espace de démonstration ( maraîchage, travail de la vigne et débardage)
     – Week end de rencontre entre professionnels (présence de l’Eco-Musée
     d’Alsace, de l’Atelier Paysan et de jougtiers).
     – Animaux représentés : Bovins, Chevaux, Mulets et Anes

Association « Pas bête la Fête »

– Le Clos, Le Dresny 44630 Plessé Tel. 02 28 05 30 42

Mél. contact@vachenantaise.fr www.vachenantaise.fr
Facebook | Twitter | Instagram : @vachenantaise

Téléchargez le programme de la Fête 2018 en cliquant ici:

 fichier pdf 2018 DOSSIER de présentation de la Fête 2018

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Des boeufs et des hommes, douzièmes rencontres de bouviers en Alsace, Ascension 2017.

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Un stage d’initiation à la traction bovine se déroulera sur le site de l’écomusée d’Alsace en Novembre.  Il sera encadré par Philippe Kuhlmann.

Voici les flyers d’information. Vous pouvez aussi les télécharger en cliquant ici: fichier pdf formation Traction bovine écomusée ungersheim novembre 2017

Lien avec la page du site de l’écomusée en cliquant ici.

Contact:

Hélène Pfister

helene.pfister@ecomusee.alsace

03 89 74 44 71 et 06 72 97 59 30

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Jean-Marc Chauveau, Chaumes-en-Retz (44)

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Merci à Marie Jo-Fioleau pour nous avoir communiqué cet article de presse qui relate l’arrivée d’un nouveau bouvier dans dans le Pays de Retz, petite région de l’Ouest de la France entre la Loire au Nord, Nantes, le lac de Grand-Lieu à l’Est, la Vendée au Sud, la Mer à l’Ouest.

Jean-Marc Chauveau est un petit cousin de Pierre Dubreil, ancien bouvier à Port Saint Père (Cliquez ici pour voir).

Téléchargez le pdf pour une meilleure lecture fichier pdf O-F 5-4-2017 Bouvier en Pays de Retz, la relève

Les attelages des Combrailles (63)

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Les attelages des Combrailles nous ont communiqué leur affiche de présentation.

Cliquez ici pour télécharger le document complet avec les contacts: fichier pdf FLYER-ATTELAGES-DES-COMBRAILLES-0217-BD2

Merci à eux de participer au site.

Rencontre internationale des bouviers à l’Ecomusée d’Alsace, Week-end de l’ascension 2017, Par Philippe Kuhlmann, Ungersheim (68)

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Photo Pascal Cranga

Tradition et savoir faire ancien sont le socle sur lequel nous bâtissons de nouvelles perspectives concrètes et opérationnelles pour la traction animale bovine au 21ème siècle.

Des expériences démonstratives, sur un outil de levage à traction bovine d’abord, puis sur un nouveau concept de joug et une étable démontable et transportable, nous permettront de débattre de ces nouvelles perspectives.

“ Le joug de Pierre Mougin ” raconté par Philippe Kuhlmann, est une première de ces aventures-expériences ; l’émergence d’un joug de facture innovante en réponse à certains inconvénients du joug double classique…

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“ L’attelage des bovins retrouve un regain d’intérêt alors qu’il paraissait relégué aux musées d’agriculture il y a une vingtaine d’années.

Parmi les bouviers du troisième millénaire on compte des traditionalistes purs et durs qui veulent perpétuer des gestes ancestraux avec des outils traditionnels et locaux. Leur point de vue se défend ; ce sont des passeurs de mémoire régionaux.

D’autres utilisateurs de bœufs aimeraient travailler régulièrement et facilement avec des bovins, et se retrouvent dans un système économique qui ne leur permet pas de perdre de la puissance et du temps.

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Photo Pascal Cranga

Le confort de l’animal est une autre notion dont il faut tenir compte, bien plus qu’il y a  qu’il y a quelques années encore, pour plusieurs raisons. Notre culture a « humanisé » l’animal par anthropomorphisme, au point que l’on va plus s’apitoyer sur le sort  d’un bœuf au travail que sur celui d’un animal de batterie. Mais plus concrètement, pour travailler efficacement à long terme, il est important que l’animal travaille dans de bonnes conditions, avec du matériel bien adapté à ce qu’on lui demande.

La raréfaction des sources d’énergie va pousser petit à petit les générations futures à se tourner à nouveau vers la traction animale. Il faudra trouver des outils et des modes de travail modernes qui permettent d’avoir une bonne productivité à la traction animale, tout en tenant toujours compte de son investissement de départ minime.

C’est dans cet esprit que je me tourne encore et toujours vers l’attelage au joug double dès que l’on veut atteler deux bovins. Si un animal seul est plus fort au collier – je l’ai maintes fois vérifié – une paire de bœufs sera plus maniable et opérationnelle au joug double que les deux mêmes bœufs au collier. L’attelage au collier implique tout un ensemble de chaînes de traits, de chaînes de reculement, de courroies – avaloirs, sellettes – et de palonniers.

En plaine, deux animaux attelés au collier pourront donner satisfaction et un bon rendement avec une charrette à deux ou quatre roues sans que l’utilisateur ne prenne de risques excessifs, ou n’en fasse prendre à son entourage.

En montagne, en conditions extrêmes, je parle de pentes jusqu’à 60 %, je ne verrais jamais une charrette de deux ou quatre roues, attelée à deux animaux avec un timon qui ne soit pas pris dans le trou central d’un joug.

Dans ces conditions extrêmes l’animal attelé seul à la limonière pourra plus facilement faire corps avec sa charrette et la « tenir » dans un maximum de situations difficiles.

Outre son efficacité et la sécurité en toutes circonstances, l’intérêt du joug double réside dans son étonnante adaptabilité à passer d’un outil à un autre ; du râteau faneur à la faneuse à fourche, à la faucheuse, à la charrette, à la chaîne pour tirer un tronc… Ce passage demande juste au meneur de retirer la clavette du timon et de la remettre sur un autre timon, après avoir fait enjamber ce dernier par un des bœufs.

Ayant résolu le problème de la différence de puissance entre deux animaux attelés grâce au joug de force – c’est je le rappelle, un joug désaxé, l’écart entre la tête du moins fort et le timon sera plus important que l’écart entre la tête du plus puissant et le timon – il restait à enrayer l’inconvénient des têtes de travers avec des bœufs de hauteur différente, je parle ici de toises différentes, mais par extension on devrait parler de port de tête différents.

C’est pour cela que je me suis tourné vers un ancien, un artisan au bon sens paysan, Pierre Mougin de La Bresse. Ayant été paysan avant d’être forgeron, tourneur, ajusteur en métallurgie, mais aussi bûcheron, scieur, menuisier, fabriquant de cors des Alpes, Pierre, artisan, artiste et génie inventif, petit homme rond aux yeux vifs, aux doigts de fée n’avait pas besoin de schéma 3D, ni de logiciel sophistiqué. Il a su résoudre en une dizaine de jours ce que des élèves de deux promotions d’ingénieurs avec toute leur technique n’ont pas su cerner en deux ans.

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 Pierre Mougin  en 2015 lors de la journée technique chez Philippe Kuhlmann

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De gauche à droite, Philippe Kuhlmann avec un joug Vosgien neuf de Pierre Mougin, Jean-Claude Mann bourrelier, et Pierre Mougin

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Je suis allé le trouver dans son petit atelier de La Bresse dans les Vosges et lui ai dit : Pierre, il me faudrait un joug pour un gros et un petit bœuf, étudie pour qu’ils aient tous les deux la tête droite. Le joug devra être taillé en trois pièces, la première étant la partie maîtresse, reliant les deux autres parties qui seraient des jouguets légèrement mobiles sur un axe et réglable latéralement, permettant de rapprocher plus ou moins chaque bœuf  du centre du joug. Évidemment le bœuf le plus faible sera le plus loin du centre de traction.

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Dix jours après, un coup de fil de Pierre: t’as qu’à passer, ton joug est fini. Ce n’était pas la réflexion ni les croquis qui étaient finis, mais bel et bien le joug. Après les premiers essais je lui trouvai un problème de déséquilibre qui gênaient les bœufs dans leur effort de traction. Une modification réalisée rapidement a permis de pallier à cet inconvénient et le joug Pierre Mougin fonctionne très bien. Il lui reste un inconvénient: son poids.

Celui-ci pourrait être moindre en changeant d’essence de bois, en passant du frêne au bouleau, et peut être de l’acier à l’inoxydable ou autre. Les essais montrent bien que les animaux peuvent garder la tête droite même s’ils marchent en dévers ou si l’un des deux marche dans une ornière ou dans un sillon profond lors du labour.

 Quatre ans après la fabrication de ce joug en trois pièces, je me rends compte que je ne l’utilise que dans certains cas très précis  et que je n’ai pas pris le temps ni les moyens de l’améliorer en poids et en finitions. La mise au point de mes autres jougs légers en bouleau, avec les matelassures intégrées, rend les services attendus, et je pense que si amélioration il doit y avoir, c’est vers un joug landais amélioré qu’il faut se tourner.

J’en reviens à l’idée de cette différence de puissance et d’aisance entre le collier et le joug. La stabilité que confère la tenue du timon  dans le centre du joug est indispensable en montagne, ainsi que la possibilité de rotation du timon dans le joug. Et il est important d’améliorer les conditions de travail des bovins du 21ème siècle. Une approche somme toute moderne.

Je m’oriente donc vers un mix entre le joug landais et le collier à trois matelassures apportant un bon respect du mouvement de l’épaule, le tout réglable à la fois pour des animaux de puissance différente, des travaux nécessitant une trace plus large entre les animaux – cas de la mise en place de culture en billons -, et en attelage éclair – atteler 2 bœufs en moins d’une minute.

Un prototype sera soumis à l’expérimentation lors de la rencontre des bouviers 2017 à l’Ecomusée d’Alsace. Mais pour cette première mise à l’épreuve, Pierre Mougin n’est plus, emporté par la maladie. Il aura dompté sa vie durant le métal, le cuir et le bois avec un savoir-faire et un génie inventif qui nous sert de modèle. Mais Pierre, comme tous ces glorieux anciens, s’ils laissent un vide, laissent aussi un espoir et une furieuse envie de continuer. Ils nous ont laissé bien des éléments de savoir faire qui sont autant de pierres pour construire un nouvel édifice. Le souvenir vif que nous avons d’eux est le ciment pour cette construction nouvelle ”.

 Philippe Kuhlmann

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Ainsi la rencontre des bouviers 2017 sera l’une des pierres fondatrices de l’attelage bovin de demain, et le germe d’une nouvel usage et d’une nouvelle proximité avec les bovins en général.

Une étable pliable et déplaçable, d’une capacité de 8 à 10 bovins sera présentée en bâtiment off du festival Bàuistella 2017- Festival d’expérimentations constructives  dont le thème 2017 est « Architectures montables et démontables”.

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Elle illustre cette nouvelle transhumance de service paysager. Une étable légère, à coût modique, déplaçable, à l’avantage sanitaire indéniable, permettant une répartition des fumures résiduelles pouvant être équipée de différentes fonctionnalités périphériques comme un souricière pour regrouper et mettre en contention des animaux peu habitués, un travail à ferrer ou à parer les pieds, etc…

Pour en savoir plus cliquez ici fichier pdf 2017_04_05_FK_Etable_Mobile

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La rencontre 2017 est l’occasion de consolider l’association des bouviers, de l’ouvrir à tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la traction animale bovine et aux nouveaux usages de bovins de service, quelles qu’en soient les approches, utilitaires, loisirs, praticiens réguliers ou simples amateurs. Nous parlerons à la fois de transmission des pratiques, expériences et savoir-faire anciens, et de transposition pour un “ré-emploi » des bovins dans le nouveau contexte émergeant au 21è siècle.

Merci à François Kiesler pour sa collaboration

Démarrage d’un projet « traction bovine » les 18 et 19 Mars 2017 à Amphoralis, Sallèles d’Aude (11)

 

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Virginie Chabbert du parc Antique Amphoralis du Grand Narbonne nous communique quelques informations sur le démarrage d’un projet agricole incluant la traction bovine et l’intervention de Thierry Dupré.

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« Comme vous le savez peut-être déjà, cette année démarrera à Amphoralis (Cliquez ici pour voir) un projet agricole.

Ce projet vise à expérimenter, dans un premier temps, le travail du sol avec des techniques antiques (traction animale bovine, travail du sol avec l’araire …) sur une surface d’un Jugerum, unité de mesure agraire antique.

L’agronome antique Varron nous indique qu’un Jugerum, soit environ ¼ d’hectare, correspond à la surface que peuvent travailler 2 bœufs attelés ensemble en une journée.

C’est ce que nous expérimenterons les 18 et 19 mars, grâce à l’intervention de Thierry Dupré, bouvier expérimenté du Lauragais. »

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Téléchargez le programme ici: fichier pdf

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